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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2100275

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2100275

mardi 23 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2100275
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCORDIER

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 13 janvier 2021 et le 11 septembre 2023, la société par actions simplifiée (SAS) Vert Marine, représentée par la SELARL Marie Gillette avocats, demande au tribunal :

1°) à titre principal, de condamner la communauté d’agglomération Maubeuge Val-de-Sambre à lui verser la somme de 450 000 euros au titre du manque à gagner résultant de son éviction irrégulière du contrat de concession passé pour la gestion du centre aquatique de la commune, augmentée des intérêts de droit à compter du 16 septembre 2020, date de réception de sa demande préalable d’indemnisation et capitalisée, le cas échéant, dans les conditions prescrites par l’article 1343-2 du code civil ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner la même collectivité publique à lui verser la somme de 10 000 euros au titre des frais engagés pour présenter sa candidature, augmentée des intérêts de droit à compter du 16 septembre 2020, date de réception de sa demande préalable d’indemnisation et capitalisée, le cas échéant, dans les conditions prescrites par l’article 1343-2 du code civil ;

3°) de mettre à la charge de toute partie succombante la somme de 5 000 euros à lui verser au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :
- la créance dont elle se prévaut n’est pas prescrite ;
- en tant que candidate irrégulièrement évincée de la procédure d’attribution du contrat de concession pour l’exploitation du complexe aquatique intercommunal à Louvroil, elle est bien fondée à solliciter l’indemnisation de son préjudice ;
- l’autorité concédante est tenue d’éliminer une offre qui ne respecte pas le droit du travail en vigueur, y compris lorsqu’il résulte d’une convention collective étendue ;
- la convention collective nationale du sport, dite CCNS, du 7 juillet 2005 a été modifiée par un avenant du 6 novembre 2009, publié par arrêté ministériel du 7 avril 2010, afin d’étendre son champ d’application aux relations entre les employeurs et les salariés des entreprises exerçant leur activité principale notamment dans le domaine de la gestion d’installations et d’équipements sportifs ;
- la Cour de cassation a rappelé, dans un arrêt du 11 décembre 2019, que le personnel attaché au fonctionnement de tels équipements relevait de la seule convention nationale du sport, à l’exclusion de la convention collective nationale des espaces de loisirs, d’attractions et culturels, dite ELAC, du 5 janvier 1994 ;
- les centres aquatiques en litige sont des installations sportives à caractère récréatif et de loisirs, dont les missions relatives à la pratique sportive et à l’apprentissage de la natation, qui justifient la qualification de service public, sont rappelées dans le contrat de délégation ;
- la communauté d’agglomération Maubeuge Val-de-Sambre a commis une illégalité fautive en retenant l’offre de la société ADL-Espace Récréa, qui prévoyait la mise en œuvre de la convention collective ELAC, d’autant qu’elle avait attiré l’attention de l’autorité délégante sur le caractère inapplicable de cette convention collective ;
- le refus de sa concurrente de mettre en œuvre la convention collective nationale du sport est à l’origine d’une rupture d’égalité dès lors que le principal poste de dépenses d’une concession d’équipement sportif et de loisir réside dans la rémunération du personnel de cet équipement ;
- l’attribution irrégulière du contrat de concession litigieux à la société ADL-Espace Récréa, alors que cette offre prévoyait l’application de la convention collective ELAC pourtant légalement inapplicable, lui a causé un préjudice ;
- son offre avait vocation à être classée en deuxième position par la communauté d’agglomération Maubeuge Val-de-Sambre après l’offre de la société attributaire et doit donc être regardée comme ayant eu une chance sérieuse d’emporter le contrat dans le cadre de cette procédure de passation ;
- elle est fondée à demander le paiement d’une indemnité évaluée par référence au compte prévisionnel d’exploitation qu’elle avait produit dans le cadre de son offre finale, ce qui correspond à la somme de 450 000 euros hors taxe ;
- elle sollicite, à titre subsidiaire, le versement d’une somme de 10 000 euros au titre des frais d’étude qu’elle a été contrainte d’engager pour la présentation de son offre.

Par des mémoires en défense enregistrés le 30 mars 2021 et le 28 septembre 2023, la communauté d’agglomération Maubeuge Val-de-Sambre, représentée par Me Cordier, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge de la société Vert Marine de la somme de 5 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :
- la requête de la société Vert Marine porte sur une créance prescrite ;
- la communauté d’agglomération Maubeuge Val-de-Sambre n’avait aucune obligation de contrôler la convention collective appliquée par les candidats en matière de concession de service ; la procédure de passation du contrat de concession n’est par conséquent entachée d’aucune irrégularité fautive ;
- la société Vert Marine, ainsi que les trois autres offres reçues dans le cadre de la procédure de passation, était moins performante que celle d’ADL-Espace Récréa ; elle n’avait pas de chance sérieuse de remporter le contrat d’affermage et ne peut donc pas prétendre à une indemnisation ;
- en tout état de cause, la somme de 450 000 euros qu’elle réclame à titre d’indemnisation ne repose sur aucun fondement alors que seul peut être pris en compte le résultat net après impôt et que n’ont pas été prises en compte les conditions réelles d’exploitation, notamment en prenant en compte le déficit d’exploitation qui aurait résulté de la crise sanitaire à compter de 2020 ;
- alors que son compte prévisionnel retenait en réalité le chiffre de 37 188 euros annuel, la société Vert Marine ne peut, en tout état de cause, prétendre qu’à un montant de 223 128 euros à titre d’indemnisation.

