jeudi 20 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2009089 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SCP SHBK AVOCATS SEGARD BRIOUT |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 16 décembre 2020 et 21 avril 2022, M. A B, représenté par Me Jamais, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Lille a refusé de reconstituer sa carrière et de l'indemniser du préjudice financier subi à raison de l'illégalité de la sanction disciplinaire de révocation qui lui a été infligée ;
2°) d'enjoindre au directeur général du centre hospitalier universitaire de Lille de reconstituer sa carrière pour la période du 18 juillet 2019 au 11 juin 2020 ou de réexaminer sa demande, dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir et sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
3°) de condamner le centre hospitalier universitaire de Lille à lui verser la somme de 7 000 euros en réparation de son préjudice moral';
4°) de mettre à la charge du centre hospitalier universitaire de Lille la somme de 4 000 euros au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- le jugement du tribunal de céans du 11 juin 2020 impliquait nécessairement que sa carrière fût reconstituée et que le préjudice financier résultant de l'illégalité de la révocation fût intégralement réparé ; il peut ainsi prétendre au rétablissement de ses droits à l'avancement, de son ancienneté et de ses droits sociaux, ainsi qu'au versement d'une somme à raison des traitements et primes dont il a été privé ;
- l'illégalité de la sanction disciplinaire de révocation, l'absence de régularisation de sa situation en exécution du jugement du tribunal de céans du 11 avril 2020 et l'absence de règlement spontané de la somme due au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative lui ont causé un préjudice moral dont il est fondé à demander la réparation.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 septembre 2021 et 23 mai 2022, le centre hospitalier universitaire de Lille, représenté par Me Segard, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de M. B la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 13 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 15 juillet 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983,
- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986,
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme C,
- les conclusions de M. Quint, rapporteur public,
- les observations de Me Jamais, avocat de M. B,
- et les observations de Me Chochois, substituant Me Segard, avocat du centre hospitalier universitaire de Lille.
Considérant ce qui suit :
1. Par une décision en date du 2 juillet 2019, le directeur général du centre hospitalier universitaire de Lille a infligé à M. B, ouvrier principal de 2ème classe, la sanction disciplinaire de révocation. Cette décision a été suspendue par une ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Lille en date du 25 septembre 2019 et annulée par un jugement de ce tribunal en date du 11 juin 2020. Par un courrier recommandé avec accusé de réception reçu le 21 septembre 2020, M. B a sollicité la reconstitution intégrale de sa carrière, ainsi que l'indemnisation de ses préjudices. M. B demande au tribunal d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Lille a rejeté cette demande et de condamner cet établissement à lui verser la somme de 7 000 euros en réparation du préjudice moral qu'il estime avoir subi.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que, par un jugement du 11 juin 2020, devenu définitif, le tribunal administratif de Lille a annulé la décision en date du 2 juillet 2019 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Lille a infligé à M. B la sanction disciplinaire de révocation et a enjoint à cette autorité de réintégrer l'intéressé dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement. Ce jugement impliquait nécessairement que le centre hospitalier universitaire de Lille réintègre M. B et reconstitue sa carrière en conséquence.
3. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier que, par une décision du 24 octobre 2019, le directeur général du centre hospitalier universitaire de Lille a réintégré M. B, qui avait cessé d'exercer ses fonctions le 18 juillet 2019, à compter du 25 septembre 2019, date de l'ordonnance par laquelle le juge des référés du tribunal administratif de Lille avait suspendu l'exécution de la décision du 2 juillet 2019. Par une décision du 8 avril 2021, le directeur général de l'établissement a promu M. B au 9ème échelon du grade d'ouvrier principal de 2ème classe en tenant compte, pour la détermination de son ancienneté, de la période du 18 juillet 2019 au 24 septembre 2019.
4. D'autre part, l'annulation d'une décision évinçant illégalement un agent public implique nécessairement, au titre de la reconstitution de sa carrière, la reconstitution des droits sociaux, et notamment des droits à pension de retraite, qu'il aurait acquis en l'absence de l'éviction illégale et, par suite, le versement par l'administration des cotisations nécessaires à cette reconstitution. Ainsi, sauf à ce que l'agent ait bénéficié d'une indemnité destinée à réparer le préjudice matériel subi incluant les sommes correspondantes, il incombe à l'administration de prendre à sa charge le versement de la part salariale de ces cotisations, comme de la part patronale.
5. Il ne ressort pas des pièces du dossier que le centre hospitalier de Lille, qui ne soutient pas avoir accordé à l'intéressé une indemnité destinée à réparer le préjudice correspondant, a versé les cotisations nécessaires à la reconstitution des droits sociaux de M. B pour la période du 18 juillet 2019, date à laquelle il avait cessé d'exercer ses fonctions, au 24 septembre 2019, veille de sa réintégration dans les effectifs de l'établissement.
