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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2100666

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2100666

mercredi 26 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2100666
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantZIMMERMANN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 31 janvier 2021, le 21 février 2022, le 15 septembre 2022 et le 14 octobre 2022, M. B A, représenté par Me Tachon, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la contrainte du 12 janvier 2021, signifiée le 26 janvier 2021 par acte d'huissier, émise à son encontre par le directeur régional adjoint de Pôle emploi Hauts-de-France, aux fins de recouvrement d'un indu d'allocation de solidarité spécifique (ASS) pour la période du 17 août 2017 au 28 mars 2018 d'un montant de 3 655,68 euros et de le décharger de la somme qui y est mentionnée ;

2°) de mettre à la charge de Pôle emploi la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la contrainte contestée n'est pas motivée ;

- l'indu d'allocation de solidarité spécifique n'est pas fondé, dans la mesure où il ne fait que cohabiter avec Mme E, le pôle social du tribunal judiciaire de Boulogne-sur-mer ayant reconnu par une décision définitive qu'il ne vivait pas en concubinage ;

- l'indu d'allocation de solidarité spécifique n'est pas fondé, dans la mesure où, sur la période considérée, il n'a pas perçu de revenu de la caisse d'allocation familiales, l'allocation aux adultes handicapés lui ayant été versée seulement à compter du 1er mai 2018.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 19 mai 2021 et le 11 octobre 2022, Pôle emploi conclut au rejet de la requête et à ce qu'il soit mis à la charge de M. A une somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la contrainte est fondée, dès lors que :

- le plafond de ressources mensuelles était dépassé, M. A vivant en réalité en couple avec Mme D E sur la période en litige, de sorte que les ressources de cette dernière doivent être intégrées aux revenus perçus par le requérant dans les douze mois civils précédant la date de renouvellement de l'ASS.

- l'ASS n'est pas cumulable avec l'allocation aux adultes handicapés, dont le requérant est bénéficiaire depuis le 1er mai 2018.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle la clôture de l'instruction a été prononcée.

Considérant ce qui suit :

1. M. A a été admis au bénéfice de l'allocation de solidarité spécifique (ASS) et a été indemnisé à compter du 29 janvier 2009. Par courrier du 13 août 2020, à la suite de nouveaux justificatifs, Pôle emploi lui a notifié un indu au titre de cette allocation, d'un montant de 3 655,68 euros, pour la période d'août 2017 à mars 2018. Par courrier recommandé du 9 novembre 2020 avec accusé de réception, reçu le 13 novembre 2020, Pôle emploi l'a mis en demeure de rembourser cette dette. En l'absence de paiement, Pôle emploi a émis le 12 janvier 2021 une contrainte, signifiée par voie d'huissier le 26 janvier 2021, afin de recouvrer le montant de l'indu. Par la présente requête, M. A forme opposition à la contrainte précitée.

Sur l'opposition à la contrainte :

2. En premier lieu, l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration dispose que " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () / 3° Subordonnent l'octroi d'une autorisation à des conditions restrictives ou imposent des sujétions ; / () ".

3. La décision par laquelle l'autorité administrative procède à la récupération de sommes indûment versées au titre de l'allocation de solidarité spécifique est au nombre des décisions imposant une sujétion et doit, par suite, être motivée en application de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il en résulte qu'une telle décision doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. A ce titre, l'autorité administrative doit faire figurer dans la motivation de sa décision la nature de la prestation et le montant des sommes réclamées, ainsi que le motif et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, elle n'est pas tenue d'indiquer dans cette décision les éléments servant au calcul du montant de l'indu.

4. En l'espèce, la décision contestée comporte le visa des textes applicables, la nature de la prestation, le montant de la somme réclamée et la période sur laquelle porte la récupération. En revanche, en indiquant " révision du droit ", Pôle emploi n'a donné aucune indication sur le motif de la décision de récupération des sommes indûment versées au titre de l'ASS et le courrier de mise en demeure du 9 novembre 2020, en se bornant à mentionner " de nouveaux justificatifs nous ont conduits à réviser votre droit aux allocations de chômage ", ne permet pas de préciser le motif de l'indu réclamé. Par suite, la décision contestée est insuffisamment motivée et doit être annulée.

5. En deuxième lieu, d'une part, aux termes de l'article L. 5423-1 du code du travail, dans sa rédaction applicable à la cause : " Ont droit à une allocation de solidarité spécifique les travailleurs privés d'emploi qui ont épuisé leurs droits à l'allocation d'assurance ou à l'allocation de fin de formation prévue par l'article L. 5423-7 et qui satisfont à des conditions d'activité antérieure et de ressources. " Aux termes de l'article R. 5423-1 du même code : " Pour bénéficier de l'allocation de solidarité spécifique, les personnes mentionnées à l'article L. 5423-1 : 1° Justifient de cinq ans d'activité salariée dans les dix ans précédant la fin du contrat de travail à partir de laquelle ont été ouverts leurs droits aux allocations d'assurance. (.) ; / 2° Sont effectivement à la recherche d'un emploi au sens de l'article L. 5421-3, sous réserve des dispositions de l'article R. 5421-1;/ 3° Justifient, à la date de la demande, de ressources mensuelles inférieures à un plafond correspondant à 70 fois le montant journalier de l'allocation pour une personne seule et 110 fois le même montant pour un couple. ". Aux termes de l'article, R. 5423-2 du même code : " Les ressources prises en considération pour l'application du plafond prévu au 3° de l'article R. 5423-1 comprennent l'allocation de solidarité ainsi que les autres ressources de l'intéressé et, le cas échéant, de son conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin, telles qu'elles doivent être déclarées à l'administration fiscale pour le calcul de l'impôt sur le revenu avant déduction des divers abattements. Toutefois ces dispositions ne s'appliquent pas lorsque le conjoint, partenaire lié par un pacte civil de solidarité ou concubin du demandeur est dirigeant d'une entreprise entrant dans le champ d'application de l'article 50-0 du code général des impôts () Le montant pris en compte est le douzième du total des ressources perçues pendant les douze mois précédant celui au cours duquel la demande a été présentée () ".

