mardi 20 septembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2007223 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (2) |
| Avocat requérant | LJA LOÏC JARSAILLON AVOCAT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés les 9 octobre 2020, 22 janvier 2021, 22 mars, 15 avril et 20 juin 2022, M. C B, représenté par Me Bordereau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, de condamner in solidum la commune de Sallaumines et la société anonyme d'habitations à loyer modéré (SAHLM) Maisons et Cités ou l'une à défaut de l'autre à lui verser la somme de 9 347 euros à la suite de sa chute à bicyclette, assortie des intérêts au taux légal à compter du 3 août 2020 ;
2°) à titre subsidiaire, d'ordonner une expertise avant-dire-droit aux fins de procéder à l'examen du vélo, préciser s'il est réparable, évaluer le coût des réparations ou du remplacement du vélo ainsi que de son entier préjudice ;
3°) de mettre à la charge in solidum de la commune de Sallaumines et de la SAHLM Maisons et Cités la somme de 4 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, outre les dépens de l'instance.
Il soutient que :
- la requête est recevable dès lors que la commune n'établit pas lui avoir notifié la décision du 3 octobre 2018 avec mention des voies et délais de recours et que la compagnie d'assurance Axa ne bénéficiait pas d'un mandat pour recevoir la décision en son nom ; la jurisprudence du Conseil d'Etat " Czabaj " ne s'applique pas aux actions indemnitaires ; la commune n'établit en tout état de cause ni avoir informé l'intéressé du contenu de la décision du 3 octobre 2018 et des voies et délais de recours ni lui avoir dûment notifié le courrier du 22 novembre 2018 ; le préjudice ayant évolué, il n'y a ni identité d'objet ni de cause juridique et, par suite, pas de décision confirmative ; les demandes tendant à l'indemnisation des préjudices moral et de jouissance sont recevables car ils se rapportent aux mêmes faits générateurs que ceux évoqués dans sa réclamation préalable ;
- sa chute est imputable à un défaut d'entretien de la chaussée et de signalisation adéquat par la commune, qui ne peut s'exonérer en invoquant un transfert de charge au profit de la société Maisons et Cités ;
- la commune engage sa responsabilité pour faute en raison de sa carence dans l'exercice de ses pouvoirs de police, lesquelles ne peuvent donner lieu à délégation ;
- la commune n'établit pas l'existence d'une faute de la victime ;
- son préjudice matériel à la suite de cette chute s'élève à 5 150 euros, sans qu'il y ait lieu à l'application d'un coefficient de vétusté ;
- son préjudice moral et son préjudice de jouissance peuvent être évalués à 4 197 euros.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 18 décembre 2020 et 11 mars 2022, la commune de Sallaumines conclut au rejet de la requête et, le cas échéant, à ce que la SAHLM Maisons et Cités la garantisse de toutes éventuelles condamnations, en ce compris les dépens.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive faute d'avoir été introduite dans une délai de deux mois suivant la décision de rejet de la réclamation préalable du 3 octobre 2018 adressé au mandataire du requérant ; subsidiairement, M. B, qui a eu connaissance acquise de cette décision, est forclos, la requête ayant été introduite au-delà d'un délai raisonnable d'un an ;
- la requête est irrecevable dès lors qu'elle est dirigée contre une décision du 5 août 2020, qui est purement confirmative ;
- les conclusions tendant à l'indemnisation du préjudice moral et du préjudice de jouissance de M. B constituent des demandes nouvelles irrecevables ;
- l'incohérence du chiffrage relatif à son préjudice matériel, au demeurant non justifié, entache la requête d'irrecevabilité ;
- la commune de Sallaumines n'était pas responsable de l'état de la chaussée, qui était sous la garde de la société Maisons et Cités, maitre d'ouvrage du chantier à l'origine des dégradations de la voirie ; le requérant n'apporte pas de précisions suffisantes pour établir les circonstances de l'accident et l'état de la chaussée à la date des faits ; il n'établit pas l'existence d'une faute imputable à la commune ;
- le montant demandé au titre du préjudice matériel n'est pas justifié et devrait être évalué à la date à laquelle le dommage était connu dans toute son ampleur et pouvait être réparé, soit 2018 ;
- elle est fondée à appeler en garantie la société Maisons et Cités qui avait la chaussée sous sa garde au moment des faits et qui est responsable des dégradations de la voirie.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 juillet 2021 et 18 avril 2022, la SAHLM Maisons et Cités, représentée par la SAS LJA Loïc Jarsaillon Avocat, conclut, dans le dernier état de ses écritures :
1°) à titre principal, au rejet de la requête ;
2°) à titre subsidiaire, au rejet des conclusions présentées par la commune de Sallaumines et dirigées à son encontre ;
3°) à titre infiniment subsidiaire, à ce que le montant des préjudices de M. B soit réduit à la somme de 428,10 euros hors taxe (HT) en ce qui concerne le préjudice matériel et arrêté en tenant compte de la période courant à compter de la date de l'introduction du recours en ce qui concerne ses préjudices personnels ;
4°) en tout état de cause, à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge de M. B et de la commune de Sallaumines au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, ainsi que les entiers dépens.
