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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2007285

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2007285

mardi 19 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2007285
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantDEWAELE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des pièces, enregistrées le 13 octobre 2020 et le 15 octobre 2020, M. A B, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :

1°) de condamner l'Etat au paiement de la somme de 33 800 euros assortie des intérêts au taux légal à compter de la réception de la demande préalable par l'Etat et de sa capitalisation, en réparation des préjudices subis du fait du retard pris par l'Etat à lui attribuer un hébergement répondant à ses besoins ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 contre renonciation de la part de ce conseil au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la responsabilité pour faute de l'Etat est engagée au motif qu'il a été reconnu prioritaire pour un hébergement par une décision de la commission de médiation du Nord du 30 juillet 2019 sans que le préfet du Nord ne lui propose un hébergement dans le délai de six semaines imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation ;

- le tribunal administratif de Lille a, par un jugement n°1907847 du 3 octobre 2019, enjoint au préfet du Nord de lui attribuer un hébergement avant le 18 octobre 2019 et a, par une ordonnance n° 1909318 du 17 décembre 2019, ordonné la liquidation provisoire de l'astreinte prononcée par le jugement du 3 octobre 2019, reconnaissant par la même la carence fautive de l'Etat ;

- il a subi, du fait de la carence fautive de l'Etat, des troubles dans ses conditions d'existence ainsi qu'un préjudice moral dont il doit être indemnisé.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 26 octobre 2020.

La clôture d'instruction a été fixée au 14 octobre 2022 par une ordonnance du 28 septembre 2022.

Un mémoire présenté par le préfet du Nord, représenté par la SELARL Centaure avocats, a été reçu le 28 août 2023, après la clôture de l'instruction, et n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Monteil a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B, né le 10 août 2001 au Mali, de nationalité malienne, est entré en France en février 2018. Sans solution d'hébergement, il a alors saisi la commission de médiation du Nord le 10 juillet 2019 d'une demande d'hébergement, de logement de transition, de logement foyer ou de résidence hôtelière à vocation sociale sur le fondement du III de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation. Par une décision du 30 juillet 2019, la commission de médiation du Nord a reconnu M. B prioritaire et devant être accueilli dans une structure d'hébergement. Alors que le préfet du Nord n'a proposé aucune solution d'hébergement adaptée, M. B a saisi le tribunal administratif d'une requête en injonction le 26 septembre 2019. Par un jugement n°1907847 en date du 3 octobre 2019, le tribunal administratif de Lille a enjoint au préfet de lui attribuer un hébergement répondant à ses besoins avant le 18 octobre 2019 sous astreinte de 30 euros par jour de retard. Le préfet n'ayant pas proposé à M. B de solution d'hébergement adaptée dans les délais impartis, le requérant a sollicité le 28 octobre 2019 la liquidation de cette astreinte destinée au Fonds national d'accompagnement vers et dans le logement, ce qui a été ordonné par le tribunal administratif de Lille par une ordonnance n°1909318 en date du 17 décembre 2019. Toujours sans solution d'hébergement, M. B a saisi le préfet du Nord d'une demande indemnitaire le 16 janvier 2020, que celui-ci a implicitement rejetée par une décision du 29 juin 2020. M. B n'a été hébergé dans le cadre d'un hébergement d'urgence qu'à compter du mois de janvier 2020. Par la présente requête, M. B demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 33 800 euros au titre des préjudices subis du fait de l'absence de proposition d'un hébergement dans les délais impartis.

Sur les conclusions indemnitaires :

En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :

2. Le II de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation prévoit les conditions dans lesquelles une commission de médiation peut être saisie d'une demande de logement locatif social. Aux termes du III du même article : " La commission de médiation peut également être saisie, sans condition de délai, par toute personne qui, sollicitant l'accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, n'a reçu aucune proposition adaptée en réponse à sa demande () ". Aux termes du IV du même article : " Lorsque la commission de médiation est saisie d'une demande de logement dans les conditions prévues au II et qu'elle estime, au vu d'une évaluation sociale, que le demandeur est prioritaire mais qu'une offre de logement n'est pas adaptée, elle transmet au représentant de l'Etat dans le département () cette demande pour laquelle il doit être proposé un accueil dans une structure d'hébergement, un établissement ou un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale ". Et aux termes de l'article R. 441-18 du même code : " Lorsqu'elle est saisie au titre du III de l'article L. 441-2-3, la commission rend sa décision dans un délai qui ne peut dépasser six semaines. Le préfet propose, dans un délai de six semaines au plus à compter de la décision de la commission, une place dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement dans un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale aux personnes désignées par la commission de médiation en application du III ou du IV de l'article L. 441-2-3 (). Passé le délai applicable, s'il n'a pas été accueilli dans l'une de ces structures, le demandeur peut exercer le recours contentieux défini au II de l'article L. 441-2-3-1 () ".

3. Lorsqu'une personne a été reconnue comme prioritaire et devant être accueillie dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale par une commission de médiation, en application des dispositions du III ou du IV de l'article L. 441-2-3 du code de la construction et de l'habitation, la carence fautive de l'Etat à exécuter cette décision dans le délai imparti engage sa responsabilité à l'égard du demandeur au titre des troubles dans les conditions d'existence résultant du maintien de la situation qui a motivé la décision de la commission. La période de responsabilité de l'Etat court à compter de l'expiration du délai de six semaines que l'article R. 441-18 du même code imparti au préfet, à compter de la décision de la commission de médiation, pour proposer un accueil dans une structure d'hébergement, un logement de transition, un logement-foyer ou une résidence hôtelière à vocation sociale, ce délai étant porté à trois mois si la décision de la commission spécifie que l'accueil ne peut être proposé que dans un logement de transition ou dans un logement-foyer. Les troubles dans les conditions d'existence doivent être appréciés en tenant notamment compte des conditions d'hébergement ou de logement qui ont perduré du fait de la carence de l'Etat, de la durée de cette carence et du nombre de personnes composant le foyer du demandeur pendant la période de responsabilité de l'Etat.

4. Il résulte de l'instruction, comme il a été dit précédemment, que M. B a été reconnu prioritaire par une décision du 30 juillet 2019 de la commission de médiation du département du Nord pour un accueil dans une structure d'hébergement. Le préfet du Nord n'a cependant pas proposé à M. B un hébergement dans le délai de six semaines imparti par le code de la construction et de l'habitation à compter de l'édiction de la décision de la commission de médiation. Cette carence est constitutive d'une faute de nature à engager, à compter du 11 septembre 2019 et jusqu'au mois de janvier 2020, la responsabilité de l'Etat à l'égard de M. B.

En ce qui concerne la réparation :

5. Compte tenu des conditions d'hébergement de M. B durant la période allant du 11 septembre 2019 au mois de janvier 2020 et du fait qu'il était à cette époque célibataire et sans enfant, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature subis par lui dans ses conditions d'existence, ainsi que de son préjudice moral, en lui allouant une somme de 300 euros.

6. Il résulte de ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à M. B une somme de 300 euros en réparation de ses préjudices.

En ce qui concerne les intérêts et de la capitalisation des intérêts :

7. M. B a droit, ainsi qu'il le demande, aux intérêts au taux légal sur la somme de 300 euros à compter de la date de réception de sa demande préalable par le préfet du Nord, laquelle en l'absence de tout autre élément lisible produit et de toute précision fournie sur ce point, doit être fixée au 16 janvier 2020.

8. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée pour la première fois dans la requête, enregistrée le 13 octobre 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 16 janvier 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur les frais liés au litige :

9. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Dewaele, conseil de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Dewaele de la somme de 900 euros.

D E C I D E :

Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. B la somme de 300 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 16 janvier 2020. Les intérêts échus au 16 janvier 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 2 : L'Etat versera à Me Dewaele, sous réserve que cette dernière renonce au bénéfice de l'indemnité versée au titre de l'aide juridictionnelle, la somme de 900 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au préfet du Nord et à Me Dewaele.

Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Fabre, président,

Mme Monteil, première conseillère,

M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.

La rapporteure,

Signé

A.-L. MONTEIL

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

Signé

M. C

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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