jeudi 5 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2100529 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SOCIETE D'AVOCATS LEGIS CONSEILS CALAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2021, la société civile immobilière MGSN, représentée par la société d'avocats Legis Conseils, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2016 et 31 décembre 2017 et de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2018, ainsi que des intérêts et pénalités correspondants ;
2°) d'ordonner la restitution des sommes perçues, assorties des intérêts moratoires ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- elle a, à bon droit, enregistré au titre des exercices 2016 et 2017 dans le compte de charges exceptionnelles sur exercices antérieurs des dépenses relatives à des exercices antérieurs dont elle n'avait pas reçu les factures datées de l'exercice précédent dans les délais ou qui correspondent à l'issue d'un litige s'étalant sur plusieurs années mais ayant son origine lors d'exercices antérieurs ;
- elle réalise également des prestations de maître d'œuvre pour lesquelles elle engage des frais de matériel, de restauration, de réception et de cadeaux ; ces charges sont donc déductibles pour avoir été engagées dans l'intérêt de la société ;
- la situation des soldes débiteurs du compte courant d'associé de M. A devrait être régularisée prochainement.
Par un mémoire en défense, enregistré le 1er juillet 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société MGSN ne sont pas fondés.
Par une ordonnance en date du 11 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 9 septembre 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Courtois,
- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. La société MGSN, société civile immobilière soumise à l'impôt sur les sociétés et qui exerce une activité déclarée de location immobilière, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, à l'issue de laquelle des cotisations d'impôt sur les sociétés ont été mises à sa charge au titre des exercices clos les 31 décembre 2016, 31 décembre 2017 et 31 décembre 2018. Elle demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des intérêts et pénalités correspondants.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. Aux termes de l'article 38 du code général des impôts, dont les dispositions sont applicables en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 de ce code : " Le bénéfice net est constitué par la différence entre les valeurs de l'actif net à la clôture et à l'ouverture de la période dont les résultats doivent servir de base à l'impôt diminuée des suppléments d'apport et augmentée des prélèvements effectués au cours de cette période par l'exploitant ou par les associés. L'actif net s'entend de l'excédent des valeurs d'actif sur le total formé au passif par les créances des tiers, les amortissements et les provisions justifiés. ". Aux termes de l'article 39 du même code, également rendu applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : / 1° Les frais généraux de toute nature () / () ".
En ce qui concerne les " charges sur exercices antérieurs " :
3. Il résulte des dispositions combinées des articles 38 et 39 du code général des impôts, applicables en matière d'impôt sur les sociétés en vertu des dispositions de l'article 209 du même code, que les charges doivent être déduites des résultats de l'exercice au cours duquel elles peuvent être considérées comme engagées par l'existence d'une dette certaine dans son principe et dans son montant.
4. Il résulte de l'instruction, et plus particulièrement de la proposition de rectification du 10 décembre 2019 et de la réponse aux observations du contribuable du 11 juin 2020, que la société MGSN a comptabilisé au compte 6270 " charges exceptionnelles sur exercices antérieurs ", au titre de l'exercice clos en 2016, une somme de 19 500 euros correspondant à une facture d'acompte de la société Socaden datée du 7 avril 2015 et une somme de 4 219,80 euros correspondant à un impayé de la société Galoo Littoral, puis au titre de l'exercice clos en 2017, un montant de 515 euros correspondant à une facture d'honoraires et de frais en date du 24 juin 2016 pour l'établissement de l'assemblée générale ordinaire de l'exercice clos le 31 décembre 2015 de la société d'expertise comptable ACOS. Le service a remis en cause le rattachement de ces charges à ces exercices au motif qu'elles n'avaient pas été comptabilisées au titre de l'exercice au cours duquel elles étaient devenues certaines dans leur principe et leur montant. En se bornant à produire, pour justifier la comptabilisation de ces montants dans ses charges au titre des exercices clos en 2016 et 2017, les factures des sociétés Socaden et Acos, ainsi qu'un courrier d'un avocat du 19 mai 2015 l'informant de la réception d'un chèque de 6 000 euros de la société Galoo Littoral dans le cadre d'une transaction et conseillant d'imputer ces sommes sur un restant dû de factures impayées de 8 591,30 euros, la société MGSN ne justifie pas l'inscription en charges au titre des exercices clos les 31 décembre 2016 et 31 décembre 2017 de ces sommes correspondant à des charges devenues certaines, dans leur principe et dans leur montant, au cours d'exercices antérieurs. Par suite, c'est à bon droit que le service a remis en cause le rattachement de ces charges aux exercices clos en 2016 et 2017.
