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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2007001

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2007001

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2007001
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire complémentaire, enregistrés les 2 octobre 2020 et 4 février 2021, M. A C, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 20 000 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de sa réclamation préalable et de la capitalisation des intérêts, en réparation du préjudice subi du fait de l'illégalité de l'arrêté du 22 juin 2018 pris à son encontre par le préfet du Nord ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- le préfet du Nord, en édictant l'arrêté du 22 juin 2018 portant refus de séjour et obligation de quitter le territoire français dont l'illégalité a été définitivement reconnue par jugement du 16 mai 2019 du tribunal administratif de Lille, a commis une faute de nature à engager sa responsabilité ;

- du fait de cette faute, il a subi tant un préjudice moral que des troubles dans ses conditions d'existence, chacun de ses deux chefs de préjudice pouvant être évalué à la somme de 10 000 euros.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. C par une décision du 24 août 2020.

La clôture de l'instruction a été fixée au 26 septembre 2022 à 23 h 59 par une ordonnance du 12 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fabre, président-rapporteur ;

- et les observations de Me Dewaele, représentant M. C.

Considérant ce qui suit :

Sur la responsabilité :

1. M. A C, ressortissant guinéen né le 3 mai 2000 à Conakry (Guinée), est entré en France, selon ses déclarations, le 14 juillet 2016, démuni de tout document de voyage. Par un jugement en date du 8 novembre 2016, le juge des enfants près le tribunal de grande instance de Lille a ordonné son placement à l'aide sociale à l'enfance du Nord jusqu'au 3 mai 2018. Par une ordonnance en date du 13 avril 2017, le juge des tutelles des mineurs près le même tribunal a ouvert la tutelle de l'intéressé et l'a déféré au président du conseil départemental du Nord aux fins de délégations au service de l'aide sociale à l'enfance. Le 8 mars 2018, M. C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour en raison de sa qualité de " mineur placé auprès de l'aide sociale à l'enfance - placement après l'âge de 16 ans ". Par un arrêté en date du 22 juin 2018, le préfet du Nord lui a refusé la délivrance d'un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par un jugement n° 1811407 du 16 mai 2019, devenu définitif, le tribunal administratif de Lille a annulé cet arrêté notamment au motif de l'erreur manifeste d'appréciation dans l'application des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et a enjoint audit préfet de lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification dudit jugement. L'illégalité ainsi commise est fautive et de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

Sur les préjudices :

2. Il résulte de l'instruction que, pendant la période courant de la notification de l'arrêté du 22 juin 2018 à la notification de la décision du 16 mai 2019 du tribunal administratif de Lille, M. C a connu une période d'anxiété et de stress du fait de la situation administrative dans laquelle il se trouvait et de la mesure d'éloignement dont il faisait l'objet. Par ailleurs, au moins jusqu'à ce qu'il soit pris en charge en internat grâce à l'aide d'une personne tierce, il a rencontré des difficultés au quotidien, notamment financières et pour son hébergement. M. B a ainsi subi un préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence qui peuvent être justement évalués à la somme de 2 000 euros.

3. Il résulte de ce qui vient d'être dit que l'Etat doit être condamné à verser à M. C la somme de 2 000 euros.

Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :

4. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de cette demande, les intérêts des sommes allouées par le juge sont dus à compter du jour où la demande de paiement du principal est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette somme, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

5. M. C a adressé au préfet du Nord une réclamation préalable indemnitaire qui a été reçue le 16 juin 2020, ainsi qu'en atteste le tampon de la préfecture figurant sur l'avis de réception de cette lettre, joint au dossier. M. C a ainsi droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 2 000 euros à compter du 16 juin 2020. Par ailleurs, la requête de M. C, sollicitant la capitalisation des intérêts, a été enregistrée au greffe du tribunal le 2 octobre 2020. A cette date, il n'était pas dû une année d'intérêts. Toutefois, en vertu des dispositions citées au point précédent, il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation de M. C à compter du 16 juin 2021, à minuit, date à laquelle il était due une année entière d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de celle-ci.

Sur les frais d'instance :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à Me Dewaele au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. C la somme de 2 000 euros en réparation du préjudice moral subi, assortie des intérêts au taux légal à compter du 16 juin 2020. Les intérêts échus à la date du 16 juin 2021, à minuit, puis à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates afin de produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : L'Etat versera à Me Dewaele la somme de 1 200 au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A C, au préfet du Nord et à Me Dewaele.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022 à laquelle siégeaient :

- M. Fabre, président,

- Mme Monteil, première conseillère,

- Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.

Le président-rapporteur,

Signé

X. FABREL'assesseur le plus ancien,

Signé

A.-L. MONTEIL

La greffière,

Signé

M. D

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

5

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