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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2101259

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2101259

mercredi 11 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2101259
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantSELARL COUBRIS, COURTOIS & ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 19 février 2021, 25 novembre 2021, 24 janvier 2022, 10 juin 2022 et 26 juillet 2022, M. C B, agissant en qualité de tuteur de son fils, M, Mme K G épouse B, M. H B, Mme F B et M. L G et Mme N G, représentés par la SELARD Coubris, Courtois et associés, demandent au tribunal, dans le dernier état de leurs écritures :

1°) à titre principal, de condamner le groupe hospitalier de Seclin Carvin (GHSC) à leur verser la somme totale de 7 848 024,19 euros ainsi qu'une rente annuelle de 26 556,15 euros à compter du 6 octobre 2020 en réparation du préjudice subis par leur fils, frère et petit-fils M. M B et par eux en raison de la prise en charge de ce dernier par cet établissement de santé, assortie des intérêts à compter de l'enregistrement de la requête ;

2°) de déclarer le jugement commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois ;

3°) à titre subsidiaire, de leur verser un montant de 2 000 000 d'euros à titre de provision ;

4°) de condamner le GHSC aux " entiers " dépens ;

5°) de mettre à la charge du GHSC la somme de 10 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la responsabilité du GHSC est engagée pour fautes médicales lors de l'accouchement de Mme B, qui a donné naissance à M B ;

- il en est résulté pour M. M B, des préjudices patrimoniaux, qui se décomposent comme suit :

* Dépenses de santé actuelles : 2 152,17 euros ;

* Frais divers - frais de centre spécialisé de vacances : 142 461,56 euros (2 763,40 + 139 698,16) ;

* Assistance par tierce personne temporaire : 2 095 001,01 euros ;

* Dépenses de santé futures : 50 430,37 euros et, à titre viager, la somme de 38 610,26 euros ;

* Frais de logement adapté : 238 899,05 euros (232 500 + 1 497 + 4 902,05) ;

* Frais de véhicule adapté : 36 754,11 euros (8 954,60 + 27 799,51) ;

* Assistance par tierce personne permanente : 1 281 266,91 euros, et à compter du 6 octobre 2020, le versement d'une rente annuelle d'un montant de 26 556,15 euros ;

* Perte de gains professionnelles futurs : 1 800 707,50 euros ;

* Incidence professionnelle : 200 000 euros ;

* Préjudice scolaire : 170 000 euros ;

- il en est également résulté pour M. M B des préjudices extra patrimoniaux, qui se décomposent comme suit :

* Déficit fonctionnel temporaire : 212 396 euros ;

* Souffrances endurées : 100 000 euros ;

* Préjudice esthétique temporaire : 60 000 euros ;

* Déficit fonctionnel permanent : 576 000 euros ;

* Préjudice d'agrément : 100 000 euros ;

* Préjudice esthétique permanent : 70 000 euros ;

* Préjudice sexuel : 150 000 euros ;

* Préjudice d'établissement : 150 000 euros ;

- il est par ailleurs résulté pour M. C B, son père, un préjudice d'affection d'un montant de 100 000 euros et des frais divers d'un montant de 160 euros ;

- il est résulté pour sa mère, Mme K B, des préjudices d'un montant total de 102 475 euros, qui se décompose comme suit :

* Préjudice d'affection : 100 000 euros ;

* Frais divers : 2 475 euros ;

- il est en outre résulté un préjudice d'affection pour M. H B, frère de M, d'un montant de 50 000 euros et pour M. L G, grand-père de M, d'un montant de 30 000 euros et pour Mme F B, grand-mère, d'un montant de 30 000 euros ;

- il est enfin résulté pour Mme N G, grand-mère de M, des préjudices d'un montant total de 60 710,16 euros, qui se décompose comme suit :

* Préjudice d'affection : 30 000 euros ;

* Frais divers : 30 710,16 euros.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 27 septembre 2021, 25 avril 2022, 27 juillet 2022 et 22 mai 2023, le GHSC, représenté par Me Cariou, conclut, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, à ce qu'une expertise soit ordonnée avant dire droit ;

2°) à titre subsidiaire, à la limitation de l'indemnisation sollicitée par les requérants à la somme de 1 131 896,24 euros ;

3°) à ce que les demandes présentées par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois soient ramenées à de plus justes proportions ;

4°) à ce que les demandes présentées par les consorts B et la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative soient ramenées à de plus justes proportions.

