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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2006938

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2006938

vendredi 10 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2006938
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantLES AVOCATS DU CROISE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 août 2020 auprès du greffe du tribunal administratif de Paris et renvoyée au tribunal administratif de Lille par une ordonnance de renvoi du

30 septembre 2020, la société à responsabilité limitée Mutations Consultants, M. C F, Mme D H et M. A G, représentés par Me Deramaut, doivent être regardés comme demandant au tribunal d'annuler la décision du 11 mai 2020 par laquelle la Commission nationale des sanctions a prononcé, à l'encontre de la société Mutations Consultants une interdiction temporaire d'exercer son activité pour une durée de trois mois avec sursis et une sanction pécuniaire de 2 000 euros, à l'encontre de M. F un avertissement ainsi qu'une sanction pécuniaire de 1 000 euros, à l'encontre de Mme H un avertissement, et a ordonné sa publication au Journal de l'Agence, aux frais de la société.

Ils soutiennent que :

- le manquement à l'obligation de déclarer ses soupçons n'est pas établi ;

- en ce qui concerne les autres manquements reprochés, la Commission nationale des sanctions a commis une erreur manifeste d'appréciation en tant que les sanctions sont disproportionnées dès lors que les manquements relevés ne procèdent pas de faits volontaires, qu'ils concernent des dossiers anciens et des sociétés étrangères ne faisant l'objet d'aucune procédure judiciaire et respectant leurs obligations sociales et fiscales, que les manquements ont été régularisés immédiatement à l'issue du contrôle et qu'il s'agit des premiers manquements commis ;

- la sanction pécuniaire à l'encontre de M. F est entachée d'une erreur de droit dès lors que Mme H, co-gérante comme M. F, s'est seulement vue prononcer un avertissement.

Par un mémoire enregistré le 13 septembre 2021, le président de la Commission nationale des sanctions conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- le manquement à l'obligation de déclarer ses soupçons doit être fondé, par une substitution de base légale, sur les dispositions du II de l'article L. 561-15 du code monétaire et financier et du 10° du II de l'article D. 561-32-1 du même code, en tant que la société n'a pas déclaré ses soupçons sur une opération dont elle soupçonnait ou avait de bonnes raisons de soupçonner qu'elle n'avait aucune cause juridique ou économique apparente ;

- les autres moyens de la requête sont infondés.

En application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, la clôture d'instruction a été fixée le 4 avril 2022 par une ordonnance du même jour.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code monétaire et financier ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. Quint, rapporteur public,

- les observations de Me Deramaut ;

- la Commission nationale des sanctions n'étant ni présente, ni représentée.

Considérant ce qui suit :

1. La société Mutations Consultants qui dispose d'un agrément pour l'activité de domiciliation en France de sociétés étrangères délivré par le préfet du Nord le 10 octobre 2012 pour une durée de six ans, a fait l'objet d'un contrôle de la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) le 19 avril 2018 en vue de vérifier le respect des obligations relatives à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Par une lettre du 26 novembre 2018, le ministre de l'économie et des finances a saisi la Commission nationale des sanctions, en application de l'article L. 561-38 du code monétaire et financier, à la suite du rapport d'intervention de l'agent de contrôle de la DGCCRF du 10 octobre 2018. Par des lettres datées du 13 juillet 2019, reçues le 22 juillet 2019, la Commission nationale des sanctions a informé la société et ses trois co-gérants, M. C F, Mme D H et M. A G, des griefs qui leur étaient reprochés, de leur possibilité de faire parvenir leurs observations dans un délai de trente jours et de consulter leur dossier, avec l'assistance ou la représentation de toute personne de leur choix.

M. F, Mme H et M. G ont formulé des observations par lettres des

21 août 2019, 20 septembre 2019 et 28 novembre 2019. Ils ont été convoqués, par lettre du

19 novembre 2019, reçue le 22 novembre 2019, à la séance de la Commission nationale des sanctions du 18 décembre 2019. Par une décision du 11 mai 2020, la Commission nationale des sanctions a prononcé à l'encontre de la société Mutations Consultants une interdiction temporaire d'exercer son activité pour une durée de trois mois avec sursis et une sanction pécuniaire de 2 000 euros, à l'encontre de M. F un avertissement ainsi qu'une sanction pécuniaire de 1 000 euros, à l'encontre de Mme H un avertissement, et a ordonné sa publication au Journal de l'Agence, aux frais de la société. Par la requête susvisée, les requérants doivent être regardés comme demandant au tribunal d'annuler la décision précitée de la Commission nationale des sanctions du 11 mai 2020.

