vendredi 17 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2101188 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | DE FOUCHER |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires enregistrés le 17 février 2021, le 24 mars 2022 et le 28 avril 2022, M. C B et Mme A B, représentés par Me de Foucher, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016 ;
2°) de prononcer la décharge des pénalités qui leur ont été infligées sur le fondement de l'article 1729 du livre des procédures fiscales, pour manquement délibéré ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
Sur la régularité des procédures d'imposition :
- l'engagement de la vérification de comptabilité constitue un détournement de procédure ;
- l'avis de vérification de comptabilité a été reçu après le début des opérations en méconnaissance des dispositions de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales ;
- la vérification de comptabilité s'est étendue au-delà du délai de trois mois prévu par les dispositions de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales ;
- l'administration fiscale ne leur a pas communiqué les montants des honoraires de M. B déclarés par la SELARL Cousein et Mizon au titre des années 2008 à 2014 malgré leur demande ;
- la proposition de rectification du 27 septembre 2018 est insuffisamment motivée en ce qui concerne l'état de besoin des parents de M. B ;
- la réponse aux observations du contribuable du 14 décembre 2018 est insuffisamment motivée en ce qui concerne l'état de besoin des parents de M. B ;
- l'administration fiscale ne pouvait ajouter un nouveau motif dans sa décision de rejet de leur réclamation, sans les avoir invités à présenter leurs observations.
Sur le bien-fondé des impositions :
- M. B tenait une comptabilité commerciale s'agissant de ses revenus professionnels ;
- les sommes versées par la SELARL Cousein et Mizon en 2016 correspondent à la régularisation d'honoraires réalisés sur les années 2008 à 2014 et déclarés par M. B au titre de ces années ;
- la déduction des sommes versées aux parents de M. B est justifiée, ces sommes devant être qualifiées de pensions alimentaires.
Sur les pénalités :
- l'intention d'éluder l'impôt n'est pas caractérisée s'agissant des arriérés d'honoraires versés en 2016, dès lors, d'une part, que ceux-ci ont été déclarés au titre des années 2008 à 2014, d'autre part, que les 100 000 euros de revenus non-déclarés relatifs à des honoraires réalisés en 2016 sont la conséquence d'une erreur de plume et ont fait l'objet d'une régularisation spontanée.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 26 août 2021, le 7 avril 2022 et le 25 mai 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- les conclusions de la requête à fin de décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle M. et Mme B ont été assujettis au titre de l'année 2016 sont partiellement irrecevables, en tant qu'elles excèdent le montant contesté dans leur réclamation ;
- les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.
- si la formation de jugement devait considérer que l'intention d'éluder l'impôt n'était pas caractérisée, les inexactitudes constatées seraient, en toute hypothèse, de nature à justifier une pénalité de 10 % sur le fondement du I de l'article 1758 du code général des impôts.
Par ordonnance du 27 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 juin 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code civil ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Barre,
- et les conclusions de Mme Dang, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Le 3 novembre 2017, M. et Mme B ont reçu un avis d'examen contradictoire de leur situation fiscale personnelle, portant sur les revenus perçus par le foyer fiscal en 2015 et 2016, daté du 20 octobre 2017. Par une proposition de rectification du 27 septembre 2018, reçue le 11 octobre 2018, l'administration fiscale a informé M. et Mme B de ce qu'elle envisageait de les assujettir à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2015 et 2016. M. et Mme B, après avoir demandé un délai supplémentaire de trente jours pour présenter leurs observations le 23 octobre 2018, ont présenté lesdites observations le 6 décembre 2018. Dans une réponse aux observations du contribuable du 21 décembre 2018, reçue le 3 janvier 2019, le service a confirmé sa position. Le 19 avril 2018, M. B a reçu un avis de vérification de comptabilité, relatif à son activité professionnelle libérale, portant sur la période allant du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016. Le 13 juillet 2018, M. B a déposé une déclaration n°2035 rectifiée des bénéfices non commerciaux perçus en 2016. Par une proposition de rectification du 27 septembre 2018, reçue le lendemain, l'administration a informé M. B qu'elle envisageait de l'assujettir à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2016. L'intéressé a présenté ses observations par un courrier daté du 27 novembre 2018. Le service a confirmé sa position par une réponse aux observations du contribuable du 14 décembre 2018, reçue le 21 décembre 2018. M. B a exercé un recours hiérarchique, à la suite duquel l'administration a maintenu les rehaussements envisagés. Le 30 juin 2019, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les revenus ont été mises en recouvrement au titre des années 2015 et 2016 pour des montants respectifs de 62 975 euros et 272 181 euros. Par un courrier du 14 août 2019, M. et Mme B ont présenté une réclamation, rejetée par une décision du 14 décembre 2020.
