mercredi 7 juin 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2008543 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 3ème Chambre |
| Avocat requérant | TRAN |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 27 novembre 2020 et le 14 juin 2022, Mme A C épouse B et M. D B, représentés par Me Tran, demandent au tribunal :
1°) de condamner la région des Hauts-de-France à leur verser une indemnité d'un montant de 97 462,19 euros en réparation des préjudices résultant de l'accident de service survenu le 10 août 2016, assortie des intérêts et de leur capitalisation à compter de l'introduction de leur requête ;
2°) déclarer le jugement à intervenir opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de Douai ;
3°) de mettre à la charge de la région des Hauts-de-France la somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la responsabilité sans faute de la région est engagée en tant que Mme B est un tiers ayant subi des dommages résultant d'un ouvrage public ;
- à titre subsidiaire, la responsabilité de la région, en sa qualité de maître d'ouvrage, est engagée, en tant que Mme B était un usager ayant subi des dommages résultant d'un défaut d'entretien normal d'un ouvrage public ;
- en tout état de cause, ils sont fondés, au titre du régime de responsabilité sans faute de l'accident de service, à obtenir de la région l'indemnisation des préjudices patrimoniaux autres que ceux tirés de la perte de revenus et de l'incidence professionnelle, ainsi que de ceux personnels ;
- Mme B a subi différents préjudices dont le montant total s'élève à 88 462,19 euros ;
- M. B a subi, en tant que victime par ricochet, des préjudices d'agrément, sexuel et moral dont le montant total s'élève à 9 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2022, la région des Hauts-de-France, représentée par Me Hounieu, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des époux B au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle fait valoir que :
- les conclusions indemnitaires de M. B sont irrecevables en l'absence de demande préalable indemnitaire de sa part ;
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- à titre subsidiaire, la faute de la victime limite à 50% des préjudices indemnisables le droit à indemnisation des époux B.
La procédure a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai qui n'a pas produit d'observation.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le code civil ;
- le code de la sécurité sociale ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Horn,
- les conclusions de M. Groutsch, rapporteur public,
- les observations de Me Tran, représentant les époux B, et les observations de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, adjoint administratif de 2ème classe affectée au service relations entreprises de la région des Hauts-de-France, a été victime le 10 août 2016 d'un accident de service sur le parking mis à la disposition du personnel. Elle a été transportée en ambulance aux urgences de l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul où lui a été diagnostiquée une fracture de la cheville droite avec fracture spiroïde peu déplacée du péroné. Par une décision du président de la région des Hauts-de-France du 9 mars 2018, cet accident a été reconnu imputable au service et la date de consolidation a été fixée au 27 septembre 2017 avec un taux d'incapacité permanente partielle de 8%. Par une requête enregistrée le 6 février 2019 Mme B a demandé au juge des référés du tribunal administratif qu'il ordonne une mesure d'expertise sur le fondement des dispositions de l'article R. 532-1 du code de justice administrative. Par une ordonnance n°1901136 du 23 mai 2019, le juge des référés a fait droit à sa demande. Le 17 décembre 2019, le Dr. Stahl a établi son rapport d'expertise lequel a été remis aux parties le 19 décembre suivant. Par un courrier du 24 juillet 2020, reçu le 27 juillet suivant, Mme A B a demandé au président de la région des Hauts-de-France de lui verser ainsi qu'à son mari, au titre de l'indemnisation des préjudices subis à raison de son accident de service la somme de 87 462,19 euros, à la suite duquel une décision implicite de rejet est née, le 27 septembre 2020, du silence gardé par le président de région.
Sur la fin de non-recevoir tirée de l'irrecevabilité des conclusions indemnitaires de M. B :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée. / Lorsque la requête tend au paiement d'une somme d'argent, elle n'est recevable qu'après l'intervention de la décision prise par l'administration sur une demande préalablement formée devant elle. () ". Et l'article 1432 du code civil dispose que : " Quand l'un des époux prend en mains la gestion des biens propres de l'autre, au su de celui-ci, et néanmoins sans opposition de sa part, il est censé avoir reçu un mandat tacite, couvrant les actes d'administration et de jouissance, mais non les actes de disposition. () ".