6. En second lieu, en vertu des principes généraux qui régissent la responsabilité de la puissance publique, un agent public irrégulièrement évincé a droit, non pas au versement du traitement dont il a été privé, mais à la réparation intégrale du préjudice qu'il a effectivement subi du fait de la mesure illégalement prise à son encontre. Sont ainsi indemnisables les préjudices de toute nature avec lesquels l'illégalité commise présente, compte tenu de l'importance respective de cette illégalité et des fautes relevées à l'encontre de l'intéressé, un lien direct de causalité. Pour apprécier à ce titre l'existence d'un lien de causalité entre les préjudices subis par l'agent et l'illégalité commise par l'administration, le juge peut rechercher si, compte tenu des fautes commises par l'agent et de la nature de l'illégalité entachant la sanction, la même sanction, ou une sanction emportant les mêmes effets, aurait pu être légalement prise par l'administration.
7. Il ressort des pièces du dossier que, pour annuler la décision de révocation prise par le directeur général du centre hospitalier universitaire de Lille le 2 juillet 2019, le tribunal administratif de Lille a considéré, d'une part, que cette décision avait été prise à l'issue d'une procédure irrégulière et, d'autre part, qu'elle était entachée d'une erreur de droit, son auteur ayant estimé que les mentions portées au bulletin n° 2 du casier judiciaire de M. B impliquaient automatiquement sa révocation sans avoir préalablement examiné la proportionnalité de la sanction retenue au regard du degré de gravité des faits en cause. Dans ces conditions, M. B est fondé à soutenir que l'illégalité de la décision du 2 juillet 2019 est constitutive d'une faute de nature à engager la responsabilité du centre hospitalier universitaire de Lille.
8. Il ressort toutefois des pièces du dossier que M. B a harcelé moralement l'un de ses collègues, qu'il a notamment menacé de mort, entre le 1er octobre 2012 et le 1er mars 2014, perturbant ainsi gravement, pendant dix-huit mois, le bon fonctionnement du service et portant atteinte à la sécurité, à la santé et à la qualité de vie au travail de son collègue, qui a déposé plainte le 18 avril 2014 auprès des services de gendarmerie d'Annœullin contre M. B et a bénéficié de la protection fonctionnelle accordée par une décision du directeur général du centre hospitalier universitaire de Lille en date du 9 mai 2017. A raison de ces faits, qu'il a reconnus lors de la réunion du conseil de discipline du 26 juin 2019, M. B a été condamné à une peine de cinq mois d'emprisonnement avec sursis par un jugement du tribunal correctionnel de Lille en date du 13 juillet 2017, devenu définitif. Ces faits sont constitutifs d'une faute, qui était de nature à justifier légalement une sanction disciplinaire d'exclusion temporaire de fonctions de plus de deux mois. Dans ces conditions, M. B n'est pas fondé à soutenir qu'il peut prétendre au versement d'une indemnité à raison du préjudice résultant de la perte des traitements, primes et indemnités dont il avait une chance de bénéficier au titre de la période du 18 juillet 2019 au 24 septembre 2019, au cours de laquelle il n'a pas exercé ses fonctions. Par suite, et en tout état de cause, le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision implicite par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Lille a rejeté sa demande tendant au versement d'une indemnité à ce titre.
9. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 8 que M. B est seulement fondé à demander l'annulation de la décision implicite du directeur général du centre hospitalier universitaire de Lille en tant qu'elle a refusé de reconstituer ses droits sociaux pour la période du 18 juillet 2019 au 24 septembre 2019.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
10. Le présent jugement implique nécessairement que le directeur général du centre hospitalier universitaire de Lille reconstitue les droits sociaux de M. B pour la période du 18 juillet 2019 au 24 septembre 2019. Par suite, il y a lieu de lui enjoindre d'y procéder dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les conclusions indemnitaires :
11. Si M. B soutient qu'il a subi un préjudice moral en raison de l'illégalité de la décision en date du 2 juillet 2019 par laquelle le directeur général du centre hospitalier universitaire de Lille lui a infligé la sanction disciplinaire de révocation et du comportement de cet établissement, qui n'a pas correctement exécuté le jugement du tribunal de céans en date du 11 juin 2020, il n'établit pas l'existence du préjudice allégué. M. B n'est dès lors pas fondé à demander la condamnation du centre hospitalier universitaire de Lille à lui verser la somme de 7 000 euros à ce titre. Par suite, ses conclusions indemnitaires doivent être rejetées.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge du centre hospitalier universitaire de Lille, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante pour l'essentiel, le versement à M. B de la somme qu'il demande au titre des frais qu'il a exposés. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du requérant le versement au centre hospitalier universitaire de Lille de la somme qu'il demande à ce titre.
DÉCIDE :
Article 1er : La décision implicite du directeur général du centre hospitalier universitaire de Lille est annulée en tant qu'elle a refusé la reconstitution des droits sociaux de M. B pour la période du 18 juillet 2019 au 24 septembre 2019.
Article 2 : Il est enjoint au directeur général du centre hospitalier universitaire de Lille de reconstituer les droits sociaux de M. B dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. B est rejeté.
Article 4 : Les conclusions présentées par le centre hospitalier universitaire de Lille au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au centre hospitalier universitaire de Lille.
Délibéré après l'audience du 30 mars 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Dang, première conseillère,
- Mme Courtois, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 avril 2023.
La rapporteure,
Signé
C. CLe président,
Signé
O. LEMAIRE
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre des solidarités et de la santé en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026