Il fait valoir que :

- à titre principal, une nouvelle expertise doit être ordonnée afin de déterminer si la souffrance fœtale ne serait pas antérieure au 26 juin 1992, date à laquelle Mme B a été admise à la maternité du GHSC ;

- à titre subsidiaire, sa responsabilité pour faute doit être limitée à 25 % ;

- l'indemnisation de M. M B doit être évaluée comme suit :

* Dépenses de santé actuelles : 255,93 euros ;

* Assistance par tierce personne temporaire : 313 944 euros ;

* Dépenses de santé futures : 12 330,09 euros et à titre viager, la somme de 9 652,57 euros ;

- l'indemnisation des frais de logement adapté sera, à titre principal, rejetée et, à titre subsidiaire, ramenée à de plus justes proportions ;

* Frais de véhicule adapté : 36 754,11 euros ;

* Frais de centre spécialisé de vacances : 690,85 euros et, à titre viager, la somme de 34 924,54 euros ;

* Assistance par tierce personne permanente : 180 277,50 euros (171 118 + 9 159), et à compter du 6 octobre 2020, le versement d'une rente annuelle d'un montant de 1 290 euros ;

* Perte de gains professionnels futurs : 309 494,70 euros ;

* Préjudice scolaire : 12 500 euros ;

- l'indemnisation de l'incidence professionnelle sera rejetée ;

- il en est également résulté pour M. M B des préjudices extra patrimoniaux, qui doivent être évalués comme suit :

* Déficit fonctionnel temporaire : 30 531,95 euros ;

* Souffrances endurées : 6 750 euros ;

* Préjudice esthétique temporaire : 15 000 euros ;

* Déficit fonctionnel permanent : 87 500 euros ;

* Préjudice esthétique permanent : 5 000 euros ;

* Préjudice sexuel : 37 500 euros ;

* Préjudice d'établissement : 37 500 euros ;

- l'indemnisation des frais en hébergement spécialisé et du préjudice d'agrément sera rejetée ;

- le préjudice d'affection des père et mère de M. M B sera évalué à 6 250 euros chacun et celui des grands-parents seront fixés à 1 000 euros chacun ;

- les frais divers exposés par Mme K B seront indemnisés à hauteur de 618,75 euros ;

- l'indemnisation du préjudice d'affection de M. H B et celle des frais exposés par Mme G sera rejetée ;

- le remboursement à la CPAM de l'Artois des dépenses de santé futures sera effectué sous la forme d'une rente annuelle, dans la limite d'un montant total de 79 487,55 euros après application du taux de perte de chance.

Par des mémoires, enregistrés les 18 juin 2021, 25 octobre 2021, 26 juillet 2022, 21 avril 2023 et 5 mai 2023, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) à titre principal, de condamner le GHSC à lui verser la somme de 2 003 086,64 euros en remboursement des débours qu'elle a exposés pour le compte de son assuré, M. M B, et ceux à titre viager, assortie des intérêts à compter de l'enregistrement du mémoire du 25 octobre 2021 et de leur capitalisation ;

2°) à titre subsidiaire, de condamner le GHSC à lui verser la somme de 380 760,38 euros au titre des prestations échues le 1er mai 2023, assortie des intérêts à compter de l'enregistrement du mémoire du 25 octobre 2021 et de leur capitalisation ainsi qu'à lui rembourser les soins viagers échus et à échoir depuis le 1er mai 2023 au fur et à mesure de leur service par présentation d'un décompte annuel, au prix coûtant à la date de leur service ;

