mercredi 29 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2006883 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | VANDENBUSSCHE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 septembre 2020, le 30 juin 2021 et le 12 juillet 2021, Mme B A, représentée par Me Le Bonnois, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner solidairement le centre hospitalier régional universitaire de Lille (CHRU de Lille) et son assureur, la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles (SHAM), à lui verser la somme globale de 526 160,22 euros en réparation des conséquences dommageables de sa prise en charge dans cet établissement hospitalier au premier semestre 2013, avec intérêts à compter du 16 septembre 2020 ;
2°) de déclarer le jugement opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai ;
3°) de mettre les dépens à la charge du CHRU de Lille et de la SHAM ;
4°) de mettre à la charge solidaire du CHRU de Lille et de la SHAM la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le rapport d'expertise diligenté par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) fait apparaître une faute commise lors de l'intervention du 13 mai 2013 dans l'organisation du service et son fonctionnement, engageant la responsabilité du CHRU de Lille et de son assureur ;
- cette faute est à l'origine d'une perte de chance pour Mme A d'éviter un syndrome des loges et d'en conserver des séquelles, évaluée à 75 % ;
- ses préjudices s'élèvent à un montant global de 526 160,22 euros, se décomposant comme suit :
* 173 174,54 euros au titre de l'assistance à tierce personne, dont 17 985 euros au titre de l'assistance à tierce personne temporaire ;
* 19 813,29 euros au titre de la perte de gains professionnels actuels ;
* 245 403,64 euros au titre de la perte de gains professionnels futurs ;
* 45 000 euros au titre de l'incidence professionnelle ;
* 6 018,75 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;
* 7 500 euros au titre des souffrances endurées ;
* 1 500 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
* 22 500 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;
* 5 250 euros au titre du préjudice d'agrément.
Par des mémoires enregistrés le 8 avril 2021, le 31 août 2021 et le 24 mai 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai, dont l'activité de recours contre tiers est prise en charge par la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing en vertu des décisions du directeur général de la caisse nationale d'assurance maladie des 31 janvier 2019 et 1er janvier 2020, représentée par Me de Berny, doit être regardée comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner solidairement le CHRU de Lille et son assureur, la SHAM, à lui verser la somme globale de 160 072,55 euros, à titre principal et de 99 544,07 euros à titre subsidiaire, sommes déduction faite de la somme de 25 015,18 euros déjà versée, en remboursement des dépenses qu'elle a exposées pour son assurée, Mme A, avec intérêts à compter de la présentation de son premier mémoire, soit le 8 avril 2021, et capitalisation des intérêts dus pour l'année ;
2°) de condamner solidairement le CHRU de Lille et son assureur, la SHAM, à lui rembourser les arrérages à échoir de la pension d'invalidité à compter du 1er mai 2023, sur présentation des justificatifs et sans plafond ;
3°) de condamner solidairement le CHRU de Lille et la SHAM à lui payer l'indemnité forfaitaire de gestion ;
4°) de mettre à la charge solidaire du CHRU de Lille et de la SHAM la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le rapport d'expertise diligenté par la CCI retient un manquement du CHRU de Lille aux bonnes pratiques ayant fait perdre à Mme A une chance d'éviter le syndrome des loges et les autres complications à hauteur de 75 % ;
- ses débours définitifs en lien avec ce manquement s'élèvent à la somme de 160 072,55 euros, se décomposant notamment ainsi :
* 3 815,01 euros au titre des indemnités journalières versées à Mme A ;
* 112 003,63 euros au titre des pertes de gains professionnels futurs de Mme A ;
* 39 146,41 euros au titre des dépenses de santé actuelles ;
* 5 107,50 euros au titre des dépenses de santé futures.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 1er juin 2021, le 5 juillet 2021, le 31 août 2021 et le 2 juin 2023, le centre hospitalier régional universitaire de Lille et la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles (SHAM), représentés par Me Vandenbussche, concluent, dans le dernier état de leurs écritures :
1°) à la limitation des prétentions indemnitaires de Mme A à la somme de 51 522,29 euros ;
2°) à la limitation des prétentions indemnitaires de la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai à la somme de 52 742,43 euros ;
3°) à ce que le montant de l'indemnité versée au titre des dispositions de l'article 761-1 du code de justice administrative soit ramené à de plus justes proportions ;
4°) au rejet du surplus des conclusions de Mme A et de la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai.
Ils soutiennent que :
- les manquements commis ont entraîné une perte de chance justifiant une indemnisation limitée à 75 % ;
- le taux horaire sollicité au titre de l'assistance par tierce personne est excessif ;
- conformément à l'avis de la CCI, l'assistance par tierce personne après consolidation doit être limitée à deux années ;
- la part revenant à la caisse primaire d'assurance maladie au titre de la perte de gains professionnels actuels est de 15 638,85 euros ;
- Mme A ne subit aucune perte de gains professionnels futurs, n'étant pas inapte à tout emploi ;
- l'assiette du recours de la caisse primaire d'assurance maladie au titre de l'incidence professionnelle doit être limitée à 3 750 euros après application du taux de perte de chance, Mme A ayant pour sa part été intégralement indemnisée par la pension d'invalidité ;
- le déficit fonctionnel temporaire justifie que soit alloué à Mme A la somme de 2 519 euros, sur la base de 13 euros par jour ;
- il est proposé, après application du taux de perte de chance, la somme de 3 750 euros au titre des souffrances endurées et la somme de 750 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;
- au titre du déficit fonctionnel permanent, il est proposé la somme de 16 000 euros et le préjudice esthétique permanent sera indemnisé à hauteur de 1 350 euros ;
- la gêne à la marche étant réparée dans le cadre du déficit fonctionnel permanent, en l'absence d'activité spécifique de sport ou de loisirs, la demande au titre du préjudice d'agrément devra être rejetée ;
- la caisse primaire d'assurance maladie ne justifie pas de la stricte imputabilité à l'accident médical des frais exposés au titre des frais médicaux, pharmaceutiques et d'appareillage, tandis que les frais de kinésithérapie exposés après consolidation ne sont pas en lien avec les manquements du CHRU de Lille.
