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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2100626

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2100626

mercredi 24 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2100626
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSCP SHBK AVOCATS SEGARD BRIOUT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 28 janvier 2021, le 5 juillet 2021 et le 9 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Foutry, doit être regardé comme demandant au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de condamner le centre hospitalier de Douai à lui verser la somme de 35 034,40 euros en réparation du préjudice qu'il estime avoir subi en raison de sa prise en charge dans cet établissement du 20 au 24 mars 2017, avec intérêts au taux légal à compter de la présente décision ;

2°) de déclarer le présent jugement commun et opposable à l'organisme de sécurité sociale ;

3°) de mettre les dépens, comprenant les frais d'expertise, à la charge du centre hospitalier de Douai ;

4°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Douai la somme de 3 000 euros, à verser à son conseil, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- il a été victime d'une infection nosocomiale contractée lors de sa prise en charge du 20 au 24 mars 2017 au centre hospitalier de Douai, engageant la responsabilité de plein droit de cet établissement en l'absence de toute cause étrangère ;

- ses préjudices s'élèvent à un montant global de 35 034,40 euros, se décomposant comme suit :

* 55 euros au titre des dépenses de santé actuelles ;

* au titre des frais divers : 117 euros au titre des frais de chambre individuelle et de location de téléviseur et 256,50 euros au titre de l'assistance à tierce personne temporaire ;

* 1 655,90 euros au titre du déficit fonctionnel temporaire ;

* 6 000 euros au titre des souffrances endurées ;

* 1 400 euros au titre du préjudice esthétique temporaire ;

* 22 550 euros au titre du déficit fonctionnel permanent ;

* 3 000 euros au titre du préjudice esthétique permanent.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 4 mai 2021 et le 20 septembre 2021, le centre hospitalier de Douai, représenté par Me Segard, déclare s'en remettre à la sagesse du tribunal et conclut :

1°) à la limitation des prétentions indemnitaires de M. B à la somme de 16 145,80 euros ;

2°) à la réduction à de plus justes proportions de la somme sollicitée au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il s'en rapporte à justice sur sa responsabilité, laquelle ne pourrait en tout état de cause être engagée au-delà du taux de perte de chance de 80 % retenue par l'expert ;

- il ne saurait être alloué à M. B au titre de l'assistance à tierce personne temporaire une somme supérieure à 108 euros, après application du taux de perte de chance ;

- M. B n'établit pas qu'il aurait conservé à sa charge des frais en lien avec son hospitalisation en l'absence de bordereau de mutuelle ;

- le déficit fonctionnel temporaire, les souffrances endurées, le déficit fonctionnel permanent et le préjudice esthétique permanent seront réparés par des sommes respectives de 436,80 euros, 2 800 euros, 11 720,80 euros et 1 080 euros, après application du taux de perte de chance ;

- le préjudice esthétique temporaire allégué par M. B n'est pas imputable à l'infection nosocomiale et les conditions de gravité requises dans la nomenclature Dinthillac ne sont pas réunies ;

- son assureur s'est acquitté d'une somme de 25 820,37 euros à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing.

La requête a été communiquée à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing, exerçant pour la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai l'activité de recours contre tiers en vertu de la décision du directeur général de la caisse nationale d'assurance maladie du 1er janvier 2020, qui n'a pas produit de mémoire.

Par ordonnance du 22 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 22 octobre 2021.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 19 avril 2021.

Vu :

- l'ordonnance n°1908243 du 13 décembre 2019, par laquelle le juge des référés a ordonné une expertise à la demande de M. B ;

- le rapport d'expertise établi par le docteur D E et déposé au greffe du tribunal le 8 juillet 2020 ;

- l'ordonnance n°1908243-9 du 29 juillet 2020 par laquelle les frais et honoraires de l'expertise ont été liquidés et taxés à la somme de 800 euros ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n°91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fougères,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique.

.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, qui subissait une instabilité chronique du genou droit depuis un accident de la voie publique survenu en juin 2016, a été hospitalisé du 20 au 24 mars 2017 au centre hospitalier de Douai, en vue de subir une ligamentoplastie du tendon rotulien selon la technique de Kenneth Jones avec une visée fémorale en dehors en dedans. En raison de douleurs, en particulier au niveau de la cicatrice, associées à une hyperthermie, M. B est à nouveau hospitalisé au centre hospitalier de Douai dès le 27 mars 2017 jusqu'au 10 avril 2017, afin de subir une arthrotomie lavage du genou droit. Les examens bactériologiques réalisés à cette occasion ont mis en évidence une infection par staphylococcus aureus multi sensible, traitée par antibiotiques pendant six semaines. Du 10 avril au 21 avril 2017, M. B est hospitalisé en centre de rééducation, établissement qu'il continuera de fréquenter du 24 avril 2017 au 7 juillet 2017 en hôpital de jour. Il a ensuite poursuivi sa rééducation et a été hospitalisé du 25 au 26 janvier 2018 pour l'ablation de la vis condylienne qui lui avait été posée le 20 mars 2017. Il conserve aujourd'hui un flessum du genou droit ainsi qu'un léger déficit du quadriceps.

