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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2101186

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2101186

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2101186
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantGUEY-BALGAIRIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 17 février 2021 et 11 juin 2022, la société par actions simplifiée (SAS) LTF, représentée par Me Guey-Balgairies, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge pour la période du 1er janvier 2017 au 30 novembre 2017, des pénalités correspondantes et des amendes qui lui ont été infligées sur le fondement des articles 1729 D, 1736 et 1788-A-4 du code général des impôts ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'avis de mise en recouvrement, en date du 29 mars 2019, est irrégulier, dès lors qu'il ne fait pas référence aux pénalités relatives à l'année 2017 et ne comporte pas la mention des textes du code général des impôts dont il est fait application, en méconnaissance des énonciations des commentaires administratifs publiés au Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP) sous la référence BOI-REC-PREA-10-10-20 du 18 février 2019, notamment de ses paragraphes n° 10 et n° 50, dont elle est fondée à se prévaloir sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales ;

- l'entreprise commissionnaire K ET K THERON a effectivement assuré les prestations de mise en ligne des produits ;

- un écart de prix ne suffit pas à établir l'existence d'un acte anormal de gestion ;

- la part de commission versée par la société LTF pour son entremise auprès du fournisseur SDL doit être prise en compte en dépit de l'absence de fourniture d'une attestation dudit fournisseur ;

- s'agissant de l'amende prévue par les dispositions de l'article 1729 D du code général des impôts : cette sanction ne peut s'appliquer de manière cumulative pour chacun des exercices soumis au contrôle ; par ailleurs, elle est éligible au droit à l'erreur garanti par la loi du 10 août 2018 dès lors qu'elle a méconnu pour la première fois l'obligation d'avoir à produire les fichiers des écritures comptables sous forme dématérialisée et qu'aucun manquement délibéré n'a été retenu à son encontre ;

- s'agissant de l'amende prévue par les dispositions de l'article 1788-A-4 du code général des impôts : elle est éligible au droit à l'erreur garanti par la loi du 10 août 2018 dès lors qu'elle a méconnu pour la première fois cette obligation et que l'Etat n'a subi aucun préjudice ;

- l'amende qui lui a été infligée en application de l'article 1736 du code général des impôts n'est pas applicable dès lors qu'elle a déposé la déclaration DAS2 en même temps que sa déclaration de résultats, dans les délais impartis, soit le 2 mai 2017 étant précisé que la preuve du dépôt est en possession du cabinet comptable qui avait la charge de la déclaration ; en tout état de cause, cette omission constitue sa première infraction, laquelle a été réparée à la première demande de l'administration ; en outre, le service vérificateur était en mesure, à la date de la régularisation, de s'assurer de la déclaration par le bénéficiaire des honoraires litigieux et le cas échéant de procéder à la rectification correspondante ;

- l'application cumulée d'amendes pour absence de remise de fichiers d'écritures comptables prévue par l'article 1729 D du code général des impôts, pour omission déclarative en matière d'acquisitions intracommunautaires prévue par l'article 1788 A du code général des impôts et pour absence de déclarations de commissions prévue par l'article 1736 du code général des impôts méconnaît le principe de proportionnalité des peines ; il y a lieu d'étendre la solution rendue par le Conseil constitutionnel le 26 mai 2021 concernant l'amende pour absence de facture aux amendes précitées compte tenu du fait qu'elle n'a pas eu l'intention d'éluder l'impôt et que la comptabilisation des transactions ne faisait pas obstacle au contrôle des opérations par l'administration.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 9 juillet 2021 et 4 juillet 2022, l'administratrice générale des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au non-lieu partiel à statuer et au rejet du surplus des conclusions de la requête.

Elle soutient que :

- un dégrèvement partiel de 5 000 euros a été accordé en cours d'instance s'agissant de l'amende prévue à l'article 1729 D du code général des impôts au titre de l'exercice clos le 30 novembre 2017 ;

- les conclusions de la SAS LTF relatives aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée à laquelle elle a été assujettie sont irrecevables du fait du défaut de moyens de la réclamation correspondante et dès lors que la requête introduite n'a pas eu pour effet de couvrir ledit vice de forme ;

- les moyens soulevés par la SAS LTF ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 14 juin 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 1er août 2022.

Le 4 avril 2024, une mesure supplémentaire d'instruction a été diligentée, en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, afin que l'administration fiscale verse au dossier la réclamation préalable du 4 décembre 2019.

