jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2100163 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | MICHALLON |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 8 janvier 2021 et 4 septembre 2021, M. B A, représenté par Me Michallon, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti avec son épouse au titre des années 2015 et 2016 et de la cotisation primitive d'impôt sur le revenu et des cotisations supplémentaires de contributions sociales auxquelles il a été assujetti avec son épouse au titre de l'année 2017, ainsi que des pénalités correspondantes.
Il soutient que :
- les propositions de rectification en date du 10 décembre 2018 sont insuffisamment motivées, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- la réponse aux observations du contribuable est insuffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales ;
- un volume important de dépenses considérées comme non professionnelles a été réintégré à tort dans ses bénéfices non commerciaux alors que leur libellé comportait une consonance professionnelle évidente et qu'elles présentaient un caractère professionnel ;
- le bien immobilier dans lequel exerce un professionnel n'a pas à être considéré comme vendu à la société et peut revenir dans le patrimoine privé sans subir d'imposition ;
- la plus-value sur immeuble a été déterminée à partir de termes de comparaison ne correspondant pas à la même catégorie d'immeubles, puis imposée comme si elle correspondait à une vente ordinaire, alors que les plus-values sur éléments amortissables ne sont imposées ni le jour de l'apport, ni au nom de l'apporteur ;
- les pénalités de retard ne sont pas suffisamment motivées, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales ;
- la majoration de 10 % n'est pas fondée compte tenu de l'absence de démonstration de sa mauvaise foi ;
- l'immeuble sis 8, rue de Solférino à Lille a fait l'objet d'un apport en nature à la société Kinébiomédical, avec option pour le régime spécial des plus-values professionnelles de l'article 151 octies du code général des impôts.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 10 juin 2021 et 1er décembre 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 11 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Jaur,
- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A, qui a exercé jusqu'au 12 août 2016 à titre individuel la profession de masseur kinésithérapeute, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er janvier 2015 au 12 août 2016, à l'issue de laquelle des rectifications ont été proposées en matière de bénéfices non commerciaux et de taxation d'une plus-value immobilière. La société d'exercice libéral à responsabilité limitée Kinébiomédical, dont M. A est l'associé unique et le dirigeant, a également fait l'objet d'une vérification de comptabilité pour la période du 1er août 2016 au 31 décembre 2017, correspondant à son premier exercice, à l'issue de laquelle elle a été assujettie à une cotisation primitive d'impôt sur les sociétés au titre de cet exercice. Par une proposition de rectification n° 2120 en date du 10 décembre 2018 adressée à M. et Mme A, le service a tiré les conséquences de ces vérifications de comptabilité sur leurs revenus globaux des années correspondantes. Ils ont ainsi été assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2015 et 2016 et à une cotisation primitive d'impôt sur le revenu et à des cotisations supplémentaires de contributions sociales au titre de l'année 2017. M. A demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités s'y rapportant.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () / Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ".
3. En premier lieu, aux termes de l'article R. 57-1 de ce livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. () ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. Hormis le cas où elle se réfère à un document qu'elle joint à la proposition de rectification ou à la réponse aux observations du contribuable, l'administration peut satisfaire cette obligation en se bornant à se référer aux motifs retenus dans une proposition de rectification, ou une réponse aux observations du contribuable, consécutive à un autre contrôle et qui lui a été régulièrement notifiée, à la condition qu'elle identifie précisément la proposition ou la réponse en cause et que celle-ci soit elle-même suffisamment motivée.
4. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification n° 3924 et la proposition de rectification n° 2120 du 10 décembre 2018, à laquelle sont annexés des extraits eux-mêmes suffisamment motivés de celle adressée à la société Kinébiomédical, toutes les deux adressées à M. A, mentionnent les motifs et les montants des rehaussements envisagés, leurs fondements légaux et les catégories de revenus dans lesquelles ils sont opérés, ainsi que les impositions et les années d'imposition concernées. Dans ces conditions, M. A n'est pas fondé à soutenir qu'en méconnaissance des dispositions précitées, les propositions de rectification qui lui ont été adressées sont insuffisamment motivées.