2. Une expertise a été ordonnée, à la demande de M. B, par ordonnance du juge des référés du tribunal administratif de Lille du 13 décembre 2019. L'expert désigné, le docteur D E, a déposé son rapport le 8 juillet 2020. Par lettre recommandée du 23 octobre 2020 avec accusé de réception, M. B a sollicité du centre hospitalier de Douai l'indemnisation de ses préjudices. Par la présente requête, M. B demande la condamnation du centre hospitalier de Douai à l'indemniser des préjudices qu'il estime avoir subi en raison de l'infection contractée dans cet établissement.

Sur la déclaration de jugement commun :

3. Aux termes des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () L'intéressé ou ses ayants droit doivent indiquer, en tout état de la procédure, la qualité d'assuré social de la victime de l'accident ainsi que les caisses de sécurité sociale auxquelles celle-ci est ou était affiliée pour les divers risques. Ils doivent appeler ces caisses en déclaration de jugement commun ou réciproquement. A défaut du respect de l'une de ces obligations, la nullité du jugement sur le fond pourra être demandée pendant deux ans, à compter de la date à partir de laquelle ledit jugement est devenu définitif, soit à la requête du ministère public, soit à la demande des caisses de sécurité sociale intéressées ou du tiers responsable, lorsque ces derniers y auront intérêt () ". Il résulte des termes mêmes de ces dispositions que la caisse doit être appelée en déclaration de jugement commun dans l'instance ouverte par la victime contre le tiers responsable, le juge étant, le cas échéant, tenu de mettre en cause d'office la caisse si elle n'a pas été appelée en déclaration de jugement commun.

4. Il n'appartient pas au juge administratif de déclarer le présent jugement commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai, dont l'activité de recours contre tiers est exercé par la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing, qui a été régulièrement mise en cause dans la présente instance. Par suite, les conclusions, présentées par M. B tendant à ce que le jugement soit déclaré commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de Lille-Douai, doivent être rejetées.

Sur le principe de responsabilité :

5. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / () ".

6. Doit être regardée, au sens de ces dispositions, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge.

7. Il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du Dr E, que peu de temps après sa prise en charge au centre hospitalier de Douai, du 20 au 24 mars 2017, M. B a présenté, comme il a été dit en point 1, des douleurs au genou droit et une hyperthermie ayant nécessité une arthrotomie lavage de ce genou effectuée dès le 27 mars 2017 et que le germe staphylococcus aureus a été retrouvé dans les prélèvements effectués lors de cette intervention. Il ne résulte par ailleurs pas de l'instruction que cette infection aurait une autre origine que la prise en charge initiale du centre hospitalier de Douai. Dès lors, l'infection contractée par M. B présente un caractère nosocomial et engage, compte tenu du déficit fonctionnel permanent de 10 % qui en résulte, la responsabilité de plein droit du centre hospitalier de Douai.

Sur l'étendue de la réparation :

8. Dans le cas où une infection nosocomiale a compromis les chances d'un patient d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de cette infection et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter la survenue de ce dommage, la réparation qui incombe à l'hôpital devant alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

9. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que " sur 100 patients de ce jeune âge opérés d'une ligamentoplastie, 20 % d'entre eux " subissent des séquelles plus ou moins importantes du fait de cette opération. Par conséquent, même en l'absence d'infection nosocomiale, il n'est pas certain que M. B n'aurait pas présenté un dommage corporel de même gravité. Dans ces conditions, il sera fait une juste appréciation de la perte de chance de l'intéressé d'éviter les lésions dont il est atteint en la fixant à 80 %.

10. Il résulte de ce qui précède que les préjudices subis par M. B doivent être réparés à hauteur de 80 % par le centre hospitalier de Douai.

Sur l'évaluation des préjudices :

11. Eu égard aux conclusions expertales et en l'absence de remise en cause des parties, il y a lieu de fixer la date de consolidation de l'état de santé de M. B au 30 avril 2018, son état étant stabilisé à cette date.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux :

12. En premier lieu, s'agissant des dépenses de santé actuelles, si M. B sollicite une somme de 55 euros en remboursement d'une séance d'ostéopathie réalisée le 16 octobre 2017, dont la facture ne mentionne aucun motif, il n'établit pas que ces soins, alors même que l'expert a mentionné une rééducation articulaire soient en lien avec l'infection nosocomiale en litige. Par suite, il n'est pas fondé à solliciter le remboursement de ces frais.