Sur le manquement à l'obligation prévue par l'article L. 561-15 du code monétaire et financier :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 561-2 du code monétaire et financier : " Sont assujettis aux obligations prévues par les dispositions des sections 2 à 7 du présent chapitre : / () / 12° Les experts-comptables, les salariés autorisés à exercer la profession d'expert-comptable en application des articles 83 ter et 83 quater de l'ordonnance n° 45-2138 du

19 septembre 1945 portant institution de l'ordre des experts-comptables et réglementant les titres et la profession d'expert-comptable ; / () / 15° Les personnes exerçant l'activité de domiciliation mentionnée aux articles L. 123-11-2 et suivants du code de commerce ; / () ". En outre, selon l'article L. 561-15 du même code : " I. - Les personnes mentionnées à l'article L. 561-2 sont tenues, dans les conditions fixées par le présent chapitre, de déclarer au service mentionné à l'article L. 561-23 les sommes inscrites dans leurs livres ou les opérations portant sur des sommes dont elles savent, soupçonnent ou ont de bonnes raisons de soupçonner qu'elles proviennent d'une infraction passible d'une peine privative de liberté supérieure à un an ou sont liées au financement du terrorisme. / II. - Par dérogation au I, les personnes mentionnées à l'article L. 561-2 déclarent au service mentionné à l'article L. 561-23 les sommes ou opérations dont ils savent, soupçonnent ou ont de bonnes raisons de soupçonner qu'elles proviennent d'une fraude fiscale lorsqu'il y a présence d'au moins un critère défini par décret. / () ". Aux termes de l'article L. 561-23 du même code : " I - Une cellule de renseignement financier nationale exerce les attributions prévues au présent chapitre. Elle est composée d'agents spécialement habilités par le ministre chargé de l'économie. Les conditions de cette habilitation ainsi que l'organisation et les modalités de fonctionnement de ce service sont définies par décret. / II. - Le service mentionné au I reçoit les déclarations prévues à l'article L. 561-15 et les informations mentionnées aux articles L. 561-15-1, L. 561-25, L. 561-25-1, L. 561-27, L. 561-28 et L. 561-29. / () ". L'article D. 561-32-1 du même code dispose : " I. - La déclaration prévue au II de l'article L. 561-15 du code monétaire et financier est effectuée par les personnes mentionnées à l'article L. 561-2 du même code en fonction de la spécificité de leur profession, conformément aux obligations de vigilance exercées sur leur clientèle et au regard des pièces et documents qu'elles réunissent à cet effet. / II. - Les critères mentionnés au II de l'article L. 561-15 sont les suivants : / () / 10° Les opérations financières internationales sans cause juridique ou économique apparente se limitant le plus souvent à de simples transits de fonds en provenance ou à destination de l'étranger notamment lorsqu'elles sont réalisées avec des Etats ou des territoires visés au 1° ; / () ".

