jeudi 17 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2100990 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (1) |
| Avocat requérant | JAMAIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 février 2021 et 21 avril 2023, Mme D C, représentée par Me Jamais, demande au tribunal :
1°) d'annuler le titre de pension n° B 20 067985 Y délivré le 14 décembre 2020 lui concédant une pension civile de retraite en tant qu'il ne prend pas en compte la majoration pour enfants de 10 % prévue par l'article L. 18 du code des pensions civiles et militaires de retraite, ainsi que la décision du 31 décembre 2020 par laquelle le directeur du service des retraites de l'Etat a rejeté son recours gracieux ;
2°) d'annuler la décision du 5 novembre 2020 par laquelle le directeur du service des retraites de l'Etat a procédé au retrait de la majoration de sa retraite ;
3°) d'enjoindre au ministre de l'économie, des finances et de la relance de procéder à la liquidation de sa pension en tenant compte de la majoration de 10 % à compter du 1er février 2021, dans un délai de deux mois à compter du présent jugement, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros à lui verser sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Mme C soutient que :
- les décisions attaquées doivent s'analyser comme portant retrait de décisions créatrices de droit ; elles auraient dû, dès lors, être motivées et être précédées d'une procédure contradictoire, en application des dispositions des articles L. 211-2, L. 211-5 et L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration ;
- elle remplit les conditions prévues aux articles L. 18 et R. 32 bis du code des pensions civiles et militaires de retraite pour se voir reconnaitre le bénéfice de la majoration de 10 % en raison des trois enfants dont elle a assuré la charge effective ;
- l'administration a commis une erreur de droit dans l'application de ces articles.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 14 avril 2021 et 23 mai 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- les moyens tirés du défaut de motivation et de la méconnaissance de la procédure contradictoire sont inopérants ;
- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés et la pension de retraite de la requérante a été régulièrement calculée.
Les parties ont été informées, en application des dispositions de l'article R. 611-7 du code de justice administrative, de ce que le jugement était susceptible d'être fondé sur un moyen relevé d'office, tiré de l'irrecevabilité des conclusions à fin d'annulation du courrier du 5 novembre 2020 dès lors qu'il ne constitue pas une décision faisant grief.
Par une ordonnance du 4 mai 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au 5 juin 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de justice administrative.
En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné Mme Leguin pour statuer sur les litiges visés audit article.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique du 8 octobre 2024 :
- le rapport de Mme Leguin, magistrate désignée ;
- les conclusions de Mme Grard, rapporteure publique ;
- et les observations de Me Jamais, représentant la requérante.
Une note en délibéré, présentée pour Mme C, a été enregistrée le 8 octobre 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Mme D C, proviseure de lycée professionnel, s'est vue concéder, par un brevet du 14 décembre 2020, une pension civile de retraite qui a pris effet le 1er février 2021. Par un courrier du 7 décembre 2020, elle a demandé au service des retraites de l'Etat la révision de sa pension afin de se voir attribuer la majoration de 10 % pour enfants en faisant valoir que, ayant assuré la charge effective non seulement de ses fils F et E B mais également de la fille de son ex-compagnon, Emilie B, née le 31 juillet 1983, elle remplissait les conditions fixées par les dispositions des articles L. 18 et R. 32 bis du code des pensions civiles et militaires de retraite. Cette demande ayant été rejetée par l'administration par une décision du 31 décembre 2020, Mme C demande au tribunal d'annuler, d'une part, son titre de pension, d'autre part, la décision rejetant son recours gracieux et, enfin, le courrier du 5 novembre 2020 portant simulation de ses droits à pension, et de faire droit à sa demande de révision de celle-ci.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il résulte de l'instruction que le courrier du 5 novembre 2020 en litige intitulé " estimation de pension de retraite " se borne à transmettre à Mme C une simulation de ses éventuels droits à pension tels que calculés sur la base des informations contenues dans le compte individuel de l'intéressée. Il précise par ailleurs que seule la délivrance d'un titre de pension vaut reconnaissance de droits. Il ne revêt, dès lors, qu'un caractère purement informatif et ne constitue pas une décision faisant grief susceptible de faire l'objet d'un recours pour excès de pouvoir. Par suite, les conclusions tendant à son annulation doivent être rejetées comme étant irrecevables.
3. Lorsqu'il est saisi d'un litige en matière de pension, il appartient au juge administratif, en sa qualité de juge de plein contentieux, de se prononcer sur les droits de l'intéressé en tenant compte de l'ensemble des circonstances de fait qui résultent de l'instruction, et aussi, le cas échéant, d'apprécier, s'il est saisi de moyens en ce sens ou au vu des moyens d'ordre public, la régularité de la décision en litige.
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que les documents adressés à Mme C les 20 mai 2014 et 12 novembre 2019 revêtent un simple caractère informatif et sont dénués de toute portée normative. Il s'ensuit que le brevet de pension en litige, ainsi que la décision du 31 décembre 2020 prise sur recours gracieux, ne peuvent être regardés comme constituant des décisions de retrait de décisions créatrices de droit et le moyen tiré de ce qu'ils ne pouvaient légalement intervenir qu'après la mise en œuvre de la procédure contradictoire prévue à l'article L. 121-1 du code des relations entre le public et l'administration doit être écarté comme inopérant.