3°) de condamner le GHSC à lui verser l'indemnité forfaitaire de gestion ;

4°) de mettre à la charge du GHSC la somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle a exposé pour son assuré des dépenses de santé d'un montant de 2 003 086,64 euros jusqu'au 1er mai 2023, qui se décomposent comme suit :

* Frais hospitaliers du 6 mars 2013 au 28 février 2019 : 361 629,96 euros ;

* Frais médicaux de 2013 à 2017 : 7 506,52 euros ;

* Frais de transport : 67,75 euros ;

* Frais pharmaceutiques : 3 624,17 euros ;

* Franchises : 30,50 euros ;

- le montant des débours à titre viager, capitalisés au 1er mai 2023 s'élève à 1 622 326,26 euros.

Par une ordonnance du 23 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 7 juin 2023.

Vu :

- l'ordonnance n° 2001703 du 28 juillet 2020 par laquelle le juge des référés désigné par le président du tribunal administratif de Lille a ordonné une expertise et désigné le docteur I ;

- la décision du 17 août 2020 par laquelle le juge des référés désigné par le président du tribunal administratif de Lille a désigné le docteur E, en qualité de sapiteur ;

- la décision du 1er septembre 2020 par laquelle le juge des référés désigné par le président du tribunal administratif de Lille a désigné le docteur A, en qualité de sapiteur ;

- le rapport d'expertise remis le 18 novembre 2020 ;

- l'ordonnance du 3 décembre 2020, par laquelle le magistrat désigné par le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur I, à la somme de 700 euros, qui comprend le montant de l'allocation provisionnelle accordée par une ordonnance du 25 septembre 2020 ;

- l'ordonnance du 3 décembre 2020, par laquelle le magistrat désigné par le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur E, à la somme de 150 euros, qui comprend le montant de l'allocation provisionnelle accordée par une ordonnance du 15 septembre 2020 ;

- l'ordonnance du 3 décembre 2020, par laquelle le magistrat désigné par le président du tribunal a taxé les frais de l'expertise réalisée par le docteur A, à la somme de 150 euros, qui comprend le montant de l'allocation provisionnelle accordée par une ordonnance du 25 septembre 2020 ;

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de la santé publique ;

- le code de la sécurité sociale ;

- le code du travail ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Riou, président-rapporteur,

- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,

- les observations de Me Tiphaine, représentant M. C B, agissant en qualité de tuteur de son fils, M, Mme K G épouse B, M. H B, Mme F B et M. L G et Mme N G , et celles de Me Rônez, représentant le groupe hospitalier Seclin Carvin.

Considérant ce qui suit :

1. Mme K B, alors à 40 semaines d'aménorrhées, a été admise le 26 juin 1992 à 7 h au sein de la maternité du GHSC en raison de la rupture spontanée de la poche des eaux à 6 h 15. La grossesse, suivie par cet établissement de santé, avait été marquée par un retard de croissance intra-utérin sévère du fœtus et une dilatation pyélique des deux reins de ce dernier. Dès l'admission de Mme B, un déclenchement artificiel du travail a été mis en place par perfusion de Syntocinon. A 14 h 03, en raison de la survenue d'une bradycardie fœtale sans récupération, une césarienne a été réalisée en extrême urgence. Mme B a donné naissance, à 14 h 20 à son fils, M, en état de mort apparente. Ce dernier a bénéficié de manœuvres de réanimation, lesquelles ont permis la récupération d'un rythme cardiaque à 10 minutes de vie. L'examen du placenta a permis de constater une hypotrophie de cet organe et des signes d'insuffisance de vascularisation. L'enfant a ensuite été transféré par le service mobile d'urgence et de réanimation (SMUR) vers l'unité de réanimation du centre hospitalier régional universitaire de Lille où il a été hospitalisé un mois. Les suites ont été marquées par une encéphalopathie anoxique et ischémique ainsi que par des convulsions. M. M B, sous tutelle depuis sa majorité, a conservé des séquelles de sa souffrance cérébrale et présente une quadriplégie spastique.