Le 5 avril 2024, l'administration fiscale a produit cette pièce qui a été communiquée à la société requérante.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Célino,

- les conclusions de Mme Dang, rapporteure publique,

- et les observations de Me Guey-Balgairies, avocate de la société LTF.

Considérant ce qui suit :

1. La société par actions simplifiée LTF exerce l'activité de vente de matériel électroménager. Elle a fait l'objet d'une vérification de comptabilité, à l'issue de laquelle l'administration fiscale l'a assujettie à une cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016 et à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2017 au 30 novembre 2017. L'administration fiscale lui a également infligé des pénalités et des amendes sur le fondement des articles 1729 D, 1736 et 1788-A-4 du code général des impôts. La société LTF demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions ainsi que des pénalités correspondantes et des amendes qui lui ont été infligées.

Sur l'étendue du litige :

2. Par une décision en date du 4 juillet 2022, postérieure à l'introduction de la requête, l'administration fiscale a prononcé un dégrèvement total portant sur l'amende prévue à l'article 1729 D du code général des impôts au titre de l'exercice clos au 30 novembre 2017, soit un montant de 5 000 euros. Les conclusions à fin de décharge de la SAS LTF sont dès lors, dans cette mesure, devenues sans objet et il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration fiscale aux conclusions tendant à la décharge des rappels de taxe sur la valeur ajoutée :

3. Aux termes de l'article R. 190-1 du livre des procédures fiscales : " Le contribuable qui désire contester tout ou partie d'un impôt qui le concerne doit d'abord adresser une réclamation au service territorial, selon le cas, de la direction générale des finances publiques ou de la direction générale des douanes et droits indirects dont dépend le lieu de l'imposition () ". Aux termes de l'article R. 197-3 du même livre, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " Toute réclamation doit à peine d'irrecevabilité : / a) Mentionner l'imposition contestée ; / b) Contenir l'exposé sommaire des moyens et les conclusions de la partie () d) Être accompagnée soit de l'avis d'imposition, d'une copie de cet avis ou d'un extrait du rôle, soit de l'avis de mise en recouvrement ou d'une copie de cet avis () La réclamation peut être régularisée à tout moment par la production de l'une des pièces énumérées au d () ". Aux termes de l'article R. 200-2 du même livre, dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " () Les vices de forme prévus aux a, b, et d de l'article R. 197-3 peuvent, lorsqu'ils ont motivé le rejet d'une réclamation par l'administration, être utilement couverts dans la demande adressée au tribunal administratif. () ".

4. Il résulte de ces dispositions que les vices de forme, énumérés aux a), b) et d) de l'article R. 197-3 du livre des procédures fiscales, tenant à l'absence de mention de l'imposition contestée, d'exposé sommaire des moyens et conclusions et de production de l'avis de mise en recouvrement ou d'une copie de cet avis, peuvent, lorsque ces vices ont motivé le rejet de la réclamation, être régularisés par le contribuable dans sa demande devant le tribunal administratif.

5. Il résulte de l'instruction que, si dans sa réclamation du 4 décembre 2019, la SAS LTF a manifestement entendu contester l'ensemble des impositions supplémentaires et des amendes mis à sa charge, elle n'a toutefois énoncé aucun moyen dirigé contre les rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie. Cette irrégularité, qui a constitué le motif de rejet de sa réclamation par l'administration fiscale concernant la taxe sur la valeur ajoutée, ne pouvait donc utilement être couverte par la société que lors de l'instance devant le tribunal administratif. Cependant, ni dans sa demande introduite le 17 février 2021, ni en tout état de cause dans le mémoire en réplique enregistré le 11 juin 2022, la SAS LTF n'a articulé de moyen dirigé contre les rappels de taxe sur la valeur ajoutée en cause, alors qu'elle sollicite devant le tribunal administratif la décharge de l'ensemble des impositions supplémentaires et amendes mis à sa charge. Ainsi, les conclusions présentées par la société requérante sont irrecevables en tant qu'elles concernent les rappels de taxe sur la valeur ajoutée. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par l'administration fiscale doit être accueillie.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

6. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction issue de la loi du 30 décembre 2008 de finances rectificative pour 2008 : "Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. / Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente. Sont également opposables à l'administration, dans les mêmes conditions, les instructions ou circulaires publiées relatives au recouvrement de l'impôt et aux pénalités fiscales". Sont opposables à l'administration, dans les conditions prévues par le second alinéa de ce texte, les instructions ou circulaires publiées relatives à l'assiette ou au recouvrement de l'impôt, ainsi que celles relatives au bien-fondé ou au recouvrement des pénalités fiscales, mais non celles relatives à la procédure d'établissement de l'impôt, ni celles relatives à la procédure d'établissement des pénalités fiscales. Dès lors que l'avis de mise en recouvrement est l'acte par lequel l'administration établit sa créance sur le contribuable et rend celle-ci exigible, sans pour autant constituer un acte de poursuite, une instruction portant sur les mentions devant figurer sur l'avis de mise en recouvrement est relative à la procédure d'établissement de l'impôt ou des pénalités fiscales, et non au recouvrement de l'impôt.