3. En l'espèce, par un courrier reçu par le président de la région des Hauts-de-France le 27 juillet 2020, Mme A B, qui avait qualité pour agir au nom de son époux en vertu de l'article 1432 du code civil, a formé une demande indemnitaire préalable aux fins d'indemnisation de ses préjudices propres et ceux de son époux. Cette demande a lié le contentieux à l'égard de son époux. La fin de non-recevoir soulevée en défense doit donc être écartée.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne la responsabilité sans faute de la région des Hauts-de-France à raison des dommages causés par un ouvrage public :
4. Le maître de l'ouvrage est responsable, même en l'absence de faute, des dommages que les ouvrages publics dont il a la garde peuvent causer aux tiers tant en raison de leur existence que de leur fonctionnement. Il ne peut dégager sa responsabilité que s'il établit que ces dommages résultent de la faute de la victime ou d'un cas de force majeure. Il appartient toutefois aux tiers, victimes de ces dommages, d'apporter la preuve de la réalité des préjudices qu'ils allèguent avoir subis et de l'existence d'un lien de causalité entre l'ouvrage public et ces préjudices.
5. Il résulte de l'instruction que le 10 août 2016 entre 15h00 et 15h30, alors qu'elle se dirigeait vers l'ascenseur du parking mis à la disposition du personnel de la région, situé au niveau -1, après avoir récupéré un sac lui appartenant dans la voiture de son conjoint, Mme B a été victime d'une chute près de l'accès aux ascenseurs. A supposer que sa chute soit due au caractère glissant du revêtement de sol ou à une chaîne de plastique détachée et traînant au sol ayant pour fonction de séparer les bandes piétonnes et les voies automobiles, la circonstance qu'elle se rende habituellement sur son lieu de travail par les transports publics ou à pied et que son badge d'accès ne l'autorisait pas à pénétrer dans ce parking n'est pas de nature à lui conférer la qualité de tiers à l'ouvrage public alors qu'il résulte de l'instruction que, lorsqu'elle a chuté, Mme B circulait à pied dans le parking. Dans ces conditions, les époux B ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité de la région des Hauts-de-France sur ce fondement.
En ce qui concerne les autres fondements de responsabilité :
6. D'une part, aux termes de l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa version en vigueur : " Le fonctionnaire en activité a droit : () / 2° A des congés de maladie () / Toutefois, si la maladie provient de l'une des causes exceptionnelles prévues à l'article L. 27 du code des pensions civiles et militaires de retraite ou d'un accident survenu dans l'exercice ou à l'occasion de l'exercice de ses fonctions, le fonctionnaire conserve l'intégralité de son traitement jusqu'à ce qu'il soit en état de reprendre son service ou jusqu'à la mise à la retraite. Il a droit, en outre, au remboursement des honoraires médicaux et des frais directement entraînés par la maladie ou l'accident, même après la date de radiation des cadres pour mise à la retraite. ().