Sur la fin de non-recevoir opposée par l'administration :
2. Aux termes de l'article R. 200-2 du livre des procédures fiscales : " Le demandeur ne peut contester devant le tribunal administratif des impositions différentes de celles qu'il a visées dans sa réclamation à l'administration ". Il résulte de ces dispositions que le demandeur ne peut ni contester devant le tribunal administratif des impôts autres que ceux qu'il a contestés dans sa réclamation préalable, ni solliciter une décharge ou une réduction d'impôt d'un montant supérieur à celui qui a été sollicité par cette réclamation.
3. Il résulte de l'instruction que, dans leur réclamation du 14 août 2019, M. et Mme B n'ont contesté la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2016 qu'à concurrence du montant correspondant au rehaussement en base résultant de la vérification de comptabilité, à l'exception de l'erreur matérielle de report de 100 000 euros dont la rectification a été acceptée, et de l'examen de leur situation fiscale personnelle, à l'exception de l'omission des honoraires de remplacement de 27 399 euros dont la rectification a également été acceptée par les requérants. Les conclusions de la requête à fin de décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle M. et Mme B ont été assujettis au titre de l'année 2016 sont dès lors irrecevables à concurrence du montant excédant celui contesté par les intéressés dans leur réclamation.
Sur les conclusions à fin de décharge :
En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :
4. En premier lieu, aux termes de l'article L. 47 du LPF : " () une vérification de comptabilité () ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification () de comptabilité. () ".
5. Par un avis du 20 octobre 2017, l'administration a informé M. et Mme B qu'elle entreprenait une vérification approfondie de leur situation fiscale d'ensemble. Ayant relevé, à cette occasion, des discordances entre les revenus professionnels déclarés par M. B et les revenus professionnels perçus par l'intéressé, le service a, dès le 19 avril 2018, avisé M. B qu'elle procéderait, à partir du 1er juin suivant, à une vérification de comptabilité afférente à son activité de médecin libéral. Ni le fait que l'administration ait eu connaissance des insuffisances déclaratives de M. B en matière de revenus professionnels au cours de la procédure d'examen de la situation fiscale personnelle de son foyer fiscal, ni la circonstance que les certificats remis par l'intéressé au cours de l'entretien du 1er juin 2018 avec le vérificateur, relatifs à des régularisations d'honoraires, soient datés du 7 mai 2018, ne suffisent à établir l'allégation des requérants selon laquelle l'administration aurait, en violation de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales, commencé la vérification de comptabilité avant la date du 1er juin 2018 mentionnée dans l'avis du 19 avril précédent.
6. En deuxième lieu, aucune disposition législative ou réglementaire ou aucun principe protégeant les droits des contribuables ne fait obstacle à ce que l'administration fiscale procède à un examen de la situation fiscale personnelle d'un contribuable dans une hypothèse où un tel contrôle est prévu, et, parallèlement, à une vérification de comptabilité, pour rehausser les revenus professionnels de ce contribuable. Si, en l'espèce, il résulte de l'instruction que l'engagement de la vérification de comptabilité procède des informations obtenues lors de l'examen de la situation fiscale personnelle de M. et Mme B, cette circonstance n'est pas de nature à entacher d'irrégularité la procédure de vérification de comptabilité menée simultanément, dès lors que le service ne s'est pas fondé sur des documents recueillis au cours de l'examen de la situation fiscale personnelle pour procéder aux rectifications issues de la vérification de comptabilité litigieuse. Par suite, le moyen tiré du détournement de procédure doit être écarté.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 52 du LPF : " I. - Sous peine de nullité de l'imposition, la vérification sur place des livres ou documents comptables ne peut s'étendre sur une durée supérieure à trois mois en ce qui concerne : / 1° Les entreprises industrielles et commerciales ou les contribuables se livrant à une activité non commerciale dont le chiffre d'affaires ou le montant annuel des recettes brutes n'excède pas les seuils prévus aux 1° et 2° de l'article L. 162-4 du code des impositions sur les biens et services ; () ".
8. Il résulte de ce qui a été dit au point 5 que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que la vérification de comptabilité en litige a débuté avant le 1er juin 2018. Il s'ensuit que le moyen tiré de ce que la vérification de comptabilité se serait étendue au-delà du délai de trois mois prévu par les dispositions de l'article L. 52 du livre des procédures fiscales doit être écarté.