Par ordonnance du 2 juin 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 23 juin 2023.
Un mémoire présenté par le CHRU de Lille et la SHAM a été enregistré le 24 octobre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code du travail ;
- l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2023 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Fougères,
- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,
- et les observations de Me Lalieu, substituant Me Vandenbussche, représentant le CHRU de Lille et son assureur.
Considérant ce qui suit :
1. Le 4 mars 2013, dans le cadre du traitement d'un cancer du col utérin, Mme A a bénéficié au CHRU de Lille d'une conisation du col de l'utérus. Le 13 mai 2013, un traitement chirurgical complémentaire par colpo-hystérectomie élargie par voie coelioscopique avec curages pelviens bilatéraux a été réalisé au CHRU de Lille. Les suites opératoires ont cependant été marquées par la survenance de douleurs au niveau du mollet droit associées à une diminution de la sensibilité de la voûte plantaire, révélant un syndrome des loges. Dès le lendemain, une aponévrotomie de décharge par deux incisions au niveau du mollet droit a été réalisée. Au septième jour postopératoire, Madame A a présenté une hypotension avec des sueurs, des nausées et des vomissements. Un scanner pelvien a mis en évidence un hémopéritoine, ayant justifié une reprise chirurgicale, le lendemain, pour drainer l'hématome. Les suites ont été marquées par l'apparition d'un syndrome fébrile, ayant justifié une antibiothérapie, et d'un épanchement pleural sans signe d'infection. Mme A conserve des douleurs du membre inférieur droit en lien avec le syndrome des loges.
2. Mme A a saisi le 26 octobre 2015 la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI), laquelle a désigné les docteurs Henri Foulques, spécialiste en gynécologie, en cancérologie et en radiothérapie, et Christine Desenclos, spécialisée en neurochirurgie, en vue de procéder à une expertise. Par un avis rendu le 26 mai 2016, la CCI a conclu à l'existence de manquements dans la prise en charge de Mme A lors de l'intervention chirurgicale du 13 mai 2013, engageant la responsabilité du CHRU de Lille et de son assureur à hauteur de 75 %. La SHAM a présenté une offre d'indemnisation par courrier du 6 octobre 2016, à laquelle Mme A n'a pas donné suite. Par la présente requête, Mme A sollicite l'indemnisation de ses préjudices.
Sur la responsabilité du centre hospitalier régional universitaire de Lille :
3. Aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ". En outre, aux termes du I de l'article L. 1142-1 de ce code : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. "
4. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise diligenté par la CCI, que la durée de l'intervention chirurgicale du 13 mai 2013 a été excessive au regard des éléments transmis aux experts et que le CHRU de Lille n'a pas pris les mesures de nature à prévenir les éventuelles complications que pouvait engendrer cette durée, parmi lesquelles le syndrome des loges, alors que la position gynécologique requise pour la cœlioscopie était un facteur favorisant connu dans la littérature médicale. Par suite, s'agissant de cette intervention, la prise en charge de Mme A n'a pas été conforme aux règles de l'art et aux données acquises de la science. Le CHRU de Lille a ainsi commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
5. Il résulte par ailleurs de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise précité, qu'un hémopéritoine a été diagnostiqué chez Mme A peu de temps après l'intervention du 13 mai 2013, à l'occasion d'un scanner pelvien. Si l'expert indique que la survenue d'un hémopéritoine, au septième jour après l'hospitalisation, soit le 20 mai 2013, relève d'un aléa thérapeutique, l'hématome a été traité par cœlioscopie dès le 21 mai 2013 et il ne résulte pas de l'instruction que cet épanchement de sang ait laissé des séquelles postérieurement au 21 mai 2013, de sorte que les conditions de mise en œuvre de la solidarité nationale ne sont pas remplies concernant cet aléa thérapeutique.
6. Le CHRU de Lille ne sera donc tenu à réparer que les conséquences résultant directement et exclusivement de la faute mentionnée au point 4.
Sur l'étendue de la réparation :
7. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.
8. Il ne résulte pas de l'instruction qu'en l'absence de faute du CHRU de Lille, Mme A aurait pu éviter de manière certaine l'apparition du syndrome des loges. Le rapport d'expertise diligenté par la CCI retient au contraire que la faute du CHRU de Lille est à l'origine pour Mme A, compte tenu de la durée effective de l'opération, soit six heures, pour une durée normale estimée à trois heures, d'une perte de chance de présenter un syndrome des loges, évaluée à 75 %, ce que reconnaissent la requérante, le CHRU de Lille et son assureur. Il y a lieu de faire une juste appréciation de ce taux de perte de chance en l'évaluant, compte tenu de ce qui vient d'être énoncé, à 75%. Par conséquent, le CHRU de Lille doit être condamné à indemniser les préjudices subis par Mme A et par la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai à hauteur de cette fraction du dommage corporel.
