mardi 9 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2007519 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | DEWAELE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 20 octobre 2020, M. B A, représenté par Me Dewaele, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat au paiement de la somme de 30 800 euros augmentée au taux d'intérêt légal à compter de la réception de la demande préalable par l'Etat et de sa capitalisation, en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de l'arrêté du préfet du Nord du 20 juillet 2018 lui refusant la délivrance d'un titre de séjour et l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros au titre de l'article L 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'illégalité entachant l'arrêté du préfet du Nord en date du 20 juillet 2018 est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat ;
- son préjudice moral ainsi que les troubles dans ses conditions d'existence en lien direct avec cette faute peuvent être évalués à la somme de 20 800 euros ;
- son préjudice financier en lien direct avec cette faute peut être évalué à la somme de 10 000 euros.
La requête a été communiquée au préfet du Nord qui n'a pas produit de mémoire en défense.
Par une ordonnance du 28 septembre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 13 octobre 2022 à 12 heures.
Vu :
- les autres pièces du dossier ;
- le jugement du tribunal administratif de Lille n° 1807672 en date du 26 avril 2019.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de Mme Monteil a été entendu au cours de l'audience publique.
Les parties n'étant ni présentes, ni représentées.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, ressortissant algérien né le 16 juin 1998, entré en France le 18 mars 2015 muni d'un visa de court séjour, a été pris en charge par le service d'aide sociale à l'enfance du département du Nord, puis a bénéficié d'un titre de séjour dont il a demandé le renouvellement. Par un arrêté du 20 juillet 2018, le préfet du Nord a refusé de faire droit à sa demande, l'a obligé à quitter le territoire français dans le délai de trente jours et a fixé le pays à destination duquel il serait reconduit d'office à l'expiration de ce délai. M. A a contesté cette décision devant le tribunal administratif de Lille qui a, par un jugement n° 1807672 du 26 avril 2019, annulé l'arrêté préfectoral et enjoint au préfet du Nord de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " salarié " dans un délai d'un mois. Le 29 mai 2020, M. A a saisi le préfet du Nord d'une demande indemnitaire, reçue le 5 juin 2020 et que celui-ci a implicitement rejetée par une décision du 5 août 2020. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser la somme de 30 800 euros au titre des préjudices subis du fait de cette illégalité.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité de l'Etat :
2. Il résulte de l'instruction que, pour annuler l'arrêté du 20 juillet 2018 du préfet du Nord, le tribunal administratif de Lille s'est fondé sur l'erreur manifeste d'appréciation sur les conséquences de la vie personnelle de l'intéressé dont la décision de refus de titre de séjour était entachée. Eu égard à l'autorité de chose jugée s'attachant aux motifs constituant le support nécessaire du dispositif de ce jugement, M. A est fondé à soutenir que l'illégalité de l'arrêté du 20 juillet 2018 constitue une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat.
En ce qui concerne la réparation :
3. En premier lieu, M. A invoque un préjudice moral et des troubles dans ses conditions d'existence, en faisant valoir qu'il a été contraint de quitter le foyer dans lequel il était hébergé sans pouvoir, faute de ressources, accéder au parc privé locatif et bénéficier d'un logement, et qu'il a été conduit à emprunter de l'argent à des tiers. Toutefois, en n'établissant ni la date de son expulsion, ni les conditions d'hébergement qui ont suivi, il n'établit pas de lien direct et certain entre la précarisation alléguée de ses conditions d'existence et l'illégalité de l'arrêté du 20 juillet 2018, pas plus qu'il n'établit que l'emprunt qu'il invoque présenterait un lien suffisamment direct et certain avec la faute commise. Cependant, il résulte de l'instruction que le refus illégal de délivrance d'un titre de séjour à M. A opposé par le préfet du Nord a eu pour conséquence un sentiment de précarité matérielle, administrative et psychologique chez M. A pendant une période de neuf mois, prolongée de quatre mois après la reconnaissance de l'illégalité de l'arrêté du 20 juillet 2018 par le jugement du 26 avril 2019 précité, M. A n'ayant bénéficié d'un récépissé de demande de titre de séjour l'autorisant à travailler qu'à compter du 6 août 2019. Dans ces circonstances, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral de M. A en l'évaluant à la somme de 1 000 euros.
4. En second lieu, si le requérant allègue que les prestations sociales d'aide au logement et de prime de retour à l'emploi ne lui ont plus été versées à compter de juin 2018 faute de titre de séjour, il ne produit aucun élément de nature à prouver qu'il réunissait les autres conditions d'octroi de ces prestations sociales. Cependant, il résulte de l'instruction que M. A a occupé un emploi à temps partiel comme salarié polyvalent dans le cadre d'un contrat à durée déterminée d'insertion conclu avec la société Urban clean pour la période du 8 janvier 2018 au 7 mai 2018, qui a été renouvelé une fois pour la période du 8 mai 2018 au 7 novembre 2018, et que la perte de droit au séjour a contraint la société Urban Clean à rompre le contrat de façon anticipée le 10 septembre 2018. Il en a résulté pour M. A un préjudice financier direct et certain correspondant à cinquante-sept jours de salaire, dont, au regard des pièces produites, il peut être fait une juste appréciation en l'évaluant à la somme de 1 615 euros.
5. Il résulte de tout ce qui précède que l'Etat doit être condamné à verser à M. A une somme totale de 2 615 euros en réparation de ses préjudices.
En ce qui concerne les intérêts et de la capitalisation des intérêts :
6. M. A a droit, ainsi qu'il le demande, aux intérêts au taux légal sur la somme de 2 615 euros à compter de la date de réception de sa demande préalable par le préfet du Nord, soit le 5 juin 2020.
7. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 5 juin 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 5 juin 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
8. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 000 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. A la somme de 2 615 (deux mille six cent quinze) euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 5 juin 2021. Les intérêts échus à la date du 5 juin 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 3 : L'Etat versera à M. A une somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au préfet du Nord.
Copie en sera adressée au ministre de l'intérieur et des Outre-mer.
Délibéré après l'audience du 4 avril 2023, à laquelle siégeaient :
M. Hervouet, président du tribunal,
Mme Monteil, première conseillère,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 mai 2023.
La rapporteure,
Signé
A.-L. MONTEIL
Le président,
Signé
C. HERVOUET
La greffière,
Signé
A. DOUVRY
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026