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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2100553

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2100553

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2100553
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantTCHOUDJEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2021, et un mémoire, enregistré le 16 septembre 2022 et non communiqué, la commune de Calais, représentée par Me Tchoudjem, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le directeur départemental des finances publiques du Pas-de-Calais a rejeté sa demande du 17 septembre 2020 tendant à établir avant le 31 décembre 2020, les rôles particuliers de taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2017 à 2020, d'une part, du " buffer " situé sur le site du port de Calais, calculée en retenant une évaluation de la valeur locative de cette construction selon la méthode prévue à l'article 1499 du code général et, d'autre part, de l'usine de fabrication de " Xblocs " et de la centrale à béton édifiée sur le même site ;

2°) d'enjoindre à l'État d'établir les rôles particuliers de taxe foncière sur les propriétés bâties, d'une part, du " buffer " situé sur le site du port de Calais, et d'autre part, de l'usine de fabrication de " Xblocs " et de la centrale à béton édifiée sur le même site ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'administration fiscale était tenue, après la notification du jugement nos 1709528, 1801728 et 1810338 du 24 juin 2020 du Tribunal administratif de Lille, d'émettre des rôles particuliers de taxe foncière sur les propriétés bâties à raison du " buffer " et de l'usine de fabrication de " Xblocs " situés sur le site du port de Calais, par application des dispositions combinées prévues aux articles L. 175 du livre des procédures fiscales,1406 et 1508 du code général des impôts ;

- l'administration ne justifie pas avoir imposé le " buffer " à la taxe foncière sur les propriétés bâties selon la méthode de l'article 1499 du code général des impôts au titre de l'année 2020 et n'établit pas avoir évalué les locaux de l'usine de fabrication de " Xblocs " selon la méthode prévue à l'article 1499 du code général des impôts pour leur assujettissement à la taxe foncière des propriétés bâties au titre des années 2019 et 2020 ;

- l'exécution de ce jugement nécessitait l'établissement de rôles particuliers au titre des années 2017 et 2018 pour l'assujettissement de l'usine de fabrication de " Xblocs " à la taxe foncière sur les propriétés bâties.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 mai 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que

- le jugement du tribunal administratif de Lille n'emporte pour l'administration aucune obligation d'émettre des rôles particuliers au sens des dispositions de l'article 1508 du code général des impôts pour l'imposition du " buffer " ;

- l'administration fait toutes diligences pour déterminer la méthode d'évaluation devant être mise en œuvre en application du II de l'article 1500 du code général des impôts pour le " buffer " ;

- le " buffer " a été imposé au rôle général de l'année 2020 sur une base évaluée en application de l'article 1498 du code général des impôts, comme il l'avait été en 2019 et au titre des années 2017 et 2018 ;

- le jugement du tribunal administratif de Lille emporte seulement pour l'administration de réexaminer la demande de la collectivité tendant à l'assujettissement de l'usine de fabrication de " Xblocs " et la collectivité locale ne peut pas, sur la base de ce jugement, réclamer l'émission d'un rôle particulier pour cette usine ;

- elle a établi un rôle supplémentaire de taxe foncière n° 20/10844 qui a été homologué le 2 décembre 2020 pour l'usine de fabrication de " Xblocs " au titre des années 2019 et 2020.

La requête a été communiquée à la société anonyme d'exploitation des ports du Détroit, à la société Bouygues construction matériel, à la société Bouygues travaux publics et à la région Hauts-de-France, qui n'ont pas produit de mémoire.

Par une ordonnance en date du 12 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courtois,

- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. Par un jugement nos 1709528, 1801728, 1810338 du 24 juin 2020, le Tribunal administratif de Lille a rejeté la requête n° 1801728 par laquelle la commune de Calais demandait notamment de condamner l'Etat à lui verser la somme de 133 317 euros en réparation du préjudice financier résultant du refus fautif de l'administration fiscale d'assujettir à la taxe foncière sur les propriétés bâties, d'une part, des locaux à usage de centrale à béton et d'usine de fabrication de " Xblocs " au titre des années 2016 et 2017 et, d'autre part, du " buffer " au titre de l'année 2017, dit n'y avoir lieu de statuer sur les conclusions des requêtes nos 1709528 et 1810338 tendant à l'annulation de décisions de l'administration fiscale refusant d'assujettir le " buffer " à la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2017 et 2018 et annulé les décisions du directeur départemental des finances publiques du Pas-de-Calais rejetant implicitement les demandes des 16 août 2017 et 28 août 2018 en tant qu'elles refusaient d'assujettir à la taxe foncière sur les propriétés bâties les locaux à usage d'usine de fabrication de " Xblocs " au titre des années 2017 et 2018. A la suite de cette décision, la commune de Calais a demandé au directeur départemental des finances publiques du Pas-de-Calais, par un courrier du 17 septembre 2020 d'établir des rôles particuliers de taxe foncière sur les propriétés bâties de l'usine de fabrication de " Xblocs ", au titre des années 2017 à 2020 et, d'autre part, du " buffer ", selon une évaluation de sa valeur locative par la méthode prévue à l'article 1499 du code général des impôts, au titre des années 2017 à 2020. La commune de Calais demande au tribunal d'annuler la décision implicite de rejet de sa demande.