5. En second lieu, il résulte de l'instruction que les propositions de rectification n° 3924 et n° 2120 du 10 décembre 2018 ont été régulièrement notifiées à M. et Mme A et n'ont donné lieu à aucune observation. Par suite, M. A ne peut utilement soutenir qu'en méconnaissance des dispositions précitées de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, l'administration n'a pas répondu de façon motivée à ses observations.
Sur le bien-fondé des impositions :
6. Aux termes de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales : " Lorsque, () s'étant abstenu de répondre dans le délai légal à la proposition de rectification, le contribuable présente cependant une réclamation faisant suite à une procédure contradictoire de rectification, il peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition, en démontrant son caractère exagéré. / () ".
7. Il résulte de l'instruction que M. A, qui a été assujetti aux impositions en litige à l'issue d'une procédure de rectification contradictoire, s'est abstenu de répondre aux propositions de rectification en date du 10 décembre 2018 qui lui avaient été régulièrement notifiées et de présenter des observations pour contester les rectifications envisagées. Ces rectifications doivent dès lors être regardées comme ayant été tacitement acceptées. Par suite, en application des dispositions précitées de l'article R. 194-1 du livre des procédures fiscales, il appartient à M. A d'apporter la preuve du mal-fondé des impositions en résultant.
8. En premier lieu, aux termes du 1 de l'article 93 du code général des impôts : " Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession. Sous réserve des dispositions de l'article 151 sexies, il tient compte des gains ou des pertes provenant soit de la réalisation des éléments d'actif affectés à l'exercice de la profession, soit des cessions de charges ou d'offices, ainsi que de toutes indemnités reçues en contrepartie de la cessation de l'exercice de la profession ou du transfert d'une clientèle ".
9. Il résulte de l'instruction, et notamment des propositions de rectification en date du 10 décembre 2018, que le service vérificateur a remis en cause la déduction au titre des charges des exercices clos en 2015 et 2016, de dépenses non justifiées par des factures. En se bornant à soutenir que leur libellé comportait une consonance professionnelle évidente, M. A, qui au demeurant n'a pas produit une copie des factures correspondantes, n'apporte pas la preuve du lien entre ces dépenses et son activité. Par suite, M. A n'est pas fondé à contester la réintégration de ces charges.
10. En second lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des propositions de rectification en date du 10 décembre 2018, que le service vérificateur a taxé, au titre de l'impôt sur le revenu de l'année 2016, une plus-value à long terme résultant du transfert dans le patrimoine privé de M. A de l'immeuble situé 8, rue de Solférino à Lille et inscrit à l'actif professionnel, suite à la cessation de son activité libérale de masseur-kinésithérapeute le 12 août 2016.
11. D'une part, si M. A soutient que le bien n'a pas été transféré dans son patrimoine personnel mais a fait l'objet d'un apport en nature à la société à laquelle il a cédé sa patientèle, avec option pour le régime spécial des plus-values professionnelles de l'article 151 octies du code général des impôts, il n'apporte aucun élément de nature à l'établir, et en particulier il ne produit aucun contrat d'apport. Il résulte au demeurant de l'instruction que, par un acte notarié du 26 avril 2018, M. A a lui-même cédé ce bien à la société Laisnez Beck.
12. D'autre part, en se bornant à soutenir que le bien immobilier dans lequel a exercé un professionnel avant la cession de sa patientèle à une société, ne peut pas être regardé comme ayant été vendu à cette société du seul fait de cette cession, sans au demeurant assortir son moyen de précisions juridiques suffisantes, M. A ne conteste pas utilement le bien-fondé de la rectification en litige.
