mercredi 5 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2008992 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SHBK AVOCATS SEGARD BRIOUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 11 décembre 2020, la société anonyme SNCF Voyageurs, venant aux droits de SNCF Mobilités, et la société anonyme SNCF Réseau, représentées par Me Lepoutre, demandent au tribunal :
1°) de condamner solidairement l'établissement public de santé mentale (EPSM) de Lille-Métropole et la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles (SHAM) à verser à la société SNCF Voyageurs une somme de 13 232,66 euros en réparation du préjudice qu'elles estiment avoir subi en raison du suicide de Philippe B le 8 octobre 2014, avec capitalisation des intérêts échus pour plus d'une année entière ;
2°) de condamner solidairement l'EPSM de Lille-Métropole et la SHAM à verser à la société SNCF Réseau une somme de 636,98 euros en réparation des conséquences dommageables de ce suicide, avec capitalisation des intérêts échus pour plus d'une année entière ;
3°) de mettre à la charge solidaire de l'EPSM de Lille-Métropole et de la SHAM une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- la responsabilité de l'EPSM est en tout état de cause engagée, pour faute résultant d'un défaut de surveillance si Philippe B était en fugue, sans faute dans le cas d'une autorisation de sortie accordée par l'établissement ;
- en qualité d'assureur, la SHAM est solidairement responsable des dommages ;
- l'évaluation de ces dommages, s'élevant aux sommes réclamées, a été effectuée en application des dispositions du protocole d'évaluation des dommages causés par des tiers aux biens ferroviaires du 1er juillet 2005, conclu avec la Fédération Française des Sociétés d'Assurance et le Groupement des Entreprises Mutuelles d'Assurance.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 février 2021, l'EPSM de Lille-Métropole et la SHAM, représentés par Me Segard, concluent au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge des sociétés SNCF Voyageurs et SNCF Réseau une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la requête est tardive, comme introduite au-delà d'un délai raisonnable, le refus opposé par la SHAM, mandatée par l'EPSM de Lille-Métropole, à la demande indemnitaire préalable étant intervenu par courrier du 25 janvier 2016 ;
- l'EPSM de Lille-Métropole n'a commis aucune faute, en l'absence de défaut de surveillance ou de prise en charge d'un patient, respectueux des horaires, qui ne présentait pas de risque de fugue ou d'autolyse prévisible lors des faits ;
- aucun lien de causalité n'est démontré entre la prise en charge psychiatrique de M. H B et l'accident ferroviaire dont il a été victime, en particulier l'intention suicidaire n'est pas démontrée.
Par ordonnance du 23 mars 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 8 avril 2022.
Un mémoire a été enregistré pour les sociétés requérantes le 13 février 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. G,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,
- et les observations de Me Chochois, substituant Me Segard, représentant l'EPSM de Lille-Métropole et la SHAM.
Considérant ce qui suit :
1. Le 8 octobre 2014 à 13h08, M. H B, hospitalisé à Armentières (59), à l'établissement public de santé mentale (EPSM) de Lille-Métropole, depuis le 9 juin 2010, est percuté successivement par deux trains à hauteur d'un passage à niveau et décède. Par la présente requête, les sociétés SNCF Voyageurs et SNCF Réseau, estimant qu'il s'agissait d'un suicide de nature à engager la responsabilité de l'EPSM de Lille-Métropole et de son assureur, sollicitent l'indemnisation des préjudices occasionnés par ce décès.
Sur la fin de non-recevoir opposée à la requête :
2. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative, dans sa rédaction applicable à la cause : " Sauf en matière de travaux publics, la juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision, et ce, dans les deux mois à partir de la notification ou de la publication de la décision attaquée ". Aux termes de l'article R. 421-5 du même code : " Les délais de recours contre une décision administrative ne sont opposables qu'à la condition d'avoir été mentionnés, ainsi que les voies de recours, dans la notification de la décision ".