7. La SAS LTF soutient que l'avis de mise en recouvrement qui lui a été adressé, en date du 29 mars 2019, est irrégulier au motif qu'il ne reprend pas les pénalités relatives à l'année 2017 et qu'il ne comporte aucune référence au code général des impôts permettant d'identifier la base légale des pénalités mises à sa charge prévues par les articles 1788 A et 1736 I du code général des impôts, en se prévalant à cette fin, sur le fondement du second alinéa de l'article L. 80 A précité, des paragraphes 10 et 50 des énonciations des commentaires administratifs publiés au Bulletin officiel des finances publiques (BOFiP) sous la référence BOI-REC-PREA-10-10-20 du 18 février 2019, qui portent sur les mentions devant figurer sur l'avis de mise en recouvrement. Il résulte de ce qui a été dit au point précédent qu'une telle instruction, au demeurant postérieure aux exercices et à la période d'imposition en litige, est relative à la procédure d'établissement de l'impôt ou des pénalités fiscales, et non au recouvrement de l'impôt. Par suite, la société ne peut l'opposer à l'administration sur le fondement du second alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

Sur le bien-fondé des impositions :

8. Il résulte de l'instruction, et notamment de la réponse aux observations du contribuable du 5 novembre 2018 que l'administration fiscale a remis en cause, au motif de l'existence d'un acte anormal de gestion, la déductibilité de factures établies par la société K et K THERON en qualité de commissionnaire de la société LTF pour un montant de 21 814 euros au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016.

9. En vertu des dispositions de l'article 54 du code général des impôts, les contribuables qui sont soumis au régime d'imposition selon le bénéfice réel sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables et pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats mentionnés dans leurs déclarations.

10. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ".

11. Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite à l'administration, si elle s'y croit fondée, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

12. En vertu de ces principes, lorsqu'une entreprise a déduit en charges une dépense réellement supportée, conformément à une facture régulière relative à un achat de prestations ou de biens dont la déductibilité par nature n'est pas contestée par l'administration, celle-ci peut demander à l'entreprise qu'elle lui fournisse tous éléments d'information en sa possession susceptibles de justifier la réalité et la valeur des prestations ou biens ainsi acquis. La seule circonstance que l'entreprise n'aurait pas suffisamment répondu à ces demandes d'explication ne saurait suffire à fonder en droit la réintégration de la dépense litigieuse, l'administration devant alors fournir devant le juge tous éléments de nature à étayer sa contestation du caractère déductible de la dépense. Le juge de l'impôt doit apprécier la valeur des explications qui lui sont respectivement fournies par le contribuable et par l'administration.

13. Pour justifier de la déductibilité des charges correspondant aux factures établies par la société K et K THERON, la société requérante, qui a calculé la rémunération de cette entreprise en appliquant un taux de 15 % à la marge nette réalisée sur l'ensemble du chiffre d'affaires, se borne à alléguer que l'entreprise commissionnaire a effectivement assuré les prestations de mise en ligne des produits. Elle soutient qu'un écart de prix ne suffit pas à établir l'existence d'un acte anormal de gestion et que la part de commission versée par la société LTF pour son entremise auprès du fournisseur SDL doit être prise en compte en dépit de l'absence de fourniture d'une attestation dudit fournisseur.

14. Toutefois, l'administration fait valoir, sans être contestée, que la société LTF n'a pas apporté la preuve des prestations de mise en ligne des produits qui auraient été prétendument réalisées par la société K et K THERON et qu'elle n'a pas justifié des éventuelles prestations réalisées auprès du fournisseur SDL. Par suite, l'administration fiscale a appliqué le taux de 15 %, taux identique à celui retenu par la société requérante, à la marge nette réalisée en retenant uniquement le chiffre d'affaires réalisé par la société LTF pour lequel elle a justifié de la réalité des prestations d'entremise réalisées par l'entreprise K et K THERON en 2016.