13. Enfin, il résulte de l'instruction que, pour déterminer la valeur vénale du bien immobilier à la date de son transfert dans le patrimoine personnel de M. A, le service vérificateur a appliqué la méthode d'évaluation par comparaison. Elle a retenu sept ventes réalisées en 2015 et 2016, qui sont intervenues au cours des douze mois précédant la date de transfert du bien et qui ont porté sur des biens de nature comparable, situés dans le même secteur géographique que le bien en litige et dont la surface est comprise dans une fourchette de plus ou moins 30 % par rapport à celle de ce bien. Compte tenu des termes de comparaison ainsi retenus, l'administration a estimé la valeur vénale du bien à la somme de 280 000 euros à la date de son transfert. En outre, ce montant correspond au prix de vente auquel M. A a vendu ce même bien par un acte notarié du 26 avril 2018. Dans ces conditions, et alors qu'il se borne à faire valoir, sans au demeurant assortir son moyen de précisions suffisantes, que la plus-value a été déterminée à partir de termes de comparaison ne correspondant pas à la même catégorie d'immeubles, puis imposée comme si elle correspondait à une vente ordinaire alors que les plus-values sur éléments amortissables ne sont imposées ni le jour de l'apport, ni au nom de l'apporteur, M. A ne saurait sérieusement soutenir que la valeur vénale du bien immobilier retenue par le service vérificateur pour déterminer cette plus-value est exagérée.
14. Il résulte de ce qui a été dit aux points 11 à 13 que M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le service a taxé à l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2016 la plus-value à long terme, telle qu'il l'a évaluée, résultant du transfert dans son patrimoine privé de l'immeuble situé 8, rue de Solférino à Lille.
Sur le bien-fondé des pénalités :
15. En premier lieu, aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées () quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable. / Les sanctions fiscales ne peuvent être prononcées avant l'expiration d'un délai de trente jours à compter de la notification du document par lequel l'administration a fait connaître au contribuable ou redevable concerné la sanction qu'elle se propose d'appliquer, les motifs de celle-ci et la possibilité dont dispose l'intéressé de présenter dans ce délai ses observations ".
16. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales que l'administration a l'obligation, au moins trente jours avant la mise en recouvrement de pénalités visées par le second alinéa de ce texte, d'adresser au contribuable un document comportant la motivation des pénalités qu'elle envisage de lui appliquer et indiquant qu'il dispose d'un délai de trente jours pour présenter ses observations.
17. Il résulte de l'instruction que, par la proposition de rectification n° 2120 en date du 10 décembre 2018 que M. A a reçue plus de trente jours avant la mise en recouvrement des pénalités qui lui ont été infligées sur le fondement de l'article 1758 A du code général des impôts, le service vérificateur lui a indiqué la base légale, le taux et le montant de ces pénalités, a exposé de façon précise les motifs pour lesquels il envisageait de les infliger et l'a informé du délai de trente jours dont il disposait pour faire valoir ses observations. Dans ces conditions, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des pénalités doit être écarté.
18. En second lieu, aux termes de l'article 1758 A du livre des procédures fiscales : " I. - Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits mis à la charge du contribuable ou de la créance indue () ".
19. Il résulte de ce qui a été dit au point 9 que M. A a notamment déclaré des charges déductibles de ses bases imposables des années en litige pour des montants supérieurs à ceux dont il était en droit d'obtenir la déduction sur le fondement de l'article 93 du code général des impôts. Dès lors, les sommes déclarées doivent être regardées comme entachées à cet égard d'une inexactitude, au sens des dispositions précitées de l'article 1758 A du code général des impôts. Par ailleurs, si le requérant se prévaut de sa bonne foi, celle-ci est sans incidence sur l'application de la majoration de 10 % prévue par ces dispositions.
20. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti avec son épouse au titre des années 2015 et 2016 et de la cotisation primitive d'impôt sur le revenu et des cotisations supplémentaires de contributions sociales auxquelles il a été assujetti avec son épouse au titre de l'année 2017, ainsi que des pénalités correspondantes. Les conclusions à fin de décharge de M. A doivent dès lors être rejetées.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Courtois, première conseillère,
- Mme Jaur, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
La rapporteure,
Signé
A. JAURLe président,
Signé
O. LEMAIRE
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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01/06/2026
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
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01/06/2026