3. Il résulte par ailleurs du principe de sécurité juridique que le destinataire d'une décision administrative individuelle qui a reçu notification de cette décision ou en a eu connaissance dans des conditions telles que le délai de recours contentieux ne lui est pas opposable doit, s'il entend obtenir l'annulation ou la réformation de cette décision, saisir le juge dans un délai raisonnable, qui ne saurait, en règle générale et sauf circonstances particulières, excéder un an. Toutefois, cette règle ne trouve pas à s'appliquer aux recours tendant à la mise en jeu de la responsabilité d'une personne publique qui, s'ils doivent être précédés d'une réclamation auprès de l'administration, ne tendent pas à l'annulation ou à la réformation de la décision rejetant tout ou partie de cette réclamation mais à la condamnation de la personne publique à réparer les préjudices qui lui sont imputés. La prise en compte de la sécurité juridique, qui implique que ne puissent être remises en cause indéfiniment des situations consolidées par l'effet du temps, est alors assurée par les règles de prescription prévues par la loi n° 68-1250 du 31 décembre 1968 ou, en ce qui concerne la réparation des dommages corporels, par l'article L. 1142-28 du code de la santé publique.
4. En l'espèce, si la direction juridique du groupe SNCF a présenté par courrier du 13 octobre 2015 une demande indemnitaire préalable auprès de la SHAM, mandatée par l'EPSM de Lille-Métropole, la réponse apportée à celle-ci ne comportait pas la mention des voies et délais de recours et n'a donc pas fait courir de délai de recours contentieux de deux mois. Dans ces circonstances, il résulte des principes rappelés au point 3 que, le délai raisonnable n'étant pas applicable s'agissant des recours tendant à la mise en jeu de la responsabilité d'une personne publique, les sociétés requérantes pouvaient régulièrement saisir le tribunal administratif de conclusions indemnitaires le 11 décembre 2020. Par suite, la fin de non-recevoir tirée de la tardiveté de la requête doit être écartée.
Sur la responsabilité du l'EPSM de Lille-Métropole :
5. En premier lieu, aux termes du I de l'article L. 1142-1 de ce code : " Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. "
6. Pour établir l'existence d'une faute dans l'organisation du service hospitalier au titre du défaut de surveillance d'un patient atteint d'une pathologie psychiatrique, le juge doit notamment tenir compte, lorsque l'état de santé de ce patient fait courir le risque qu'il commette un acte agressif à son égard ou à l'égard d'autrui, non seulement de la pathologie en cause et du caractère effectivement prévisible d'un tel passage à l'acte, mais également du régime d'hospitalisation, libre ou sous contrainte, ainsi que des mesures que devait prendre le service, compte tenu de ses caractéristiques et des moyens dont il disposait.
7. Il résulte de l'instruction que M. H B était pris en charge par l'EPSM de Lille-Métropole pour une pathologie psychotique chronique associée à un trouble de l'usage de l'alcool compliqué de troubles du comportement contemporains des intoxications éthyliques aigues. Suivi en soins ambulatoires au centre médico-psychologique de La Madeleine, commune où il avait un logement, il a été réintégré le 27 septembre 2014 en hospitalisation complète sans consentement en raison de l'inobservance de son traitement à base d'injection retard accompagnée d'une rechute alcoolique. Il résulte de l'audition par les services de police de Mme A B le 8 octobre 2014 que son fils avait déjà réalisé des tentatives d'autolyse médicamenteuses, sans indication de date, et de l'audition le même jour de Mme D F, infirmière au centre médico-psychologique de La Madeleine, que M. H B " n'a jamais fait de tentative de suicide mais qu'il avait des idées suicidaires ". Toutefois, il résulte également de l'instruction, notamment du courrier du Dr E C du 26 janvier 2023, que lors de sa réintégration en hospitalisation complète le 27 septembre 2014, M. H B n'a pas fait part d'idées suicidaires et n'a pas été identifié comme présentant un tel risque, alors qu'en