Sur l'indemnisation des préjudices :
9. Eu égard aux conclusions expertales et en l'absence de remise en cause des parties, il y a lieu de fixer la date de consolidation de l'état de santé de Mme A au 13 octobre 2015.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :
S'agissant des dépenses de santé actuelles :
10. Il résulte de l'instruction, en particulier du relevé définitif des débours communiqué, et n'est pas contesté, que les débours de la caisse comprennent des frais d'hospitalisation du 14 mai 2013 au 3 juin 2013 d'un montant de 33 284,83 euros, déduction faite du coût de l'intervention initiale. Selon le rapport d'expertise, non contesté, la survenue de l'hémopéritoine dans les suites proches de l'intervention du 13 mai 2013, alors que Mme A restait hospitalisée pour la prise en charge de son syndrome des loges, n'a pas prolongé l'hospitalisation, justifiée pour ces troubles moteurs. Il sera fait cependant une juste appréciation des débours strictement liés à cet aléa non imputable au centre hospitalier, à savoir la réalisation d'un scanner et une reprise chirurgicale par coelioscopie, en les évaluant à la somme de 750 euros, à exclure de l'indemnisation due par le centre hospitalier défendeur. Il résulte par ailleurs de l'instruction, et notamment du relevé de débours communiqué par la caisse, ainsi que du compte-rendu de la consultation du Pr E, chirurgien orthopédiste, du 24 juin 2013, mentionné dans le rapport d'expertise, que du matériel spécifique a été prescrit à la requérante pour travailler la mobilisation active et passive du pied droit, et que Mme A, qui indique ne pas avoir conservé de dépenses de santé à sa charge, a dû utiliser du 16 juin 2013 au 13 octobre 2013 un déambulateur, d'après le rapport d'expertise, de sorte que la caisse est fondée à solliciter la somme de 262,58 euros au titre des frais d'appareillage. Concernant les frais médicaux, si la caisse primaire d'assurance maladie sollicite une somme de 4 394,22 euros à ce titre sans produire, moins de dix ans après les dépenses en cause, relatives à un dommage consolidé seulement en octobre 2015, d'attestation d'imputabilité ou de relevé de débours détaillé, il résulte néanmoins du rapport d'expertise que sont en lien avec la faute commise par le CHRU de Lille : les soins infirmiers depuis la sortie du service de gynécologie pour la prise en charge du pansement au niveau du mollet ; les consultations médicales spécialisées en orthopédie et en centre anti-douleur ; la consultation auprès d'une psychologue ; les séances de kinésithérapie. Compte tenu de ces éléments, de la circonstance que seule la caisse dispose d'informations précises sur ses débours, et de la possibilité que les frais médicaux dont le remboursement est sollicité corresponde au suivi du cancer de Mme A, il sera fait une juste appréciation de la somme que la caisse primaire d'assurance maladie est fondée à solliciter en la fixant à la moitié de la somme de 4 394,22 euros, soit 2 197,11 euros, au titre des frais médicaux qu'elle a exposés. En revanche, s'agissant des frais pharmaceutiques sollicités par la caisse, en l'absence de relevé de débours détaillé produit alors que Mme A a bénéficié d'un traitement antibiotique du fait d'un épanchement pleural et d'une atélectasie pulmonaire dont l'imputabilité à la faute du CHRU de Lille n'est pas démontrée, le CHRU contestant en outre l'imputabilité de ces frais, il n'y a pas lieu de prévoir leur prise en charge par le CHRU de Lille. Enfin, il résulte de l'instruction, en particulier du relevé définitif des débours communiqué et n'est pas contesté, que les débours de la caisse comprennent des frais de transport pour un montant de 68,75 euros correspondant à un transport réalisé le 3 juin 2013, date du retour de Mme A à son domicile.
11. A défaut de préjudice pour la victime au titre des dépenses de santé actuelles, et compte tenu du taux de perte de chance de 75 % retenu, la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai est fondée à solliciter la somme de 26 297,45 euros (0,75 x (33 284,83 - 750 + 262,58 + 2 197,11+ 68,75)).
S'agissant des frais d'assistance par tierce personne avant consolidation :
12. Lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel nécessitant de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
13. En vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire d'une rente allouée à la victime du dommage dont un établissement public hospitalier est responsable, au titre de l'assistance par tierce personne, les prestations versées par ailleurs à cette victime et ayant le même objet. Il en va ainsi tant pour les sommes déjà versées que pour les frais futurs. Cette déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement si le bénéficiaire revient à meilleure fortune.
14. Il résulte de l'instruction, et en particulier du rapport d'expertise diligenté par la CCI, que, après sa sortie d'hospitalisation intervenue le 15 juin 2013, soit du 16 juin 2013 au 13 octobre 2013, c'est-à-dire pendant une période de 120 jours, Mme A était dans l'impossibilité de faire ses courses, de s'occuper de son domicile et devait être aidée pour les actes élémentaires de la vie quotidienne ainsi que pour s'occuper de ses jeunes enfants, justifiant une aide quotidienne par tierce personne à hauteur de 3 heures, puis que du 14 octobre 2013 à la date de consolidation, soit pendant une période de 729 jours, l'autonomie de la requérante s'est améliorée mais qu'une aide par tierce personne d'une heure par jour demeurait nécessaire. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Par suite, l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne temporaire doit être fixée à la somme globale de 18 438,41 euros ((412/365) x 120 x 3 x 15 + (412/365) x 729 x 1 x 15). Après application du taux de perte de chance de 75% retenu, la somme de 13 828,81 euros (18 438,41 x 0,75) sera mise à la charge du CHRU de Lille.
S'agissant de la perte de gains professionnels actuels :
15. Le principe de la réparation intégrale du préjudice doit conduire le juge à déterminer, au vu des éléments de justification soumis à son appréciation, le montant de la perte de revenus dont la victime ou ses ayants droit ont été effectivement privés du fait du dommage qu'elle a subi. Ce montant doit en conséquence s'entendre comme correspondant aux revenus nets perdus par elle.
