vendredi 26 janvier 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2008132 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | DRAME |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 novembre 2020, M. B A, représenté par Me Alpha Yaya Drame, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement la caisse d'assurance retraite et de la santé au travail (CARSAT) Hauts-de-France et le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) Lille Nord-Pas-de-Calais à lui verser la somme totale de 5 968,10 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 juin 2020 et de la capitalisation des intérêts, en réparation des préjudices subis du fait de l'illégalité de la saisie administrative à tiers détenteur opérée sur sa fiche de paie du mois de mars 2020 ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'illégalité de la saisie à tiers détenteurs dont il a fait l'objet constitue une faute de nature à engager la responsabilité solidaire de la CARSAT et du CROUS ; aucune mise en demeure de payer la créance en litige ni, plus généralement, aucune information ne lui a été notifiée avant la saisie de son salaire ; il n'est débiteur d'aucune dette envers la CROUS ; une erreur sur l'identité du débiteur de la créance en cause a été commise ; aucune vérification de l'identité du débiteur n'a été réalisée avant la saisie de son salaire ;
- il est fondé à demander le remboursement de la somme indûment saisie, soit 1 463,29 euros, ainsi que l'indemnisation des conséquences financières de l'erreur dont il a été victime, à hauteur de 2 504, 81 euros, et des troubles causés dans ses conditions d'existence, à hauteur de 2 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 15 janvier 2021, le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) Lille Nord-Pas-de-Calais conclut :
1°) à titre principal, au rejet des conclusions dirigées à son encontre ;
2°) à titre subsidiaire, à ce que la caisse d'assurance retraite et de la santé au travail (CARSAT) la relève et garantisse de toute condamnation prononcée à son encontre ;
3°) à ce que soit mise à la charge de M. A une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable, le courrier par lequel le directeur du CROUS a indiqué à M. A que la CARSAT a été remboursée du montant prélevé sur son salaire ne constituant pas une décision faisant grief ;
- il n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ; alors que l'avis de saisie à tiers détenteur qu'il a émis comportait les renseignements relatifs à l'identité et à la date de naissance du débiteur, la CARSAT a commis une erreur sur l'identité de la personne concernée ; il n'est pas responsable des dommages subis par M. A ;
- les préjudices invoqués ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 19 janvier 2021, la caisse d'assurance retraite et de la santé au travail (CARSAT) Hauts-de-France conclut au rejet des conclusions présentées à son encontre.
Elle fait valoir que :
- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;
- les préjudices invoqués ne sont pas établis ;
- elle a restitué à M. A, dès le mois de juin 2020, la somme qui lui a été saisie.
Par une ordonnance du 28 octobre 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er décembre 2021 à 23 heures 59.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur des moyens relevés d'office tirés :
- de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître tant des conclusions de la requête que de celles d'appel en garantie présentées à l'encontre de la CARSAT Hauts-de-France, dès lors que celle-ci présente le caractère d'un organisme de droit privé ;
- de l'incompétence de la juridiction administrative pour connaître du moyen tiré de l'absence de mise en demeure ou de toute information préalable à l'émission de l'avis de saisie à tiers détenteur.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Caustier,
- les conclusions de M. Christian, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. B A, né le 6 février 1988, alors agent contractuel de la caisse d'assurance retraite et de la santé au travail (CARSAT) Hauts-de-France, a fait l'objet le 4 mars 2020 d'une saisie administrative à tiers détenteur sur son salaire, à hauteur de 1 463, 29 euros, en application d'un avis émis le 27 février 2020 par le centre régional des œuvres universitaires et scolaires (CROUS) Lille Nord-Pas-de-Calais. Par des courriers en date du 19 juin 2020, M. A a adressé au directeur du CROUS et au directeur de la CARSAT une demande tendant à l'indemnisation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de cette saisie. Par la présente requête, M. A demande au tribunal de condamner solidairement la CARSAT Hauts-de-France et le CROUS Lille Nord-Pas-de-Calais à lui verser la somme totale de 5 968,10 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 19 juin 2020 et de la capitalisation des intérêts.
Sur la compétence de la juridiction administrative :
2. En premier lieu, dès lors que la CARSAT Hauts-de-France présente le caractère d'un organisme de droit privé chargé d'assurer les missions de sécurité sociale, les conclusions de la requête tendant à l'engagement de sa responsabilité quasi-délictuelle ainsi que les conclusions d'appel en garantie présentées par le CROUS Lille Nord-Pas-de-Calais relèvent de la compétence des juridictions judiciaires. Elles doivent donc être rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
3. En second lieu, il n'appartient pas au juge administratif de connaître d'une contestation relative à la régularité en la forme de l'acte de poursuite, qui ressort de la compétence du juge de l'exécution et, par voie de conséquence, de celle des juridictions judiciaires. Par suite, le moyen tiré de l'absence de mise en demeure préalable de payer ou, plus généralement, de l'absence de toute information avant la saisie en litige, qui porte sur sa régularité en la forme, ne peut être utilement invoqué par M. A à l'appui de sa contestation, portée devant le juge administratif, de son obligation de payer.
