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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2007181

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2007181

lundi 20 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2007181
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP SHBK AVOCATS SEGARD BRIOUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 9 octobre 2020 et le 2 mai 2022, Mme B H, M. N F, Mme C F, Mme Q F, Mme M F et Mme D F, représentés par Me Emmanuel Riglaire, doivent être regardés comme demandant au tribunal de condamner solidairement le docteur K L et le centre hospitalier de Fourmies à leur verser la somme globale de 118 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de la prise en charge de Grégory F par cet établissement, après déduction des sommes qui leur ont déjà été versées à titre de provision, soit une somme globale de 50 000 euros.

Ils soutiennent que :

- leur créance n'est pas prescrite ;

- sur le principe de la responsabilité : le docteur L et le centre hospitalier de Fourmies ont commis une faute en raison d'une prise en charge non conforme aux données acquises de la science :

* du fait de la réalisation d'une ponction lombaire non précédée d'un scanner dans les 48 heures précédant et alors que le tableau clinique évoquait une hypertension intracrânienne, contre-indiquant une telle ponction ;

* du fait de l'erreur d'interprétation du scanner du 29 juin 2006 et de l'absence de remise en cause de cet examen par les différents praticiens ;

- sur les préjudices :

* leur préjudice d'affection doit être indemnisé à hauteur de 30 000 euros pour chacun de ses parents, 20 000 euros pour chacune de ses sœurs ;

* la somme de 27 000 euros doit être versée aux ayants droit au titre des souffrances endurées par Grégory F ;

* une indemnisation à hauteur de 1 000 euros permettra de couvrir les frais funéraires exposés.

Par un mémoire en défense, enregistré le 5 avril 2022, le centre hospitalier de Fourmies et le docteur K L, représentés par Me Segard, concluent :

1°) à titre principal, au rejet de la requête, à la condamnation des requérants à rembourser au centre hospitalier de Fourmies la provision de 50 000 euros versée et à la mise à leur charge de la somme de 1 000 euros, au profit du centre hospitalier de Fourmies, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative ;

2°) à titre subsidiaire, à la limitation des conclusions indemnitaires présentées par les requérants à hauteur de la somme globale de 31 500 euros, somme de laquelle il conviendra de déduire la somme de 50 000 euros allouée à ces derniers à titre de provision, à la condamnation des requérants à rembourser le trop-perçu et à la limitation à 1 500 euros de la somme sollicitée par les requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la créance des requérants est prescrite ;

- les fautes sont, compte tenu de l'existence d'une tumeur cérébrale, à l'origine d'une perte de chance de 50 % ;

- les sommes sollicitées devront être diminuées à hauteur de la perte de chance de 50 %.

Par un mémoire enregistré le 6 mai 2022, la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut a indiqué ne pas avoir de créance à faire valoir.

Par ordonnance du 2 mai 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 3 juin 2022.

Les parties ont été informées le 9 décembre 2022, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur le moyen relevé d'office tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour se prononcer sur la responsabilité personnelle du docteur L.

Un mémoire, présenté pour les requérants, a été enregistré le 15 décembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- la loi n°68-1250 du 31 décembre 1968 ;

- la loi n°2016-41 du 26 janvier 2016 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. G,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,

- et les observations de Me Chochois, substituant Me Segard, représentant le centre hospitalier de Fourmies et le docteur L.

Considérant ce qui suit :

1. Grégory F, alors âgé de 20 ans, a présenté à partir du 26 juin 2006 des troubles de l'équilibre et des vertiges. Il a été admis aux urgences du centre hospitalier de Fourmies le 28 juin 2006, en raison de l'aggravation de son état de santé caractérisé notamment par des vomissements. Il a regagné son domicile dans la soirée, mais des céphalées et vomissements se sont manifestés à nouveau dans la nuit. Le 29 juin 2006, il a effectué un scanner cérébral au centre hospitalier de Fourmies, interprété comme normal par un radiologue. Se plaignant toujours de céphalées et de vomissements, Grégory F a de nouveau été hospitalisé au service des urgences du centre hospitalier de Fourmies. A compter du 7 juillet 2006, de nouveaux symptômes se sont manifestés : des raideurs de la nuque et une hypersensibilité à la lumière. Une ponction lombaire a été réalisée le 8 juillet 2006 à la demande du Dr L, cardiologue. Le 9 juillet 2006, à la suite de difficultés pour respirer et de douleurs plus intenses, Grégory F a été victime d'un arrêt cardio-respiratoire. Après réanimation, il a été placé sous respirateur artificiel. Un second scanner a été réalisé. L'équipe médicale du centre hospitalier de Fourmies, suspectant l'existence d'une thrombophlébite cérébrale, a fait transférer Grégory F au centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Lille, où le service de réanimation des urgences a constaté l'existence d'une hémorragie méningée. Grégory F est décédé le 10 juillet 2006.