2. Par une requête du 26 février 2020, M. et Mme B ont saisi le juge des référés du tribunal administratif de Lille aux fins de réalisation d'une expertise judiciaire. Par une ordonnance du 28 juillet 2020, le juge des référés a ordonné une expertise médicale et désigné le docteur I, en qualité d'expert. Par deux décisions des 17 août et 1er septembre 2020, le juge des référés a respectivement désigné le docteur E et le docteur A, en qualité de sapiteurs. Leur rapport d'expertise a été déposé au greffe du tribunal le 18 novembre 2020. Par un courrier du 18 février 2021, les consorts B ont adressé au GHSC une demande indemnitaire préalable, à laquelle il n'a pas donné suite. Par la présente requête, les consorts B demandent au tribunal de condamner le GHSC à leur verser une somme totale de 7 848 024,19 euros en réparation des préjudices que leur fils, frère et petit-fils aurait subis et des préjudices qu'ils estiment avoir subis en raison de la faute commise par cet établissement de santé lors de la prise en charge de l'enfant M.

Sur la responsabilité du groupe hospitalier de Seclin Carvin :

3. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. ". Les dispositions du premier alinéa de l'article L. 1110-5 du même code précisent que " () Les actes de prévention, de diagnostic et de soins ne doivent pas en l'état des connaissances médicales faire courir de risques disproportionnés par rapport aux bénéfices escomptés ".

4. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du 18 novembre 2020, que lors de l'accouchement de Mme B, un médicament destiné à accentuer les contractions utérines, le Syntocinon, lui a été administré selon un dosage de 15 gouttes à 8 h 46, de 30 gouttes à 10 h 19, de 35 gouttes à 10 h 28, de 40 gouttes à 10 h 43 et de 50 gouttes à 11 h 32. Il résulte cependant de la littérature médicale mentionnée dans le rapport d'expertise que ce dosage excède les recommandations, que les effets de ce médicament se stabilisent dans un délai de 15 à 60 minutes et qu'il est préférable de respecter des paliers de 20 à 30 minutes entre chaque augmentation de la posologie. L'administration de telles doses de Syntocinon dans un bref délai n'a été, ainsi que le précise l'expert, conforme ni aux connaissances pharmacologiques ni aux recommandations de prudence en 1992. Il résulte également des conclusions expertales qu'un surdosage de ce médicament est susceptible d'entraîner une hypercinésie d'intensité et de fréquence et une hypertonie utérine favorisant la survenue d'une bradycardie fœtale signant une souffrance fœtale. Dès lors, ainsi que le précisent les experts, la constatation des contractions utérines très fréquentes sans espace de repos aurait dû conduire l'équipe médicale à, d'une part, arrêter la perfusion de Syntocinon et, d'autre part, prendre la décision d'extraction de l'enfant dès la constatation de la bradycardie fœtale. La réalisation tardive et en extrême urgence de la césarienne, dans un contexte, relevé dans le rapport d'expertise, d'une présence discontinue du personnel soignant en salle d'accouchement, est également constitutive d'une faute. Dans ces conditions, il résulte de l'instruction que le GHSC a commis des fautes médicales consistant en la prescription d'un surdosage de Syntocinon et en un retard d'extraction de l'enfant, lesquelles sont constitutives de fautes de nature à engager la responsabilité du groupe hospitalier, ce qu'il ne conteste pas.

Sur l'ampleur de la perte de chance :

5. Dans le cas où la faute commise lors de la prise en charge ou le traitement d'un patient dans un établissement public hospitalier a compromis ses chances d'obtenir une amélioration de son état de santé ou d'échapper à son aggravation, le préjudice résultant directement de la faute commise par l'établissement et qui doit être intégralement réparé n'est pas le dommage corporel constaté, mais la perte de chance d'éviter que ce dommage soit advenu. La réparation qui incombe à l'hôpital doit alors être évaluée à une fraction du dommage corporel déterminée en fonction de l'ampleur de la chance perdue.

6. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise du 18 novembre 2020, que la souffrance fœtale, à l'origine de la survenue d'une encéphalopathie par hypoxie-ischémie, est imputable en totalité à l'excès de Syntocinon prescrit dans le cadre du déclenchement du travail obstétrical et au retard d'extraction de l'enfant. Le GHSC, en se fondant sur un rapport établi par son médecin conseil, fait valoir qu'en raison de l'insuffisance placentaire, laquelle a entraîné une diminution des échanges vasculaires et de l'apport d'oxygène ainsi que de l'anormalité du rythme cardiaque du fœtus avant l'admission de Mme B au GHSC, le fœtus souffrait de lésions ischémiques alors même que le travail obstétrical n'avait pas commencé. Toutefois, il résulte des conclusions de l'expert et des sapiteurs désignés par le tribunal que le poids de naissance de M était petit mais pas défini comme sévère, que le périmètre crânien, et donc le volume cérébral, était conservé malgré le petit poids à la naissance, et qu'aucune diminution du liquide amniotique, qui aurait pu traduire une défaillance cardiaque par hypoxie, n'avait été noté lors de l'échographie à 37 semaines d'aménorrhée. Ainsi, si les experts ont admis que le risque d'encéphalopathie hypoxie-ischémique est aggravé dans le cas d'un retard de croissance intra-utérine très sévère (inférieur au 3ème percentile), alors qu'il est qualifié de " modéré " par l'avis technique du docteur J, produit en défense, le rapport d'expertise écarte expressément cette hypothèse au regard des évolutions du rythme cardiaque fœtal avant l'administration de Syntocinon. Si le rapport d'expertise a qualifié l'hypoxie fœtale de " chronique ", à distinguer, selon l'expert, de l'asphyxie fœtale constatée en l'espèce, il s'est borné à décrire les constatations relatives au placenta, sur lequel, au plan microscopique a été relevé une " hypoxie-ischémie villositaire " et a conclu, après les avoir examinées, à l'absence de contribution des autres causes possibles, antérieures à la naissance, de la paralysie cérébrale constatée. Le rapport, en particulier, mentionne que tous les marqueurs biologiques et cliniques disponibles à la naissance de l'enfant, à savoir son score Apgar, le dosage des lactates, l'hypoglycémie, l'ictère à bilirubine libre concordent avec une hypoxie aiguë pendant l'accouchement et non anténatale. Les experts concluent ainsi que la bradycardie, prolongée par le retard d'extraction par césarienne, est la conséquence de l'hypoxie fœtale aiguë, source exclusive d'une atteinte neurologique de stade 2 selon le score de Sarnat, c'est-à-dire une lésion cérébrale source de séquelles psychomotrices, de forme spastique compte tenu d'une atteinte corticale. Dans ces conditions, et contrairement à ce que soutient le groupe hospitalier en défense, les séquelles dont souffre M. M B sont entièrement imputables aux fautes commises par cet établissement lors de la prise en charge de Mme B.

7. Il résulte de ce qui précède, et sans qu'il soit besoin, notamment du fait de l'impossibilité de compléter les données déjà disponibles sur l'état de santé de M B avant sa naissance et au cours de l'accouchement, d'ordonner une expertise, que les consorts B sont fondés à soutenir que la responsabilité du GHSC doit être engagée en raison des fautes médicales qui ont été commises lors de l'accouchement de Mme B.

Sur l'évaluation des préjudices :

8. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que la consolidation de l'état de santé de M. M B, doit être fixée au 26 juin 2010.