9. En quatrième lieu, si les requérants soutiennent que l'administration aurait dû leur communiquer les documents sur lesquels figurent les montants des honoraires que la SELARL Cousein et Mizon aurait déclaré leur avoir versé au cours des années 2008 et 2014, il résulte de l'instruction que l'administration, qui soutient ne pas être en possession de tels documents, n'a pas fondé les rehaussements contestés sur de tels éléments. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.
10. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une notification de redressement qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. Lorsque l'administration rejette les observations du contribuable sa réponse doit également être motivée ".
11. D'une part, lorsqu'un chef de redressement est fondé sur plusieurs éléments qui ont fait l'objet d'une justification, d'une évaluation et d'une prise en compte distinctes dans la notification adressée au contribuable, le caractère suffisant de la motivation de ce chef de redressement peut s'apprécier séparément pour chacun de ces éléments. En pareille hypothèse, l'insuffisance de motivation de l'un des éléments du redressement n'affecte pas nécessairement la régularité de la notification du chef de redressement dans son ensemble.
12. D'autre part, l'exigence de motivation qui s'impose à l'administration dans ses relations avec le contribuable vérifié en application du dernier alinéa de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales s'apprécie au regard de l'argumentation de celui-ci. Il résulte de ces dispositions que si l'administration n'est pas tenue de répondre à tous les arguments du contribuable, elle doit cependant répondre, même succinctement, à ses principales observations.
13. En l'espèce, si les requérants soutiennent que la proposition de rectification du 27 septembre 2018, issue de l'examen de leur situation fiscale personnelle, est insuffisamment motivée dès lors que le service n'indique pas en quoi les éléments qu'ils fournissent sont insuffisants à démontrer l'état de besoin des parents de M. B, il ressort des termes de cette même proposition, que l'administration, qui vise les articles 205 à 211 du code civil, et notamment son article 208, précise, d'une part, que " relative, la notion de besoin est en effet appréciée par le service en fonction des circonstances propres à chaque cas particulier, comme l'âge, l'état de santé, le patrimoine et la couverture sociale ", d'autre part, que si les requérants se réfèrent à des assistances administratives pour établir cet état de besoin, celles-ci " sont relatives aux années 2011, 2012 et 2013 et non aux années 2015 et 2016 ". Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.
14. En sixième lieu, si les requérants soutiennent que l'administration a insuffisamment motivé sa réponse à leurs observations dès lors qu'elle s'est fondée sur l'absence d'état de besoin des parents de M. B sans préciser ce que recouvrait cette notion, il ressort des termes de la lettre du 21 décembre 2018 que le service a indiqué à M. B, qui avait mentionné dans ses observations que l'état de besoin de ses parents avait été reconnu par le tribunal administratif de Montreuil au titre des années 2011 à 2013, que la notion de besoin est appréciée par l'administration en fonction des circonstances propres à chaque cas particulier, comme l'âge, l'état de santé, le patrimoine et la couverture sociale des personnes intéressées. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.
15. En septième et dernier lieu, le moyen tiré de ce que l'administration fiscale ne pouvait fonder les impositions en litige sur un nouveau motif au stade de la décision de rejet de la réclamation préalable des requérants sans les mettre en mesure de présenter des observations doit être écarté, dès lors que l'administration, qui ne peut renoncer au bénéfice de la loi fiscale, est en droit, lorsqu'elle statue sur la réclamation du contribuable, de se fonder à cette fin sur un motif nouveau, différent de celui initialement retenu pour la liquidation des impositions, et que les requérants ont pu contester ce nouveau fondement, de manière contradictoire, dans le cadre de la procédure contentieuse devant la juridiction administrative saisie du litige.
En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :
16. En premier lieu, aux termes de l'article 93 du code général des impôts : " 1. Le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt sur le revenu est constitué par l'excédent des recettes totales sur les dépenses nécessitées par l'exercice de la profession. () ". Aux termes de l'article 93 A du même code : " I. A compter du 1er janvier 1996 et par dérogation aux dispositions de la première phrase du 1 de l'article 93, le bénéfice à retenir dans les bases de l'impôt peut, sur demande des contribuables soumis au régime de la déclaration contrôlée, être constitué de l'excédent des créances acquises sur les dépenses mentionnées au 1 de l'article 93 et engagées au cours de l'année d'imposition. L'option doit être exercée avant le 1er février de l'année au titre de laquelle l'impôt sur le revenu est établi ; elle s'applique tant qu'elle n'a pas été dénoncée dans les mêmes conditions. () / Un décret fixe les modalités d'application du présent article, notamment les modalités d'option et de renonciation à ce dispositif ainsi que celles du changement de mode de comptabilisation. ". L'article 41-0 bis A de l'annexe III de ce code précise que " I. - La demande d'option prévue à l'article 93 A du code général des impôts, établie sur papier libre, doit parvenir, en simple exemplaire, au service des impôts dont dépend le lieu d'exercice de la profession ou le principal établissement du demandeur, avant le 1er février de la première année au titre de laquelle l'impôt sur le revenu est établi conformément aux dispositions de l'article 93 A précité. () ".