2. Les parents de Grégory F, M. N F et Mme B H, ainsi que ses sœurs, Karine, Q, Gwendoline et Stessy F, ont saisi le 15 septembre 2006 la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) du Nord-Pas-de-Calais, qui a désigné le 17 novembre 2006 le professeur B E, neurochirurgien, le docteur J O, anesthésiste-réanimateur, et le docteur A I, médecin légiste, en qualité d'experts. Ceux-ci ont déposé leur rapport le 13 février 2007. Par un avis du 27 avril 2007, la CCI a estimé que la responsabilité du centre hospitalier de Fourmies était engagée et qu'il appartenait à son assureur d'indemniser les préjudices subis. A la suite d'une plainte avec constitution de partie civile déposée par les ayants droit de Grégory F, le docteur K L, praticien du centre hospitalier de Fourmies, a été reconnu coupable, par un arrêt de la cour d'appel de Douai du 23 mars 2015, de faits d'homicide involontaire, commis du 29 juin 2006 au 10 juillet 2006. Par ailleurs, le juge des référés du tribunal de grande instance d'Avesnes-sur-Helpe, saisi par les consorts P, c'est-à-dire les parents et les sœurs de la victime, a accordé, par ordonnance du 7 février 2008, une provision de 15 000 euros à chacun des parents et de 5 000 euros à chacune des quatre sœurs, soit un montant global de 50 000 euros, en réparation de leur préjudice d'affection, à la charge de l'assureur du centre hospitalier. Par lettre recommandée en date du 7 août 2020, avec accusé de réception, les ayants droits de Grégory F ont demandé au centre hospitalier de Fourmies de les indemniser à raison des préjudices résultant de la prise en charge du défunt. Par la présente requête, ils sollicitent la condamnation solidaire du docteur K L et du centre hospitalier de Fourmies à leur verser la somme globale de 168 000 euros en réparation des préjudices qu'ils estiment avoir subis du fait de la prise en charge de Grégory F par cet établissement.

Sur la compétence de la juridiction administrative :

3. Si les fautes commises par les fonctionnaires ou agents publics dans l'exercice de leurs fonctions, peuvent constituer des fautes de service de nature à engager la responsabilité de l'administration et si, dans cette mesure, la juridiction administrative est compétente pour apprécier la gravité de telles fautes et condamner la puissance publique, il n'appartient pas en revanche à la juridiction administrative de se prononcer sur les conclusions qui mettent en cause la responsabilité personnelle des agents publics ou fonctionnaires.

4. Il est constant que le docteur L, praticien au sein du centre hospitalier de Fourmies, est un agent public de cet établissement public de santé. Dans ces conditions, les conclusions des requérants tendant à engager la responsabilité personnelle du docteur L doivent donc être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Sur l'exception de prescription opposée par le centre hospitalier de Fourmies :

5. D'une part, aux termes de l'article L. 1142-28 du code de la santé publique, dans sa rédaction issue de la loi du 26 janvier 2016 visée ci-dessus et applicable lorsque le délai de prescription n'était pas expiré à la date de publication de cette loi selon les dispositions du II de l'article 188 de cette loi, " Les actions tendant à mettre en cause la responsabilité des professionnels de santé ou des établissements de santé publics ou privés à l'occasion d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins se prescrivent par dix ans à compter de la consolidation du dommage. / le titre XX du livre III du code civil est applicable, à l'exception du chapitre II " Il résulte des termes mêmes des dispositions de l'article L. 1142-28 du code de la santé publique que le législateur a entendu instituer une prescription décennale se substituant à la prescription quadriennale instaurée par la loi du 31 décembre 1968 pour ce qui est des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics en matière de responsabilité médicale.

