jeudi 11 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2007199 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | CABINET CASSEL (SELAFA) |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 9 octobre 2020, Mme D C, représentée par la SELAFA Cabinet Cassel, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision par laquelle le centre communal d'action sociale de Roubaix a implicitement rejeté sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de condamner le centre communal d'action sociale de Roubaix au versement d'une indemnité de 12 926 euros en réparation des préjudices financier et moral qu'elle estime avoir subis du fait de son admission tardive à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité ;
3°) de mettre à la charge du centre communal d'action sociale de Roubaix la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- le centre communal d'action sociale de Roubaix a commis une faute en tardant à faire droit à sa demande de mise à la retraite pour invalidité, de sorte qu'elle a dû être placée en disponibilité d'office pour raisons de santé avec maintien d'un demi-traitement ;
- le centre communal d'action sociale de Roubaix a commis une faute en refusant de l'admettre rétroactivement à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité au 1er mars 2018, date d'effet qu'elle souhaitait ;
- ces fautes lui ont causé un préjudice financier et un préjudice moral dont elle demande réparation par la condamnation du centre communal d'action sociale de Roubaix à lui verser la somme globale de 12 926 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 21 septembre 2021, le centre communal d'action sociale de Roubaix conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraites ;
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n°84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n°87-602 du 30 juillet 1987 ;
- le décret n°2003-1306 du 26 décembre 2003 ;
- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Bourgau, rapporteur,
- et les conclusions de M. Groutsch, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C est adjointe administrative au sein du centre communal d'action sociale (CCAS) de Roubaix. Du 26 février 2013 au 25 février 2018, elle est placée en congé de longue durée pour syndrome anxio-dépressif. Par arrêté du 27 novembre 2017, elle est placée en disponibilité d'office pour raisons de santé du 26 au 28 février 2018. Le 15 mars 2018, elle sollicite son admission à la retraite pour invalidité à compter du 1er mars 2018. Le 22 avril 2018, le docteur A, psychiatre agréé, conclut que la pathologie n'est pas imputable au service, à l'inaptitude totale et définitive à toutes fonctions avec un taux d'IPP de 30%. Il préconise un prolongement du congé de longue durée à compter du 25 juin 2017, puis un placement en disponibilité d'office pour raisons de santé et enfin une admission à la retraite pour invalidité. Afin de déterminer le taux d'IPP résultant des autres pathologies de la requérante, une expertise complémentaire est menée par le docteur B le 8 mars 2019. Le 26 avril 2019, le comité médical émet un avis favorable au renouvellement du congé de longue durée du 25 décembre 2017 au 25 février 2018, date de fin de droits et à l'inaptitude à la reprise des fonctions. Le 24 mai 2019, la commission de réforme émet un avis favorable à la mise en retraite pour invalidité pour inaptitude totale et définitive à l'exercice de toutes fonctions. Par arrêté du 2 octobre 2019, la disponibilité d'office pour raisons de santé de Mme C est prolongée du 1er mars 2018 au 24 mai 2019 et, par arrêté du 3 octobre 2019, elle est admise à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité à compter du 25 mai 2019, sous réserve de l'accord de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales (CNRACL). Par courrier du 17 juin 2020 notifié le 18 juin suivant, la requérante a saisi le CCAS de Roubaix d'une demande préalable tendant au versement, d'une part, d'une indemnité de 2 926 euros en réparation du préjudice financier qu'elle estime avoir subi résultant, du 1er mars 2018 au 25 mai 2019, de la différence entre le demi-traitement dont le versement lui a été maintenu et la pension qui lui aurait été versée si l'administration n'avait pas retardé la date de son admission à la retraite et, d'autre part, d'une indemnité de 10 000 euros en réparation du préjudice moral qu'elle estime avoir subi. Sa demande ayant été implicitement rejetée le 18 août 2020, Mme C demande, par la présente requête, la condamnation du CCAS de Roubaix à lui verser la somme globale de 12 926 euros en réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur l'étendue du litige :
2. La décision du 18 août 2020 par laquelle le CCAS de Roubaix a implicitement rejeté la demande indemnitaire préalable formée par la requérante a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de la demande de la requérante qui, en formulant les conclusions sus-analysées, a donné à l'ensemble de sa requête le caractère d'un recours de plein contentieux.