3. D'autre part, aux termes de l'article L. 561-36 du code monétaire et financier, dans sa version applicable à la date du contrôle : " I. Le contrôle du respect, par les personnes mentionnées à l'article L. 561-2, des obligations prévues aux chapitres Ier et II du présent titre et, le cas échéant, le pouvoir de sanction en cas de non-respect de celles-ci sont assurés : / () / 14° Par l'autorité administrative compétente telle que désignée par décret en Conseil d'Etat en application de l'article L. 561-36-2, pour les personnes mentionnées aux 8°, 9°, 9 bis, 11° et 15° de l'article L. 561-2 ; / () ". Aux termes de l'article L. 561-36-2 du même code : " I. - Le contrôle des obligations prévues par les dispositions des chapitres Ier et II du présent titre est exercé sur les personnes mentionnées aux 8°, 9° et 15° de l'article L. 561-2 par des inspections conduites par l'autorité administrative désignée par décret en Conseil d'Etat. / Les inspections sont réalisées par des inspecteurs spécialement habilités par l'autorité administrative. / Sans que le secret professionnel leur soit opposable, les inspecteurs peuvent demander aux personnes contrôlées communication de tout document quel qu'en soit le support et en obtenir copie, ainsi que tout renseignement ou justification nécessaire à l'exercice de leur mission. / () / II. - L'autorité administrative chargée de l'inspection des personnes mentionnées aux 8°, 11° et 15° de l'article L. 561-2 du présent code assure le contrôle du respect des obligations prévues aux chapitres Ier et II du présent titre dans les conditions prévues au titre V du livre IV du code de commerce. / () ". L'article L. 450-2 du code de commerce dispose : " Les enquêtes donnent lieu à l'établissement de procès-verbaux et, le cas échéant, de rapports. / Les procès-verbaux sont transmis à l'autorité compétente. Copie en est transmise aux personnes intéressées. Ils font foi jusqu'à preuve contraire. ". Selon l'article L. 450-3 du code de commerce : " () / Les agents peuvent exiger la communication et obtenir ou prendre copie, par tout moyen et sur tout support, des livres, factures et autres documents professionnels de toute nature, entre quelques mains qu'ils se trouvent, propres à faciliter l'accomplissement de leur mission. Ils peuvent exiger la mise à leur disposition des moyens indispensables pour effectuer leurs vérifications. Ils peuvent également recueillir, sur place ou sur convocation, tout renseignement, document ou toute justification nécessaire au contrôle. / () ".

4. Lorsque le juge de plein contentieux, saisi d'une demande tendant à l'annulation d'une sanction administrative, constate que la décision aurait pu être prise, en vertu du même pouvoir d'appréciation, sur le fondement d'un autre texte que celui dont la méconnaissance est invoquée, il peut, le cas échéant d'office, substituer ce fondement à celui qui a servi de base légale à la décision attaquée, sous réserve que l'intéressé ait disposé des garanties dont est assortie l'application du texte sur le fondement duquel la décision aurait dû être fondée.

5. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'intervention du 10 octobre 2018 de l'inspecteur de la DGCCRF ayant procédé au contrôle de la société Mutations Consultants que celui-ci relevait : " quelques années avant le contrôle, la société Mutations Consultants a été contactée par un établissement chypriote ou maltais désireux d'acheter de la bière en Belgique pour la revendre au Royaume-Uni via le port de Calais. Cette structure souhaitait être domiciliée à l'une des deux adresses du domiciliataire. / Selon Monsieur C F, cette situation pourrait relever de l'opération décrite au 10° de l'article D. 561-32-1 du code monétaire et financier (opérations financières internationales sans cause juridique ou économique apparente) ou d'une intention de blanchiment de capitaux en profitant de la différence de taxation. Aussi, le domiciliataire n'a pas accepté de domicilier l'établissement maltais ou chypriote et n'a pas cherché à avoir plus de renseignements sur son activité réelle et son identité précise. Néanmoins, aucune déclaration de soupçon n'avait été faite, bien que Mutations Consultants disposait de quelques éléments d'identification (échange téléphonique et messages électroniques) et soupçonnait un blanchiment de capitaux ". En outre, il ressort du procès-verbal de déclaration et de prise de copie de documents, faisant foi jusqu'à preuve du contraire, établi le 19 avril 2018 et contresigné par M. F, que ce dernier a reconnu " refuser d'héberger des sociétés dont l'activité repose sur la revente de bières au Royaume-Uni (bières achetées en Belgique et revendues via Calais - la dernière demande concernait d'ailleurs une société établie à Malte ou à Chypre) et les associations " et répondait à la question du respect de l'obligation prévue par l'article L. 561-15 du code monétaire et financier citée au point 2 " nous ne contractualisons pas avec un prospect suspect. Par contre, jusqu'à ce jour, aucune déclaration à TRACFIN n'est réalisée dans ce cas ". Enfin, par sa lettre d'observations du 20 septembre 2020, la société Mutations Consultants, représentée par M. F en sa qualité de gérant, confirmait ne pas avoir effectué de déclaration à Tracfin en méconnaissance des dispositions de l'article L. 561-15 du code monétaire et financier " dans le seul et unique cas que nous avons exposé au contrôle " faisant référence à " cette entreprise candidate à la domiciliation que nous avons refusée ". Ainsi, la société Mutations Consultants et M. F avaient des soupçons quant à l'existence d'une opération n'ayant aucune cause juridique ou économique apparente au sens du 10° du II de l'article D. 561-32-1 du code monétaire et financier, sans en faire la déclaration auprès de la cellule de renseignement financier nationale, en méconnaissance des dispositions du II de l'article L. 561-15 du même code. La circonstance que la société RFN, société d'expertise comptable distincte de la société mise en cause et responsable du respect des obligations édictées pour la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, en ce qui la concerne, en application du 12° de l'article L. 561-2 du code monétaire et financier cité au point 2, ait procédé à des déclarations auprès de Tracfin antérieurement au contrôle étant sans incidence sur la matérialité du manquement en cause par la société Mutations Consultants. Il y a donc lieu d'accueillir la demande de substitution de base légale formulée par le président de la Commission nationale des sanctions dans son mémoire en défense enregistré le 13 septembre 2021, qui ne prive les requérants d'aucune des garanties attachées au nouveau fondement légal et sur laquelle elle a été mise en mesure de présenter utilement ses observations. Par suite, le moyen doit être écarté.

