mardi 23 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2007148 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | ERNST & YOUNG SOCIÉTÉ D'AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés le 8 octobre 2020 et le 5 mai 2022, la SARL Indigo, représentée par Me Ihou, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner l'établissement public Lille Métropole Habitat à lui payer le solde du lot n° 5 " Peinture-sols souples " du marché de construction de soixante-huit logements collectifs et individuels à Templemars dont elle était titulaire, soit 127 279, 24 euros au titre de la tranche ferme et 12 850 euros au titre de la tranche conditionnelle ;
2°) de condamner Lille Métropole Habitat à lui verser la somme de 60 000 euros en réparation des préjudices qu'elle a subis du fait de la résiliation illégale de ce marché ;
3°) de mettre à la charge de Lille Métropole Habitat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle est fondée à demander l'indemnisation de son préjudice compte tenu des manquements du maître d'ouvrage, soit 60 000 euros en raison de son éviction irrégulière mal fondée et non motivée du marché ;
- le recours qu'elle forme contre la régularité de la résiliation du marché dont elle était titulaire n'est pas tardif dès lors qu'elle a transmis un mémoire en réclamation le 10 avril 2020, dont le rejet lui a été notifié le 4 juin 2020 ;
- si ce mémoire en réclamation ne comprend pas les réclamations concernant les sommes dues au titre de la tranche conditionnelle du marché, elle n'avait pas à le faire dès lors que le maître d'ouvrage avait reconnu le bien-fondé des sommes réclamées par son courrier du 7 octobre 2019 ; en tout état de cause, Lille Métropole Habitat n'a pas réglé ces sommes et elle est fondée à en solliciter le règlement ;
- Lille Métropole Habitat n'a pas établi de décompte de liquidation du marché et elle demande au tribunal l'établissement de ce décompte, les sommes comprises dans les décomptes finaux transmis le 24 juillet 2019 au maître d'ouvrage et reprises dans le mémoire en réclamation du 10 avril 2020 devant être retenues comme bases de calcul ;
- elle réclame les sommes correspondant aux travaux réalisés avant la résiliation du marché, qui ne lui ont pas encore été payées ; ces créances ne sont pas prescrites ;
- elle est fondée à demander la condamnation de Lille Métropole Habitat à lui verser 60 000 euros de dommages et intérêts en raison de l'illégalité de la décision de résiliation.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 juillet 2021, Lille Métropole Habitat, représenté par Me Dagostino, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société requérante d'une somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- les différents manquements de la société Indigo dans la réalisation du marché de travaux a rendu nécessaire une résiliation du marché aux frais et risques du titulaire, conformément à la procédure de l'article 48 du CCAG Travaux ; le marché dont la société requérante était titulaire n'a pas été réceptionné ;
- les demandes de la société requérante, fondées sur la contestation de la résiliation du marché, sont tardives et donc irrecevables ;
- les demandes de la société requérante au titre de la tranche conditionnelle du marché sont irrecevables dès lors que le mémoire en réclamation, daté du 20 avril 2020, comporte uniquement des réclamations sur la tranche ferme de ce même marché ;
- la société requérante n'a pas sollicité l'établissement public du décompte de liquidation du marché avant de présenter un mémoire en réclamation ;
- en tout état de cause il est établi qu'Indigo n'a pas réalisé l'ensemble des prestations qui lui avaient été confiées au titre du marché.
La clôture d'instruction a été fixée au 27 mai 2022 à 23 h 59 par une ordonnance du 5 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier ;
Vu :
- le code des marchés publics ;
- l'arrêté du 3 mars 2014 modifiant l'arrêté du 8 septembre 2009 portant approbation du cahier des clauses administratives générales applicables aux marchés publics de travaux ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Monteil,
- les conclusions de M. Even, rapporteur public ;
- les observations de Me Ihou, représentant la société Indigo ;
- et celles de Me Lienart, représentant Lille Métropole Habitat.
