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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2007084

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2007084

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2007084
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 octobre 2020 et 15 février 2021, M. D B, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat à lui verser la somme de 11 506 euros en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du préfet du Nord du 29 août 2017 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, assortie des intérêts légaux courant à compter de la réception de sa demande préalable et de la capitalisation des intérêts ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- sa créance n'est pas prescrite ;

- l'illégalité entachant l'arrêté du 29 août 2017 est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;

- son préjudice moral et les troubles dans ses conditions d'existence en lien direct avec cette faute peuvent être évalués à la somme de 7 000 euros ;

- son préjudice financier en lien direct avec cette faute peut être évalué à la somme de 4 506 euros.

La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.

La clôture d'instruction a été fixée au 8 août 2022 à 12 h 00 par une ordonnance du 11 juillet 2022.

Des pièces, enregistrées le 4 novembre 2022, ont été produites pour M. B et communiquées en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative.

M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 24 août 2020.

Vu :

- les autres pièces du dossier ;

- le jugement de ce tribunal n° 1800753 du 10 juillet 2018.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme A,

- les observations de Me Dewaele, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. D B, ressortissant malien né le 16 juillet 1999 à Bamako (Mali), déclare être entré en France au cours de l'année 2015. Le 2 juin 2017, il a sollicité un titre de séjour en qualité de mineur placé auprès de l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize et dix-huit ans sur le fondement des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 29 août 2017, le préfet du Nord a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination de cette mesure d'éloignement. Par un jugement du 10 juillet 2018, le présent tribunal a annulé cet arrêté et enjoint la délivrance d'un titre de séjour. Le 26 mai 2020, M. B a saisi le préfet du Nord d'une demande indemnitaire préalable, que celui-ci a implicitement rejetée. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 11 506 euros au titre des préjudices subis du fait de cette illégalité.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat

2. Il résulte de l'instruction que, pour annuler l'arrêté du 29 août 2017 par lequel le préfet du Nord a rejeté la demande de titre de séjour présentée par M. B et l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours, le présent tribunal a retenu l'erreur manifeste d'appréciation commise par ce préfet du Nord dans l'application des dispositions de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dont était entachée la décision portant refus de séjour avant d'annuler, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire sous trente jours et fixation du pays de destination. Eu égard à l'autorité de chose jugée s'attachant aux motifs constituant le support nécessaire du dispositif de ce jugement, M. B est fondé à soutenir que l'illégalité de l'arrêté du 29 août 2017 constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.

En ce qui concerne la réparation :

S'agissant du préjudice matériel :

3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. B a bénéficié du 16 juillet au 30 septembre 2017 d'une prise en charge dans le cadre du dispositif d'accueil provisoire jeune majeur du département du Nord et qu'il a bénéficié à ce titre d'une allocation de 350 euros pour le mois de juillet 2017 puis d'une somme de 562 euros au mois d'aout et au mois de septembre. Il a ensuite demandé à bénéficier du dispositif d'entrée dans la vie d'adulte qui lui a été refusé par le président du conseil départemental du Nord au motif de l'adoption par le préfet du Nord de la décision illégale du 29 août 2017. Par ailleurs, il résulte de l'instruction que, sur injonction du juge des référés, ce Département a réexaminé la situation de l'intéressé et lui a accordé le bénéfice de ce dispositif à compter du mois de janvier 2018. Il en résulte que l'intéressé est fondé à se prévaloir de l'existence d'un préjudice financier certain et en lien direct avec la faute retenue. Il en sera fait une exacte appréciation en l'évaluant à la somme de 565 euros.

4. En second lieu, si le requérant soutient qu'il a en outre été privé de la possibilité de percevoir une aide personnalisée au logement en raison de cette décision illégale, il ne justifie en tout état de cause pas qu'il disposait alors d'un logement pour lequel il aurait été susceptible d'en bénéficier. Dans ces conditions, M. B n'établit pas l'existence d'un tel préjudice financier.

S'agissant du préjudice moral et des troubles dans les conditions d'existence :

5. M. B ne produit aucun élément, ni même de précision sur l'existence de problèmes de santé nécessitant une prise en charge médicale durant cette période. Par ailleurs, il n'établit pas davantage qu'il voyageait régulièrement hors de France avant la décision irrégulière ou qu'il ait dû annuler des projets de vacances. En revanche, il soutient avec suffisamment de précision et sans être au demeurant contesté en l'absence de tout mémoire en défense, avoir été contraint, en raison de l'irrégularité de sa situation administrative, de quitter le foyer au sein duquel il résidait jusqu'alors et de vivre dans la rue. Par ailleurs, cette situation dans laquelle il a été maintenu pendant plus de dix mois a inévitablement été génératrice d'incertitude et d'angoisse pour l'intéressé. Dès lors, il sera fait une juste appréciation de son préjudice moral ainsi que des troubles dans ses conditions d'existence en les évaluant à la somme de 2 000 euros.

6. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à M. B, en réparation de ses préjudices, la somme totale de 2 565 euros.

S'agissant des intérêts et de la capitalisation des intérêts :

7. M. B a droit, ainsi qu'il le demande, aux intérêts au taux légal sur la somme de 2 565 euros à compter de la date de réception de sa demande préalable par le préfet du Nord, soit le 26 mai 2020.

8. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 6 octobre 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 26 mai 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

9. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. En conséquence, son conseil peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dewaele, conseil de M. C, d'une somme de 1 200 euros, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B la somme de 2 565 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 26 mai 2020. Les intérêts échus à la date du 26 mai 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : L'Etat versera à Me Dewaele, conseil de M. B, une somme de 1 200 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, à Me Dewaele et au préfet du Nord.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur.

Délibéré après l'audience du 29 novembre 2022, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

Mme Piou, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.

La rapporteure,

Signé

C. A

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

M. NICODEME

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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