outre les soins dont il a bénéficié, notamment la réalisation de l'injection retard après dégrisement, ont permis un retour à l'état antérieur et l'allégement de la surveillance soignante au niveau le plus faible. En outre, avant l'hospitalisation sans consentement, l'état de santé de M. H B permettait à celui-ci de vivre dans un logement indépendant, avec un suivi en hôpital de jour et des activités thérapeutiques. S'il est constant que c'est à l'occasion d'une sortie d'une heure autorisée dans le parc de l'établissement que le patient, le 2 octobre 2014, s'est enfui, il résulte de l'instruction que de telles sorties avaient été organisées à compter du 30 septembre 2014, sans aucun incident. Compte tenu du niveau de surveillance mis en place, proportionné à l'état du patient, l'établissement n'a pas commis de faute en autorisant ces sorties, de courte durée et dans l'enceinte de l'établissement. Dès lors, la présence de M. H B sur la voie ferroviaire six jours après sa sortie non autorisée de l'EPSM de Lille-Métropole, le 8 octobre 2014 à 13h08, à supposer même qu'il s'agisse d'un suicide comme le soutiennent les sociétés requérantes, ne résulte pas d'une faute de l'établissement psychiatrique qui ne pouvait prévoir un risque de fugue au regard de la stabilisation de l'état de M. H B et qui a fait preuve de diligence pour signaler la sortie non autorisée aux forces de l'ordre lorsqu'elle en a eu connaissance.
8. En second lieu, aux termes de l'article L. 3211-11-1 du code de la santé publique, " Afin de favoriser leur guérison, leur réadaptation ou leur réinsertion sociale ou si des démarches extérieures sont nécessaires, les personnes faisant l'objet de soins psychiatriques en application des chapitres II et III du présent titre ou de l'article 706-135 du code de procédure pénale sous la forme d'une hospitalisation complète peuvent bénéficier d'autorisations de sortie de courte durée : / 1° Sous la forme de sorties accompagnées n'excédant pas douze heures. Les personnes malades sont accompagnées par un ou plusieurs membres du personnel de l'établissement d'accueil, par un membre de leur famille ou par la personne de confiance qu'elles ont désignée en application de l'article L. 1111-6 du présent code, pendant toute la durée de la sortie ; / 2° Sous la forme de sorties non accompagnées d'une durée maximale de quarante-huit heures. / L'autorisation de sortie de courte durée est accordée par le directeur de l'établissement d'accueil, après avis favorable d'un psychiatre de cet établissement. / () ".
9. Il résulte de ce qui a été dit au point 7 que M. H B n'était autorisé qu'à se promener dans le parc de l'établissement de l'EPSM de Lille-Métropole, ce qui ne constitue pas une méthode thérapeutique particulière de prise en charge psychiatrique, et non à quitter cet établissement, de sorte que les sociétés requérantes ne sont pas davantage fondées à rechercher la responsabilité de plein droit de l'EPSM de Lille-Métropole.
10. Il résulte de ce qui précède que la requête de la société SNCF Voyageurs et de la société SNCF Réseau ne peut qu'être rejetée.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'EPSM de Lille-Métropole, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par les sociétés SNCF Voyageurs et SNCF Réseau au titre des frais exposés par elles et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge des sociétés SNCF Voyageurs et SNCF Réseau la somme demandée par l'EPSM de Lille-Métropole au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête des sociétés SNCF Voyageurs et SNCF Réseau est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme SNCF Voyageurs, à la société anonyme SNCF Réseau, à l'établissement public de santé mentale de Lille-Métropole et à la Société Hospitalière d'Assurances Mutuelles.
Délibéré après l'audience du 15 mars 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Bruneau, première conseillère,
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 avril 2023.
Le rapporteur,
signé
V. FOUGERES
Le président,
signé
J-M. RIOU La greffière,
signé
I. BAUDRY
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026