16. Aux termes de l'article L. 351-3 du code de la sécurité sociale : " Sont prises en considération en vue de l'ouverture du droit à pension, dans des conditions fixées par décret en Conseil d'Etat : / 1°) les périodes pendant lesquelles l'assuré a bénéficié des prestations maladie, maternité, invalidité, accident du travail () ; / 2°) les périodes pendant lesquelles l'assuré a bénéficié de l'un des revenus de remplacement mentionnés à l'article L. 5421-2 du code du travail () ".
17. Pour se conformer aux règles rappelées ci-dessus, il appartient au juge de déterminer si la faute commise par le CHRU de Lille a entraîné pour Mme A des pertes de revenus professionnels et, dans l'affirmative, d'évaluer ce poste de préjudice sans tenir compte, à ce stade, du fait qu'ils donnent lieu au versement de prestations de sécurité sociale. Pour déterminer ensuite dans quelle mesure ces préjudices ont été réparés par ces prestations, il y a lieu de regarder chaque prestation comme réparant prioritairement les pertes de revenus professionnels. Dans la limite de la somme mise à la charge du centre hospitalier au titre de sa contribution au dommage corporel, égale à la fraction correspondant à la perte de chance définie plus haut, la victime doit se voir allouer, le cas échéant, une somme correspondant à la part de ces postes de préjudice non réparée par les prestations de sécurité sociale, évaluées ainsi qu'il a été dit ci-dessus. Le solde de ces prestations, s'il existe, doit être versé au tiers payeur.
18. Il résulte de l'instruction, et notamment des conclusions expertales, qu'en l'absence de faute commise par le CHRU de Lille, Mme A aurait été empêchée de travailler à la suite de l'intervention initiale pendant un mois et demi, soit jusqu'au 27 juin 2013 inclus. Il s'ensuit que la période au titre de laquelle sa perte de gains professionnels doit être appréciée court du 28 juin 2013 au 12 octobre 2015, son état santé étant consolidé le 13 octobre 2015. Il résulte de l'instruction, en particulier des bulletins de paie produits par la requérante, qu'au moment des faits, Mme A, était employée comme agent de service pour trois sociétés différentes, et qu'elle percevait à ce titre un salaire net imposable moyen de 283,87 euros pour la société GSF, pour laquelle elle travaillait depuis juillet 2012, un salaire net imposable moyen de 870,03 euros pour la société Pro Impec Prosantea, pour laquelle elle travaillait depuis le 1er janvier 2013 et qu'elle a perçu en avril 2013 un salaire net imposable de 639,66 euros versé par la Sarl Agenor Propreté, qui l'avait embauchée à compter du 4 mars 2013, soit un salaire net imposable global de 1 793,56 euros par mois. Elle aurait donc dû percevoir, pour la période du 28 juin 2013 au 12 octobre 2015, soit une période de 837 jours, un salaire total de 49 354,84 euros (1 793,56 x 12 / 365 x 837). Or, il résulte des attestations de paiement des indemnités journalières produites que Mme A a perçu sur cette même période des indemnités journalières pour un montant total net de 27 281,46 euros, soit une perte nette de revenu de 22 073,38 euros (49 354,84 - 27 281,46). Compte tenu du taux de perte de chance retenu, le CHRU de Lille ne saurait être tenu d'indemniser la partie requérante au-delà d'une somme de 37 016,13 euros (0,75 x 49 354,84). Par suite, Mme A est fondée à solliciter la condamnation du CHRU de Lille à lui verser la somme de 22 073,38 euros.
19. Il résulte de ce qui précède, compte tenu du principe de priorité accordé à la victime et du taux de perte de chance retenu, que la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing est fondée à solliciter 14 942,75 euros (37 016,13 - 22 073,38) au titre des indemnités journalières versées par la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai.
S'agissant des dépenses de santé futures :
20. Si la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing sollicite une somme de 5 107,50 euros au titre de séances de kinésithérapie qui auraient été réalisées après la date de consolidation, il ne résulte ni du rapport d'expertise ni des autres pièces versées aux débats que des séances de kinésithérapie, en lien avec la faute commise par le CHRU de Lille, auraient été réalisées après la stabilisation de l'état de santé de Mme A. Dès lors, le CHRU de Lille est fondé à s'opposer à cette demande, qui sera rejetée.
S'agissant de l'assistance par tierce personne après consolidation :
21. En vertu des principes qui régissent l'indemnisation par une personne publique des victimes d'un dommage dont elle doit répondre, il y a lieu de déduire d'une rente allouée à la victime du dommage dont un établissement public hospitalier est responsable, au titre de l'assistance par tierce personne, les prestations versées par ailleurs à cette victime et ayant le même objet. Il en va ainsi tant pour les sommes déjà versées que pour les frais futurs. Cette déduction n'a toutefois pas lieu d'être lorsqu'une disposition particulière permet à l'organisme qui a versé la prestation d'en réclamer le remboursement si le bénéficiaire revient à meilleure fortune. Les règles rappelées ci-dessus ne trouvent à s'appliquer que dans la mesure requise pour éviter une double indemnisation de la victime. Par suite, lorsque la personne publique responsable n'est tenue de réparer qu'une fraction du dommage corporel, notamment parce que la faute qui lui est imputable n'a entraîné qu'une perte de chance d'éviter ce dommage, la déduction ne se justifie, le cas échéant, que dans la mesure nécessaire pour éviter que le montant cumulé de l'indemnisation et des prestations excède le montant total des frais d'assistance par une tierce personne.
