lundi 20 février 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2009060 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | SCP SHBK AVOCATS SEGARD BRIOUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 14 décembre 2020 et 12 octobre 2021, M. E A, représenté par Me Chandler, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (ONIAM) à lui verser la somme de 406 577,79 euros en réparation des préjudices subis, assortie des intérêts au taux légal à compter de sa demande préalable ;
2°) d'ordonner l'exécution provisoire du jugement à intervenir ;
3°) de condamner l'ONIAM aux dépens ;
4°) de mettre à la charge de l'ONIAM une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les conditions d'indemnisation au titre de la solidarité nationale sont réunies dès lors que la fréquence du risque qui s'est réalisé est inférieure à 1 % et qu'il souffre d'un déficit fonctionnel permanent évalué à 30 % par les experts.
Par un mémoire en défense, enregistré le 31 juillet 2021, l'ONIAM, représenté par Me Joliff, conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que le critère de l'anormalité n'étant pas rempli, le requérant ne peut pas être indemnisé au titre de la solidarité nationale.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 août 2021, le centre hospitalier régional universitaire (CHRU) de Lille, représenté par Me Segard, conclut à sa mise hors de cause et à ce qu'une somme de 1 500 euros soit mise à la charge de M. A au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir qu'aucune faute ne lui est imputable.
La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing qui n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 29 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 29 octobre 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le code de la santé publique ;
- le code du travail ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,
- les observations de Me Chochois substituant Me Segard, représentant le CHRU de Lille.
Considérant ce qui suit :
1. M. E A, né le 19 janvier 1949, a été admis au CHRU de Lille le 14 juin 2017 en vue de bénéficier, le 15 juin 2017, d'une chirurgie itérative du trépied fémoral en raison d'une artériopathie oblitérante des membres inférieurs. Les suites post-opératoires immédiates ont été compliquées par l'apparition, dès le 16 juin 2017, d'un déficit moteur du membre inférieur gauche ainsi que de troubles sensitifs de la face antérieure de la cuisse. Un électromyogramme, réalisé le 20 juin 2017, a permis de constater un déficit massif du quadriceps. A la sortie de l'hospitalisation au sein de cet établissement, M. A a été admis du 27 juin au 12 juillet 2017 au centre de rééducation et de réadaptation fonctionnelle de l'Espoir. Lors de son admission, il a été constaté une hypoesthésie dans le territoire saphène interne ainsi qu'une hypoesthésie dans le territoire du fémoro-cutané et du génitocrural pré existant à cette dernière intervention. La réalisation d'un second électromyogramme, le 13 juillet 2017, a confirmé l'existence d'un déficit moteur de l'extension de la jambe gauche sans déficit moteur de la flexion dorsale du pied gauche. Il a été diagnostiqué une atteinte du nerf fémoral gauche sévère et totale. M. A a bénéficié, le 20 avril 2018, d'une reprise chirurgicale consistant en la libération du nerf fémoral. Bien qu'une dénervation totale sur le quadriceps gauche persistait, les suites ont été favorables.
2. M. A a adressé, le 16 septembre 2017, une demande d'indemnisation auprès de la commission régionale de conciliation et d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales (CCI) du Nord-Pas-de-Calais, qui a désigné le 7 mars 2018, le docteur B, chirurgien vasculaire, et le docteur D, neurologue, en qualité d'expert. Le rapport d'expertise a été remis le 28 septembre 2018. En se fondant sur ce rapport, la CCI a sursis à statuer dans l'attente de la consolidation de l'état de santé de M. A. Ce dernier a, à nouveau, saisi la CCI le 3 juin 2019, qui a désigné, le 7 juin suivant, de nouveau les mêmes experts. Ils ont remis leur rapport le 23 septembre 2018. La CCI, par un avis du 23 septembre 2020, a conclu à l'absence d'ouverture des droits à indemnisation de M. A au titre de la solidarité nationale. Par la présente requête, M. A demande la condamnation de l'ONIAM à lui verser la somme de 406 577,49 euros en réparation des préjudices subis en raison de la complication dont il a souffert lors de son hospitalisation au CHRU de Lille.