Considérant ce qui suit :
1. L'établissement public Lille Métropole Habitat a confié le lot n°5 " Peinture - sols souples " du marché de construction de soixante-huit logements collectifs et individuels de la zone " extension du centre bourg " à Templemars, dont il était maître d'ouvrage, à la société Indigo par un acte d'engagement en date du 2 mai 2016. Au vu du retard pris dans la réalisation des travaux et du manque de qualité du travail réalisé, Lille Métropole Habitat a notifié à la société Indigo sa décision de résilier le marché et de faire poursuivre les travaux par un autre prestataire à ses frais et risques par un courrier en date du 8 août 2018. Cette décision a été confirmée par un nouveau courrier en date du 3 octobre 2018. Par un courrier en date du 10 avril 2020, la société Indigo a adressé un mémoire en réclamation et un projet décompte général et définitif, qui a été explicitement rejeté par Lille Métropole Habitat par un courrier en date du 2 juin 2020, notifié le 4 juin 2020. Par la requête dont le tribunal est saisi, la société Indigo demande la condamnation de Lille Métropole Habitat à lui verser, d'une part, le solde du marché qu'elle fixe à 127 279, 24 euros au titre de la tranche ferme et 12 850 euros au titre de la tranche conditionnelle, et, d'autre part, 60 000 euros en réparation des préjudices qu'elle dit avoir subi du fait de la résiliation illégale de ce marché.
Sur les conclusions tendant au paiement du solde de la tranche conditionnelle du marché :
2. Aux termes de l'article 50.1 du CCAG-Travaux, dans sa version applicable au présent litige : " 50.1.1. Si un différend survient entre le titulaire et le maître d'œuvre, sous la forme de réserves faites à un ordre de service ou sous toute autre forme, ou entre le titulaire et le représentant du pouvoir adjudicateur, le titulaire rédige un mémoire en réclamation. / Dans son mémoire en réclamation, le titulaire expose les motifs de son différend, indique, le cas échéant, les montants de ses réclamations et fournit les justifications nécessaires correspondant à ces montants. Il transmet son mémoire au représentant du pouvoir adjudicateur et en adresse copie au maître d'œuvre. / Si la réclamation porte sur le décompte général du marché, ce mémoire est transmis dans le délai de trente jours à compter de la notification du décompte général. / Le mémoire reprend, sous peine de forclusion, les réclamations formulées antérieurement à la notification du décompte général et qui n'ont pas fait l'objet d'un règlement définitif. / 50.1.2. Après avis du maître d'œuvre, le représentant du pouvoir adjudicateur notifie au titulaire sa décision motivée dans un délai de trente jours à compter de la date de réception du mémoire en réclamation. / 50.1.3. L'absence de notification d'une décision dans ce délai équivaut à un rejet de la demande du titulaire " et aux termes de l'article 50.3.1 du même document : " A l'issue de la procédure décrite à l'article 50.1, si le titulaire saisit le tribunal administratif compétent, il ne peut porter devant cette juridiction que les chefs et motifs énoncés dans les mémoires en réclamation. "
3. La société Indigo a fait parvenir un mémoire en réclamation en date du 20 avril 2020 à Lille Métropole Habitat, qui concerne exclusivement la tranche ferme du marché dont elle était titulaire. Il suit de là que, faute de mémoire en réclamation présenté sur ce point, Lille Métropole Habitat est fondé à soutenir que les conclusions de la requête tendant, dans le cadre du règlement financier du marché, au versement d'une somme d'argent au titre de la tranche conditionnelle sont irrecevables. Dès lors, lesdites conclusions doivent être rejetées.
Sur le surplus des conclusions pécuniaires :
4. Aux termes de l'article 47.2.1 du cahier des clauses administratives générales applicable au marché en litige : " En cas de résiliation du marché, une liquidation des comptes est effectuée. Le décompte de liquidation du marché, qui se substitue au décompte général prévu à l'article 13.4.2, est arrêté par décision du représentant du pouvoir adjudicateur et notifié au titulaire ". Aux termes de l'article 47.2.3 de ce document : " Le décompte de liquidation est notifié au titulaire par le pouvoir adjudicateur, au plus tard deux mois suivant la date de signature du procès-verbal prévu à l'article 47.1.1. Cependant, lorsque le marché est résilié aux frais et risques du titulaire, le décompte de liquidation du marché résilié ne sera notifié au titulaire qu'après règlement définitif du nouveau marché passé pour l'achèvement des travaux. Dans ce cas, il peut être procédé à une liquidation provisoire du marché, dans le respect de la règlementation en vigueur ". Enfin, aux termes de l'article 48.4 dudit CCAG : " En cas de résiliation aux frais et risques du titulaire, les mesures prises en application de l'article 48.3 sont à la charge de celui-ci. Pour l'achèvement des travaux conformément à la réglementation en vigueur, il est passé un marché avec un autre entrepreneur. Ce marché de substitution est transmis pour information au titulaire défaillant. Par exception aux dispositions de l'article 13.4.2, le décompte général du marché résilié ne sera notifié au titulaire qu'après règlement définitif du nouveau marché passé pour l'achèvement des travaux ".
