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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2100407

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2100407

jeudi 5 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2100407
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantRAMETTE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 janvier 2021, M. et Mme A Flinois, représentés par Me Ramette, puis par la société Marine Ramette Avocat, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge ou la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des cotisations primitives de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2009 à 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État une somme au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'association Spotlight Dance Club Hautmont ne pouvait pas être assujettie aux impôts commerciaux car sa gestion était désintéressée, les sommes perçues par M. et Mme Flinois, leur fille et le conjoint de celle-ci étant destinées à leur rembourser des frais qu'ils avaient exposés pour l'association ;

- l'association ne pouvait être assujettie aux impôts commerciaux car son activité ne concurrençait pas une entreprise et elle n'exerçait pas son activité dans des conditions similaires à celles des entreprises du secteur concurrentiel ;

- ils entendent se prévaloir des énonciations des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous les références BOI-IS-CHAMP-10-50-10-10 n° 30 et BOI-IS-CHAMP-10-50-10-20 n° 550 ;

- un nombre significatif de dépenses n'a pas été déduit du résultat lors des opérations de contrôle ;

- les virements effectués sur les comptes bancaires de M. et Mme Flinois et les retraits d'espèces avaient pour objet le remboursement de frais engagés dans l'intérêt de l'association ;

- l'application du délai de reprise de dix ans prévu à l'article L. 187 du livre des procédures fiscales est " d'une extrême rigueur " ;

- la pénalité de 80 % infligée sur le fondement de l'article 1728 du code général des impôts est injustifiée.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juillet 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au non-lieu partiel à statuer et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Il soutient que :

- les impositions contestées mises en recouvrement au titre des années 2009 à 2013, ainsi que les pénalités correspondantes, ont été dégrevées totalement et les pénalités de 80 % infligées sur le fondement de l'article 1728 du code général des impôts et demeurant en litige sont partiellement dégrevées, l'administration fiscale sollicitant la substitution à ces pénalités de pénalités de 10 % sur le fondement du I de l'article 1758 A de ce code ;

- les moyens soulevés par M. et Mme Flinois ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 12 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courtois,

- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. A la suite d'une information de l'autorité judiciaire en date du 7 février 2017 relative à la mise en examen de M. Flinois des chefs d'abus de confiance commis au préjudice de l'association Spotlight Danse Club Hautmont, dont l'objet est de promouvoir les danses de société par couple, l'administration fiscale a procédé à un contrôle sur place de cette association, pour la période 2009 à 2016. Le service a remis en cause le caractère désintéressé de la gestion de l'association, laquelle a été assujettie à l'impôt sur les sociétés. A l'issue de ce contrôle, le service vérificateur a entendu taxer à l'impôt sur le revenu entre les mains de M. et Mme Flinois, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, des prélèvements qui avaient été opérés sur les comptes de l'association et il les a, en conséquence, assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et à des cotisations primitives de contributions sociales au titre des années 2009 à 2016. M. et Mme Flinois demandent au tribunal de prononcer la décharge ou la réduction de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision en date du 20 juillet 2021, postérieure à l'introduction de la requête, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord a prononcé le dégrèvement des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et des cotisations primitives de contributions sociales auxquelles M. et Mme Flinois avaient été assujettis au titre des années 2009 à 2013, ainsi que des pénalités correspondantes. Il a également prononcé le dégrèvement partiel des pénalités de 80 % infligées au titre des années 2014 à 2016 sur le fondement de l'article 1728 du code général des impôts. Les conclusions à fin de décharge de la requête de M. et Mme Flinois sont dès lors, dans cette mesure, devenues sans objet.

Sur le surplus des conclusions à fins de décharge ou de réduction :

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant de l'application de la loi fiscale :

3. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () / c. Les rémunérations et avantages occultes. / () ".

4. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification adressée à l'association Spotlight Dance Club Hautmont en date du 14 novembre 2017, que des retraits d'espèce et des mouvements de fonds ont été opérés à partir du compte courant et du livret bleu de l'association ouverts dans les livres du Crédit Mutuel vers les comptes bancaires de M. Flinois, trésorier, Mme Flinois, présidente, qui disposaient tous deux de la signature et de la carte bleue associée, ainsi que de leur fille, secrétaire, pour un montant total de 9 100 euros au titre de l'année 2014, 3 120 euros au titre de l'année 2015 et 1 850 euros au titre de l'année 2016.