Elle fait valoir que :
- la requête est tardive faute d'avoir été introduite dans une délai de deux mois suivant la décision de rejet de la réclamation préalable en date du 3 octobre 2018 adressé au mandataire du requérant ; subsidiairement, M. B, qui a eu connaissance acquise de cette décision de refus, est forclos, la requête ayant été introduite au-delà du délai de recours de deux mois ;
- la requête est irrecevable dès lors que " recours sur recours ne vaut ", sans qu'ait d'incidence l'évolution du montant de l'indemnisation sollicitée ;
- le requérant n'établit ni le lien de causalité entre la chute et les préjudices allégués, ni l'ampleur des dommages causés à son vélo ; eu égard à la visibilité, à l'expérience de M. B et à la faible déformation de la voirie, son recours est infondé ;
- le préjudice matériel a été évalué en 2018 à 1 430 euros et l'augmentation du montant demandé n'apparait pas justifié ; il convient d'appliquer un coefficient de vétusté ; la nécessité de remplacer la combinaison n'est pas établie ; le préjudice moral et le préjudice de jouissance ne sont établis ni dans leur principe ni dans leur montant ; en tout état de cause, l'indemnisation de ces préjudices ne peut commencer à courir qu'à compter de la date d'introduction du recours de M. B ;
- l'appel en garantie doit être rejeté dès lors qu'elle n'était pas en charge de l'entretien ou de la signalisation de la voirie, qui relève de la responsabilité de la commune ; les déformations préexistaient au chantier.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'incompétence de la juridiction administrative pour se prononcer sur les conclusions présentées par M. B et par la commune de Sallaumines dirigées contre la SAHLM Maisons et Cités, personne morale de droit privé qui ne participait pas à une opération de travaux publics.
Des observations, enregistrées le 31 août 2022, ont été produites par la commune de Sallaumines.
Des observations, enregistrées le 2 septembre 2022, ont été produites par la SAHLM Maisons et Cités.
Vu :
- les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président du tribunal a désigné Mme A en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme A,
- les conclusions de M. Even, rapporteur public,
- les observations de Me Jarsaillon, représentant la SAHLM Maisons et Cités.
Considérant ce qui suit :
1. Le 22 mai 2018 à 18h00, M. C B a fait une chute alors qu'il circulait à vélo sur la rue Séraphin Cordier à Sallaumines. Par un courrier du 27 juillet 2018, reçu le 30 suivant par la commune de Sallaumines, la compagnie d'assurance Axa, assureur de M. B, lui a adressé une réclamation préalable tendant à l'indemnisation du préjudice que son assuré estimait avoir subi à raison de cette chute évalué 1 430 euros. Par courrier du 3 octobre 2018, reçu le 8 suivant, la commune de Sallaumines a refusé de faire droit à cette demande. Par un courrier du 3 août 2020, M. B a une seconde fois sollicité l'indemnisation du préjudice qu'il estimait avoir subi à raison de cette chute, évalué à 6 150 euros, laquelle a été refusée par courrier du 5 août 2020, reçu le 10 suivant. Par la présente requête, M. B demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures, de condamner in solidum la commune de Sallaumines et la société Maisons et Cités, ou l'une à défaut de l'autre, à lui verser la somme de 9 347 euros à la suite de sa chute à bicyclette, assortie des intérêts au taux légal à compter du 3 août 2020.
Sur la compétence de la juridiction :
2. La juridiction administrative est incompétente pour connaitre des conclusions indemnitaires présentées par M. B à l'encontre de la société Maisons et Cités, personne privée étrangère à toute opération de travaux publics et titulaire d'aucun mandat non plus que d'aucune délégation de la commune de Sallaumines. Plus particulièrement, la circonstance que la société Maisons et Cités ait été en charge d'une opération immobilière privée de part et d'autre de la voirie sur laquelle a eu lieu l'accident à la date des faits n'a pas eu pour objet d'opérer un transfert de la maitrise d'ouvrage à son profit à l'égard de cette voirie. Par suite, le recours opposant M. B à la société Maisons et Cités relève du droit privé et des juridictions judiciaires.
3. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions présentées par M. B dirigées contre la société Maisons et Cités ne peuvent qu'être rejetées comme étant portées devant un ordre de juridiction incompétent pour en connaitre.