7. D'autre part, compte tenu des conditions posées à leur octroi et de leur mode de calcul, la rente viagère d'invalidité et l'allocation temporaire d'invalidité doivent être regardées comme ayant pour objet de réparer les pertes de revenus et l'incidence professionnelle résultant de l'incapacité physique causée par un accident de service ou une maladie professionnelle. Les dispositions qui instituent ces prestations, déterminent forfaitairement la réparation à laquelle les fonctionnaires concernés peuvent prétendre, au titre de ces chefs de préjudice, dans le cadre de l'obligation qui incombe aux collectivités publiques de garantir leurs agents contre les risques qu'ils peuvent courir dans l'exercice de leurs fonctions. Ces dispositions ne font en revanche obstacle ni à ce que le fonctionnaire qui subit, du fait de l'invalidité ou de la maladie, des préjudices patrimoniaux d'une autre nature ou des préjudices personnels, obtienne de la personne publique qui l'emploie, même en l'absence de faute de celle-ci, une indemnité complémentaire réparant ces chefs de préjudice, ni à ce qu'une action de droit commun pouvant aboutir à la réparation intégrale de l'ensemble du dommage soit engagée contre la personne publique, dans le cas notamment où l'accident ou la maladie serait imputable à une faute de nature à engager la responsabilité de cette personne ou à l'état d'un ouvrage public dont l'entretien lui incombait. En outre, les personnels des services publics ont la qualité d'usagers des locaux où ils exercent leurs fonctions. Pour obtenir réparation des dommages qu'il a subis au titre du défaut d'entretien normal, l'usager d'un ouvrage public doit démontrer d'une part, la réalité de son préjudice et d'autre part, l'existence d'un lien de causalité direct entre l'ouvrage et le dommage. La collectivité en charge de l'ouvrage public doit, pour que sa responsabilité ne soit pas retenue, établir que l'ouvrage public faisait l'objet d'un entretien normal ou que le dommage est imputable à la faute de la victime ou à un cas de force majeure.
8. En premier lieu, il résulte de l'instruction que si les époux B invoquent l'absence totale d'entretien du revêtement du sol, lequel par temps pluvieux pourrait s'avérer extrêmement glissant, et font valoir que la chute de Mme B est imputable à une chaîne de plastique détachée et traînant au sol ayant pour fonction de séparer les bandes piétonnes et les voies automobiles, ils se bornent à fournir, à l'appui de la description des circonstances de fait de l'accident, la déclaration d'accident de service de Mme B du 11 août 2016, peu circonstanciée, l'attestation de M. B, qui n'a pas été le témoin direct de l'accident, et des photographies présentant une chaîne en plastique détachée au sol dont la plus récente date du 11 juillet 2017 qui ne permettent pas de situer l'endroit exact de la chute. Si les requérants se prévalent également de l'appréciation du responsable hiérarchique de Mme B reportée sur la déclaration d'accident précitée selon laquelle les " circonstances [de l'accident sont] clairement précisées par Mme A B ", elle n'émane pas d'un témoin direct et est dépourvue de tout élément relatif aux circonstances de la chute. En outre, il résulte de l'historique des évènements du 10 août 2016 renseigné par les agents de sécurité du parking qu'à 15 :00 a eu lieu une intervention de l'agent de sécurité suite à l'appel de M. B, terminée à 15 :30, et dont le bilan est " une douleur cheville gauche suite à une chute de sa hauteur due à une glissade. Appel au 15 et évacuation St Vincent de Paul ", cet historique ne faisant ainsi pas état de la chaîne en plastique à l'origine de la chute. Enfin, ni les photographies imprécises datées du 4 novembre 2019, ni les attestations de deux agents de la région ayant respectivement chuté sur le sol du parking le 31 mai 2016 en raison d'une flaque d'eau et heurté une base métallique au volant d'un véhicule en mars 2015 du fait d'un revêtement de sol mouillé au niveau de ce même parking, ne permettent d'établir que le sol était glissant le 10 août 2016 alors qu'aucun élément du dossier n'indique qu'il aurait été susceptible de l'être. Par suite, les éléments versés au débat ne permettent pas, à eux seuls, d'établir que l'accident de Mme B aurait pour origine directe et certaine un revêtement de sol glissant ou la présence d'une chaîne de plastique détachée et traînant sur le sol du parking du siège de la région des Hauts-de-France. Dans ces conditions, les époux B ne sont pas fondés à rechercher la responsabilité de la région des Hauts-de-France sur le fondement du défaut d'entretien normal de l'ouvrage public.