22. Il résulte de l'instruction, et notamment des conclusions expertales, que l'état de santé de Mme A nécessite une aide non spécialisée par tierce personne évaluée à 4 heures par semaine. Si le CHRU de Lille estime que cette aide doit être limitée à deux années, se fondant sur l'avis non motivé sur ce poste de préjudice de la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI), il ne résulte pas du rapport d'expertise, ni des autres pièces du dossier, que l'état de santé de Mme A serait susceptible de s'améliorer au bout de deux années, ou même ultérieurement, au point de ne plus nécessiter une aide par tierce personne. Dès lors, Mme A, qui présente un déficit fonctionnel permanent estimé à 15 % avec des douleurs sévères et invalidantes au niveau du mollet droit et un défaut de mobilité de la cheville droite, indiquant notamment ne pas être en mesure de faire ses courses, sa capacité de marches étant estimée à 15 minutes, est fondée à solliciter une indemnisation viagère de ce poste de préjudice. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Il sera dès lors fait une juste appréciation du besoin annuel de Mme A en l'évaluant à la somme de 3 531,43 euros (4 / 7 x 15 x 412). Pour la période de la date de consolidation au présent jugement, correspondant à une période de 2 943 jours, le besoin en assistance par tierce personne doit être évalué à la somme de 28 473,96 euros (4 / 7 x 2 943 x 15 x 412 / 365). Pour la période postérieure à la présente décision, Mme A étant âgée de 54 ans à ce jour, ce besoin s'élève, après application du coefficient de capitalisation de 32,555 du barème de capitalisation publié par la Gazette du Palais actualisé en 2022 (table de mortalité sexuée - taux d'intérêt de 0 %) à la somme de 114 965,70 euros (3 531,43 x 32,555). Ainsi le besoin viager de Mme A en assistance par tierce personne non spécialisée peut être évalué à la somme totale de 143 439,66 euros.
23. Or, il résulte de l'instruction que Mme A a perçu à compter du 1er décembre 2020 et jusqu'au 30 novembre 2022, soit pendant une période de deux années, la prestation de compensation du handicap, à raison d'un montant mensuel de 6 440,70 euros, soit une somme totale de 154 576,80 euros pour l'ensemble de la période. Or, cette prestation, servie en application de l'article L. 245-1 du code de l'action sociale et des familles, a notamment pour objet de couvrir les frais d'assistance par tierce personne. En vertu des dispositions de l'article L. 245-7 du même code, cette prestation ne peut en outre donner lieu à remboursement en cas de retour à meilleure fortune du bénéficiaire, de sorte que cette prestation doit être déduite des sommes versées à la victime. Il s'ensuit que le montant de la prestation de compensation du handicap perçu par Mme A excède son besoin viager en assistance par tierce personne, avant même application du taux de perte de chance précédemment fixé, de sorte qu'elle n'est pas fondée à solliciter une indemnisation au titre de ce poste de préjudice.
S'agissant de la perte de gains professionnels futurs et de l'incidence professionnelle :
24. Il appartient au juge, en premier lieu, de déterminer si les séquelles des fautes commises par le CHRU de Lille dans la prise en charge de Mme A ont entraîné pour elle des pertes de revenus professionnels et une incidence professionnelle et, dans l'affirmative, d'évaluer ces postes de préjudice sans tenir compte, à ce stade, du fait qu'ils donnent lieu au versement de prestations de sécurité sociale. Pour déterminer ensuite dans quelle mesure ces préjudices ont été réparés par ces prestations, il y a lieu de regarder chaque prestation comme réparant prioritairement les pertes de revenus professionnels et, par suite, comme ne réparant tout ou partie de l'incidence professionnelle que si la victime n'a pas subi de pertes de revenus ou si le montant de ces pertes est inférieur au montant de la prestation. La victime doit se voir allouer, le cas échéant, une somme correspondant à la part de ces postes de préjudice non réparée par les prestations de sécurité sociale, évaluées ainsi qu'il a été dit ci-dessus.
25. Aux termes de l'article L. 341-1 du code de la sécurité sociale : " L'assuré a droit à une pension d'invalidité lorsqu'il présente une invalidité réduisant dans des proportions déterminées, sa capacité de travail ou de gain, c'est-à-dire le mettant hors d'état de se procurer, dans une profession quelconque, un salaire supérieur à une fraction de la rémunération normale perçue dans la même région par des travailleurs de la même catégorie, dans la profession qu'il exerçait avant la date de l'interruption de travail suivie d'invalidité ou la date de la constatation médicale de l'invalidité si celle-ci résulte de l'usure prématurée de l'organisme ". Eu égard à la finalité de réparation d'une incapacité permanente de travail qui lui est assignée par ces dispositions législatives et à son mode de calcul, en fonction du salaire, fixé par l'article R. 341-4 du code de la sécurité sociale, la pension d'invalidité doit être regardée comme ayant pour objet exclusif de réparer, sur une base forfaitaire, les préjudices subis par la victime dans sa vie professionnelle en conséquence de l'accident, c'est-à-dire ses pertes de revenus professionnels et l'incidence professionnelle de l'incapacité.
26. En premier lieu, il résulte de l'instruction que Mme A, qui était dans sa quarante-septième année au moment de la consolidation, travaillait au moment du dommage comme agent de service pour trois sociétés différentes. Les experts désignés par la commission de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) ont constaté que la requérante présentait, du fait de ses séquelles, un taux d'incapacité de 15 %, du fait des douleurs neuropathiques chroniques sévères et invalidantes dont elle souffre. De son côté, la caisse primaire d'assurance maladie a estimé que l'intéressée était, au 1er avril 2016, atteinte d'une invalidité justifiant un classement dans la deuxième catégorie prévue à l'article L. 341-4 du code de la sécurité sociale, correspondant aux " invalides absolument incapables d'exercer une profession quelconque " et lui a accordé une pension d'invalidité. Par suite, la faute commise par le CHRU de Lille a entraîné une perte de revenus pour Mme A, ouvrant droit à indemnisation.