2. Aux termes de l'article L. 175 du livre des procédures fiscales : " En ce qui concerne la taxe foncière sur les propriétés bâties, () les omissions ou les insuffisances d'imposition peuvent être réparées à toute époque lorsqu'elles résultent du défaut ou de l'inexactitude des déclarations des propriétés bâties mentionnées aux articles 1406 et 1502 du code général des impôts et de celles mentionnées au XVII de l'article 34 de la loi n° 2010-1658 du 29 décembre 2010 de finances rectificative pour 2010 ". Aux termes de l'article 1406 du code général des impôts : " I. Les constructions nouvelles, ainsi que les changements de consistance ou d'affectation des propriétés bâties et non bâties, sont portés par les propriétaires à la connaissance de l'administration, dans les quatre-vingt-dix jours de leur réalisation définitive et selon les modalités fixées par décret. () ". Aux termes de l'article 1508 de ce code : " Les rectifications pour insuffisances d'évaluation résultant du défaut ou de l'inexactitude des déclarations des propriétés bâties prévues aux articles 1406 et 1502, () font l'objet de rôles particuliers jusqu'à ce que les bases rectifiées soient prises en compte dans les rôles généraux. / Les cotisations afférentes à ces rehaussements sont calculées d'après les taux en vigueur pour l'année en cours. Sans pouvoir être plus que quadruplées, elles sont multipliées : / Soit par le nombre d'années écoulées depuis la première application des résultats de la révision, / Soit par le nombre d'années écoulées depuis le 1er janvier de l'année suivant celle de l'acquisition ou du changement, s'il s'agit d'un immeuble acquis ou ayant fait l'objet de l'un des changements visés à l'article 1517 depuis la première application des résultats de la révision. () ".

3. En premier lieu, d'une part, il ressort des pièces du dossier et notamment des termes mêmes du jugement du tribunal administratif de Lille du 24 juin 2020 rappelé au point 1, que, nonobstant la circonstance que le tribunal a rejeté la demande de condamnation de la commune de Calais au motif notamment que le préjudice financier résultant de la faute commise par l'administration fiscale dans l'évaluation de la valeur locative du " buffer " au titre de l'année 2017 ne pouvait être indemnisé en raison de son caractère éventuel, l'administration pouvant faire usage de son droit de reprise en application des dispositions combinées des articles L. 175 du livre des procédures fiscales, 1406 et 1508 du code général des impôts, son exécution n'impliquait pas que l'administration régularise l'insuffisance d'imposition à la taxe foncière des propriétés bâties du propriétaire du " buffer " au titre des années 2017 à 2020. D'autre part et au surplus, à supposer le moyen ainsi soulevé, au regard du principe de l'annualité de l'impôt, l'administration fiscale n'a pas méconnu l'autorité de la chose jugée de ce jugement devenu définitif à la date de la décision attaquée, qui s'attache également aux moyens qui en constituent le soutien nécessaire, en refusant d'émettre des rôles particuliers de taxe foncière sur les propriétés bâties à raison du " buffer " au titre des années 2018 à 2020, calculée en retenant une évaluation de la valeur locative de cette construction selon la méthode prévue à l'article 1499 du code général des impôts. Par suite, la commune de Calais n'est pas fondée à soutenir que l'administration fiscale ne pouvait rejeter, à la suite du jugement du 24 juin 2020 du tribunal administratif de Lille, sa demande tendant à l'établissement de rôles particuliers de taxe foncière sur les propriétés bâties à raison du " buffer " au titre des années 2017 à 2020 calculée en retenant une évaluation de la valeur locative de cette construction selon la méthode prévue à l'article 1499 du code général des impôts.

4. En second lieu, d'une part, si, par le jugement du 24 juin 2020, le tribunal administratif de Lille a annulé les décisions du directeur départemental des finances publiques du Pas-de-Calais rejetant implicitement les demandes des 16 août 2017 et 28 août 2018 en tant qu'elles refusaient d'assujettir à la taxe foncière sur les propriétés bâties les locaux à usage d'usine de fabrication de " Xblocs " au titre des années 2017 et 2018, il ne ressort pas des motifs de ce jugement que l'illégalité de ces décisions résulte du défaut ou de l'inexactitude des déclarations des propriétés bâties que doivent souscrire les propriétaires en application de l'article 1406. D'ailleurs, saisi également de conclusions indemnitaires, le tribunal administratif de céans, a reconnu la faute de l'administration fiscale à raison de son refus d'assujettir ces locaux à la taxe foncière sur les propriétés bâties. Dès lors, l'annulation des décisions du directeur départemental des finances publiques du Pas-de-Calais rejetant implicitement les demandes des 16 août 2017 et 28 août 2018 en tant qu'elles refusaient d'assujettir à la taxe foncière sur les propriétés bâties les locaux à usage d'usine de fabrication de " Xblocs " au titre des années 2017 et 2018 n'implique pas que l'administration procède aux régularisations demandées par la commune de Calais par voie de rôles particuliers en application des dispositions combinées précitées des articles L. 175 du livre des procédures fiscales et 1508 du code général des impôts. D'autre part, ni l'exécution de ce jugement, ni, à supposer le moyen ainsi soulevé, l'autorité de la chose jugée qui s'y attache, n'impose que l'administration rectifie les impositions dues au titre de la taxe foncière sur les propriétés bâties au titre des années 2019 et 2020 à raison de l'usine de fabrication de " Xblocs ". Par suite, la commune de Calais n'est pas fondée à soutenir que l'administration fiscale ne pouvait rejeter, à la suite du jugement du 24 juin 2020 du tribunal administratif de Lille, sa demande d'établissement de rôles particuliers de taxe foncière sur les propriétés bâties à raison de l'usine de fabrication de " Xblocs " au titre des années 2017 à 2020.

5. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par la commune de Calais doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la commune de Calais est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la commune de Calais, au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord, à la société anonyme d'exploitation des ports du Détroit, à la société Bouygues construction matériel, à la société Bouygues travaux publics et à la région Hauts-de-France.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

C. COURTOISLe président,

signé

O. LEMAIRE

La greffière,

signé

P. CARPENTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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