Sur le principe de la prise en charge par l'ONIAM au titre de la solidarité nationale :
3. Aux termes du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " Lorsque la responsabilité () d'un établissement () mentionné au I () n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, () au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, () / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret ".
4. Aux termes de l'article D. 1142-1 du même code, qui définit le seuil de gravité prévu par ces dispositions législatives : " Le pourcentage mentionné au dernier alinéa de l'article L. 1142-1 est fixé à 24 %. / Présente également le caractère de gravité mentionné au II de l'article L. 1142-1 un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ayant entraîné, pendant une durée au moins égale à six mois consécutifs ou à six mois non consécutifs sur une période de douze mois, un arrêt temporaire des activités professionnelles ou des gênes temporaires constitutives d'un déficit fonctionnel temporaire supérieur ou égal à un taux de 50 %. / A titre exceptionnel, le caractère de gravité peut être reconnu : 1° Lorsque la victime est déclarée définitivement inapte à exercer l'activité professionnelle qu'elle exerçait avant la survenue de l'accident médical, de l'affection iatrogène ou de l'infection nosocomiale ; 2° Ou lorsque l'accident médical, l'affection iatrogène ou l'infection nosocomiale occasionne des troubles particulièrement graves, y compris d'ordre économique, dans ses conditions d'existence ".
5. Il résulte de ces dispositions que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation de dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état et présentent un caractère de gravité. La condition d'anormalité du dommage doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposés de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Il en va ainsi des troubles, entraînés par un acte médical, survenus chez un patient de manière prématurée, alors même que l'intéressé aurait été exposé à long terme à des troubles identiques par l'évolution prévisible de sa pathologie. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Ainsi, elles ne peuvent être regardées comme anormales au regard de l'état du patient lorsque la gravité de cet état a conduit à pratiquer un acte comportant des risques élevés dont la réalisation est à l'origine du dommage. Pour apprécier le caractère faible ou élevé du risque dont la réalisation a entraîné le dommage, il y a lieu de prendre en compte la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage et entraînant une invalidité grave ou un décès. Une probabilité de survenance du dommage qui n'est pas inférieure ou égale à 5 % ne présente pas le caractère d'une probabilité faible, de nature à justifier la mise en œuvre de la solidarité nationale.
6. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, qu'à la suite de l'intervention chirurgicale du 15 juin 2017 au sein du CHRU de Lille en raison d'une artériopathie oblitérante des membres inférieurs, M. A a souffert d'une atteinte du nerf fémoral qui est à l'origine d'un déficit de l'extension de jambe sur cuisse et de la flexion de cuisse sur bassin ainsi que de troubles sensitifs de la face antérieure de la cuisse. Cette complication est, selon les experts, directement imputable à un acte de soin, l'intervention chirurgicale du 15 juin 2017. Les experts, désignés par la CCI, ont évalué les séquelles fonctionnelles, dont M. A demeure affecté, à 30 % d'incapacité permanente. Il s'ensuit que le critère de la gravité ouvrant droit à la réparation des dommages causés par un accident médical non fautif sur le fondement du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé public est rempli. De surcroît, M. A soutient, qu'outre la circonstance que le dommage qu'il a subi est anormal au regard de son état de santé antérieur comme de l'évolution prévisible de celui-ci, l'accident médical non fautif dont il a souffert a, selon les conclusions expertales une probabilité de survenue inférieure à 1 %. Il résulte de l'instruction qu'en l'absence de traitement de l'artériopathie oblitérante des membres inférieurs, cette pathologie peut évoluer progressivement vers de graves complications, tels qu'un accident cardio-vasculaire ou encore en gangrène. L'accident médical non fautif survenu au décours de l'intervention chirurgicale du 15 juin 2017 ne peut donc être regardé comme ayant entraîné des conséquences notamment plus graves que celles auxquelles la victime était exposée de manière suffisamment probable en l'absence d'intervention. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que la survenance de son dommage présentait, en dépit du caractère itératif de l'intervention chirurgicale en cause, pris en compte par l'expert, et se manifestant par la présence de lésions fibreuses cicatricielles de la région inguinale gauche rendant l'abord plus difficile avec un nerf englobé dans ces lésions fibreuses, une probabilité faible, inférieure à 1 % selon l'expert, justifiant la mise en œuvre de la solidarité nationale. Le dommage doit ainsi être regardé comme étant anormal. Il s'ensuit que les conditions d'engagement de la solidarité nationale sont remplies. Dans ces conditions, la réparation de l'intégralité du dommage subi par M. A en lien avec l'intervention chirurgicale du 15 juin 2017 incombe à l'ONIAM.
