jeudi 23 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2008867 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | DRIDI NEFFATI |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 8 décembre 2020, la société par actions simplifiée Boucherie de la Place, représentée par Me Dridi Neffatti, doit être regardée comme demandant au tribunal :
1°) de prononcer la décharge ou la réduction des cotisations primitives d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016 et en 2017 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 28 janvier 2016 au 31 décembre 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de prononcer la décharge des amendes qui lui ont été infligées sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- en méconnaissance de l'article L. 48 du livre des procédures fiscales, les montants des impositions, ainsi que des intérêts de retard et des pénalités, n'ont pas été régulièrement portés à sa connaissance ;
- le service vérificateur aurait dû retenir un taux de déchets lors des découpes de viande de 22,22 % et un taux de perte sur les produits commercialisables de 20 %, le coefficient de marge devant dès lors s'établir à 1,22 ;
- le service n'a, à tort, retenu aucune consommation personnelle ;
- les pénalités infligées sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts ne sont pas justifiées, en l'absence de preuve d'une intention délibérée d'éluder l'impôt.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 mai 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Boucherie de la Place ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 31 août 2021, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er octobre 2021.
En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l'instruction a été rouverte pour les éléments demandés en vue de compléter l'instruction par lettre du 27 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Lemaire,
- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société Boucherie de la Place, qui exerce une activité de commerce de denrées orientales, de boucherie et de boulangerie, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle le service vérificateur, après avoir écarté sa comptabilité et reconstitué ses chiffres d'affaires et résultats, l'a assujettie à des cotisations primitives d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos en 2016 et en 2017, a mis à sa charge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée au titre de la période du 28 janvier 2016 au 31 décembre 2017 et lui a infligé des amendes sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts. Elle demande au tribunal de prononcer, d'une part, la décharge ou la réduction de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes, et, d'autre part, la décharge des amendes infligées sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 48 du livre des procédures fiscales : " À l'issue () d'une vérification de comptabilité (), lorsque des rectifications sont envisagées, l'administration doit indiquer, avant que le contribuable présente ses observations ou accepte les rehaussements proposés, dans la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou dans la notification mentionnée à l'article L. 76, le montant des droits, taxes et pénalités résultant de ces rectifications. () ".
3. Il résulte de l'instruction que, contrairement à ce que soutient la société Boucherie de la Place, le tableau des conséquences financières annexé à la proposition de rectification du 8 mars 2019 qui lui a été adressée indique précisément et sans erreur le montant des impositions et pénalités correspondant aux rectifications envisagées et mises en recouvrement par avis du 15 juillet 2019. Le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 48 du livre des procédures fiscales doit dès lors être écarté.
Sur le bien-fondé des impositions :
4. Aux termes de l'article L. 193 du livre des procédures fiscales : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 de ce livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". Aux termes de l'article R. 194-1 du même livre : " Lorsque, () s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagèré. / () ".
5. Il résulte de l'instruction que la société Boucherie de la Place a été imposée d'office, sur le fondement de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales, à l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos en 2017 et à la taxe sur la valeur ajoutée au titre de l'année 2017. S'agissant des autres impositions en litige, la société requérante, qui a fait l'objet d'une procédure de rectification contradictoire, s'est abstenue de répondre, dans le délai qui lui avait été imparti, à la proposition de rectification du 8 mars 2019 qui lui avait été régulièrement notifiée. Les rectifications proposées à l'issue de la procédure de rectification contradictoire doivent dès lors être regardées comme ayant été tacitement acceptées. Par suite, en application des dispositions précitées des articles L. 193 et R. 193-1 du livre des procédures fiscales, d'une part, et de l'article R. 194-1 de ce livre, d'autre part, il appartient à la société Boucherie de la Place d'apporter la preuve de l'exagération des impositions mises à sa charge.
6. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 8 mars 2019, qu'après avoir écarté la comptabilité de la société Boucherie de la Place en raison des graves irrégularités qui l'entachaient, le service vérificateur a reconstitué ses chiffres d'affaires et résultats. Pour ce faire, il a d'abord relevé que l'activité de la société requérante se décomposait en un département boucherie, au sein duquel les produits achetés étaient transformés avant leur revente, et en d'autres départements, où les produits achetés étaient revendus en l'état après application d'un coefficient de marge. Il a ensuite constaté que le département boucherie représentait 81,11 % des achats en 2016 et 80,62 % des achats en 2017 et il a fixé, grâce au dépouillement des factures d'achats et à des relevés de prix et en retenant, en sus des pertes constatées lors des découpes et oscillant entre 4,27 % et 23,10 %, un pourcentage de perte de 15 %, afin de tenir compte des pertes sur les produits commercialisables, à 1,28 le coefficient de marge de la société pour ce département.
7. D'une part, en se bornant à se prévaloir d'une étude de l'observatoire de la formation des prix et des marges des produits alimentaires indiquant que le taux de perte est en moyenne de 28 % à 30 % pour les bovins, la société Boucherie de la Place ne démontre pas que la substitution au taux précité de 15 % retenu par le service vérificateur d'un taux de 20 % permettrait d'obtenir une évaluation plus juste de ses chiffres d'affaires et résultats. D'autre part, la société requérante n'apporte aucun élément probant de nature à établir que les taux de déchets constatés lors des découpes de viande par le service vérificateur seraient sous-estimés. Enfin, si la société requérante fait valoir qu'aucune consommation personnelle n'a été retenue par l'administration fiscale, elle n'apporte aucun élément de nature à établir l'existence d'une telle consommation par les membres de son personnel. Dans ces conditions, elle n'est pas fondée à soutenir que le coefficient de marge doit être fixé à 1,22 pour le département boucherie. La société Boucherie de la Place, qui ne propose, au demeurant, aucune méthode alternative de reconstitution de ses résultats et chiffres d'affaires, n'apporte pas la preuve, qui lui incombe, de l'exagération des bases d'imposition retenues par le service.
Sur les pénalités pour manquement délibéré :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées () quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable. / () ".
9. Il résulte de l'instruction que, par la proposition de rectification du 8 mars 2019 adressée à la société Boucherie de la Place, le service vérificateur lui a indiqué la base légale, le taux et le montant des pénalités qu'il entendait lui infliger sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts et il a exposé de façon précise les motifs pour lesquels il envisageait de les infliger. Dans ces conditions, à supposer que la société requérante ait entendu le soulever, le moyen tiré de l'absence de motivation de ces pénalités ne peut qu'être écarté.
10. En second lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs, de la taxe sur la valeur ajoutée et des autres taxes sur le chiffre d'affaires (), la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".
11. L'administration fiscale, qui se prévaut de la nature, de l'importance et de la répétition des manquements ayant consisté à omettre de déclarer une partie significative des recettes, doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, conformément à l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, de l'intention délibérée de la société Boucherie de la Place de se soustraire à l'impôt et, par suite, du bien-fondé des pénalités de 40 % pour manquement délibéré qui lui ont été infligées, en application de l'article 1729 du code général des impôts.
Sur les amendes infligées sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts :
12. Si la société Boucherie de la Place demande au tribunal de prononcer la décharge des amendes qui lui ont été infligées sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts, elle n'assortit d'aucun moyen ses conclusions, qui ne peuvent dès lors et en tout état de cause qu'être rejetées.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la société Boucherie de la Place n'est fondée à demander ni la décharge ou la réduction des cotisations primitives d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2016 et en 2017 et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période du 28 janvier 2016 au 31 décembre 2017, ainsi que des pénalités correspondantes, ni la décharge des amendes qui lui ont été infligées sur le fondement de l'article 1759 du code général des impôts. Ses conclusions à fin de décharge ou de réduction doivent dès lors être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la société Boucherie de la Place est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Boucherie de la Place et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 2 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Courtois, première conseillère,
- Mme Jaur, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 novembre 2023.
L'assesseure la plus ancienne,
Signé
C. COURTOISLe président-rapporteur,
Signé
O. LEMAIRE
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026