17. Si M. et Mme B soutiennent que M. B tient une " comptabilité commerciale " dans le cadre de laquelle il déclare, au titre d'une année donnée, les montants correspondant aux gardes qu'il réalise au cours de l'année en cause, et non les honoraires effectivement perçus, les requérants n'établissent pas, ni même n'allèguent, qu'ils auraient demandé à opter pour une imposition sur les créances acquises. Par suite, le moyen doit être écarté.
18. En deuxième lieu, l'administration, qui supporte la charge de la preuve du bien-fondé des impositions en litige, établit que le rehaussement des revenus professionnels de M. B correspond au montant des sommes perçues par l'intéressé en 2016 et non déclarées par ce dernier, à raison d'honoraires qui lui ont été versés par la SELARL Cousein et Mizon. Si M. et Mme B soutiennent que les honoraires perçus en 2016 sont afférents à des gardes réalisées au cours des années 2008 à 2014 et que M. B a déclaré les montants correspondant au titre de ces années, ce qu'au demeurant, il n'établit pas, il résulte de ce qui a été dit aux points 16 et 17 qu'en toute hypothèse, l'administration était fondée, en application de l'article 93 du code général des impôts, à assujettir M. B à l'impôt sur le revenu au titre de l'année 2016 sur la base des sommes perçues par ce dernier au cours de cette même année.
19. En troisième lieu, aux termes de l'article 156 du code général des impôts dans sa rédaction applicable aux années d'imposition en litige : " L'impôt sur le revenu est établi d'après le montant total du revenu net annuel dont dispose chaque foyer fiscal. Ce revenu net est déterminé () sous déduction : / () II. Des charges ci-après lorsqu'elles n'entrent pas en compte pour l'évaluation des revenus des différentes catégories : / () 2° () pensions alimentaires répondant aux conditions fixées par les articles 205 à 211, 367 et 767 du code civil (). ". Aux termes de l'article 208 du code civil : " Les aliments ne sont accordés que dans la proportion du besoin de celui qui les réclame, et de la fortune de celui qui les doit. () ". Il résulte de ces dispositions qu'une pension alimentaire n'est déductible du revenu imposable à l'impôt sur le revenu que si elle répond aux conditions fixées par les dispositions des articles 205 à 211 du code civil, en vertu desquels les enfants ne doivent des aliments qu'à leurs père et mère ou autres ascendants qui sont dans le besoin. Les conditions fixées par les dispositions des articles 205 à 211 du code civil doivent être remplies alors même que cette pension est versée à l'étranger.
20. Il résulte de l'instruction que M. et Mme B ont demandé la déduction, pour le calcul de leur impôt sur le revenu, à hauteur de 187 000 euros en 2015 et 130 000 euros en 2016, montants inférieurs ou égaux à ceux qu'ils justifient avoir effectivement versés au vu des extraits des relevés de comptes bancaires des parents de M. B.
21. Il résulte de l'instruction que, pour justifier de l'état de besoin de ces ascendants, M. et Mme B ont produit devant l'administration des attestations du maire de la commune de résidence des parents de M. B, affirmant que la mère de M. B n'a jamais exercé d'activité professionnelle et que son père a cessé son activité en 2003 pour des raisons de santé. Par ailleurs, ils ont communiqué au service des extraits de relevés bancaires du compte ouvert à la banque SGBL sur lesquels apparaissaient les virements correspondant aux frais médicaux engagés par les parents de M. B, ainsi que des attestations du centre médical Al Joumeh qui fait état de frais médicaux conséquents pour les parents de M. B, qui ne sont affiliés à aucun régime de sécurité sociale ainsi que l'ont confirmé les autorités libanaises dans leur réponse du 30 janvier 2016 également communiquée à l'administration. Enfin, il résulte de l'instruction que les attestations du maire précitées, ainsi que les attestations d'un avocat produites dans le cadre de la procédure administrative, permettent d'établir que les biens immobiliers dont les parents de M. B étaient propriétaires ont tous été cédés entre 2007 et 2009 pour un montant d'environ 78 000 dollars, à l'exception de leur résidence principale et d'un " petit terrain ". Dans ces conditions, l'état de besoin dans lequel se trouvaient les parents de M. B au cours des années 2015 et 2016 doit être tenu pour établi. Il pouvait dès lors justifier l'allocation d'une pension alimentaire.
