vendredi 26 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2008372 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 8ème chambre |
| Avocat requérant | LEULIET |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 novembre 2020 et 19 août 2021, M. C B, représenté par Me Manon Leuliet, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision implicite portant rejet de sa demande indemnitaire préalable ;
2°) de condamner l'université de Lille à lui verser la somme totale de 77 000 euros au titre des préjudices qu'il estime avoir subis du fait de l'illégalité de la sanction d'exclusion de tout établissement public d'enseignement supérieur prononcée à son encontre le 25 septembre 2019, de la rupture d'égalité de traitement dont il a fait l'objet et des défaillances des services d'enseignement de l'établissement ;
3°) de mettre à la charge de l'université de Lille la somme de 2 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
Il soutient que :
- l'encadrement pédagogique dont il a fait l'objet a été défaillant ; aucune action de l'université de Lille n'a été adoptée afin de faire cesser les manques de respect, les insultes et les menaces dont lui et sa compagne ont fait l'objet ; les services de l'université ont également commis une faute en ne lui communiquant pas ses notes et en refusant de lui transmettre ses copies ;
- il a été victime de discriminations, notamment du fait de sa nationalité italienne et de son âge, en violation des stipulations de l'article 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; il a également été victime de harcèlement ;
- la décision du 25 septembre 2019 par laquelle la section disciplinaire du conseil de l'université de Lille a prononcé à son encontre la sanction d'exclusion définitive de tout établissement public d'enseignement supérieur est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'elle est disproportionnée ;
- ces différentes fautes sont de nature à engager la responsabilité de l'université de Lille ;
- il a été contraint d'abandonner ses études et a perdu une chance d'obtenir un emploi qualifié en France ; ce préjudice peut être évalué à la somme de 20 000 euros ;
- il a également été privé du bénéfice d'une bourse d'études durant trois ans, soit la somme totale de 36 000 euros ;
- le coût d'envoi, dans le cadre de " toutes les démarches accomplies ", de ses courriers en recommandé s'élève à la somme de 100 euros ; il a également dû verser la somme de 900 euros au conseil qui l'a défendu devant la section disciplinaire du conseil de l'université de Lille ;
- son préjudice moral doit être indemnisé à hauteur de 20 000 euros.
Par un mémoire en défense, enregistré le 8 juin 2021, l'université de Lille conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- elle n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité ;
- les conclusions indemnitaires fondées sur l'illégalité de la décision d'exclusion prononcée à l'encontre de M. B sont irrecevables dès lors que la section disciplinaire de l'université était alors dotée d'un caractère juridictionnel ;
- les préjudices invoqués ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 5 juillet 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 6 septembre 2021 à 23 heures 59.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 1er mars 2021 du bureau d'aide juridictionnelle.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'éducation ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Caustier,
- les conclusions de M. Christian, rapporteur public,
- les observations de Me Leuliet, représentant M. B, et celles de M. A, représentant l'université de Lille.
Considérant ce qui suit :
1. M. B, étudiant italien déclarant être entré sur le territoire français au cours de l'année 2016, était inscrit, au titre de l'année universitaire 2018/2019, en deuxième année de la licence d'italien, composante " études romanes, slaves et orientales ", à l'université de Lille. Au terme du second semestre, M. B a été ajourné mais autorisé à accéder à l'étape supérieure. Par une décision du 25 septembre 2019, la formation de jugement de la section disciplinaire du conseil de l'université de Lille l'a reconnu coupable d'atteinte à l'ordre et au bon fonctionnement de l'établissement et a prononcé à son encontre la sanction d'exclusion définitive de tout établissement public d'enseignement supérieur. Par un courrier de son conseil en date du 24 août 2020, M. B a adressé au président de l'université de Lille une demande tendant au versement de la somme de 77 000 euros en réparation des préjudices qu'il estime avoir subis du fait des manquements du service d'enseignement de l'établissement, des discriminations et du harcèlement moral dont il a été victime, des manquements à l'égalité de traitement dont il a été l'objet et de l'illégalité de la décision précitée du 25 septembre 2019 l'excluant définitivement de tout établissement public d'enseignement supérieur. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite portant rejet de sa demande indemnitaire et de condamner l'université de Lille à lui verser la somme de 77 000 euros.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. La décision portant rejet implicite de la réclamation préalable indemnitaire présentée par M. B a eu pour seul effet de lier le contentieux à l'égard de l'objet de sa demande indemnitaire qui, en formulant les conclusions analysées ci-dessus tendant à la condamnation de l'université de Lille à lui verser la somme de 77 000 euros, leur a donné le caractère d'un recours de plein contentieux. Au regard de l'objet d'une telle demande, qui conduit le juge à se prononcer sur le droit de l'intéressé à percevoir la somme qu'il réclame, les vices propres dont serait, le cas échéant, entachée la décision qui a lié le contentieux sont en tout état de cause sans incidence sur la solution du litige.
3. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite portant rejet de la demande indemnitaire préalable présenté par M. B doivent être rejetées.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne les manquements des services universitaires :
4. En premier lieu, M. B soutient que l'université de Lille a manqué à ses obligations en n'adoptant aucune action afin de faire cesser les menaces et les insultes que lui et sa compagne ont subies de la part des autres étudiants et des personnels de l'établissement. Toutefois, il ne résulte pas de l'instruction que de telles mesures étaient nécessaires, alors qu'il ressort à l'inverse des pièces versées à l'instance, et en particulier des différents témoignages de professeurs produits en défense, que M. B a adopté, de manière régulière au cours de l'année universitaire 2018/2019, un comportement inapproprié, irrespectueux voire menaçant, tant auprès des personnels de l'université que des autres étudiants, en réitérant, que ce soit par courriels ou en classe, des propos insultants ou polémiques à connotation raciste, sexiste et, ou homophobe. S'il résulte de l'instruction que M. B a été insulté, les 20 novembre 2018 et le 7 janvier 2019, à l'occasion de deux incidents distincts, il ressort des rapports d'incident correspondants que les propos en cause, bien que regrettables, ont été proférés en réaction aux propres provocations et comportements irrespectueux de l'intéressé. Par ailleurs, les sept plaintes déposées par M. B à l'encontre de divers étudiants et personnels de l'université ne sauraient, par elles-mêmes, établir la réalité du harcèlement que le requérant dénonce, alors qu'il ne résulte pas de l'instruction qu'une suite aurait été donnée à ces dernières. Dans ces circonstances, M. B n'est pas fondé à demander l'engagement de la responsabilité de l'université de Lille sur ce point.
5. En second lieu, M. B reproche à l'université de Lille d'avoir tardé à lui communiquer ses notes et ses copies du second semestre de l'année universitaire 2018/2019. A ce titre, il soutient avoir été contraint de recourir à l'assistance d'un avocat, dont seul le courrier, daté du 24 octobre 2019 et adressé, selon le requérant, avec accusé réception à une date inconnue, lui aurait permis d'obtenir la communication de ses copies à l'exception de celles d'anglais et de grammaire italienne, puis de saisir la commission d'accès aux documents administratifs (CADA). Il a reçu communication de sa copie d'anglais en avril 2020 et l'intéressé précise avoir obtenu la communication de sa copie de grammaire italienne en juin 2020. Si l'université de Lille explique avoir " temporairement bloqué " les notes de M. B dans le cadre de la procédure disciplinaire diligentée à son encontre, elle n'établit pas le bien-fondé de cette démarche. Néanmoins, les pièces versées à l'instance ne permettent pas, en tout état de cause, d'établir la réalité d'aucun préjudice subi par l'intéressé du fait du retard pris dans la communication de ses notes et de ses copies. Les conclusions indemnitaires qu'il a présentées sur ce point doivent, par suite, être rejetées.
En ce qui concerne les discriminations et ruptures d'égalité de traitement :
6. M. B, qui a échoué, au terme de l'année universitaire 2018/2019, à valider la deuxième année de la licence d'italien, composante " études romanes, slaves et orientales ", en obtenant une moyenne de 9,635 sur 20, soutient avoir été victime de discriminations, en raison de son âge et de sa nationalité, de la part de ses professeurs et d'une rupture d'égalité de traitement dans l'évaluation de ses mérites.
7. Toutefois, alors qu'il n'appartient pas au juge administratif de contrôler les notes et appréciations portées par les jurys sur les mérites et connaissances techniques des candidats aux concours et examens, le requérant n'apporte aucun élément de nature à faire présumer qu'il aurait été victime de discriminations en se bornant à faire valoir qu'il avait obtenu la moyenne de 11,135 sur 20 au premier semestre de l'année 2018/2019, que l'italien est sa langue maternelle et qu'il parle couramment anglais. S'il soutient que la notation de ses évaluations a été " partiale et subjective " et qu'elle révèlerait une " vengeance personnelle par tous les professeurs responsables ", il ne l'établit pas.
En ce qui concerne la légalité de la sanction d'exclusion :
8. Aux termes de l'article L. 712-4 du code de l'éducation : " Le conseil académique regroupe les membres de la commission de la recherche mentionnée à l'article L. 712-5 et de la commission de la formation et de la vie universitaire mentionnée à l'article L. 712-6. / Sont constituées en son sein la section disciplinaire mentionnée à l'article L. 712-6-2 () ". Aux termes de l'article L. 712-6-2 du même code, dans sa version applicable au présent litige : " Le pouvoir disciplinaire à l'égard des enseignants-chercheurs, enseignants et usagers est exercé en premier ressort par le conseil académique de l'établissement constitué en section disciplinaire. / () ".
9. La justice est rendue de façon indivisible au nom de l'Etat. Il n'appartient dès lors qu'à l'Etat de répondre, à l'égard des justiciables, des dommages pouvant résulter pour eux de l'exercice de la fonction juridictionnelle assurée, sous le contrôle du Conseil d'Etat, par les juridictions administratives. Il en va ainsi alors même que la loi a conféré à des instances - telles que, en application des dispositions précitées du code de l'éducation, une section disciplinaire du conseil d'administration d'une université - relevant d'autres personnes morales compétente pour connaître, en premier ressort ou en appel, de certains litiges.
10. M. B sollicite l'indemnisation des préjudices résultant de l'illégalité fautive de la sanction prise par la section disciplinaire du conseil d'administration de l'université de Lille. Toutefois, une telle sanction ayant été prise dans l'exercice des attributions juridictionnelles que la loi confère en premier ressort aux universités, seule la responsabilité de l'Etat pourrait, le cas échéant, être engagée à l'égard du requérant du fait de cette décision juridictionnelle. Par suite, les conclusions de la requête tendant à la condamnation de l'université de Lille du fait de l'illégalité de la sanction prononcée à l'encontre de M. B sont mal dirigées et doivent, pour ce motif, être rejetées.
11. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'université de Lille, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme demandée par M. B au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. B est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à l'université de Lille et à Me Manon Leuliet.
Délibéré après l'audience du 7 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Stefanczyk, présidente,
M. Babski, premier conseiller,
M. Caustier, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2024.
Le rapporteur,
Signé
G. CAUSTIER
La présidente,
Signé
S. STEFANCZYK
La greffière,
Signé
N. PAULET
La République mande et ordonne à la ministre de l'enseignement supérieur et de la recherche, en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026