En ce qui concerne les dépenses de fournitures diverses, de cadeaux, de frais de restaurant et de nuitée :
5. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions du 1 de l'article 39 du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du code général des impôts que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.
6. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et plus particulièrement de la proposition de rectification du 10 décembre 2019 et de la réponse aux observations du contribuable du 11 juin 2020, que la société MGSN a déduit du résultat de l'exercice clos au 31 décembre 2016, au titre des charges, des sommes correspondant à des achats d'une bouteille de whisky, de décorations festives, de décodeurs et démodulateurs TNT, de matériaux de construction, de réfection de chaises. La société MGSN, en se bornant à faire valoir qu'elle exerce également une activité de maîtrise d'œuvre et à produire les factures, ne justifie pas que ces dépenses ont été exposées pour les besoins de son activité. Par suite, la société MGSN n'est pas fondée à soutenir que l'administration fiscale en a, à tort, remis en cause la déduction au titre des charges.
7. En second lieu, il résulte de l'instruction, et plus particulièrement de la proposition de rectification du10 décembre 2019 et de la réponse aux observations du contribuable du 11 juin 2020, que le service vérificateur a remis en cause la déduction du résultat de l'exercice clos au 31 décembre 2016, au titre des charges, de sommes correspondant à des achats de champagne et de vin, ainsi que de paniers garnis, en considérant qu'il n'était pas en mesure d'identifier les bénéficiaires de ces cadeaux. Si la société requérante verse aux débats les factures de ces achats et désigne des bénéficiaires, elle n'apporte aucun élément sérieux permettant d'établir que ces dépenses ont été exposées pour les besoins de son activité. Par suite, le service vérificateur était fondé à remettre en cause la déductibilité des frais de cadeaux au titre de l'exercice clos au 31 décembre 2016.
8. En troisième lieu, il résulte de l'instruction que le service vérificateur a considéré que des frais de réception en date des 29 février 2016, 11 mai 2016, 12 août 2016, 31 août 2016 pour un montant de 138 euros, et 30 décembre 2016 pour un montant de 118,20 euros, avaient été comptabilisés sans justificatifs ou sans justificatifs probants et exploitables. La société MGSN, en se bornant à désigner des bénéficiaires sans produire de justificatifs ou en produisant des justificatifs illisibles, ne peut être regardée comme justifiant de la déductibilité de ces dépenses. Par suite, le service vérificateur était fondé à remettre en cause la déduction de ces frais de restaurant au titre de l'exercice clos au 31 décembre 2016.
9. En dernier lieu, au regard de l'activité déclarée de location de bâtiments, ou celle non contestée de maître d'œuvre, et à l'écriture comptable des comptes clients, qui ne permet d'identifier que les sociétés Friedlander et Help, le service a remis en cause la déductibilité des frais de repas pris les vendredis soirs, samedis, dimanches et jours fériés, les frais de restauration engagés en Belgique, les frais de nuitée à Poitiers au bénéfice d'un personnel de la société Wallon France, ainsi que des frais de restauration comprenant un menu enfant. Il a également exclu des charges déductibles quatre notes de restaurant, en date des 30 avril 2016 pour un montant de 303,72 euros, 2 mai 2016, 30 juin 2016 et 30 septembre 2016, dont ni le montant, ni l'identité du bénéficiaire, ne permettent de les regarder comme justifiées pour les besoins de son activité. La société MGSN, en se bornant à désigner des personnes et des sociétés bénéficiaires et à les présenter comme des clients " représentant une large partie du chiffre d'affaires ", à faire valoir qu'elle a également une activité de maître d'œuvre et que les repas d'affaires peuvent se dérouler les fins de semaine, ne justifie pas que ces dépenses ont été engagées pour les besoins de son activité. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a remis en cause leur déduction et rehaussé en conséquence les bases d'imposition à l'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016.
En ce qui concerne la situation du solde débiteur du compte courant d'associé :
10. Le moyen tiré de ce que la situation du solde débiteur du compte courant d'associé de M. A devrait être régularisée prochainement n'est pas, en tout état de cause, assorti de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé et doit par suite être écarté.
11. Il résulte de tout ce qui précède que la société MGSN n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations litigieuses d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2016, 31 décembre 2017 et 31 décembre 2018, ainsi que des intérêts et pénalités correspondants. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence et en tout état de cause, celles qu'elles a présentées à fin de restitution.
Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'État, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que la société MGSN demande au titre des frais qu'elle a exposés.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de la société MGSN est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société civile immobilière MGSN et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 14 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Courtois, première conseillère,
- Mme Jaur, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 5 octobre 2023.
La rapporteure,
Signé
C. COURTOISLe président,
Signé
O. LEMAIRE
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026