La clôture d'instruction a été fixée au 2 octobre 2023 à 12 h 00 par une ordonnance du 29 septembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :
- la loi n°68-1250 du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics ;
- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l’audience.

Ont été entendus au cours de l’audience publique :
- le rapport de Mme Monteil,
- les conclusions de M. Even, rapporteur public,
- et les observations de Me Berlemont substituant Me Boyer, représentant la société Vert-Marine.


Considérant ce qui suit :

1. La communauté d’agglomération Maubeuge Val-de-Sambre a décidé de confier la gestion et l’animation d’un complexe aquatique intercommunal situé à Louvroil à une société privée par la voie d’un contrat de concession et a publié à cet effet un avis d’appel public à la concurrence en octobre 2016. A l’issue de la procédure de consultation engagée, la société Vert Marine a été informée que l’offre qu’elle avait présentée n’avait pas été retenue et que le contrat de délégation de service public pour l’exploitation du centre aquatique de Louvroil était attribué à la société ADL-Espace Récréa. Par une lettre reçue le 16 septembre 2020, la société Vert Marine a saisi la communauté d’agglomération Maubeuge Val-de-Sambre d’une demande d’indemnisation du préjudice résultant de son éviction irrégulière de la procédure d’attribution du contrat de concession. Cette demande ayant implicitement été rejetée, la société Vert Marine demande, par la présente requête, la condamnation de la communauté d’agglomération Maubeuge Val-de-Sambre à lui verser une somme de 450 000 euros en réparation de son préjudice ou, à défaut, de lui verser une somme de 10 000 euros au titre des frais d’études engagés.



Sur l’exception de prescription quadriennale :

2. Aux termes de l’article 1er de la loi du 31 décembre 1968 relative à la prescription des créances sur l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics : « Sont prescrites, au profit de l'Etat, des départements et des communes, sans préjudice des déchéances particulières édictées par la loi, et sous réserve des dispositions de la présente loi, toutes créances qui n'ont pas été payées dans un délai de quatre ans à partir du premier jour de l'année suivant celle au cours de laquelle les droits ont été acquis (…) ».

3. Il résulte de l’instruction, d’une part, que la communauté d’agglomération Maubeuge Val-de-Sambre a publié au bulletin officiel des annonces des marchés publics (BOAMP) le 9 octobre 2015 un avis d’intention de conclure le contrat de délégation de service public relatif à l’exploitation et la maintenance du complexe aquatique intercommunal à Louvroil à la société ADL-Espace récréa. D’autre part, la communauté d’agglomération Maubeuge Val-de-Sambre a régulièrement publié la délibération du conseil communautaire du 1er octobre 2015 ayant autorisé la signature du contrat tant au registre des délibérations du conseil communautaire que par la publication d’un article dans la Voix du Nord paru le 15 octobre 2015. Dès lors, la société Vert Marine avait, au plus tard à cette dernière date, connaissance du fait générateur qu’elle invoque, tiré du rejet de sa candidature. Par suite, à la date de réception de sa demande indemnitaire, le 16 septembre 2020, sa créance était déjà prescrite par application des dispositions citées au point précédent. Dans ces conditions, l’exception de prescription quadriennale opposée en défense doit être accueillie.

4. Il résulte de ce qui précède que les conclusions indemnitaires présentées par la société Vert Marine ne peuvent qu’être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

5. Les dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d’agglomération Maubeuge Val-de-Sambre, qui n’est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que la SAS Vert Marine demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

6. Par ailleurs, dans les circonstances de l’espèce, il y a lieu de mettre à la charge de la SAS Vert Marine une somme de 3 000 euros au titre des frais exposés par la communauté d’agglomération Maubeuge Val-de-Sambre et non compris dans les dépens.


D É C I D E :


Article 1er : La requête de la SAS Vert Marine est rejetée.

Article 2: La SAS Vert Marine versera à la communauté d’agglomération Maubeuge Val-de-Sambre la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l’article L. 761-1 du code de justice administrative.




Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SAS Vert Marine et à la communauté d’agglomération Maubeuge Val-de-Sambre.


Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :


- M. Fabre, président,
- Mme Monteil, première conseillère,
- M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 23 avril 2024


La rapporteure,


Signé

A.-L. MONTEIL

Le président,


Signé

X. FABRE
Le greffier,


Signé
A. DEWIERE

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,
Le greffier,

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