27. Il résulte de ce qui a été exposé plus haut concernant la perte de gains professionnels actuels qu'à compter de la date de consolidation, le 13 octobre 2015 au 29 novembre 2023, Mme A aurait dû percevoir, à raison des différents emplois qu'elle exerçait au moment du dommage, pendant cette période de 2 970 jours un revenu de 175 130,08 euros (1 793,56 x 12/365 x 2 970). Or, il résulte de l'instruction qu'elle a perçu du 13 octobre 2015 au 31 décembre 2015, soit pendant 80 jours, des indemnités journalières pour un montant de 2 624,80 euros, déduction faite de la contribution sociale généralisée et de la contribution au remboursement de la dette sociale. Elle a, au cours de l'année 2016, perçu des indemnités journalières du 1er janvier 2016 au 31 mars 2016 pour un montant de 2 985,71 euros, déduction faite de de la contribution sociale généralisée et de la contribution au remboursement de la dette sociale, avant de percevoir une pension d'invalidité de 616,09 euros par mois, soit 5 544,81 euros (616,09 x 9) au titre de l'année 2016. Elle justifie par ailleurs avoir perçu un salaire net imposable de 487,76 euros de la société Pro Impec Milieux Sensibles (bulletin de paie de juillet 2016), ainsi qu'un salaire de 631,12 euros de la société Agenor, de sorte que le revenu perçu pour l'année 2016 s'élève à 9 649,40 euros (2 985,71 + 631,12 + 487,76 + 5 544,81). Il résulte du relevé de débours définitifs établi le 16 mai 2023 par la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai que Mme A a perçu une pension d'invalidité d'un montant total de 64 633,53 euros pour la période du 1er avril 2016 au 1er mai 2023, de sorte que, pour la période comportant 2 312 jours du 1er janvier 2017 au 1er mai 2023, déduction faite de la somme de 5 544,81 euros perçue au titre de la pension d'invalidité en 2016, Mme A a perçu une somme de 59 088,72 euros, soit 25,56 euros par jour. Pour la période du 2 mai 2023 au 29 novembre 2023, date du présent jugement, comportant 213 jours, la pension d'invalidité versée par la caisse primaire d'assurance maladie à la victime s'élève donc à la somme de 5 444,28 euros (213 x 25,56). Sur la période du 1er janvier 2017 au 29 novembre 2023, il résulte de l'instruction, et notamment des avis d'imposition produits, que Mme A a perçu en 2017 la somme de 1 064 euros au titre de salaires et 8 euros au titre de salaires en 2018. La perte brute de revenus subie par Mme A de la consolidation au présent jugement s'élève donc à la somme de 172 939,20 euros (175 130,08 - 1 064 - 8 - 631,12 - 487,76).
28. Il résulte de l'instruction, et notamment des avis d'imposition sur les revenus versés aux débats, que Mme A a perçu de 2017 à 2022 une pension d'invalidité, versée selon le dernier mémoire de la caisse primaire d'assurance maladie par un assureur privé, pour un montant total de 43 755,78 euros, compte tenu de l'indication pour chacune de ces années sur les avis précités du montant perçu au titre des pensions d'invalidité, déduction faite des sommes reçues de la caisse primaire d'assurance maladie. Selon l'avis d'imposition 2023 sur les revenus de 2022 versé aux débats, Mme A a perçu en 2022 un revenu de 17 923 euros au titre de ses deux pensions d'invalidité, soit 9 648,72 euros au titre de la pension d'invalidité versée par son assureur, la somme totale de 7 842,28 euros ayant été versée par la caisse primaire d'assurance maladie selon les attestations de paiement produites relatives à l'année 2022. Dès lors, le montant perçu du 1er janvier 2023 au 29 novembre 2023 au titre de la pension d'invalidité versée par ce tiers payeur peut être évalué à la somme de 8 802,80 euros, soit une somme totale de 52 558,58 euros versée par ce tiers payeur.
29. Postérieurement à la présente décision, il résulte de l'instruction, et notamment de la dernière attestation de paiement, pour le mois d'avril 2023, versée aux débats, que Mme A perçoit une pension d'invalidité versée par la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai d'un montant annuel de 7 910,77 euros (650,20 / 30 x 365). Compte tenu de l'âge de Mme A à la date de la présente décision, après application du coefficient de capitalisation de 8,913 (9,09 x 9,805/10) déterminé à partir du barème de capitalisation publié par la Gazette du Palais actualisé en 2022 pour une durée de 9 ans et 30 jours (table de mortalité sexuée - taux d'intérêt de 0 %, en 2019), Mme A pouvant légalement prétendre à une retraite à taux plein à compter du 28 décembre 2032, sa perte brute de revenus s'élève à la somme de 191 832 euros (1 793,56 x 12 x 8,913).
30. Par ailleurs, si Mme A a transmis une estimation de ses droits à la retraite à compter du 1er janvier 2031, elle n'établit pas que la faute du CHRU a entraîné pour elle une perte de droits à la retraite, étant précisé que la perception d'une pension d'invalidité ouvrant droit à la validation de trimestres pour l'affiliation à l'assurance retraite, le seul placement en invalidité de deuxième catégorie ne suffit pas par ailleurs à caractériser une perte de droits à la retraite.
31. En deuxième lieu, s'agissant de l'incidence professionnelle, il résulte de l'instruction qu'avant les faits en litige, Mme A exerçait la profession d'agent d'entretien et que les séquelles résultant de la faute commise par le CHRU de Lille ont eu des conséquences professionnelles importantes, puisque la requérante a été licenciée en juillet 2016 de l'emploi qu'elle occupait pour la société Pro Impec, en septembre 2016 de l'emploi qu'elle occupait pour la société Agenor et en février 2017 de l'emploi pour la société GSF. Il résulte par ailleurs de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que ses douleurs constituent un obstacle majeur à ce que l'intéressée, compte tenu de son faible niveau de formation, puisse postuler à un autre emploi. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'incidence professionnelle, en l'évaluant à 10 000 euros.
32. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 341-9 du code de la sécurité sociale : " La pension est toujours attribuée à titre temporaire. () ". L'article L. 341-12 du même code dispose que : " Le service de la pension peut être suspendu en tout ou partie en cas de reprise du travail, en raison de la rémunération de l'intéressé, au-delà d'un seuil et dans des conditions fixés par décret en Conseil d'Etat ". L'article L. 341-13 de ce code ajoute que : " La pension est, sous réserve des dispositions de l'article L. 341-14, supprimée ou suspendue si la capacité de gain devient supérieure à un taux déterminé ".
33. Il résulte de ce qui précède que Mme A subit depuis la date de consolidation une perte brute de revenus d'un montant total de 364 771,20 euros (172 939,20 + 191 832), outre un préjudice d'incidence professionnelle évalué à 10 000 euros, soit un total de 374 771,20 euros, de sorte qu'après application du taux de perte de chance précédemment retenu, une somme de 281 078,40 euros (0,75 x 374 771,20) doit être mise à la charge du CHRU de Lille. La perte nette de revenus de la consolidation au présent jugement s'élève à la somme de 44 692,30 euros (172 939,20 - 52 558,58 - 5 444,28 - 59 088,72 - 5 544,81 - 2 985,71 - 2 624,80). Pour la période postérieure au présent jugement au 28 décembre 2032, compte tenu de l'âge de Mme A à la date de la présente décision, après application du coefficient de capitalisation de 8,913 déterminé à partir du barème de capitalisation publié par la Gazette du Palais actualisé en 2022 au regard d'une période de 9 ans et 30 jours (table de mortalité sexuée - taux d'intérêt de 0 %, en 2019), la perte nette de revenus subie par Mme A s'élève à la somme de 32 084,30 euros ((21 522,72 (revenu normal annuel) - 17 923 (revenu réel annuel) x 8,913). Ainsi, la perte nette de revenus subie postérieurement à la consolidation peut être évaluée à la somme totale de 76 776,60 euros (44 692,30 + 32 084,30), soit une somme de 86 776,60 euros, préjudice d'incidence professionnelle compris, que le CHRU de Lille devra verser à Mme A.
34. Eu égard au principe de priorité à la victime, la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai est ainsi fondée à solliciter la condamnation du CHRU de Lille à lui payer, après application du taux de perte de chance retenu plus haut, la somme de 194 301,80 euros (281 078,40 - 86 776,60).
En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
35. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise diligenté par la CCI, que Mme A a subi un déficit fonctionnel temporaire total du 12 mai 2013 au 15 juin 2013, soit pendant une période de 35 jours, en raison de ses hospitalisations successives et continues. Elle a ensuite subi un déficit fonctionnel temporaire de 50 % du 16 juin 2013 au 13 octobre 2013, soit pendant une période de 120 jours, son autonomie à la marche étant réduite et nécessitant l'utilisation d'un déambulateur. Elle a enfin subi un déficit fonctionnel temporaire de classe II, c'est-à-dire de 25 %, du 14 octobre 2013 au 12 octobre 2015, soit pendant une période de 729 jours, son état de santé étant consolidé à compter du 13 octobre 2015. Il résulte cependant du rapport d'expertise précité qu'en l'absence de faute de la part du CHRU de Lille, Mme A aurait subi un déficit fonctionnel temporaire total pendant dix jours, soit du 12 mai 2013 au 21 mai 2013, puis un déficit fonctionnel temporaire de 25 % pendant un mois, soit du 22 mai 2013 au 21 juin 2013 inclus. Par suite, en retenant un taux journalier d'indemnisation de quinze euros, il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par Mme A au titre du déficit fonctionnel temporaire en l'évaluant à la somme 3 892,50 euros ((35x15) + (120x15x0,5) + (729x15x0,25) - (10x15) - (31x15x0,25)), soit 2 919,38 euros après application du taux de perte de chance retenu plus haut, somme qui sera mise à la charge du CHRU de Lille.
S'agissant des souffrances endurées :
36. Les souffrances physiques et morales endurées par Mme A ont été évaluées à 4 sur une échelle de 7, mais il résulte du rapport d'expertise diligenté par la CCI que cette évaluation comprend des souffrances endurées de 0,5 sur 7 au titre de la réintervention rendue nécessaire par l'aléa thérapeutique, de sorte que Mme A n'est fondée qu'à solliciter l'indemnisation de ses souffrances, imputables à la faute commise par le CHRU de Lille, à hauteur de 3,5 sur 7, au titre des interventions subies, des pansements locaux, du retard de cicatrisation et des douleurs neuropathiques. Par référence au barème de l'ONIAM et eu égard à la durée de la période pendant laquelle Mme A a enduré ces souffrances, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant, après application du taux de perte de chance, à la somme de 4 100 euros.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
37. Il résulte du rapport d'expertise que la faute commise par le CHRU de Lille est à l'origine d'un préjudice esthétique temporaire, évalué à 3,5 sur une échelle de 7, résultant notamment des cicatrices engendrées par les différentes interventions chirurgicales et par ses difficultés de déplacement, ayant notamment nécessité l'utilisation d'un déambulateur. Compte tenu de ces éléments, de la durée de la période en litige et de l'âge de la requérante au moment de celle-ci, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en lui allouant, après application du taux représentatif de la perte de chance, une somme de 3 000 euros.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
38. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise diligenté par la CCI, que Mme A a conservé depuis la date de consolidation des séquelles en lien avec le syndrome des loges imputable à la faute commise par le CHRU de Lille, des douleurs sévères, invalidantes au niveau du mollet droit mais également un défaut de mobilité de la cheville droite qui l'handicape lors de ses déplacements. Elle présente à ce titre un déficit fonctionnel permanent évalué par les experts à 15 %. Par référence au barème de l'ONIAM, il sera fait une juste appréciation des séquelles conservées par Mme A, âgée de près de 47 ans à la date de consolidation, en lui allouant une somme de 16 000 euros en réparation de ce chef de préjudice, compte tenu du taux de perte de chance précédemment retenu.