Sur le caractère disproportionné des sanctions :

6. Aux termes de l'article L. 561-37 du code monétaire et financier dans sa version applicable à la date de la décision contestée : " Tout manquement aux dispositions des sections 3,4,5 et 6 du présent chapitre par les personnes mentionnées aux 8°, 9°, 9° bis, 10°, 11°, 14°, 15° et 16° de l'article L. 561-2 peut donner lieu aux sanctions prévues par l'article L. 561-40. ". Aux termes de l'article L. 561-40 de ce code : " I. La Commission nationale des sanctions peut prononcer l'une des sanctions administratives suivantes : / 1° L'avertissement ; / 2° Le blâme ; / 3° L'interdiction temporaire d'exercice de l'activité ou d'exercice de responsabilités dirigeantes au sein d'une personne morale exerçant cette activité pour une durée n'excédant pas cinq ans ; / 4° Le retrait d'agrément ou de la carte professionnelle. / La sanction prévue au 3° peut être assortie du sursis. Si, dans le délai de cinq ans à compter du prononcé de la sanction, la personne sanctionnée commet une infraction ou une faute entraînant le prononcé d'une nouvelle sanction, celle-ci entraîne, sauf décision motivée, l'exécution de la première sanction sans confusion possible avec la seconde. / La commission peut prononcer, soit à la place, soit en sus de ces sanctions, une sanction pécuniaire dont le montant ne peut être supérieur à cinq millions d'euros ou, lorsque l'avantage retiré du manquement peut être déterminé, au double de ce dernier. Les sommes sont recouvrées par le Trésor public. / () / II. - Le montant et le type de la sanction infligée au titre du présent article sont fixés en tenant compte, notamment, le cas échéant : / 1° De la gravité et de la durée des manquements ; / 2° Du degré de responsabilité de l'auteur des manquements, de sa situation financière, de l'importance des gains qu'il a obtenus ou des pertes qu'il a évitées, de son degré de coopération lors du contrôle et de la procédure devant la commission ainsi que des manquements qu'il a précédemment commis ; / 3° S'ils peuvent être déterminés, des préjudices subis par des tiers du fait des manquements. / III. - Dans les conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, la décision de la commission, le cas échéant le recours contre cette décision, l'issue du recours, la décision d'annulation d'une sanction précédemment imposée sont rendus publiques dans les publications, journaux ou supports désignés par la commission dans un format proportionné à la faute commise et à la sanction infligée. Les frais sont supportés par les personnes sanctionnées. / Toutefois, les décisions de la commission sont publiées de manière anonyme dans les cas suivants : / 1° Lorsque la publication sous une forme non anonyme compromettrait une enquête pénale en cours ; / 2° Lorsqu'il ressort d'éléments objectifs et vérifiables fournis par la personne sanctionnée que le préjudice qui résulterait pour elle d'une publication sous une forme non anonyme serait disproportionné. / () ".