Sur la responsabilité du CCAS de Roubaix :
3. En premier lieu, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984, dans sa rédaction alors en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit :/ () 4° A un congé de longue durée, en cas de tuberculose, maladie mentale, affection cancéreuse, poliomyélite ou déficit immunitaire grave et acquis, de trois ans à plein traitement et de deux ans à demi-traitement. Le fonctionnaire conserve ses droits à la totalité du supplément familial de traitement et de l'indemnité de résidence./ () ". Aux termes de l'article 72 de la même loi : " La disponibilité est la position du fonctionnaire qui, placé hors de son administration ou service d'origine, cesse de bénéficier, dans cette position, de ses droits à l'avancement et à la retraite./ () La disponibilité est prononcée () d'office à l'expiration des congés prévus aux () 4° de l'article 57./ () ". Aux terme de l'article 37 du décret du 30 juillet 1987 : " Le fonctionnaire ne pouvant, à l'expiration de la dernière période de congé () de longue durée, reprendre son service est soit reclassé dans un autre emploi, en application du décret n° 85-1054 du 30 septembre 1985 susvisé, soit mis en disponibilité, soit admis à la retraite après avis de la commission de réforme prévue par le décret n° 2003-1306 du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales./ Pendant toute la durée de la procédure requérant soit l'avis du comité médical, soit l'avis de la commission de réforme, soit l'avis de ces deux instances, le paiement du demi-traitement est maintenu jusqu'à la date de la décision de reprise de service ou de réintégration, de reclassement, de mise en disponibilité ou d'admission à la retraite. ". Aux termes de l'article 38 du même décret : " La mise en disponibilité visée aux articles 17 et 37 du présent décret est prononcée après avis du comité médical (), sur l'inaptitude du fonctionnaire à reprendre ses fonctions./ () Le renouvellement de la mise en disponibilité est prononcé après avis du comité médical. Toutefois, lors du dernier renouvellement, l'avis est donné par la commission de réforme. ". Aux termes de l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales : " Une commission de réforme est constituée dans chaque département pour apprécier la réalité des infirmités invoquées, la preuve de leur imputabilité au service, les conséquences et le taux d'invalidité qu'elles entraînent, l'incapacité permanente à l'exercice des fonctions./ () Le pouvoir de décision appartient dans tous les cas à l'autorité qui a qualité pour procéder à la nomination, sous réserve de l'avis conforme de la Caisse nationale de retraites des agents des collectivités locales./ () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " La commission de réforme prévue par l'article 31 du décret du 26 décembre 2003 susvisé :/ 1. Donne son avis, dans les conditions fixées par le titre II du présent arrêté, sur la mise à la retraite pour invalidité des agents affiliés à la Caisse nationale des retraites des agents des collectivités locales ;/ () ".
4. Il résulte des dispositions précitées que l'agent qui a épuisé ses droits à congé de longue durée est, soit après avis du comité médical, placé en disponibilité d'office pour raisons de santé s'il est inapte à la reprise de ses fonctions, soit, après avis de la commission de réforme, reclassé s'il est définitivement inapte à l'exercice de ses fonctions ou mis à la retraite pour invalidité s'il est définitivement inapte à l'exercice de toutes fonctions, après avis conforme de la CNRACL dans les deux derniers cas.