7. Il résulte de ce qui précède que le dommage subi par M. A procède exclusivement d'un accident médical non fautif. M. A est alors fondé à obtenir la réparation des préjudices qu'il invoque au titre de la solidarité nationale.
Sur la responsabilité du centre hospitalier régional universitaire de Lille :
8. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. () ". Aux termes de l'article L. 1110-5 du code de la santé publique : " Toute personne a, compte tenu de son état de santé et de l'urgence des interventions que celui-ci requiert, le droit de recevoir, sur l'ensemble du territoire, les traitements et les soins les plus appropriés et de bénéficier des thérapeutiques dont l'efficacité est reconnue et qui garantissent la meilleure sécurité sanitaire et le meilleur apaisement possible de la souffrance au regard des connaissances médicales avérées. Les actes de prévention, d'investigation ou de traitements et de soins ne doivent pas, en l'état des connaissances médicales, lui faire courir de risques disproportionnés par rapport au bénéfice escompté.
9. Il est constant que le requérant recherche uniquement l'indemnisation au titre de la solidarité nationale et n'a présenté aucune conclusion tendant à la condamnation du CHRU de Lille. Au demeurant, il résulte de ce qui a été dit plus haut que les préjudices subis par M. A ne résultent pas d'une faute commise par l'établissement de santé mais d'un aléa thérapeutique. Il s'ensuit que le CHRU de Lille, qui n'a commis aucune faute de nature à engager sa responsabilité, est fondé à demander sa mise hors de cause.
Sur la réparation des préjudices :
10. Il résulte du rapport des experts désignés par la CCI que la date de consolidation de l'état de santé de M. A en rapport avec les conséquences de l'accident médical doit être fixée au 19 avril 2019.
En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux de M. A :
S'agissant des dépenses de santé actuelles :
11. Si M. A se prévaut, concernant les dépenses de santé actuelles, de frais restés à sa charge, il n'établit pas la réalité d'un tel préjudice. Dès lors, les conclusions présentées par M. A tendant à l'indemnisation des dépenses de santé actuelles doivent être rejetées.
S'agissant de l'assistance par une tierce personne temporaire :
12. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.
13. Il résulte de l'instruction, c'est-à-dire des conclusions de l'expert, que l'état de santé de M. A a nécessité, du fait des séquelles dont il souffre en raison de l'accident médical qu'il a subi, une assistance par une tierce personne non spécialisée à hauteur d'une heure par semaine (soit 0,14 par jour) pour les périodes allant du 13 juillet 2017 au 18 avril 2018 et du 25 avril 2018 au 19 avril 2019, soit 640 jours. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, soit en appliquant un facteur de 412/365, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Par suite, l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne temporaire doit être fixée à la somme de 1 517,06 euros ((412/365) x 15 x 0,14 x 640)).
S'agissant des dépenses de santé futures :
14. Si M. A se prévaut, concernant les dépenses de santé futures, de frais d'achat d'une canne et d'un fauteuil roulant pliable restés à sa charge, il n'établit pas la réalité d'un tel préjudice. Dès lors, les conclusions présentées par M. A tendant à l'indemnisation des dépenses de santé actuelles doivent être rejetées.
S'agissant des frais de logement adapté :
15. Conformément au principe de réparation intégrale, les frais que doit débourser la victime directe à la suite du dommage pour adapter son logement à son handicap et bénéficier d'un habitat en adéquation avec ce handicap constitue un préjudice matériel réparable. Il comprend non seulement l'adaptation du domicile préexistant, mais également celui découlant de l'acquisition d'un nouveau domicile mieux adapté en prenant en compte le surcoût financier engendré par cette acquisition.