5. En premier lieu, aux termes de l'article 206 du code général des impôts : " 1. Sous réserve des dispositions des articles 8 ter, 239 bis AA, 239 bis AB et 1655 ter, sont passibles de l'impôt sur les sociétés, quel que soit leur objet, () toutes autres personnes morales se livrant à une exploitation ou à des opérations de caractère lucratif / 1 bis. Toutefois, ne sont pas passibles de l'impôt sur les sociétés prévu au 1 les associations régies par la loi du 1er juillet 1901 () dont la gestion est désintéressée, lorsque leurs activités non lucratives restent significativement prépondérantes et le montant de leurs recettes d'exploitation encaissées au cours de l'année civile au titre de leurs activités lucratives n'excède pas 60 000 euros () / Les organismes mentionnés au premier alinéa deviennent passibles de l'impôt sur les sociétés prévu au 1 à compter du 1er janvier de l'année au cours de laquelle l'une des trois conditions prévues à l'alinéa précité n'est plus remplie ".

6. M. et Mme Flinois font valoir que la gestion de l'association Spotlight Dance Club Haumont était désintéressée et qu'ils n'ont retiré aucun enrichissement personnel des retraits d'espèce et des mouvements de fonds opérés à partir du compte courant et du livret bleu de cette association ouverts dans les livres du Crédit Mutuel vers leurs comptes bancaires et celui de leur fille. Toutefois, il est constant que l'association, créée par M. et Mme Flinois afin d'exercer leur loisir commun, a supporté, au cours des années d'imposition en litige, des frais de participation à des compétitions de danse, des frais de transport et d'hébergement, des frais d'achat de soins et de produits cosmétiques et esthétiques, d'habillements et des affiliations sportives au seul profit des membres de la famille Flinois, qui étaient, par ailleurs, tous membres du bureau de l'association. Dans ces circonstances, et alors qu'il ne s'agissait pas de formations visant à perfectionner leur pratique de l'enseignement de la danse, la seule affirmation que leur participation à ces compétitions aurait amélioré leur savoir-faire n'est pas suffisante pour considérer que ces dépenses ont été exposées pour l'activité de l'association. Par ailleurs, les frais que M. et Mme Flinois affirment avoir supportés pour le compte de cette association ne justifient pas, en tout état de cause, le montant total des sommes qui ont été prélevées ou retirées sur les comptes bancaires ouverts au nom de l'association et qui apparaît au surplus supérieur aux résultats reconstitués pour les exercices clos les 31 décembre 2014, 31 décembre 2015 et 31 décembre 2016. Dans ces conditions, M. et Mme Flinois doivent être regardés comme ayant retiré un avantage financier de l'exploitation de l'association. Celle-ci ne peut dès lors être regardée comme gérée par des personnes n'ayant elles-mêmes aucun intérêt, direct ou indirect, dans les résultats de l'exploitation et, par suite comme un organisme désintéressé, au sens des dispositions précitées de l'article 206 du code général des impôts. Par suite, et pour ce seul motif, M. et Mme Flinois ne sont pas fondés à soutenir que c'est à tort que l'administration a assujetti l'association Spotlight Danse Club de Hautmont à l'impôt sur les sociétés.

