vendredi 21 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2006781 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | SELARL WIBLAW |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 septembre 2020 et le 28 juin 2021, la société civile Valenga, représentée par Me Wibaut, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge de l'obligation de payer la somme de 75 732,80 euros résultant de la mise en demeure de payer du 10 mars 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en application du deuxième alinéa de l'article 2 de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020, elle peut se prévaloir d'une suspension des poursuites tendant au recouvrement des sommes en cause ;
- l'action en recouvrement des créances n° 20706100, n° 20706110, n° 200512080, n° 208022180 et n° 208022190 était prescrite lorsque les mises en demeure du 10 mars 2020 lui ont été notifiées, l'administration ne justifiant d'aucune poursuite à compter de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement et ne justifiant pas de la notification de cinq mises en demeure de payer datées du 31 juillet 2013 ;
- le montant de la créance n° 20706110 est surestimé.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 27 janvier 2021 et le 8 septembre 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de la société Valenga au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ainsi les dépens de l'instance. Il soutient qu'aucun des moyens n'est fondé.
Par ordonnance du 9 août 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 15 octobre 2021.
Par courrier du 20 mars 2023, les parties ont été avisées de ce qu'en application de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen d'ordre public tiré de de l'irrecevabilité du moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement, en ce qui concerne la créance n° 0512080 dès lors que la société Valenga n'a pas contesté la mise en demeure notifiée le 3 août 2013, qui constituait le premier acte lui permettant d'invoquer un tel moyen.
Un mémoire pour la société Valenga a été enregistré le 22 mars 2023 et a été communiqué aux parties.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Dang, rapporteure,
- et les conclusions de Mme Lançon, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. La société civile Valenga demande au tribunal de prononcer la décharge de l'obligation de payer résultant d'une mise en demeure du 10 mars 2020 notifiée le 10 avril 2020, se rapportant aux créances portant les références 20706100, 20706110, 20802080 20802170, 20802180 et 20802190, correspondant à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée, de cotisations d'impôt sur les sociétés et de contribution sociale sur l'impôt sur les sociétés dont le comptable public du pôle de recouvrement spécialisé du Nord a poursuivi le paiement.
Sur les conclusions à fin de décharge de l'obligation de payer :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 1er de l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire : " I. ' Les dispositions du présent titre sont applicables aux délais et mesures qui ont expiré ou qui expirent entre le 12 mars 2020 et le 23 juin 2020 inclus () ". Aux termes de l'article 2 de cette ordonnance : " Tout acte, recours, action en justice, formalité, inscription, déclaration, notification ou publication prescrit par la loi ou le règlement à peine de nullité, sanction, caducité, forclusion, prescription, inopposabilité, irrecevabilité, péremption, désistement d'office, application d'un régime particulier, non avenu ou déchéance d'un droit quelconque et qui aurait dû être accompli pendant la période mentionnée à l'article 1er sera réputé avoir été fait à temps s'il a été effectué dans un délai qui ne peut excéder, à compter de la fin de cette période, le délai légalement imparti pour agir, dans la limite de deux mois./ Il en est de même de tout paiement prescrit par la loi ou le règlement en vue de l'acquisition ou de la conservation d'un droit () ". Aux termes de l'article 10 de cette ordonnance : " II. -Les dispositions de l'article 2 de la présente ordonnance ne s'appliquent pas aux déclarations servant à l'imposition et à l'assiette, à la liquidation et au recouvrement des impôts, droits et taxes. ".
3. Il résulte de ces dispositions, que les prorogations de délais mentionnées à l'article 2 de l'ordonnance précitée ne s'appliquent pas à la liquidation et aux recouvrement des impôts, droits et taxes. Par suite la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration fiscale ne pouvait mettre en œuvre des mesures de recouvrement de l'impôt parmi lesquelles figurent les saisies à tiers détenteurs.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales : " Les comptables publics des administrations fiscales qui n'ont fait aucune poursuite contre un redevable pendant quatre années consécutives à compter du jour de la mise en recouvrement du rôle ou de l'envoi de l'avis de mise en recouvrement sont déchus de tous droits et de toute action contre ce redevable. / () ". Aux termes de l'article L. 281 du livre des procédures fiscales : " Les contestations relatives au recouvrement des impôts, taxes, redevances et sommes quelconques dont la perception incombe aux comptables publics compétents mentionnés à l'article L. 252 doivent être adressées à l'administration dont dépend le comptable qui exerce les poursuites./Les contestations ne peuvent porter que :1° Soit sur la régularité en la forme de l'acte ;/ 2° Soit sur l'existence de l'obligation de payer, sur le montant de la dette compte tenu des paiements effectués, sur l'exigibilité de la somme réclamée, ou sur tout autre motif ne remettant pas en cause l'assiette et le calcul de l'impôt./Les recours contre les décisions prises par l'administration sur ces contestations sont portés, dans le premier cas, devant le juge de l'exécution (1), dans le second cas, devant le juge de l'impôt tel qu'il est prévu à l'article L. 199 ". Aux termes de l'article R.281-3-1 de ce code dans sa version applicable au litige : " La demande prévue à l'article R. * 281-1 doit, sous peine d'irrecevabilité, être présentée, selon le cas, au directeur départemental des finances publiques, au responsable du service à compétence nationale ou au directeur interrégional des douanes et droits indirects ou, en Guadeloupe, en Guyane, à La Réunion et à Mayotte, au directeur régional des douanes et droits indirects dans un délai de deux mois à partir de la notification :a) De l'acte de poursuite dont la régularité en la forme est contestée ;/b) De tout acte de poursuite si le motif invoqué porte sur l'obligation de payer ou le montant de la dette /c) Du premier acte de poursuite permettant d'invoquer tout autre motif. ".