16. Si M. A soutient qu'il a dû aménager son logement afin de créer une salle de bain au rez-de-chaussée en 2018 et installer, en 2020, un escalier électrique, il n'a produit, dans le cadre de la présente instance, aucun justificatif de nature à établir que son logement n'était plus adapté du fait, notamment, de marches. Le collège d'expert désigné par la CCI, qui n'a pas constaté d'incapacité à monter le genou pour la marche ni, de manière plus générale, d'incapacité à monter les escaliers, n'a pas retenu la nécessité d'aménager le lieu de vie de M. A. Dans ces conditions, les conclusions du requérant sur ce chef de préjudice doivent être rejetées.
S'agissant des frais d'adaptation du véhicule :
17. Les frais de véhicule adapté comprennent les dépenses nécessaires pour procéder à l'adaptation d'un ou de plusieurs véhicules aux besoins de la victime atteinte d'un handicap permanent et doit inclure non seulement les dépenses liées à l'adaptation d'un véhicule, mais aussi le surcoût d'achat d'un véhicule susceptible d'être adapté. Il résulte de l'instruction, c'est-à-dire des conclusions expertales, que le handicap dont M. A reste atteint rend nécessaire l'utilisation d'un véhicule équipé d'une boîte de vitesses automatique, dont seul le surcoût est susceptible d'être indemnisé. M. A produit à l'instance une facture de 13 400 euros correspondant à l'achat d'un véhicule. Par cette facture, il n'est toutefois ni établi que le véhicule est équipé d'une boîte de vitesses automatique ni précisé le coût représenté par cet équipement. Il y a donc lieu de retenir le montant de 1 500 euros au titre du surcoût d'un tel aménagement, comme le propose le requérant, qui sera versé par l'ONIAM.
S'agissant de l'assistance par tierce personne à titre permanent :
Quant à la période entre la date de consolidation et la date du jugement :
18. Le requérant sollicite au titre de l'assistance par tierce personne permanente la somme de 275 392 euros. Il résulte du rapport d'expertise que l'état de santé de M. A a nécessité, du fait des séquelles dont il souffre en raison de l'accident médical qu'il a subi, une assistance par une tierce personne non spécialisée à hauteur d'une heure par semaine (soit 0,14 par jour). Ainsi, en retenant une base annuelle de 412 jours et le taux horaire de 15 euros mentionné plus haut, les sommes exposées par le requérant pour son assistance par une tierce personne doivent être évaluées, pour la période de 1 398 jours entre la consolidation et le jugement, à un montant total de 3 313,83 euros (1 398 x 0,14 x (412/365) x 15), qui sera mis à la charge de l'ONIAM.
Quant à la période postérieure à la date du jugement :
19. En retenant les mêmes bases de calcul ainsi que le taux de l'euro de rente viagère fixé à 12,485 par le barème de capitalisation 2022 publié par la Gazette du palais (taux d'intérêt égal à 0 %), dès lors que M. A est âgé de 74 ans à la date du jugement, ses besoins d'assistance par une tierce personne à la suite du jugement et à titre viager doivent être évalués à la somme de 10 992,27 euros (52 x 15 x 412/365 x 12,485), qui sera versée par l'ONIAM.
En ce qui concerne les préjudices extrapatrimoniaux de M. A :
S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :
20. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que l'accident médical dont a été victime M. A a eu pour effet de perturber son activité quotidienne jusqu'au 19 avril 2019, date de la consolidation. A ce titre, l'intéressé a subi un déficit fonctionnel temporaire, qui a été évalué à 100 % par les experts désignés par la CCI pendant une période de 22 jours. M. A a ensuite présenté un déficit fonctionnel temporaire évalué à un taux de 35 % pendant 640 jours. Par suite, en retenant un taux journalier d'indemnisation de 15 euros, il sera fait une juste appréciation du déficit fonctionnel temporaire de la victime en le fixant à la somme de 3 690 euros ((15 x 22) + (15 x 640 x 0,35)), qui sera mise à la charge de l'ONIAM.