6. D'autre part, l'article 515-8 du code civil dispose que : " Le concubinage est une union de fait, caractérisée par une vie commune présentant un caractère de stabilité et de continuité, entre deux personnes, de sexe différent ou de même sexe, qui vivent en couple ". Une telle vie de couple peut être établie par un faisceau d'indices concordants, au nombre desquels la circonstance que les intéressés mettent en commun leurs ressources et leurs charges.

7. Il résulte tout d'abord de l'instruction que Pôle emploi a considéré qu'afin d'établir les droits à l'ASS de M. A pour la période d'août 2017 à mars 2018, il convenait de prendre en compte les ressources de Mme E, estimant qu'il existait entre eux une situation de concubinage. Il résulte de l'instruction que M. A et Mme D F partagent le même logement depuis le 9 juin 2016 et que M. A a adressé plusieurs courriers en 2018-2019 à son bailleur pour solliciter, en vain, la modification du bail suite à un changement de situation familiale. Si la caisse d'allocations familiales a tenté à trois reprises de rencontrer M. A dans le cadre d'un contrôle et a retenu à l'issue de celui-ci une situation de concubinage, par jugement aujourd'hui définitif du 19 août 2022, le tribunal judiciaire de Boulogne-sur-Mer a estimé, à propos de l'indu réclamé par la caisse d'allocations familiales portant sur une période de mai 2018 à juillet 2019 et faisant suite au contrôle précité, que la situation de concubinage de M. A n'était pas démontrée. Par ailleurs, Pôle emploi produit une demande d'aide auprès de la maison départementale des personnes handicapées (MDPH), aux termes de laquelle le requérant déclare vivre en couple avec Mme E. Toutefois, ce seul document du 3 avril 2018, renseigné par M. A est postérieur à la période d'indu en litige et n'est pas corroboré par d'autre élément de nature à établir l'existence d'une vie de couple stable et continue, telle qu'une enquête de voisinage ou la preuve d'une mise en commun des ressources et des charges. Dans ces conditions, Pôle emploi n'était pas fondé à intégrer les ressources de Mme E pour le calcul des droits de M. A à l'ASS.

8. En dernier lieu, pour établir que la décision attaquée était légale, Pôle emploi invoque, dans son mémoire en défense communiqué à M. A, un autre motif, tiré de ce que celui-ci percevait l'allocation aux adultes handicapés (AAH), laquelle n'est pas cumulable avec l'ASS.

9. L'alinéa 1er de l'article L 5423-7 du code du travail dispose que " L'allocation de solidarité spécifique ne peut être cumulée avec l'allocation aux adultes handicapés mentionnée aux articles L. 821-1 et L. 821-2 du code de la sécurité sociale dès lors qu'un versement a été effectué au titre de cette dernière allocation et tant que les conditions d'éligibilité à celle-ci demeurent remplies. "

10. Il résulte toutefois de l'instruction que M. A s'est vu attribuer le bénéfice de l'AAH par décision du 15 mars 2019, à compter du 1er mai 2018, soit postérieurement à la période en litige, laquelle s'étend du 17 août 2017 au 28 mars 2018. Il s'ensuit que ce motif n'est pas davantage de nature à fonder la décision contestée.

11. Il résulte de tout ce qui précède que la contrainte du 12 janvier 2021 émise par le directeur régional adjoint de Pôle emploi Hauts-de-France ne peut qu'être annulée. Par suite, il convient de décharger M. A du montant réclamé par cette contrainte au titre de l'indu sollicité à tort.

Sur les frais liés au litige :

12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que Pôle emploi demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il y a lieu, en revanche, de faire application de ces dispositions et de mettre à la charge de Pôle emploi une somme de 1 200 euros au titre des frais exposés par M. A et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La contrainte du 12 janvier 2021 émise par le directeur régional adjoint de Pôle emploi Hauts-de-France aux fins de recouvrement d'un indu d'allocation de solidarité spécifique pour la période du 17 août 2017 au 28 mars 2018 d'un montant de 3 655,68 euros est annulée.

Article 2 : M. A est déchargé de la somme de 3 655,68 euros résultant d'un indu d'allocation de solidarité spécifique pour la période du 17 août 2017 au 28 mars 2018.

Article 3 : Pôle emploi versera à M. A une somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 4 : Les conclusions de Pôle emploi présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à Pôle emploi Hauts-de-France.

Délibéré après l'audience du 5 avril 2023, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Bruneau, première conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 avril 2023

Le rapporteur,

signé

V. FOUGERES

Le président,

signé

J-M. RIOU La greffière,

signé

I. BAUDRY

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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