9. En second lieu, dès lors que l'accident survenu le 10 août 2016 dont a été victime Mme B, a été reconnu comme imputable au service par une décision du président de la région des Hauts-de-France du 9 mars 2018 devenue définitive, les époux B sont fondés à obtenir réparation des préjudices patrimoniaux d'une autre nature que les pertes de revenus et l'incidence professionnelle ainsi que des préjudices personnels sur le fondement de la responsabilité sans faute de la région des Hauts-de-France.
10. Si Mme B se rend habituellement sur son lieu de travail par les transports publics ou à pied et qu'elle ne s'est rendue dans le parking du siège de la région qu'exceptionnellement le 10 août 2016, il résulte de l'instruction que d'une part elle n'était pas autorisée à y accéder et d'autre part que le parking était parfaitement éclairé, et à supposer qu'une chaîne de plastique traînait au sol, un tel obstacle, peint en rouge et blanc, était tout à fait visible pour un piéton attentif. Il ne résulte en outre pas de l'instruction que la requérante aurait été contrainte d'enjamber cette chaîne. Par suite, Mme B, qui n'était âgée que de 48 ans à l'époque et ne se prévaut d'aucune difficulté particulière à marcher, a commis une faute d'inattention de nature à exonérer la région des Hauts-de-France de sa responsabilité à hauteur de 50%.
Sur les préjudices :
En ce qui concerne les préjudices temporaires :
11. Mme B demande l'indemnisation de l'achat de poignées en mousse pour béquilles et d'une surchaussure d'un montant total 25,30 euros. Il ne résulte cependant pas de l'instruction que ces frais auraient été directement entraînés par l'accident de service et ne sauraient par suite être indemnisés.
12. Il résulte de l'instruction que Mme B a engagé des frais de déplacement présentant une utilité directe pour parer aux conséquences de son accident de service pour une distance cumulée de 324,3 kilomètres sur une période s'étendant du 10 août 2016 au 27 septembre 2017. Il n'est pas contesté que les véhicules de la requérante disposent d'une puissance administrative de 4 CV. Compte tenu du barème kilométrique fiscal applicable en 2016 et 2017, fixant un taux de 0,493 pour un véhicule de 4 CV, ces frais peuvent être évalués à la somme de 159, 88 euros.
13. Il résulte de l'expertise judiciaire du 17 décembre 2019 que l'état de Mme B a nécessité " une aide temporaire non spécialisée que l'on peut évaluer à l h30 par jour de la date de l'accident jusqu'au 7 octobre 2016, puis 5 heures par semaine du 8 octobre 2016 jusqu'au 30 novembre 2016 ". Compte tenu du taux horaire moyen du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette période, augmenté des charges sociales, et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, le taux horaire de l'assistance par une tierce personne doit être fixé à 15 euros correspondant à une aide non spécialisée. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours. L'indemnisation de ce poste de préjudice doit donc être fixée à la somme de 2 126, 11 euros (1,5 x 15 x 412/365 x 58) + (5/7 x 15 x 412/365 x 54).
14. Il résulte de l'expertise judiciaire du 17 décembre 2019 que l'accident du 10 août 2016 a entraîné un déficit fonctionnel temporaire total le 10 août 2016. Mme B a ensuite subi un déficit fonctionnel partiel, à hauteur de 50 %, du 11 août 2016 au 7 octobre 2016, soit pendant une période de 57 jours, avant une période de déficit fonctionnel réduit de 25 % du 8 octobre 2016 au 30 novembre 2016, date d'abandon de la dernière canne béquille, soit pendant une période de 53 jours. Enfin, elle a subi un déficit temporaire partiel de 10% du 1er décembre 2016 au 27 septembre 2017, date de consolidation, soit pendant une période de 300 jours. En retenant un taux journalier d'indemnisation de 13 euros pour un déficit fonctionnel total, il sera fait une exacte appréciation du déficit fonctionnel temporaire de la victime en le fixant à la somme de 945,75 euros (1 x 13 euros + 57 x 13 x 0,5 + 53 x 13 x 0,25 + 300 x 13 x 0,10).