7. Les dispositions de l'article L. 561-40 du code monétaire et financier cité au point précédent n'implique en rien qu'une infraction qui aurait cessé à la date où la commission nationale des sanctions prend sa décision ne puisse faire l'objet d'une sanction. En revanche, il est loisible à cette commission de prendre en compte d'éventuelles évolutions intervenues entre la date où des manquements ont été constatés et la date où elle se prononce.

8. En l'espèce, la Commission nationale des sanctions a considéré qu'étaient matériellement établis les manquements à l'obligation d'identifier et de vérifier les clients et bénéficiaires effectifs de la relation d'affaires prévue par les articles L. 561-5, I, alinéa 1er, R. 561-5 et R. 561-11 du code monétaire et financier, avant d'entrer en relation d'affaires, à l'obligation de recueillir des informations sur la relation d'affaires prévue par les articles L. 561-6 et R. 561-12 du même code, à l'obligation de renforcer l'intensité des mesures prises prévues aux articles L. 561-5 et L. 561-6 précités ou de procéder à un examen renforcé à l'égard des clients prévue par l'article L. 561-10-2 du code monétaire et financier, à l'obligation de formation et d'information régulières du personnel en vue du respect des obligations découlant du dispositif de lutte contre le blanchiment des capitaux et le financement du terrorisme, prévue par l'article L. 561-34 du même code. Les requérants ne contestent pas la matérialité des manquements ainsi retenus. En outre, il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 5 que c'est à bon droit que la Commission nationale des sanctions a considéré qu'avaient été méconnues les dispositions du II de l'article L. 561-15 du code monétaire et financier.

9. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les manquements précités ont été constatés sur la base d'un échantillon de 40 dossiers sur 267 établissements domiciliés soit près de 15 %. Sur ces quarante dossiers vérifiés, étaient manquants un contrat de domiciliation, onze justificatifs du lieu de détention de la comptabilité, six pièces d'identité - sept étant périmées, l'extrait K-Bis et les statuts pour deux sociétés, le seul extrait K-Bis pour une autre, le justificatif de domicile pour 21 sociétés. L'agent de contrôle de la DGCCRF a également procédé à la vérification de douze dossiers propres à la seule activité de domiciliation, ne faisant pas l'objet d'une expertise comptable, dont il ressortait qu'étaient manquants : onze justificatifs du lieu de détention de la comptabilité (91 % des dossiers), cinq pièces d'identité - trois étant périmées (66%), pour deux sociétés l'extrait K-Bis et les statuts, pour une société les statuts, pour une société l'extrait K-Bis, et enfin pour dix sociétés le justificatif de domicile (83 %).

10. Si les requérants font valoir qu'il s'agit de premiers manquements et de leur caractère involontaire, il reste que ces manquements sont nombreux et il résulte de l'instruction, en particulier du procès-verbal de déclaration dressé par l'inspecteur de la DGCCRF le

19 avril 2018, contresigné par M. F, que ce dernier avait connaissance des obligations en matière de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme au travers de l'activité d'expertise comptable de la société RFN, appartenant au même groupe que la société Mutations Consultants, et qu'un protocole écrit permettant l'évaluation des risques n'avait été mis en place qu'au sein de la société RFN, non de la société Mutations Consultants. En outre, si les requérants font valoir que, postérieurement au contrôle, la société Mutations Consultants a mis en place un outil de vérification sous la forme d'une fiche de vérification systématique des dossiers ainsi qu'une fiche d'examen, lesquelles sont par ailleurs identiques, il ressort des termes même de la décision attaquée que la Commission nationale des sanctions a pris en considération les régularisations auxquelles la société avait indiqué avoir procédé dans sa lettre d'observations du 20 septembre 2019 et consistant en la demande des pièces manquantes aux dossiers auprès des sociétés étrangères concernées et la mise en place d'un manuel d'organisation, auquel renvoient les fiches dont se prévalent les requérants, ainsi que d'une grille d'évaluation des risques spécifiquement pour l'activité de domiciliation.

11. En deuxième lieu, la Commission nationale des sanctions a pris en compte le degré de responsabilité des gérants de la société mise en cause dans la réalisation des irrégularités constatées et a individualisé les sanctions prononcées, M. F faisant l'objet d'un avertissement et d'une sanction pécuniaire, Mme H d'un avertissement et M. G n'ayant pas été sanctionné.