22. Toutefois, il résulte de l'instruction que les sommes versées aux parents de M. B au titre de l'année 2015 représentent 81 % des revenus du couple en 2015. Cette proportion est excessive au regard de l'obligation alimentaire qui pèse sur M. B dans les conditions fixées à l'article 208 du code civil précité, dès lors qu'elle équivaut à donner aux parents de M. B la très grande majorité des revenus bruts disponibles dont ils bénéficient. Les pensions alimentaires versées par M. et Mme B ne peuvent donc être admises en déduction pour leur montant total et doivent être limitées, dans les circonstances de l'espèce, à 40 % de leurs revenus annuels, composés des traitements et salaires et des bénéfices non commerciaux non majorés, soit un montant de pension alimentaire de 92 660 euros en 2015.
23. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B sont seulement fondés à demander la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2015 et 2016 à hauteur des réductions en base résultant de la prise en compte des pensions alimentaires déductibles, pour un montant de 92 660 euros s'agissant de l'année 2015 et 130 000 euros s'agissant de l'année 2016, dans la limite des conclusions recevables.
En ce qui concerne les pénalités :
24. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt ainsi que la restitution d'une créance de nature fiscale dont le versement a été indûment obtenu de l'Etat entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; () ".
25. Pour justifier l'application de la majoration pour manquement délibéré au rehaussement afférent aux revenus professionnels non-déclarés par M. B au titre de l'année 2016, l'administration fait valoir que le montant des honoraires non-déclarés est très important, que l'intéressé ne justifie pas qu'il aurait porté les honoraires réalisés au cours des années 2008 à 2014 et payés en 2016 sur ses déclarations des années précédentes et que, s'agissant de l'omission déclarative de la somme de 100 000 euros ayant fait l'objet d'une rectification ultérieure par les requérants, cette rectification est intervenue postérieurement à l'engagement de l'examen de leur situation fiscale personnelle par l'administration.
26. Si les requérants réitèrent que les sommes versées en 2016 correspondant aux honoraires réalisés au titre des années 2008 à 2014 ont été déclarées par M. B au titre de ces années, ils ne produisent ni leurs déclarations d'impôt sur le revenu au titre des années 2008 à 2014, ni les attestations émises par la SELARL Cousein et Mizon pour chacune de ces années, récapitulant les honoraires correspondant aux gardes réalisées, dont ils énoncent pourtant qu'elles sont fournies aux praticiens.
27. Par ailleurs, si les requérants soutiennent que l'omission de la somme de 100 000 euros susmentionnée résulte d'une erreur de plume et qu'elle a fait l'objet d'une rectification spontanée de leur part, il résulte de l'instruction, ainsi que le fait valoir l'administration, que cette rectification est intervenue postérieurement à l'engagement de l'examen de leur situation fiscale personnelle par l'administration.
28. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'intention de M. B d'éluder l'impôt n'est pas établie. Le moyen doit être écarté.
Sur les frais liés au litige :
29. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La base d'imposition de l'impôt sur le revenu auquel ont été assujettis
M. et Mme B au titre de l'année 2015 est réduite d'un montant de 92 660 euros.
Article 2 : La base d'imposition de l'impôt sur le revenu auquel ont été assujettis
M. et Mme B au titre de l'année 2016 est réduite d'un montant de 130 000 euros, dans la limite des conclusions recevables telles que fixées au point 3 des motifs du présent jugement.
Article 3 : La cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle M. et Mme B ont été assujettis au titre de l'année 2015 est réduite à concurrence de ce qui résulte de l'article 1er.
Article 4 : La cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle M. et Mme B ont été assujettis au titre de l'année 2016 est réduite à concurrence de ce qui résulte de l'article 2.
Article 5 : L'Etat versera à M. et Mme B une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 6 : Le surplus des conclusions de la requête de M. et Mme B est rejeté.
Article 7 : Le présent jugement sera notifié à M. C B et Mme A B et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 19 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Paganel, président
Mme Célino, première conseillère,
Mme Barre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 mai 2024.
La rapporteure,
Signé
C. BARRE
Le président,
Signé
M. PAGANEL La greffière,
Signé
D. WISNIEWSKI
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026