5. Il résulte de ces dispositions que le cocontractant de l'administration dont le marché a été résilié à ses frais et risques ne peut obtenir le décompte général de ce marché, en vue du règlement des sommes dues au titre des travaux exécutés, qu'après règlement définitif du nouveau marché passé pour l'achèvement des travaux.
6. Il résulte de l'instruction qu'en raison de retards et de défauts d'exécution dans les prestations fournies par la société Indigo dans le cadre du marché litigieux, qui sont notamment établis par deux procès-verbaux de constat établis par huissier les 2 août et 23 octobre 2018, Lille Métropole Habitat a notifié à la société requérante, par un courrier en date du 8 août 2018, sa décision de résilier le marché et de faire poursuivre, à ses frais et risques, les travaux par un autre prestataire. A cet égard, les seules circonstances que Lille Métropole Habitat ait adressé le 14 décembre 2017 les formulaires EXE 5 et EXE 8 non signés concernant la tranche conditionnelle du marché et que des opérations préalables à la réception aient été programmées en juillet 2018 ne signifient pas que le marché ait pu être réceptionné. La décision de résilier le marché, tant pour la tranche ferme que pour la tranche conditionnelle, a d'ailleurs été confirmée par un nouveau courrier en date du 3 octobre 2018. Lille Métropole Habitat a ensuite passé un marché de substitution avec la société Teffri pour terminer les prestations aux frais et risques de la société Indigo.
7. La société Indigo soutient que Lille Métropole Habitat lui serait toujours redevable de 127 279, 24 euros hors taxes (HT) au titre de la tranche ferme du lot n° 5 du marché de construction " Peinture-sols souples ". Cependant, d'une part, alors que la tranche ferme de ce marché lui avait été attribué pour un montant de 199 207 euros HT et qu'il résulte de l'instruction que Lille Métropole Habitat a déjà réglé 119 136, 86 euros HT à la société requérante, ainsi que 25 500 euros à son sous-traitant, la société Smart Decor, il ne resterait dû à la société Indigo, si celle-ci avait pleinement exécuté les prestations attendues, qu'un montant de 54 570, 14 euros HT. D'autre part, il résulte de l'instruction, et n'est d'ailleurs pas sérieusement contesté, que Lille Métropole Habitat a payé un montant de 64 487, 46 euros hors taxe pour la réalisation des prestations aux frais et risques de la société Indigo et qu'il a été appliqué à cette dernière la somme de 30 850 euros au titre des indemnités de retard. Par suite, alors que le total de ces sommes excède largement le montant maximal qui aurait pu être dû à la société Indigo si cette dernière avait réalisé l'intégralité des prestations prévues par la tranche ferme et alors que la requérante n'apporte aucun élément permettant tant de remettre en cause les constats de Lille Métropole Habitat démontrant l'absence d'exécution d'une part substantielle de ses obligations contractuelles que de démontrer que certaines des prestations réalisées n'auraient pas été réglées, elle n'est pas fondée à solliciter le paiement le solde du marché tel qu'elle l'établit.
8. Pour les mêmes motifs qu'énoncés au point 7, et alors que, en tout état de cause, la société requérante ne démontre pas qu'elle aurait subi un préjudice de nature à justifier la condamnation de Lille Métropole Habitat à lui verser 60 000 euros au titre de supposés dommages et intérêts, la société Indigo n'est pas fondée à solliciter le versement de cette somme.
9. Par suite, et sans qu'il soit besoin d'examiner la fin de non-recevoir opposée en défense, le surplus des conclusions pécuniaires présentées par la société requérante doit être rejeté.
Sur les frais d'instance :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de Lille Métropole Habitat, qui n'est pas partie perdante dans la présente instance, la somme que la société Indigo demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
11. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la société Indigo une somme de 2 000 euros à verser à Lille Métropole Habitat sur le même fondement.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la SARL Indigo est rejetée.
Article 2 : La SARL Indigo versera à Lille Métropole Habitat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SARL Indigo et à Lille Métropole Habitat.
Délibéré après l'audience du 19 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 janvier 2024.
La rapporteure,
Signé
A.-L. MONTEIL
Le président,
Signé
X. FABRE
Le greffier,
Signé
A. DEWIERE
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026