S'agissant de souffrances endurées :
21. Il résulte du rapport d'expertise que M. A a enduré des souffrances, physiques et morales, consécutives à l'accident médical en raison des douleurs, des investigations, des examens complémentaires et de la rééducation. Le collège d'experts a évalué à 4 sur une échelle de 7 ses souffrances. Par référence au barème de l'ONIAM, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 7 200 euros, qui sera allouée à M. A par l'ONIAM.
S'agissant du préjudice esthétique temporaire :
22. Le collège d'experts a évalué le préjudice esthétique temporaire à 3 sur une échelle de 7 afin de tenir compte de l'utilisation d'une canne et d'un déambulateur. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant la somme de 3 000 euros, qui sera mise à la charge de l'ONIAM.
S'agissant du déficit fonctionnel permanent :
23. Il résulte de l'instruction que M. A présente un déficit fonctionnel permanent évalué à 30 %. Par référence au barème de l'ONIAM et compte tenu de son âge à la date de la consolidation, soit 70 ans, il sera fait une juste appréciation des séquelles conservées à ce titre par M. A en lui allouant une somme de 40 244,50 euros, qui sera versée par l'ONIAM.
S'agissant du préjudice d'agrément :
24. Il résulte de l'instruction que la paralysie dont reste atteint M. A ne lui permet plus de pratiquer les loisirs auxquels il se livrait auparavant, en particulier le judo. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'agrément en fixant le montant de sa réparation à la somme de 2 000 euros.
S'agissant du préjudice esthétique permanent :
25. Le collège d'experts a évalué le préjudice esthétique temporaire à 2 sur une échelle de 7. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant la somme de 1 800 euros, qui sera mise à la charge de l'ONIAM.
26. Il résulte de ce qui précède que le montant total des préjudices subis par M. A du fait de l'accident médical s'élève à 75 257,67 euros.
En ce qui concerne les intérêts :
27. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.
28. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'assortir la somme globale de 75 257.67 euros versée à M. A des intérêts au taux légal à compter du 29 janvier 2018, date à laquelle la demande d'indemnisation présentée à la commission de conciliation et d'indemnisation a été réputée complète.
Sur les conclusions tendant à ordonner l'exécution provisoire du jugement :
29. Aux termes de l'article L. 11 du code de justice administrative : " Les jugements sont exécutoires ". En outre, aux termes de l'article R. 811-14 du même code, applicable à la procédure contentieuse administrative : " Sauf dispositions particulières, le recours en appel n'a pas d'effet suspensif s'il n'en est autrement ordonné par le juge d'appel dans les conditions prévues par le présent titre ". Aucune disposition particulière ne fait obstacle, en l'espèce, au caractère exécutoire du présent jugement, sous réserve, en cas d'appel, des dispositions relatives au sursis à exécution. Par suite, les conclusions tendant à ce que le tribunal déclare le présent jugement exécutoire sont sans objet et doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne les dépens :
30. Aucun dépens, au sens de l'article R. 761-1 du code de justice administrative, n'a été exposé dans le cadre de la présente instance. Par suite, les conclusions relatives à la charge des dépens ne peuvent qu'être rejetées.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
31. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de mettre à la charge de l'ONIAM le versement au requérant de la somme de 1 500 euros au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de M. A la somme demandée au titre des frais exposés par le CHRU de Lille et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre hospitalier régional universitaire de Lille est mis hors de cause dans la présente instance.
Article 2 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales est condamné à verser à M. A une indemnité de 75 257,67 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 29 janvier 2018.
Article 3 : L'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales versera à M. A la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. E A, au centre hospitalier régional universitaire de Lille, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing.
Délibéré après l'audience du 30 janvier 2023, à laquelle siégeaient :
M. Riou, président,
M. Fougères, premier conseiller,
Mme Bruneau, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 février 2023.
La rapporteure,
signé
M. Bruneau
Le président,
signé
J.-M. Riou
La greffière,
signé
I. Baudry
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026