5. Pour demander la décharge de l'obligation de payer les sommes correspondant aux créances n ° 20706100 d'un montant de 52 338,80 euros relatif à des cotisations d' impôt sur les sociétés au titre de l'année 2005, la créance n° 20706110 d'un montant de 1 401 euros relatif à la contribution sociale sur l'impôt sur les sociétés au titre de cette période, la créance n° 20802180 d'un montant de 3 964 euros relatif à des cotisations d'impôt sur les sociétés au titre des années 2003 à 2005, la créance n °20802190 d'un montant de 68 euros relatif à la contribution sociale sur l'impôt sur les sociétés au titre de cette période, la créance n° 20802170 relative à des rappels de TVA pour la période du 1er janvier 2003 au 31 décembre 2005 ainsi que la créance n° 200512080 relative à des rappels de TVA pour la période du 1er avril 2005 au 30 avril 2005, la société Valenga soutient qu'à la date à laquelle la mise en demeure du 10 mars 2020 lui a été notifiée, l'action en recouvrement était prescrite, aucun acte n'ayant interrompu le délai de prescription depuis le 6 octobre 2011, date du jugement par lequel le tribunal de céans a rejeté ses demandes tendant à la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de contribution sociale sur l'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2004 et 2005 ainsi qu'à la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 1er janvier 2003 au 31 décembre 2005.
6. D'une part, le tribunal administratif de Lille a, par un jugement du 6 octobre 2011 dans l'instance n° 0807059, statué sur le bien-fondé des impositions mises à la charge de la société Valenga correspondant aux créances n° 20706100, n° 20607110, n° 20802180, n° 20802190, et n° 20802170. Le 3 août 2013, le comptable public a notifié à la société Valenga une mise en demeure de payer se rapportant, notamment à ces créances. Le 28 juillet 2016, l'huissier des finances publiques a signifié à la société Valenga une mise en demeure de payer se rapportant, notamment, à ces créances. Ainsi, à la date de notification de la mise en demeure datée du 10 mars 2020, l'action en recouvrement n'était pas prescrite.
7. D'autre part, il résulte de l'instruction, que dans l'instance n° 0807059, la réclamation contentieuse formée par la société Valenga le 15 avril 2008, ne concernait pas la créance n° 200512080 relative à des rappels de TVA pour la période du 1er avril 2005 au 30 avril 2005. Dès lors, en application des dispositions précitées de l'article L. 274 du livre des procédures fiscales, le point de départ du délai de prescription était la date de mise en recouvrement, délai interrompu, pour la dernière fois, par la mise en demeure du 11 janvier 2008, notifiée le 29 mars 2008. Le délai de prescription quadriennale expirait donc le 29 mars 2012. La société Valenga, qui pouvait soulever le moyen tiré de la prescription de l'action en recouvrement dès le 3 août 2013, date de la mise en demeure de payer par le comptable public, ne justifie pas l'avoir fait. Par suite, le moyen tiré de ce qu'à la date de notification de la mise en demeure du 20 mars 2020, l'action en recouvrement était prescrite en ce qui concerne la créance n° 0807059, est irrecevable et doit être écarté.
8. En troisième lieu, la société Valenga conteste le montant total de la créance fiscale retenue par l'administration, qui ne devait selon elle excéder la somme de 75 301,80 euros. Elle soutient que le montant du solde de la créance n° 20706110 se rapportant à la contribution sociale sur l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2005 aurait dû être évaluée à la somme de 970 euros et non de 1 401 euros.
9. Il résulte de l'instruction que cette créance a été mise en recouvrement le 15 juin 2007 suivant avis n° 07 05 5005 pour un montant de 1 401 euros dont 1 290 euros de droits, 46 euros d'intérêts de retard et 65 euros de majoration d'assiette. Le 1er septembre 2008, un dégrèvement consécutif à l'admission partielle de la réclamation contentieuse portant sur l'assiette des impositions mises à la charge de la société Valenga, a été ordonné à hauteur de 315 euros en droits, 46 euros d'intérêts de retard et 16 euros de majoration d'assiette. Le 9 décembre 2008, un second dégrèvement a été ordonné portant sur 52 euros en droits et 2 euros concernant la majoration d'assiette. Il résulte des énonciations de la décision du 6 juillet 2020 statuant sur la réclamation préalable de la société Valenga que l'administration a imputé les sommes résultant du premier dégrèvement sur la créance n° 20706100 se rapportant à la cotisation d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2005, et qu'elle a omis de prendre en compte les effets du second dégrèvement. Ainsi, la société Valenga est fondée à soutenir que la somme de 431 euros a été mise à sa charge de manière indue.
10. Il résulte de ce qui précède que la société Valenga est seulement fondée à demander la décharge de l'obligation de payer résultant de la mise en demeure de payer qui lui a été notifiée le 10 avril 2020, à hauteur de 431 euros.
Sur les frais liés au litige :
11. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner l'Etat à verser une somme à la société Valenga au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de condamner la société Valenga à verser à l'Etat une somme au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
13. Les conclusions de l'Etat, qui n'établit pas avoir exposé des frais au titre des dépens dans le cadre de la présente instance, ne peuvent qu'être rejetées.
D E C I D E:
Article 1er : La société Valenga est déchargée à hauteur de 431 euros de l'obligation de payer résultant de la mise en demeure du 20 mars 2020.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par l'Etat au titre des articles L. 761-1 et R. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la société civile Valenga et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 31 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Paganel, président,
Mme Bergerat, première conseillère,
Mme Dang, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 avril 2023.
La rapporteure,
signé
L. DANG
Le président,
signé
M. A La greffière,
signé
A. BEGUE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2006781
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Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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