mardi 19 septembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2007497 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DEWAELE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 20 octobre 2020, M. C A, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat au paiement de la somme de 32 335 euros augmentée du taux d'intérêt légal à compter de la réception de la demande préalable par l'Etat et de sa capitalisation, en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du préfet du Nord du 28 février 2018 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens, sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'illégalité entachant l'arrêté du préfet du Nord du 28 février 2018 est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- il a subi un préjudice financier en lien direct avec cette faute qui peut être évalué à la somme de 8 835 euros ;
- il a subi des troubles dans ses conditions d'existence ainsi qu'un préjudice moral en lien direct avec cette faute, qui peuvent être évalués à la somme de 23 500 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2023, le préfet du Nord, représenté par la SELARL Centaure avocats, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés ne sont pas fondés.
La clôture d'instruction a été fixée au 21 août 2023 par une ordonnance du 21 juillet 2023.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le jugement du tribunal administratif de Lille n° 1802467 en date du 5 septembre 2018.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Monteil a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. C A, né le 1er mars 1996 en Guinée, de nationalité guinéenne, est entré le 6 mai 2013 en qualité de mineur isolé en France, où il a été confié au service de l'aide sociale à l'enfance jusqu'à sa majorité. Il a ensuite été mis en possession d'une carte de séjour temporaire en qualité d'étudiant valable du 14 avril 2014 au 13 avril 2015, puis d'une carte de séjour temporaire portant la mention " étranger malade " jusqu'au 27 mai 2017. Le 3 avril 2017, M. A a sollicité le renouvellement de son titre de séjour " étranger malade ". Par un arrêté du 28 février 2018, le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. A a contesté cette décision devant le tribunal administratif de Lille qui a, par un jugement n°1802467 en date du 5 septembre 2018, annulé l'arrêté préfectoral en raison de l'indisponibilité d'un traitement approprié dans son pays d'origine et a enjoint le préfet du Nord à lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " en raison de son état de santé dans un délai deux mois. Le 15 juin 2020, M. A a saisi le préfet du Nord d'une demande indemnitaire, reçue le 24 juin 2020 et que celui-ci a implicitement rejetée. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 32 335 euros au titre des préjudices subis du fait de cette illégalité.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. Il résulte de l'instruction que, pour annuler l'arrêté du 28 février 2018 du préfet du Nord, le tribunal administratif de Lille, par un jugement devenu définitif, a retenu la méconnaissance des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur dont était entachée la décision portant refus de séjour avant d'annuler, par voie de conséquence, les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixation du pays de destination. Eu égard à l'autorité de chose jugée s'attachant aux motifs constituant le support nécessaire du dispositif de ce jugement, M. A est fondé à soutenir que l'illégalité de l'arrêté du 28 février 2018 constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne la réparation :
3. En premier lieu, il résulte de l'instruction que M. A a occupé un emploi à temps partiel comme salarié dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée conclu avec la société Elior le 27 février 2017. La perte du droit au séjour a contraint la société Elior à rompre le contrat de façon anticipée, le 20 février 2018. Il en a résulté pour M. A un préjudice financier direct et certain à hauteur de la perte de 258 jours de salaire jusqu'à l'expiration, le 5 novembre 2018, du délai assigné au préfet du Nord par le tribunal administratif pour lui délivrer un titre de séjour " vie privée et familiale ", dont il n'est ni soutenu ni allégué qu'il n'aurait pas été respecté. Dès lors, au vu des bulletins de salaires antérieurs fournis par M. A, il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 8 313 euros.
4. En deuxième lieu, si le requérant allègue que l'aide personnalisée au logement ne lui a plus été versée à compter de mars 2018 faute de titre de séjour, il ne produit aucun élément permettant de prouver qu'il percevait effectivement cette aide sociale avant le refus de titre de séjour opposé par le préfet du Nord. Dans ces conditions, par les seules pièces produites, il ne peut être donné suite à cette demande d'indemnisation.
5. En troisième et dernier lieu, il résulte de l'instruction que le refus illégal de délivrance d'un titre de séjour à M. A opposé par le préfet du Nord a eu pour conséquence, pour l'intéressé, une situation de précarité matérielle, administrative et psychologique pendant une période de sept mois, qui est certifiée par les attestations de deux éducateurs spécialisés qui ont accompagné M. A pendant cette période. Dans ces circonstances, il sera fait une juste appréciation des troubles de toute nature dans ses conditions d'existence et du préjudice moral de M. A en les évaluant à la somme de 1 000 euros.
6. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à M. A une somme totale de 9 313 euros en réparation de ses préjudices.
En ce qui concerne les intérêts et de la capitalisation des intérêts :
7. M. A a droit, ainsi qu'il le demande, aux intérêts au taux légal sur la somme de 9 313 euros à compter de la date de réception de sa demande préalable par le préfet du Nord, soit le 24 juin 2020.
8. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée pour la première fois lors du dépôt de la requête le 20 octobre 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 24 juin 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat, la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 9 313 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 24 juin 2020. Les intérêts échus à la date du 24 juin 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C A et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
M. Fabre, président,
Mme Monteil, première conseillère,
M. Lemée, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 septembre 2023.
La rapporteure,
Signé
A.-L. MONTEIL
Le président,
Signé
X. FABRE
La greffière,
Signé
M. B
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026