Sur la responsabilité pour dommages de travaux publics :
4. Il appartient à l'usager d'un ouvrage public qui demande réparation d'un préjudice qu'il estime imputable à cet ouvrage de rapporter la preuve de l'existence d'un lien de causalité entre le préjudice invoqué et l'ouvrage. Le maître de l'ouvrage ne peut être exonéré de l'obligation d'indemniser la victime qu'en rapportant, à son tour, la preuve soit de l'entretien normal de l'ouvrage, soit que le dommage est imputable à une faute de la victime ou à un cas de force majeure.
5. Il résulte de l'instruction, notamment d'une attestation d'un témoin de l'accident, que M. B a fait une chute alors qu'il circulait à vélo sur la rue Séraphin Cordier à Sallaumines le 22 mai 2018 à 18h. Si M. B impute sa chute à des nids-de-poule et gravillons situés soixante mètres après le n° 475 de cette rue en direction du centre-ville de Sallaumines, il résulte de l'instruction, plus particulièrement des photographies versées au dossier prises au moment des faits, que la chaussée était affectée de légères déformations et bosselures de faibles importances ainsi que de petits trous n'excédant pas deux voire trois centimètres de diamètre et de profondeurs. Par ailleurs, il n'est pas contesté que l'accident est intervenu en journée, avec une visibilité et une lumière naturelle suffisante, sur une voie rectiligne. Dans ces conditions, il n'en résulte pas, ainsi qu'il est soutenu en défense, que ces défectuosités auraient, par leur situation et leurs dimensions et compte tenu des circonstances de temps et de lieu, présenté un risque excédant ceux que tout usager, et a fortiori un cycliste aguerri, peuvent s'attendre à rencontrer lorsqu'ils circulent sur la voie publique. Par ailleurs, si l'absence de signalisation adéquat est de nature à caractériser un défaut d'entretien, il résulte de ce qui précède qu'en l'absence de dangerosité avérée de la voirie, la commune n'était pas tenue de mettre en place une signalisation particulière. Pour l'ensemble de ces motifs, M. B n'est pas fondé à engager la responsabilité de la commune de Sallaumines à raison d'un défaut d'entretien normal de l'ouvrage public en cause.
Sur la responsabilité pour carence dans l'exercice des pouvoirs de police :
6. Aux termes de l'article L. 2212-1 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est chargé, sous le contrôle administratif du représentant de l'Etat dans le département, de la police municipale () ". Par ailleurs, aux termes de l'article L. 2212-2 du même code : " La police municipale a pour objet d'assurer le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la salubrité publiques. Elle comprend notamment : / 1° Tout ce qui intéresse la sûreté et la commodité du passage dans les rues, quais, places et voies publiques, () / () ". Enfin, aux termes de l'article L. 2213-1 de ce code: " Le maire exerce la police de la circulation sur les routes nationales, les routes départementales et l'ensemble des voies publiques ou privées ouvertes à la circulation publique à l'intérieur des agglomérations, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation. A l'extérieur des agglomérations, le maire exerce également la police de la circulation sur les voies du domaine public routier communal et du domaine public routier intercommunal, sous réserve des pouvoirs dévolus au représentant de l'Etat dans le département sur les routes à grande circulation. / () ".
7. Ainsi qu'il a été dit au point 5, les déformations et bosselures affectant la voirie, telles qu'elles résultent des photographies versées au dossier, ne sont pas d'une ampleur et d'une profondeur telles qu'elles rendent l'utilisation normale de la voirie dangereuse. Ainsi, alors qu'il ne résulte au demeurant pas de l'instruction que d'autres accidents se seraient produits à cet endroit, il n'est pas établi qu'une signalisation apparaissait alors nécessaire. Dans ces conditions, l'accident dont M. B a été victime ne saurait être regardé comme imputable à une carence du maire dans l'exercice de ses pouvoirs de police.
8. Il résulte de tout ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les fins de non-recevoir opposées en défense et d'ordonner une expertise avant-dire-droit, M. B n'est pas fondé à rechercher la responsabilité de la commune de Sallaumines.
Sur les dépens :
9. La présente instance n'a donné lieu à aucun dépens. Par suite, les conclusions présentées par M. B et par la société Maisons et Cités à ce titre ne peuvent qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme quelconque soit mise à la charge de la commune de Sallaumines et de la société Maisons et Cités, qui ne sont pas les parties perdantes. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B et de la commune de Sallaumines la somme de 3 000 euros que demande la société Maisons et Cités au titre de ces mêmes dispositions.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions présentées par M. B à l'encontre de la SAHLM Maisons et Cités sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : Les conclusions présentées par la société Maisons et Cités au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des dépens sont rejetées.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à la commune de Sallaumines et à la SAHLM Maisons et Cités.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 septembre 2022.
La magistrate désignée,
signé
C. A
La greffière,
signé
M. D
La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026