jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2008456 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | MATON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 23 novembre 2020 et 21 avril 2022, M. et Mme B D, représentés par Me Maton, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la prestation de compensation du handicap dont bénéficie leur fils, qui est rattaché à leur foyer fiscal, ne doit pas être déduite des sommes à prendre en compte pour le calcul de la réduction d'impôt prévue par l'article 199 sexdecies du code général des impôts ;
- ils sont fondés à se prévaloir du BOI-RFPI-CHAMP-20-20, selon lequel, même si l'immeuble est vacant, les dépenses effectuées sont susceptibles d'être déduites dès lors que son propriétaire a effectué des diligences suffisantes en vue de sa mise en location et ne s'en est pas réservé la jouissance ;
- ils sont fondés à se prévaloir du paragraphe n° 60 du BOI-CF-INF-20-10-10, selon lequel le service doit relever une inexactitude ou une omission dans une déclaration pour justifier de la majoration, alors que l'affranchissement de l'impôt dont bénéficie la prestation de compensation du handicap dont bénéficie leur fils a pour effet non seulement de ne pas l'intégrer dans le revenu imposable, mais aussi de la dégager de toute obligation déclarative.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 19 février 2021 et 29 avril 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme D ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 3 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 juin 2022.
En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l'instruction a été rouverte pour les éléments demandés en vue de compléter l'instruction par lettre du 8 mars 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Quint, rapporteur public,
- et les observations de Me Noury substituant Me Maton, avocat de M. et Mme D.
Considérant ce qui suit :
1. À l'issue d'un contrôle sur pièces, M. et Mme D ont été assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2016 et 2017. Ces impositions résultent de la correction de l'assiette du crédit d'impôt pour l'emploi d'un salarié à domicile, dont ils avaient bénéficié en application de l'article 199 sexdecies du code général des impôts, et de la remise en cause de la déduction des revenus fonciers de charges de propriété correspondant à un immeuble situé à Vieux-Berquin. M. et Mme D demandent au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 245-1 du code de l'action sociale et des familles : " I.- Toute personne handicapée résidant de façon stable et régulière en France métropolitaine () dont le handicap répond à des critères définis par décret () a droit à une prestation de compensation qui a le caractère d'une prestation en nature qui peut être versée, selon le choix du bénéficiaire, en nature ou en espèces () ". Aux termes de l'article L. 245-3 de ce code : " La prestation de compensation peut être affectée () à des charges : / 1° Liées à un besoin d'aides humaines () ". Aux termes de l'article L. 7231-1 du code du travail : " Les services à la personne portent sur les activités suivantes : / () / 2° L'assistance () aux personnes handicapées () ". Aux termes de l'article 81 du code général des impôts, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " Sont affranchis de l'impôt : / () / 9° ter La prestation de compensation servie en vertu des dispositions de l'article L. 245-1 du code de l'action sociale et des familles ; / () ". Aux termes de l'article 199 sexdecies de ce code, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " 1. Lorsqu'elles n'entrent pas en compte pour l'évaluation des revenus des différentes catégories, ouvrent droit à une aide les sommes versées par un contribuable domicilié en France au sens de l'article 4 B pour : / a) L'emploi d'un salarié qui rend des services définis aux articles L. 7231-1 et D. 7231-1 du code du travail ; / () ". En vertu des dispositions du 3 de cet article 199 sexdecies, les dépenses ouvrant droit à une aide sont retenues pour leur montant effectivement supporté.
3. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification en date du 8 novembre 2019 qui leur a été adressée, qu'au cours des années 2016 et 2017, M. et Mme D employaient un salarié à domicile pour l'assistance à leur fils A, handicapé, titulaire d'une carte d'invalidité d'au moins 80 % et rattaché à leur foyer fiscal. Ils ont bénéficié, au titre de chacune de ces années, sur le fondement des dispositions précitées de l'article 199 sexdecies du code général des impôts, d'un crédit d'impôt à raison des rémunérations versées à ce salarié, qu'ils avaient déclarées sans toutefois avoir déduit les prestations de compensation affectées à cette charge, perçues par leur fils en application des dispositions précitées de l'article L. 245-1 du code de l'action sociale et des familles. Les sommes versées pour l'emploi de ce salarié n'ayant pas été, dans cette mesure, effectivement supportées par M. et Mme D, au sens des dispositions du 3 de l'article 199 sexdecies du code général des impôts, c'est à bon droit, contrairement à ce qu'ils soutiennent, que le service les a exclues de l'assiette du crédit d'impôt en litige.