6. D'autre part, faute pour le législateur d'avoir précisé les causes interruptives inhérentes au nouveau régime de prescription qu'il a institué, les dispositions de l'article L. 1142-28 du code de la santé publique doivent s'entendre comme ne modifiant pas, pour les créances sur les collectivités publiques, les causes interruptives prévues par la loi du 31 décembre 1968 qui restent applicables, auxquelles ont succédé, à compter de la publication de la loi du 26 janvier 2016 précitée, les causes interruptives prévues par le titre XX du livre III du code civil. Aux termes du troisième et du dernier alinéas de l'article 2 de la loi du 31 décembre 1968, la prescription est interrompue par " Tout recours formé devant une juridiction, relatif au fait générateur, à l'existence, au montant ou au paiement de la créance, quel que soit l'auteur du recours et même si la juridiction saisie est incompétente pour en connaître, et si l'administration qui aura finalement la charge du règlement n'est pas partie à l'instance / () / Un nouveau délai de quatre ans court à compter du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle a eu lieu l'interruption. Toutefois, si l'interruption résulte d'un recours juridictionnel, le nouveau délai court à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle la décision est passée en force de chose jugée ".

7. En prévoyant, au second alinéa de l'article L. 1142-28 du code de la santé publique issu de la loi du 26 janvier 2016, que les règles de la prescription extinctive prévues au titre XX du livre III du code civil s'appliquent au régime spécifique de prescription décennale, le législateur a entendu fixer l'ensemble des causes interruptives inhérentes à ce régime et exclure, par suite, à compter de la date d'entrée en vigueur de la loi du 26 janvier 2016, pour les litiges de responsabilité médicale mettant en cause des personnes publiques, l'application des causes interruptives prévues par la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics.

8. Il résulte de l'instruction que le décès de Grégory F est intervenu le 10 juillet 2006, point de départ du délai de prescription décennal initial, et que les ayants droit de Grégory F ont déposé une plainte contre X avec constitution de partie civile par courrier du 17 août 2007 auprès du procureur de la République d'Avesnes-sur-Helpe, pour des faits d'homicide involontaire et de non-assistance à personne en danger à la suite de ce décès. Cette plainte, bien que n'étant pas expressément dirigée contre le centre hospitalier de Fourmies, a eu pour effet, dans les conditions alors applicables prévues par la loi du 31 décembre 1968, d'interrompre à l'égard du centre hospitalier ayant pris en charge Grégory F ce délai jusqu'au 1er janvier suivant le 22 septembre 2015, date à laquelle le pourvoi en cassation du praticien du centre hospitalier de Fourmies a été déclaré non admis. Aucune autre interruption, notamment, à compter de l'entrée en vigueur de la loi du 26 janvier 2016, celles prévues par les dispositions du code civil auxquelles renvoie cette loi, n'étant intervenue, le délai a couru de nouveau pour sa durée entière de dix ans. Par suite, la requête enregistrée au greffe du tribunal le 9 octobre 2020 n'est pas tardive. L'exception de prescription opposée par le centre hospitalier de Fourmies doit, en conséquence, être écartée.

Sur la responsabilité du centre hospitalier de Fourmies :

9. Aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté. () ". En outre, aux termes du I de l'article L. 1142-1 de ce code : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. "

10. Il résulte d'une part de l'instruction, et en particulier des conclusions du rapport des experts mandatés par la CCI, que Grégory F est décédé à la suite d'une tumeur cérébrale de la fosse postérieure, non diagnostiquée par les praticiens du centre hospitalier de Fourmies, sans que l'erreur d'interprétation radiologique initiale ne soit remise en cause au cours de la prise en charge par le centre hospitalier de Fourmies. Il résulte d'autre part de l'instruction, et notamment du rapport précité, ainsi que du rapport d'expertise réalisé le 31 août 2009 par les docteurs Courteville et Danze, experts judiciaires spécialistes en neurologie désignés dans le cadre de la procédure pénale, que la réalisation d'une ponction lombaire le 8 juillet 2006 à la demande du docteur L, alors que cet acte est contre-indiqué en cas d'hypertension intra-crânienne, a favorisé la décompensation de cette hypertension causée par la tumeur, entraînant un engagement cérébral et une dégradation aigüe de l'état clinique de Grégory F. Il s'ensuit que la réalisation par le docteur L de la ponction lombaire, faute non détachable du service, a contribué au décès de Grégory F, de sorte qu'elle est de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier de Fourmies.

Sur l'étendue de la réparation :

11. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

12. Il résulte de l'instruction, et notamment des rapports d'expertise produits par les requérants, que la tumeur qui affectait Grégory F était parfaitement opérable, qu'il s'agisse d'une tumeur de type médulloblastome ou d'un épendymome, mais qu'une prise en charge adéquate n'aurait pas permis d'éviter de façon certaine le décès. La faute du centre hospitalier de Fourmies a dès lors entraîné une perte de chance d'éviter le décès. Au regard de la littérature médicale citée par le rapport d'expertise diligenté par la CCI et le rapport d'expertise judiciaire, il y a lieu de faire une juste appréciation de ce taux de perte de chance en l'évaluant, comme l'a fait la CCI, à 66 %. Le centre hospitalier de Fourmies sera en conséquence condamné à indemniser cette fraction des préjudices subis.