12. En troisième lieu, la Commission nationale des sanctions a prononcé à l'encontre de la société Mutations Consultants une interdiction d'exercice de trois mois quand le maximum est fixé à cinq mois par les dispositions de l'article L. 561-40 du code monétaire et financier cité au point 6, à laquelle elle a assorti un sursis. En outre, la Commission nationale des sanctions a également prononcé une sanction pécuniaire de 2 000 euros à l'encontre de la société représentant 0, 70 % de son chiffre d'affaires au titre de l'exercice 2016-2017 de 286 099 euros, tel que mentionné par les requérants, alors que le maximum prévu par l'article L. 561-40 du code monétaire et financier précité est de 5 millions d'euros. M. F s'est vu infliger une sanction pécuniaire de 1 000 euros qui n'apparaît pas disproportionnée eu égard à son implication dans la gestion de la société et la réalisation des manquements. Par ailleurs, il ne fait valoir aucun élément quant à sa situation financière personnelle qui justifierait qu'une sanction pécuniaire d'un plus faible montant fût appliquée.

13. En quatrième lieu, la circonstance que la société se soit affiliée au syndicat national des professionnels de l'hébergement d'entreprise Synaphe est sans incidence sur l'appréciation du caractère disproportionné des sanctions contestées, de même que les circonstances que la société ait procédé à des déclarations auprès de Tracfin dont l'objet n'est pas précisé, que les sociétés étrangères dont les dossiers étaient irréguliers n'aient pas fait l'objet de procédure judiciaire, et que les irrégularités relevées concernent, à supposer que cela soit établi, des dossiers antérieurs à la réglementation dont la méconnaissance a été sanctionnée. Par ailleurs, la pièce 7 de la requête porte sur des formations de membres du personnel de la société RFN, société d'expertise comptable, et non de la société Mutations Consultants qui exerce une activité de domiciliation.

14. Il résulte de ce qui a été dit aux points 8 à 13, qu'eu égard à la multiplicité des manquements constatés et à leur nature, les sanctions prononcées par la Commission nationale des sanctions tant à l'encontre de la société que de ses co-gérants, n'apparaissent pas disproportionnées.

15. En cinquième lieu, la publication des sanctions décidées par décision du

11 mai 2020 de la Commission nationale des sanctions au Journal de l'Agence dans les termes qu'elle fixe n'apparaît pas disproportionnée au regard, d'une part, du nombre et de la nature des manquements constatés, d'autre part, de son caractère anonyme ne citant ni la société ni ses gérants.

16. En sixième lieu, les requérants soutiennent que la sanction pécuniaire infligée à M. F est injustifiée dès lors que Mme H s'est seulement vue prononcer un avertissement.

17. Il ressort des termes du II de l'article L. 561-40 du code monétaire et financier cité au point 6 que pour infliger des sanctions en raison des manquements aux obligations de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme, la Commission nationale des sanctions est tenue de prendre en considération notamment le degré de responsabilité de l'auteur du manquement et qu'il lui revient de procéder à l'individualisation des sanctions. Aussi, en sanctionnant différemment la société Mutations Consultants, M. F et Mme H, la Commission nationale des sanctions n'a pas commis d'erreur de droit et le moyen doit être écarté.

18. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 18, et sans besoin qu'il soit besoin d'examiner la recevabilité de la requête, que la société Mutations Consultants, M. F,

Mme H et M. G ne sont pas fondés à demander l'annulation de la décision du 11 mai 2020 par laquelle la Commission nationale des sanctions a prononcé des sanctions à leur encontre. Par suite, leurs conclusions à fin d'annulation doivent être rejetées.

DECIDE :

Article 1er : La requête de la société Mutations Consultants, M. F, Mme H et M. G est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Mutations Consultants, M. C F, Mme D H et M. A G et au président de la Commission nationale des sanctions.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Paganel, président de la formation de jugement,

- M. Lemaire, président,

- Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 février 2023.

La rapporteure,

Signé

L-J. B

Le président,

Signé

M. E

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

No 2006938

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TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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