7. En second lieu, M. et Mme Flinois soutiennent que les sommes qu'ils ont perçues avec leur fille de l'association Spotlight Dance Club Haumont l'ont été en remboursement de frais qu'ils avaient exposés pour le compte de cette association. Toutefois, en se bornant à verser au dossier les notes de frais de déplacement de leur gendre, les facturettes et factures relatives à l'achat de soins et produits cosmétiques et d'habillement et des formations de Zumba dispensées au profit de leur fille, établies au cours des années 2014 et 2015, ils n'établissent ni que ces dépenses ont été engagées pour le compte de l'association, ni qu'ils les ont effectivement supportées. Par ailleurs, M. et Mme Flinois ne sauraient utilement contester les résultats de l'association évalués par l'administration fiscale pour contester l'imposition des sommes qu'ils ont perçues, qui ne correspondent pas aux bénéfices imposables à l'impôt sur les sociétés, mais à des prélèvements dont ils ont été les bénéficiaires. En tout état de cause, contrairement à ce qu'ils soutiennent, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a admis en déduction pour la reconstitution des bénéfices imposables de l'association, les factures et notes de frais en lien avec l'activité, tels que l'achat de matériel de sonorisation, le paiement des polices d'assurance ou des frais de restauration. Dans ces conditions, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve que les sommes perçues par M. et Mme Flinois et leur fille, par retraits d'espèces et virements portés au crédit de leur compte bancaire et de celui de leur fille, au cours des années 2014, 2015 et 2016 provenant de l'association constituent des revenus. Les sommes correspondantes n'ayant fait l'objet d'aucune comptabilisation explicite par l'association Spotlight Dance Club Hautmont, l'administration fiscale a pu légalement regarder les sommes correspondantes comme des avantages occultes, au sens des dispositions précitées du c. de l'article 111 du code général des impôts, et les taxer à l'impôt sur le revenu, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, entre les mains de M. et Mme Flinois.

S'agissant de l'interprétation administrative de la loi fiscale :

8. M. et Mme Flinois ne sauraient se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous les références BOI-IS-CHAMP-10-50-10-10, n° 30, BOI-IS-CHAMP-10-50-10-20, n° 550, et BOI-IS-CHAMP-10-50-10-20, n° 580, qui ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application dans le présent jugement.

En ce qui concerne les pénalités :

9. Aux termes de l'article 1728 du code général des impôts : " 1. Le défaut de production dans les délais prescrits d'une déclaration ou d'un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt entraîne l'application, sur le montant des droits mis à la charge du contribuable ou résultant de la déclaration ou de l'acte déposé tardivement, d'une majoration de : / () / c. 80 % en cas de découverte d'une activité occulte. / () ".

10. Ainsi qu'il a été dit au point 2, l'administration fiscale a renoncé à infliger au foyer fiscal de M. et Mme Flinois des pénalités de 80 % prévues sur le fondement des dispositions précitées. Elle demande que leur soient substituées des pénalités de 10 % sur le fondement de l'article 1758 A du code général des impôts, lequel dispose que : " I. - Le retard ou le défaut de souscription des déclarations qui doivent être déposées en vue de l'établissement de l'impôt sur le revenu ainsi que les inexactitudes ou les omissions relevées dans ces déclarations, qui ont pour effet de minorer l'impôt dû par le contribuable ou de majorer une créance à son profit, donnent lieu au versement d'une majoration égale à 10 % des droits mis à la charge du contribuable ou de la créance indue () ".

11. Si l'administration est en droit, à tout moment de la procédure contentieuse, de justifier d'une pénalité en en modifiant le fondement juridique, c'est à la double condition que la substitution de base légale ainsi opérée ne prive le contribuable d'aucune des garanties de procédure prévues par la loi et que l'administration invoque, au soutien de la demande de substitution de base légale, des faits qu'elle avait retenus pour motiver la pénalité initialement appliquée.

12. Il résulte des termes mêmes de la proposition de rectification du 14 novembre 2017 que l'administration fiscale a précisé que M. et Mme Flinois n'avaient pas déclaré les revenus correspondant aux sommes versées par l'association Spotlight Dance Club Haumont au titre des années 2014 à 2016. Elle doit, par suite, être regardée comme ayant invoqué des faits susceptibles de justifier l'application des majorations de 10 % sur le fondement des dispositions précitées de l'article 1758 A du code général des impôts. En outre, la substitution demandée ne prive les contribuables d'aucune des garanties de procédure prévues par la loi. Par suite, l'administration fiscale est fondée à demander cette substitution de base légale.

13. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme Flinois ne sont pas fondés à demander la décharge ou la réduction des impositions demeurant en litige, ainsi que des pénalités correspondantes. Par suite, le surplus de leurs conclusions à fins de décharge ou de réduction doivent être rejetées.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

14. Il n'y a pas lieu, en tout état de cause, de mettre à la charge de l'État le versement à M. et Mme Flinois d'une somme au titre des frais qu'ils ont exposés.

DÉCIDE :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge de la requête de M. et Mme Flinois à concurrence des dégrèvements accordés en cours d'instance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme Flinois est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A Flinois et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Jaur, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.

La rapporteure,

Signé

C. COURTOISLe président,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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