5. En deuxième lieu, pour le même motif et en tout état de cause, le moyen tiré du défaut de motivation au regard des dispositions de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration du brevet de pension et de la décision prise sur recours gracieux doit également être écarté.
6. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 18 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " I. - Une majoration de pension est accordée aux titulaires ayant élevé au moins trois enfants. / II. - Ouvrent droit à cette majoration : () Les enfants recueillis à son foyer par le titulaire de la pension ou son conjoint, qui justifie, dans les conditions fixées par décret en Conseil d'Etat, en avoir assumé la charge effective et permanente. / III. - A l'exception des enfants décédés par faits de guerre, les enfants devront avoir été élevés pendant au moins neuf ans, soit avant leur seizième anniversaire, soit avant l'âge où ils ont cessé d'être à charge au sens des articles L. 512-3 et R. 512-2 à R. 512-3 du code de la sécurité sociale. Pour satisfaire la condition de durée ci-dessus, il sera tenu compte, le cas échéant, du temps pendant lequel les enfants auront été élevés par le conjoint après le décès du titulaire. / () V. - Le taux de la majoration de la pension est fixé à 10 % de son montant pour les trois premiers enfants () ". A termes de l'article R. 32 bis du même code, pris pour l'application du dernier alinéa du II de l'article L. 18 : " En vue d'obtenir au titre des enfants recueillis l'attribution de la majoration de pension prévue à l'article L. 18, le titulaire de la pension ou son conjoint doit justifier avoir assumé la charge effective et permanente de ces enfants par la production de tout document administratif établissant qu'ils ont été retenus pour l'octroi des prestations familiales ou du supplément familial de traitement ou pour le calcul de l'impôt sur le revenu ".
7. Mme C fait valoir qu'elle a élevé, outre ses deux garçons F et E B, nés les 18 juin 1989 et 29 mars 1992 de son union libre avec M. G B, la fille de ce dernier, Emilie, née le 31 juillet 1983 d'une précédente union. Invitée à justifier de ce qu'elle avait, conformément aux exigences des dispositions précitées, assumée la charge effective et permanente de ce troisième enfant pendant une durée de neuf ans, Mme C a produit une attestation du 2 juin 2022 du rectorat de l'Académie de Strasbourg mentionnant que son ex-concubin avait perçu un supplément familial de traitement pour trois enfants du 1er avril 1992 au 30 juin 2003, un jugement du 3 juin 1987 actant le divorce de M. B de son ancienne conjointe par lequel M. B s'est vu confier la garde exclusive d'Emilie, une attestation sur l'honneur établie par M. B et Mme C qui fait état d'une vie commune de 1987 au 18 août 2004, un témoignage d'Emilie B, enfant concerné par le présent litige, qui indique que Mme C a participé financièrement à son entretien et a assumé une responsabilité éducative et affective à son égard entre septembre 1987 et septembre 2001 et enfin, un document établi le 4 mai 1992 lui accordant pour son fils à naître en 1992 un congé de maternité d'une durée correspondant à celle d'un troisième enfant.
8. Toutefois, en vue d'obtenir l'attribution de l'avantage prévu à l'article L. 18 du code des pensions civiles et militaires de retraite, il incombait à Mme C, en application de l'article R. 32 bis précité du code des pensions civiles et militaires de retraite, de justifier avoir assumé la charge effective et permanente de l'enfant Emilie par la production de tout document administratif établissant qu'elle avait été retenue pour l'octroi des prestations familiales ou du supplément familial de traitement ou pour le calcul de l'impôt sur le revenu. Or, il résulte de l'instruction que Mme C ne produit aucun document administratif établissant que l'enfant de M. B a été retenu pour l'octroi à son endroit des prestations familiales ou du supplément familial de traitement ou pour le calcul de son impôt sur le revenu comme l'exige l'article R. 32 bis. Mme C vivant en concubinage avec M. B, la production de documents qui concernaient uniquement M. B ne suffit pas à établir qu'elle a assumé elle-même la charge effective et permanente de l'enfant de son concubin. A supposer même que l'on prenne en compte les documents versés par Mme C et qui ne rentrent pas dans le cadre limitativement énuméré par l'article R. 32 bis du code des pensions civiles et militaires, ces documents ne suffisent, en tout état de cause, pas à établir que l'intéressée aurait assumé la charge effective et permanente d'Emilie B pendant au moins neuf ans. Par suite, les moyens tirés de l'erreur de droit dans l'application de l'article R. 32 bis et de l'inexacte application des dispositions combinées des articles L. 18 et R. 32 bis doivent être écartés.
9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête présentée par Mme C doit être rejetée dans toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme D C et au ministre chargé du budget et des comptes publics.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.
La magistrate désignée,
signé
AM. LEGUINLa greffière,
signé
S. SING
La République mande et ordonne au ministre chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026