13. En deuxième lieu, M. B justifie, par la production d'une facture n°1751002068 du centre de réadaptation Les Hautois à Oignies, du 15 mai 2017, avoir exposé une somme de 90 euros au titre des frais de chambre particulière lors de son hospitalisation du 10 avril 2017 au 20 avril 2017, ainsi qu'une somme de 27 euros au titre des frais de location d'un téléviseur à cette période. Dans la mesure où l'hospitalisation du 10 au 20 avril 2017 est imputable à l'infection nosocomiale et que rien n'indique que ces factures auraient été prises en charge par un tiers, M. B est fondé à solliciter le remboursement de ces frais, d'un montant total de 117 euros, qu'il n'aurait pas exposés sans la survenance de l'infection nosocomiale.

14. En troisième lieu, lorsque le juge administratif indemnise la victime d'un dommage corporel nécessitant de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire permettant, dans les circonstances de l'espèce, le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat, sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

15. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que l'état de santé de M. B, qui a présenté un déficit fonctionnel temporaire de 40% lié à l'infection nosocomiale du 27 janvier 2018 au 27 février 2018, soit 32 jours, et qui vit chez sa mère, a nécessité l'intervention d'une tierce personne, sous forme d'une aide familiale, à raison de trois heures par semaine. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Par suite, l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne temporaire doit être fixée à la somme de 232,20 euros (3/7 x 32 x 15 euros x 412/365), soit 185,76 euros après application du taux de perte de chance retenu au point 10, somme qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Douai.

En ce qui concerne les préjudices extra-patrimoniaux :

S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux temporaires :

16. En premier lieu, il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que M. B a présenté un déficit fonctionnel temporaire total imputable à l'infection nosocomiale contractée au centre hospitalier de Douai du 27 mars 2017 au 21 avril 2017 puis les 25 et 26 janvier 2018, pour le retrait du matériel d'ostéosynthèse réalisé compte tenu de cette infection selon le compte-rendu du docteur C F du 24 avril 2018, soit pendant une période totale de 28 jours. Il ne résulte pas de l'instruction qu'en l'absence d'infection nosocomiale, M. B était exposé à un risque de ré-hospitalisation, de sorte qu'il n'y a pas lieu d'appliquer le taux de perte de chance retenu au point 10 sur cette période de 28 jours. En retenant un taux journalier d'indemnisation de quinze euros pour un déficit fonctionnel total, il sera fait une exacte appréciation du déficit fonctionnel temporaire total de la victime en le fixant à la somme de 420 euros (28x15).

17. En outre, il a ensuite présenté un déficit fonctionnel temporaire imputable à l'infection nosocomiale en litige de 40% du 27 janvier 2018 au 27 février 2018, soit pendant une période de 32 jours. Il a enfin présenté un déficit fonctionnel temporaire de 10% imputable à cette infection du 28 janvier 2018 au 29 avril 2018, soit pendant une période de 92 jours, son état étant consolidé à compter du 30 avril 2018. En retenant un taux journalier d'indemnisation de quinze euros pour un déficit fonctionnel total, il sera fait une exacte appréciation du déficit fonctionnel temporaire partiel de la victime en le fixant à la somme de 330 euros (32 x 0,40 x 15 + 92 x 0,10 x 15), soit 264 euros après application du taux de perte de chance retenu au point 10.

18. Il résulte de ce qui précède que la somme de 684 euros sera mise à la charge du centre hospitalier de Douai au titre du déficit fonctionnel temporaire subi par M. B.

19. En deuxième lieu, les souffrances physiques et morales endurées par M. B, qui trouvent leur origine dans l'infection contractée au sein du centre hospitalier de Douai, ont été évaluées à 3 sur une échelle de 7, du fait de la longueur de l'hospitalisation, de la nécessaire reprise chirurgicale, de la rééducation en centre spécialisé et de la longue antibiothérapie, mais il résulte du rapport d'expertise du Dr E que, sans l'infection nosocomiale, ces souffrances auraient été de 2 sur une échelle de 7. Par référence au barème de l'ONIAM et eu égard à la durée de la période pendant laquelle M. B a enduré ces souffrances, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice, imputable à l'infection nosocomiale pour ce qui concerne l'aggravation des souffrances subies, passant de 2 à 3 sur une échelle de 7, en l'évaluant à la somme de 1 770 euros, somme qui sera mise à la charge du centre hospitalier de Douai.