S'agissant du préjudice d'agrément :
39. Il résulte de l'instruction, et notamment de l'attestation de Mme D C ainsi que du rapport d'expertise diligenté par la CCI, que les troubles dont reste atteinte Mme A ne lui permettent plus de pratiquer les loisirs auxquels elle se livrait auparavant, et en particulier la natation. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'agrément en lui allouant une somme de 1 500 euros, après application du taux de perte de chance.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
40. Mme A subit un préjudice esthétique permanent, évalué à 2 sur une échelle de 7, en raison d'une boiterie, de la nécessité d'utiliser une canne anglaise pour ses déplacements et de cicatrices disgracieuses au niveau du mollet. Ces séquelles résultent de la faute commise par le CHRU de Lille. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en fixant à 1 500 euros la somme destinée à le réparer, après application du taux de perte de chance précédemment mentionné, par référence au barème de l'ONIAM.
41. Il résulte de tout ce qui précède que le CHRU de Lille doit être condamné à payer à Mme A une somme de 151 698,17 euros (1 500 + 1 500 + 16 000 + 3 000 + 4 100 + 2 919,38 + 86 776,60 + 22 073,38 + 13 828,81). La caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai ne sollicitant qu'une indemnisation à hauteur d'une somme totale de 160 072,55 euros, après déduction d'un acompte de 25 015,18 euros qu'elle reconnaît avoir reçu, le CHRU de Lille sera condamné à lui verser la somme de 160 072,55 euros. La SHAM, assureur de cet établissement public hospitalier, sera condamnée solidairement au paiement de ces sommes.
Sur les intérêts :
42. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
43. En premier lieu, si Mme A sollicite que les sommes accordées portent intérêts à compter du 16 septembre 2020, elle ne justifie pas, par les pièces qu'elle produit, que le CHRU de Lille aurait reçu une demande préalable à cette date, ce alors qu'elle justifie d'une demande indemnitaire préalable par courrier du 28 septembre 2020, nécessairement reçu postérieurement à cette date. La somme allouée à Mme A sera donc assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 septembre 2020, date d'enregistrement de la requête au greffe.
44. En second lieu, la somme allouée à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai sera assortie des intérêts au taux légal à compter du 8 avril 2021, date d'enregistrement de son premier mémoire. Il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts présentée par la caisse primaire d'assurance maladie à compter du 8 avril 2022, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur la déclaration de jugement commun :
45. Aux termes des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () L'intéressé ou ses ayants droit doivent indiquer, en tout état de la procédure, la qualité d'assuré social de la victime de l'accident ainsi que les caisses de sécurité sociale auxquelles celle-ci est ou était affiliée pour les divers risques. Ils doivent appeler ces caisses en déclaration de jugement commun ou réciproquement. A défaut du respect de l'une de ces obligations, la nullité du jugement sur le fond pourra être demandée pendant deux ans, à compter de la date à partir de laquelle ledit jugement est devenu définitif, soit à la requête du ministère public, soit à la demande des caisses de sécurité sociale intéressées ou du tiers responsable, lorsque ces derniers y auront intérêt () ". Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que la caisse doit être appelée en déclaration de jugement commun dans l'instance ouverte par la victime contre le tiers responsable, le juge étant, le cas échéant, tenu de mettre en cause d'office la caisse si elle n'a pas été appelée en déclaration de jugement commun.
46. Il n'appartient pas au juge administratif de déclarer le présent jugement commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai, dont l'activité de recours contre tiers est exercé par la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing, qui a été régulièrement mise en cause dans la présente instance. Par suite, les conclusions, présentées par Mme A tendant à ce que le jugement soit déclaré commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai, doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
47. En premier lieu, il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023 ".
48. En application des dispositions précitées, il y a lieu de mettre à la charge du CHRU de Lille et de son assureur, la SHAM, le versement à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai de la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
49. En deuxième lieu, aucun dépens n'a été engagé dans la présente instance ; les conclusions présentées à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
50. Enfin, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du CHRU de Lille et de son assureur, la SHAM, une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par Mme A et non compris dans les dépens, ainsi qu'une somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille et son assureur, la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles, sont condamnés solidairement à verser à Mme A la somme de 151 698,17 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 29 septembre 2020.
Article 2 : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille et son assureur, la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles, sont condamnés solidairement à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai la somme de 160 072,55 euros, déduction déjà faite de l'acompte qu'elle a perçu, avec intérêts au taux légal à compter du 8 avril 2021. Les intérêts échus à la date du 8 avril 2022 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille et son assureur, la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles, verseront solidairement à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 4 : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille et son assureur, la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles, verseront solidairement à Mme A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille et son assureur, la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles, verseront solidairement à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, au centre hospitalier régional universitaire de Lille, à la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles et à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai.
Copie en sera adressée à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Lançon, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.
Le rapporteur,
signé
V. FOUGERES
Le président,
signé
J-M. RIOULa greffière,
signé
I. BAUDRY
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026