15. Dans ces conditions, la société LTF ne peut être regardée comme apportant la preuve de la totalité des prestations facturées par la société K et K THERON. C'est donc à bon droit que l'administration, qui n'a pas uniquement retenu le caractère excessif de la commission versée, a remis en cause la déductibilité des factures établies par la société K et K THERON à hauteur de la somme de 21 814 euros de la base imposable de la société requérante à l'impôt sur les sociétés.

Sur les amendes :

En ce qui concerne l'amende prévue à l'article 1729 D du code général des impôts :

16. Aux termes de l'article 1729 D du code général des impôts : " Le défaut de présentation de la comptabilité selon les modalités prévues au I de l'article L. 47 A du livre des procédures fiscales entraîne l'application d'une amende égale à 5 000 € ou, en cas de rectification et si le montant est plus élevé, d'une majoration de 10 % des droits mis à la charge du contribuable. ".

17. Aux termes de l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration, créé par la loi du 10 août 2018 pour un État au service d'une société de confiance : " Une personne ayant méconnu pour la première fois une règle applicable à sa situation ou ayant commis une erreur matérielle lors du renseignement de sa situation ne peut faire l'objet, de la part de l'administration, d'une sanction, pécuniaire ou consistant en la privation de tout ou partie d'une prestation due, si elle a régularisé sa situation de sa propre initiative ou après avoir été invitée à le faire par l'administration dans le délai que celle-ci lui a indiqué () ".

18. La société LTF soutient qu'il n'y a pas lieu de la sanctionner dès lors qu'il s'agit d'une première infraction et qu'aucun manquement délibéré n'a été retenu à son encontre. Toutefois, la société LTF ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 dont l'entrée en vigueur est postérieure à la période d'imposition en litige. En tout état de cause, en ne présentant une comptabilité dématérialisée ni de sa propre initiative, ni après la demande formulée par l'administration fiscale, elle n'établit pas avoir régularisé sa situation. La circonstance qu'aucun manquement délibéré n'a été retenu à son encontre est sans incidence sur le bien-fondé de l'amende. Le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne l'amende prévue à l'article 1788 A du code général des impôts :

19. Aux termes de l'article 1788 A du code général des impôts : " () 4. Lorsqu'au titre d'une opération donnée, le redevable de la taxe sur la valeur ajoutée est autorisé à la déduire, le défaut de mention de la taxe exigible sur la déclaration prévue au 1 de l'article 287, qui doit être déposée au titre de la période concernée, entraîne l'application d'une amende égale à 5 % de la somme déductible () ".

20. Il est constant que la société LTF a omis de déclarer et de régler la taxe sur la valeur ajoutée afférente aux acquisitions intracommunautaires de biens meubles corporels qu'elle a réalisées auprès d'assujettis européens.

21. La société LTF soutient qu'il n'y a pas lieu de la sanctionner dès lors qu'il s'agit d'une première infraction et qu'il n'y a pas eu de préjudice pour l'Etat. Toutefois, la société requérante ne peut utilement se prévaloir des dispositions de la loi n° 2018-727 du 10 août 2018 dont l'entrée en vigueur est postérieure à la période d'imposition en litige. En tout état de cause, en n'ayant procédé à aucune régularisation, et alors même que le Trésor n'a subi aucun préjudice financier, elle ne peut bénéficier des dispositions prévues par l'article L. 123-1 du code des relations entre le public et l'administration cité au point 17 du présent jugement.

En ce qui concerne l'amende prévue à l'article 1736 du code général des impôts :

22. Aux termes de l'article 240 du code général des impôts : " 1. Les personnes physiques qui, à l'occasion de l'exercice de leur profession versent à des tiers des commissions, courtages, ristournes commerciales ou autres, vacations, honoraires occasionnels ou non, gratifications et autres rémunérations, doivent déclarer ces sommes. / () La déclaration peut être souscrite selon les modalités prévues au premier alinéa de l'article 87 A, quel que soit le statut du tiers bénéficiaire, durant le mois de janvier de l'année civile qui suit celle au cours de laquelle ces sommes ont été versées () ". Aux termes de l'article 1736 du même code: " I. - 1. Entraîne l'application d'une amende égale à 50 % des sommes non déclarées le fait de ne pas se conformer aux obligations prévues à l'article 240 et au 1 de l'article 242 ter et à l'article 242 ter B. L'amende n'est pas applicable, en cas de première infraction commise au cours de l'année civile en cours et des trois années précédentes, lorsque les intéressés ont réparé leur omission, soit spontanément, soit à la première demande de l'administration, avant la fin de l'année au cours de laquelle la déclaration devait être souscrite. / La personne tenue d'effectuer une déclaration en application de l'article 240 peut régulariser les déclarations des trois années précédentes sans encourir l'application de l'amende prévue au premier alinéa du présent 1 lorsque les conditions suivantes sont réunies : elle présente une demande de régularisation pour la première fois et est en mesure de justifier, notamment par une attestation des bénéficiaires, que les rémunérations non déclarées ont été comprises dans les propres déclarations de ces derniers déposées dans les délais légaux, à condition que le service puisse être en mesure de vérifier l'exactitude des justifications produites. Cette demande de régularisation peut avoir lieu au cours du contrôle fiscal de la personne soumise à l'obligation déclarative () ".