4. En second lieu, d'une part, aux termes du II de l'article 15 du code général des impôts : " Les revenus des logements dont le propriétaire se réserve la jouissance ne sont pas soumis à l'impôt sur le revenu. / () ". Aux termes de l'article 28 de ce code : " Le revenu net foncier est égal à la différence entre le montant du revenu brut et le total des charges de la propriété ".
5. Il résulte de ces dispositions que les charges afférentes aux logements dont le propriétaire se réserve la jouissance ne peuvent pas venir en déduction pour la détermination du revenu foncier compris dans le revenu global soumis à l'impôt sur le revenu. La réserve de jouissance est établie, notamment, par l'accomplissement ou non de diligences ayant pour objet de donner le bien en location. Il appartient donc au propriétaire d'apporter la preuve qu'il a offert à la location pendant l'année en cause le logement resté vacant au titre duquel il demande la déduction de charges foncières, et qu'il a pris toutes les dispositions nécessaires pour le louer.
6. Il résulte de l'instruction que M. et Mme D sont propriétaires d'un immeuble situé à Vieux-Berquin, composé d'un local commercial de 175 m2, de réserves de 130 m2, d'une maison de type 5 et de nombreuses dépendances et qu'ils ont déduit de leurs revenus fonciers des charges de propriété correspondant à cet immeuble. Pour justifier de l'accomplissement de diligences ayant pour objet de donner le bien en location, ils produisent un courrier de l'agence Orpi de Béthune du 19 janvier 2017 faisant état d'un mandat de vente de l'immeuble depuis le 22 juin 2012 et d'un mandant de location depuis le 20 avril 2016. Ils versent également au dossier un mandat de location confié à l'agence BSK Immobilier signé en novembre 2019, soit postérieurement aux années d'imposition en litige. Enfin, ils produisent un mandat de gestion confié à la SCP Picquout et Debuyser-Demailly du 17 juin 2005 donnant pouvoir pour chercher un locataire et portant une mention manuscrite " avenant au 5 novembre 2006 ", signée de Mme D, ainsi qu'une attestation de cet office notarial du 12 avril 2022, postérieure aux années d'imposition en litige, certifiant qu'ils sont chargés de la vente et de la location de l'immeuble depuis le 21 avril 2011, sans aucun élément probant de nature à établir que ces mandats étaient effectifs et que de réelles démarches ont été entreprises pour mettre en location le bien immobilier lors des années d'imposition en litige. Dès lors, M. et Mme D n'établissent pas qu'ils ont accompli des diligences pour donner cet immeuble en location pendant les années 2016 et 2017. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a remis en cause la déduction des charges correspondantes.
7. D'autre part, M. et Mme D ne sauraient se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations du paragraphe n° 70 des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-RFPI-CHAMP-20-20, qui ne contiennent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application par le présent jugement.
Sur les pénalités :
8. En vertu de l'article 1758 A du code général des impôts, le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu, ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits supplémentaires ou de la créance indue.
9. En premier lieu, il résulte de l'instruction, ainsi qu'il a été dit au point 3, que le service a constaté des inexactitudes dans les déclarations souscrites par M. et Mme D au titre des années 2016 et 2017 à raison de l'assiette du crédit d'impôt auquel ils pouvaient prétendre sur le fondement de l'article 199 sexdecies du code général des impôts. C'est dès lors à bon droit que le service leur a infligé, à ce titre, une pénalité de 10 % sur le fondement des dispositions précitées de l'article 1758 A de ce code, sans que les requérants puissent utilement se prévaloir de ce que les sommes perçues au titre de la prestation de compensation du handicap prévue par l'article L. 245-1 du code de l'action sociale et des familles sont affranchies de l'impôt sur le revenu et n'ont pas à être déclarées.
10. En second lieu, M. et Mme D ne sauraient se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations du paragraphe n° 60 des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-CF-INF-20-10-10, qui ne contiennent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application par le présent jugement.
11. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme D ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2017, ainsi que des pénalités correspondantes. Les conclusions à fin de décharge de M. et Mme D doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'ils ont présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. et Mme D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme B D et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Dang, première conseillère,
- Mme Courtois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
La rapporteure,
Signé
C. CLe président,
Signé
O. LEMAIRE
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026