Sur l'indemnisation des préjudices :

En ce qui concerne les préjudices de la victime directe :

13. Le droit à la réparation d'un dommage, quelle que soit sa nature, s'ouvre à la date à laquelle se produit le fait qui en est directement la cause. Si la victime du dommage décède avant d'avoir elle-même introduit une action en réparation, son droit, entré dans son patrimoine avant son décès, est transmis à ses héritiers.

14. Il résulte de l'instruction que Grégory F a enduré des souffrances physiques et psychiques, évaluées à 6 sur 7 par les experts mandatés par la CCI qui retiennent que ces souffrances se sont poursuivies pendant dix jours, en l'absence de diagnostic de la pathologie dont il souffrait, au point que ses douleurs l'amenaient à se verser de l'eau sur le visage et le corps. Par référence au barème de l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM), il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant, après application du taux de perte de chance, à la somme de 13 200 euros qui sera versée par le centre hospitalier de Fourmies à la succession de Grégory F.

En ce qui concerne les préjudices des victimes indirectes :

15. Il résulte de l'instruction, et notamment de la facture n°4981 établie par la société P.F.G. Fourmies le 18 juillet 2006 au nom de M. N F, que celui-ci s'est acquitté d'une somme de 1 000 euros en règlement des frais funéraires résultant du décès de son fils. La somme de 660 euros sera, compte tenu du taux de perte de chance retenu en point 11, mise à la charge du centre hospitalier de Fourmies.

16. Il résulte de l'instruction que Mme B H et M. N F ont subi un préjudice d'affection en raison du décès de leur fils, décédé à l'âge de 20 ans, qui vivait au domicile de son père. Dans les circonstances de l'espèce, ce préjudice doit être évalué, après application du taux de perte de chance retenu au point 11, à la somme de 15 000 euros pour chacun d'eux. Il résulte toutefois de l'instruction que chacun des parents a reçu une provision de 15 000 euros en réparation de ce préjudice, versée par l'assureur du centre hospitalier. Le préjudice étant entièrement réparé, Mme H et M. F ne sont pas fondés à demander la condamnation du centre hospitalier à leur verser une indemnité complémentaire au titre de ce préjudice.

17. Il résulte par ailleurs de l'instruction que Karine, Q, Gwendoline et Stessy F, respectivement âgées de 26 ans, 23 ans, 22 ans et 15 ans au moment du décès, ont également subi un préjudice d'affection en raison du décès de leur frère. Dans les circonstances de l'espèce, ce préjudice doit être évalué, après application du taux de perte de chance retenu au point 11, à la somme de 5 000 euros pour chacune d'elle. Toutefois, compte tenu de la provision de 5 000 euros déjà obtenue par chacune des sœurs de la victime, leur préjudice a été intégralement réparé, de sorte Karine, Q, Gwendoline et Stessy F ne sont pas fondées à demander la condamnation du centre hospitalier de Fourmies à leur verser une indemnité complémentaire au titre de ce préjudice.

Sur les conclusions reconventionnelles présentées par le centre hospitalier de Fourmies :

18. Le centre hospitalier n'étant pas la partie versante de la provision de 50 000 euros mise à la charge de l'assureur du centre hospitalier de Fourmies par ordonnance de référé de la présidente du tribunal de grande instance d'Avesnes-sur-Helpe du 7 février 2008, il n'est pas fondé à en demander, même partiellement, la restitution. Par suite, les conclusions du centre hospitalier de Fourmies à fin de remboursement du trop-perçu doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions tendant à l'engagement de la responsabilité personnelle du docteur L sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.

Article 2 : Le centre hospitalier de Fourmies versera à la succession de Grégory F la somme de 13 200 euros.

Article 3 : Le centre hospitalier de Fourmies versera à M. N F la somme de 660 euros.

Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme B H, à M. N F, à Mme C F, à Mme Q F, à Mme M F, à Mme D F, à la caisse primaire d'assurance maladie du Hainaut, au centre hospitalier de Fourmies et à M. K L.

Délibéré après l'audience du 30 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Bruneau, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2023.

Le rapporteur,

signé

V. FOUGERES

Le président,

signé

J-M. RIOU La greffière,

signé

I.BAUDRY

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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