5. D'une part, il résulte de l'instruction que Mme C a initialement demandé à bénéficier d'une mise à la retraite pour carrière longue, sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 25 bis, D. 16-1 à D. 16-3 du code des pensions civiles et militaires de retraite et de l'article 26-1 du décret du 26 décembre 2003 relatif au régime de retraite des fonctionnaires affiliés à la CNRACL. Informée par son employeur du probable rejet de son dossier par la CNRACL, elle a sollicité, le 15 mars 2018, sa mise à la retraite pour invalidité à compter du 1er mars 2018. En application des dispositions précitées, le CCAS de Roubaix a saisi, d'une part, le comité médical de l'aptitude, à compter du 1er mars 2018, de Mme C à la reprise de ses fonctions ainsi que de la prolongation de la disponibilité d'office pour raisons de santé à compter de cette même date et, d'autre part, la commission de réforme de l'inaptitude totale et définitive de Mme C à toutes fonctions. La requérante a été examinée dès le 22 avril 2018 par le docteur A, psychiatre agréé, qui a conclut que le syndrome anxio-dépressif, non imputable au service, a pour conséquence l'inaptitude totale et définitive de la requérante à toutes fonctions, avec un taux d'IPP de 30%. A la demande du secrétariat de la commission de réforme, Mme C a fait l'objet d'un nouvel examen le 8 mars 2019 par le docteur B, afin de fixer le taux d'IPP résultant de ses autres pathologies et ainsi de déterminer le taux d'invalidité. Le 26 avril 2019, le comité médical a émis un avis favorable à l'inaptitude à la reprise des fonctions à l'issue de la dernière période de congé de longue durée. Le 24 mai 2019, la commission de réforme a émis un avis favorable à la mise en retraite pour invalidité pour inaptitude totale et définitive à l'exercice de toutes fonctions. Et il résulte des dispositions de l'article 37 du décret du 30 juillet 1987 précité que le CCAS de Roubaix ne pouvait se prononcer sur la demande de Mme C avant que la commission de réforme n'ait rendu son avis.
6. D'autre part, il résulte également de l'instruction et n'est pas contesté par la requérante que le CCAS de Roubaix a dû mettre en œuvre la procédure de régularisation des services accomplis par Mme C auprès de son précédent employeur, l'office public de l'habitat de Lille, lequel n'a transmis que le 30 septembre 2019 le devis des services régularisables à valider par la requérante, et a dû procéder au versement des cotisations retraites afférentes à la CNRACL.
7. Il résulte de ce qui précède que le CCAS de Roubaix, qui ne pouvait se prononcer sur la demande de Mme C avant d'avoir recueilli l'avis de la commission de réforme, ne peut se voir imputer les retards résultant de la tardiveté de la demande de Mme C, des errements de son précédent employeur et des délais pris par la commission de réforme pour émettre son avis.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 26 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " La mise en paiement de la pension de retraite () ne peut être antérieure à la date de la décision de radiation des cadres du titulaire sauf dans les cas exceptionnels déterminés par décret en Conseil d'Etat. ". Aux termes de l'article R. 36 du même code : " La mise en paiement de la pension de retraite () peut être antérieure à la date de la décision de radiation des cadres lorsque cette décision doit nécessairement avoir un effet rétroactif en vue soit d'appliquer des dispositions statutaires obligeant à placer l'intéressé dans une position administrative régulière, soit de tenir compte de la survenance de la limite d'âge, soit de redresser une illégalité. ". Il résulte de ces dispositions que l'administration, en dehors des cas prévus par les dispositions précitées, ne peut, même saisie d'une demande en ce sens, prévoir une mise en paiement de la pension de retraite antérieure à la date de radiation des cadres.
9. Il résulte de l'instruction que Mme C a été régulièrement placée, par arrêté du 2 octobre 2019, en disponibilité d'office pour raisons de santé du 1er mars 2018 au 24 mai 2019, de sorte qu'elle n'entrait pas dans le champ des dispositions précitées. En tout état de cause, l'application desdites dispositions ne saurait avoir pour effet d'admettre un agent à faire valoir ses droits à la retraite pour invalidité à une date antérieure à celle de l'avis de la commission de réforme constatant l'inaptitude définitive à toutes fonctions.
10. Il résulte de ce qui précède que le CCAS n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité dans la gestion de la situation individuelle de Mme C.
Sur les frais d'instance :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du CCAS de Roubaix, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par Mme C au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au centre communal d'action sociale de Roubaix.
Délibéré après l'audience du 19 avril 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- M. LAssaux, premier conseiller,
- M. Bourgau, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 mai 2023.
Le rapporteur,
signé
T. BOURGAULa présidente,
signé
J. FÉMÉNIA
La greffière,
signé
I.BAUDRY
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
No 2007199
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026