23. Il résulte de l'instruction, notamment de la proposition de rectification du 26 juillet 2018, que le service vérificateur a constaté que les commissions versées à la société K ET K THERON n'avaient fait l'objet, en méconnaissance des obligations déclaratives qui s'imposaient à elle en application des dispositions de l'article 240 précité du code général des impôts, d'aucune déclaration pour la période du 1er janvier 2016 au 31 décembre 2016 et qu'aucune régularisation n'avait été effectuée. Par suite, les commissions ainsi versées pour l'année 2016, ont été assujetties, en vertu du I de l'article 1736 du code général des impôts, à l'amende de 50 %.

24. Si la société LTF soutient qu'elle a réparé cette omission en souscrivant une déclaration modèle DAS 2 T le 2 mai 2017, soit effectivement avant le délai fixé par le premier alinéa de l'article 1736 du code général des impôts, qui expirait le 31 décembre 2016, elle n'apporte pas la preuve du dépôt de ladite déclaration. La circonstance que le justificatif de ce dépôt serait en possession du cabinet comptable en charge de ladite déclaration ne l'exonère pas de la charge de la preuve. Par suite, la société requérante ne peut prétendre que l'administration était en mesure, à la date de la régularisation, de s'assurer de la déclaration par le bénéficiaire des honoraires litigieux et le cas échéant de procéder à la rectification correspondante.

25. En outre, la société LTF n'a pas produit d'attestation de la société K ET K THERON de sorte qu'elle ne justifie pas que les commissions qu'elle n'a pas déclarées ont été comprises dans les propres déclarations du bénéficiaire déposées dans les délais légaux. Par suite, la déclaration produite par la société LTF ne remplissait pas les conditions de régularisation fixées par le deuxième alinéa de l'article 1736 du code général des impôts. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration a pu infliger à la société requérante l'amende prévue au I de cet article.

En ce qui concerne le principe de proportionnalité des peines :

26. Aux termes de l'article R. 771-3 du code de justice administrative : " Le moyen tiré de ce qu'une disposition législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution est soulevé, conformément aux dispositions de l'article 23-1 de l'ordonnance n° 58-1067 du 7 novembre 1958 portant loi organique sur le Conseil constitutionnel, à peine d'irrecevabilité, dans un mémoire distinct et motivé. Ce mémoire, ainsi que, le cas échéant, l'enveloppe qui le contient, portent la mention : "question prioritaire de constitutionnalité" ". L'article R. 771-4 du même code prévoit que : " L'irrecevabilité tirée du défaut de présentation, dans un mémoire distinct et motivé, du moyen visé à l'article précédent peut être opposée sans qu'il soit fait application des articles R. 611-7 et R. 612-1 ".

27. Si la société requérante soutient que les dispositions précitées des articles 1729 D, 1736 et 1788 A du code général des impôts méconnaissent le principe de proportionnalité des peines, ce moyen, qui n'a pas été présenté par un mémoire distinct, en méconnaissance des dispositions précitées de l'article R. 771-3 du code de justice administrative, est irrecevable.

28. Il résulte de tout ce qui précède que la société LTF n'est pas fondée à solliciter la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur les sociétés à laquelle elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2016, des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge pour la période du 1er janvier 2017 au 30 novembre 2017 ainsi que des pénalités correspondantes et des amendes qui lui ont été infligées sur le fondement des articles 1729 D, 1736 et 1788-A-4 du code général des impôts. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin de décharge de la requête de la société LTF à concurrence du dégrèvement partiel accordé en cours d'instance.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de la société LTF est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée LTF et à l'administratrice générale des finances publiques en charge de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Célino, première conseillère,

Mme Barre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CELINO

Le président,

Signé

M. PAGANEL La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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