15. Il résulte de l'expertise judiciaire du 17 décembre 2019 que les souffrances endurées par Mme B, compte tenu de la nature du traumatisme, du traitement effectué, et des souffrances physiques et morales endurées jusqu'à la date de consolidation, sont évaluées à 2,5/7. Il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 2 000 euros.
16. Mme B sollicite l'indemnisation de son préjudice d'agrément temporaire à hauteur de 1 500 euros. Or, le préjudice d'agrément temporaire relève des troubles de toute nature dans les conditions d'existence indemnisés au titre du déficit fonctionnel temporaire. Par suite, Mme B ne peut prétendre à aucune indemnisation à ce titre.
17. Il résulte de l'expertise judiciaire du 17 décembre 2019 que Mme B a dû se déplacer avec des cannes béquilles de la date de l'accident jusqu'au 30 novembre 2016 avec plus particulièrement utilisation de deux cannes jusqu'au 7 octobre 2016. Il sera fait une juste appréciation du préjudice esthétique temporaire en l'évaluant à la somme de 600 euros.
En ce qui concerne les préjudices permanents :
18. Il résulte de l'instruction que Mme B a engagé des frais de déplacement présentant une utilité directe pour parer aux conséquences de son accident de service pour une distance de 91 kilomètres sur la période s'étendant du 5 octobre 2017 au 31 décembre 2018 et de 122 kilomètres en 2019, compte tenu de ce que le déplacement relatif à l'IRM du rachis cervical ne saurait être indemnisé dès lors qu'il est sans lien avec l'accident du 10 août 2016. Il n'est pas contesté que les véhicules de la requérante disposent d'une puissance administrative de 4 CV. Compte tenu du barème kilométrique fiscal applicable en 2017 et 2018, fixant un taux de 0,493 pour un véhicule de 4 CV, et du barème fiscal applicable en 2019 fixant un taux de 0,518 pour la même catégorie de véhicule, ces frais peuvent être évalués à la somme de 108,06 euros.
19. Mme B sollicite l'indemnisation des frais d'assistance d'un médecin spécialiste en vue de la réunion d'expertise du 28 novembre 2019. Si la région fait valoir qu'aucun élément ne fait état de la réunion du 28 novembre 2019 à laquelle le Dr. Chantelot aurait assisté, la présence du Dr. Chantelot à cette réunion est bien précisée en page 4 du rapport d'expertise du 17 décembre 2019. Il y a lieu d'indemniser ce chef de préjudice à hauteur de la facture produite par les requérants de 800 euros.
20. Les époux B sollicitent l'indemnisation de frais d'adaptation de logement à hauteur de 30 345 euros dont 18 935 euros pour la fourniture et pose d'un monte-personne et 11 500 euros pour la dépose d'une salle de bain et douche adaptés. Or, il résulte de l'expertise judiciaire du 17 décembre 2019 que " si la patiente conserve des douleurs de la cheville post-traumatiques, celles-ci ne sont pas incompatibles avec la pratique des escaliers même si celle-ci doit se faire de façon plus lente qu'à l'habitude ". Dans ces conditions, les frais invoqués ne sont pas en lien direct avec l'accident du 10 août 2016 et ne sauraient être indemnisés.
21. Il ressort de l'expertise du 17 décembre 2019 que le déficit fonctionnel permanent est évalué à 9%. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en l'évaluant à la somme de 12 000 euros.
22. M. et Mme B sollicitent l'indemnisation de leurs préjudices d'agrément respectifs à hauteur de 5 000 euros et de 15 000 euros. Il résulte de l'expertise judiciaire du 17 décembre 2019 que les séquelles du traumatisme de Mme B sont de nature à perturber ses activités de marche prolongée du fait de la limitation du périmètre de marche et des douleurs. Si le préjudice d'agrément de M. B n'est pas établi, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'agrément de Mme B en le fixant à 1 000 euros.