Sur la fin de non-recevoir :
4. La requête de M. A ne tend pas à l'annulation du courrier de réponse, daté du 2 juillet 2020, du directeur du CROUS Lille Nord-Pas-de-Calais à la demande préalable indemnitaire présentée par M. A mais à la condamnation de cet établissement à l'indemniser des préjudices résultant de l'illégalité de la saisie à tiers détenteurs dont il a fait l'objet le 4 mars 2020. Par suite, le CROUS Lille Nord-Pas-de-Calais ne peut utilement faire valoir que ce courrier ne constitue pas un acte faisant grief et susceptible de recours. La fin de non-recevoir opposée à ce titre ne peut donc qu'être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
5. Toute faute commise par l'administration lors de l'exécution d'opérations se rattachant aux procédures d'établissement et de recouvrement de créances non fiscales est de nature à engager la responsabilité de la collectivité publique à l'égard du débiteur ou de toute autre personne si elle leur a directement causé un préjudice. Un tel préjudice, qui ne saurait résulter du seul paiement de la créance, peut être constitué des conséquences matérielles des décisions prises par l'administration et, le cas échéant, des troubles dans les conditions d'existence dont le débiteur justifie.
En ce qui concerne la responsabilité du CROUS Lille Nord-Pas-de-Calais :
6. Il résulte des pièces du dossier que, par un avis de saisie à tiers détenteur daté du 27 février 2020, le CROUS Lille Nord-Pas-de-Calais a ordonné à la CARSAT Hauts-de-France de lui verser la somme de 5 011, 46 euros due par M. B A, né le 3 décembre 1987. Si cet avis mentionnait effectivement la date de naissance du créancier, qui est différente de celle du requérant, il n'est pas contesté que le créancier visé n'était pas employé par la CARSAT Hauts-de-France, contrairement au requérant. Dans ces circonstances, ce dernier est fondé à soutenir qu'en adressant par erreur l'avis de saisie précité à la CARSAT, le CROUS Lille Nord-Pas-de-Calais a commis une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne les préjudices :
7. Il résulte de l'instruction que la saisie en litige, d'un montant de 1 463,29 euros, a été opérée sur la fiche de paie de M. A du mois de mars 2020, et que la CARSAT lui a restitué la somme ainsi saisie par erreur le 26 juin 2020. Dès lors, la demande tendant au paiement de cette somme, qui a d'ores et déjà fait l'objet d'un remboursement, doit être rejetée.
8. En revanche, il résulte de l'instruction que la saisie de la somme précitée a aggravé les difficultés financières de M. A, en creusant son déficit bancaire non autorisé et en rendant plus difficile le paiement de son loyer. S'il ne ressort pas des pièces produites par le requérant que celui-ci aurait été amené à payer des pénalités de retard dans le paiement de ses différentes obligations, il sera néanmoins fait une juste appréciation des troubles dans ses conditions d'existence en l'indemnisant, à ce titre, à hauteur de 500 euros.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A est fondé à demander à demander la condamnation du CROUS Lille Nord-Pas-de-Calais à lui verser la somme de 500 euros.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
10. M. A a droit aux intérêts au taux légal sur l'indemnité mentionnée au point précédent à compter du 25 juin 2020, date de réception de sa réclamation préalable par CROUS Lille Nord-Pas-de-Calais.
11. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. En l'espèce, la capitalisation des intérêts a été demandée par le requérant le 12 novembre 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 25 juin 2021, date à laquelle était due au moins une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A la somme demandée par le CROUS Lille Nord-Pas-de-Calais au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, en l'absence de dépôt d'une demande d'aide juridictionnelle, M. A ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique au soutien de ses conclusions relatives aux frais exposés et non compris dans les dépens qui, au surplus, ne sont pas dirigées contre le CROUS Lille Nord-Pas-de-Calais.
D E C I D E :
Article 1er : Les conclusions de M. A et du CROUS Lille Nord-Pas-de-Calais dirigées contre la CARSAT Hauts-de-France sont rejetées comme portées devant une juridiction incompétente pour en connaître.
Article 2 : Le CROUS Lille Nord-Pas-de-Calais est condamné à verser à M. A la somme de 500 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 25 juin 2020. Les intérêts échus à la date du 25 juin 2021, puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au centre régional des œuvres universitaires et scolaires Lille Nord-Pas-de-Calais et à la caisse d'assurance retraite et de la santé au travail Hauts-de-France.
Délibéré après l'audience du 22 décembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Stefanczyk, présidente,
M. Babski, premier conseiller,
M. Caustier, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 janvier 2024.
Le rapporteur,
G. CAUSTIER
La présidente,
S. STEFANCZYK
La greffière,
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026