20. En dernier lieu, il résulte de l'instruction que M. B a subi un préjudice esthétique temporaire évalué à 1,5 sur une échelle de 7 par l'expert. Si l'intervention chirurgicale impliquait l'utilisation de cannes anglaises et le port d'une attelle pendant une durée de six semaines, l'infection nosocomiale contractée par le requérant a majoré la durée de ce préjudice, du fait de la deuxième intervention chirurgicale puis de l'ablation du matériel d'ostéosynthèse. Par référence au barème de l'ONIAM, il sera fait une juste appréciation de la majoration de ce préjudice exclusivement en lien avec l'infection nosocomiale en l'évaluant à la somme de 800 euros.

S'agissant des préjudices extra-patrimoniaux permanents :

21. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des conclusions expertales, que M. B continue à présenter depuis le 30 avril 2018, date de consolidation de son état de santé, du fait de l'infection nosocomiale dont il a été victime, un flessum du genou droit ainsi qu'un déficit du quadriceps, déficit qualifié de très léger par l'expert. Il n'est pas contesté qu'il présente, du fait de ces séquelles, un déficit fonctionnel permanent évalué à 10%. Par référence au barème de l'ONIAM, il sera fait une juste appréciation des séquelles conservées par M. B, âgé de 25 ans à la date de consolidation, en lui allouant une somme total de 11 982 euros après application du taux de perte de chance retenu en point 10.

22. En second lieu, il résulte de l'instruction, et notamment du rapport d'expertise du Dr E, que, sans infection nosocomiale, le préjudice esthétique permanent de M. B aurait été de 1 sur une échelle de 7, du seul fait de l'intervention chirurgicale initiale. L'infection nosocomiale a majoré le préjudice esthétique permanent du requérant, qui ne présente, contrairement à ce que celui-ci soutient, aucune boiterie à la marche (page 6 du rapport d'expertise) mais qui, outre ses deux cicatrices, éprouve des difficultés pour s'accroupir, ce préjudice étant évalué à 1,5 sur une échelle de 7. Par référence au barème de l'ONIAM, il sera fait une juste appréciation de la majoration de ce préjudice exclusivement en lien avec l'infection nosocomiale en l'évaluant à la somme de 800 euros.

23. Il résulte de tout ce qui précède que M. B est fondé à solliciter la condamnation du centre hospitalier de Douai à lui payer une somme globale de 16 338,76 euros.

Sur les intérêts :

24. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes du premier alinéa de l'article 1231-7 du code civil : " En toute matière, la condamnation à une indemnité emporte intérêts au taux légal même en l'absence de demande ou disposition spéciale du jugement. Sauf disposition contraire de la loi, ces intérêts courent à compter du prononcé du jugement à moins que le juge n'en décide autrement ".

25. Il résulte de ces dernières dispositions que, même en l'absence de demande en ce sens et même lorsque le juge ne l'a pas explicitement prévu, tout jugement prononçant une condamnation à une indemnité fait courir les intérêts à compter du jour de son prononcé. Il s'en suit que les conclusions de M. B tendant au versement des intérêts moratoires à compter du jugement sont sans objet et doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne les dépens :

26. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. / Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. / L'Etat peut être condamné aux dépens ". En vertu de ces dispositions, il appartient au juge saisi au fond du litige de statuer, au besoin d'office, sur la charge des frais de l'expertise ordonnée par la juridiction administrative.

27. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre les frais de l'expertise liquidés et taxés à la somme de 800 euros par une ordonnance du 29 juillet 2020 du magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille, à la charge définitive du centre hospitalier de Douai.

En ce qui concerne les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

28. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle. Par suite, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Foutry, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge du centre hospitalier de Douai le versement à Me Foutry de la somme de 1 500 euros.

D E C I D E :

Article 1er : Le centre hospitalier de Douai est condamné à verser à M. B la somme de 16 338,76 euros en réparation de ses préjudices.

Article 2 : Les frais de l'expertise liquidés et taxés à la somme de 800 euros sont mis à la charge définitive du centre hospitalier de Douai.

Article 3 : Le centre hospitalier de Douai versera à Me Guy Foutry une somme de 1 500 euros en application des dispositions du deuxième alinéa de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Foutry renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat.

Article 4 : Le surplus des conclusions de M. B est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Me Foutry, à la caisse primaire d'assurance maladie de Roubaix-Tourcoing et au centre hospitalier de Douai.

Copie en sera adressée au docteur D E, expert et au service administratif régional de la cour d'appel de Douai

Délibéré après l'audience du 3 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Bruneau, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 24 mai 2023.

Le rapporteur,

signé

V. FOUGERES

Le président,

signé

J-M. RIOULa greffière,

signé

I. BAUDRY

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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