23. Mme B subit un préjudice esthétique permanent en raison d'une " discrète boiterie résiduelle " selon les termes de l'expertise du 17 décembre 2019, imputable à l'accident du 10 août 2016, évalué à 1 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce poste de préjudice en fixant à 1 000 euros la somme destinée à le réparer, par référence au barème de l'ONIAM.
24. M. et Mme B sollicitent l'indemnisation de leurs préjudices sexuels respectifs à hauteur de 2 000 euros et de 5 000 euros. Or, il résulte de l'expertise judiciaire du 17 décembre 2019 qu'aucun élément ne permet d'envisager un préjudice sexuel de nature définitive imputable directement aux conséquences de l'accident. Par suite, leurs demandes au titre de ce poste de préjudice doivent être rejetées.
25. M. et Mme B sollicitent l'indemnisation de leurs préjudices moraux respectifs à hauteur de 2 000 euros et de 8 000 euros. Dès lors qu'au titre des préjudices temporaires, les souffrances physiques et morales ont été indemnisées, leurs demandes au titre de ce poste de préjudice doivent également être rejetées.
26. Il résulte de ce qui précède que le montant total des préjudices subis s'élève à 19 742,50 euros auxquels il convient de retrancher l'exonération de responsabilité de 50% relative à la faute de la victime. Par suite, la région des Hauts-de-France doit être condamnée à verser à Mme B la somme totale de 9 871,25 euros.
Sur la déclaration de jugement commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de Douai :
27. Aux termes des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () L'intéressé ou ses ayants droit doivent indiquer, en tout état de la procédure, la qualité d'assuré social de la victime de l'accident ainsi que les caisses de sécurité sociale auxquelles celle-ci est ou était affiliée pour les divers risques. Ils doivent appeler ces caisses en déclaration de jugement commun ou réciproquement. A défaut du respect de l'une de ces obligations, la nullité du jugement sur le fond pourra être demandée pendant deux ans, à compter de la date à partir de laquelle ledit jugement est devenu définitif, soit à la requête du ministère public, soit à la demande des caisses de sécurité sociale intéressées ou du tiers responsable, lorsque ces derniers y auront intérêt () ".
28. Il n'appartient pas au juge administratif de déclarer le présent jugement commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de Douai, cette dernière ayant été régulièrement mise en cause dans la présente instance. Par suite, les conclusions présentées en ce sens par les requérants doivent être rejetées.
Sur les intérêts :
29. Mme B a droit aux intérêts au taux légal correspondants à l'indemnité de 9 871,25 euros à compter du 27 juillet 2020, date de la réception par la région des Hauts-de-France de sa demande préalable indemnitaire.
Sur la capitalisation :
30. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée le 27 novembre 2020. Il y a lieu de faire droit à cette demande à compter du 27 juillet 2021, date à laquelle était due, pour la première fois, une année d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.
Sur les frais liés au litige :
31. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge des époux B, qui ne sont pas parties perdantes dans la présente instance, la somme de 3 000 euros que demande la région des Hauts-de-France au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de la région des Hauts-de-France une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par les époux B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La région des Hauts-de-France est condamnée à verser à Mme B une somme de 9 871,25 euros avec intérêts au taux légal à compter du 27 juillet 2020. Les intérêts échus à la date du 27 juillet 2021 puis à chaque échéance annuelle à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : La région des Hauts-de-France versera aux époux B la somme de 1 500 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejetée.
Article 4 : Les conclusions de la région des Hauts-de-France présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A C épouse B, M. D B, à la région des Hauts-de-France et à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai.
Délibéré après l'audience du 17 mai 2023, à laquelle siégeaient :
- Mme Féménia, présidente,
- M. Bourgau, premier conseiller,
- M. Horn, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 juin 2023.
Le rapporteur,
Signé
J. HORNLa présidente,
Signé
J. FÉMÉNIALa greffière,
Signé
P. MAGHRI
La République mande et ordonne au préfet de la région Hauts-de-France en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026