En ce qui concerne les préjudices patrimoniaux de M. M B, victime directe :

S'agissant des dépenses de santé actuelles :

9. Il résulte de l'instruction que le handicap de M a nécessité l'acquisition de plusieurs types de fournitures et matériels adaptés à ses besoins dont la facturation totale s'élève à 2 152,17 euros. Les parents de M justifient avoir exposé des frais concernant l'achat de chaussures orthopédiques et de bottes dont le montant total restant à la charge de ses parents a été de 421,84 euros, d'un déambulateur à hauteur de 863,82 euros, de couverts pour 89,04 euros et des consultations médicales d'un montant de 49,53 euros. Si les consorts B se prévalent de frais d'achat de deux tricycles pour leur fils, représentant un montant global de 1 128,44 euros, ils n'établissent pas, en l'absence de facture produite dans la présente instance, la réalité d'un tel préjudice. Dès lors, les conclusions présentées par M. B tendant à l'indemnisation des achats de tricycles doivent être rejetées. Il sera alors alloué à M. B la somme de 1 424,23 euros (421,84 + 863,82 + 89,04 + 49,53) au titre des dépenses de santé actuelles, qui sera versée par le GHSC, ce qu'il ne conteste pas.

S'agissant de l'assistance par tierce personne temporaire :

10. Lorsque le juge administratif indemnise dans le chef de la victime d'un dommage corporel la nécessité de recourir à l'aide d'une tierce personne, il détermine le montant de l'indemnité réparant ce préjudice en fonction des besoins de la victime et des dépenses nécessaires pour y pourvoir. Il doit à cette fin se fonder sur un taux horaire déterminé, au vu des pièces du dossier, par référence, soit au montant des salaires des personnes à employer augmentés des cotisations sociales dues par l'employeur, soit aux tarifs des organismes offrant de telles prestations, en permettant le recours à l'aide professionnelle d'une tierce personne d'un niveau de qualification adéquat et sans être lié par les débours effectifs dont la victime peut justifier. Il n'appartient notamment pas au juge, pour déterminer cette indemnisation, de tenir compte de la circonstance que l'aide a été ou pourrait être apportée par un membre de la famille ou un proche de la victime.

11. Si les requérants soutiennent que le tarif horaire de l'assistance devrait être fixé à 23 euros, il n'y a pas lieu, en l'espèce, de fixer ce coût horaire à un tarif supérieur à celui calculé sur la base du salaire minimum interprofessionnel de croissance, augmenté des charges sociales dues par l'employeur et majoré en fonction des dimanches et jours fériés et des congés payés, dès lors que l'enfant est pris en charge la majeure partie du temps par un institut spécialisé et qu'il ne résulte pas de l'instruction que l'assistance assurée par ses parents le reste du temps corresponde à une assistance spécialisée.

12. Il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que pour la période allant du 26 juin 1992 au 26 juin 1996, soit 1 462 jours, M. B a nécessité une assistance par une tierce personne à hauteur de 4 heures par jour et pour celle allant du 27 juin 1996 au 26 juin 2000, soit 1 461 jours, le requérant a nécessité une assistance par une tierce personne d'une durée de 5 heures par jour. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours ainsi que sur la base d'un taux moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour le travail du dimanche, fixé à 11 euros en moyenne pour la période comprise entre le 26 juin 1992 et le 26 juin 2000. Les sommes exposées durant cette période doivent être évaluées à un montant total de 163 313,41 euros (11 x (1 462 x 4 x 412/365 + 1 461 x 5 x 412/365)).

13. Il est par ailleurs constant que M. M B a été admis à compter de l'année 2000 au centre médico-éducatif Les Messagers, situé à Berck sur Mer, cinq jours par semaine et sur une amplitude horaire journalière de 10 heures, comprenant le temps de trajet, hormis une période de huit semaines par an Il s'ensuit que M. M B, sur la période du 27 juin 2000 au 26 juin 2010, a séjourné annuellement au domicile familial huit semaines entières, 44,5 week-end, pour tenir compte de ce que chaque année non bissextile compte 365 jours et non 364 jours (52 x 7), et 44 semaines à hauteur de 14 heures par jour. Au cours de cette période, M. B a nécessité une assistance par une tierce personne constante, c'est-à-dire pour chaque heure passée à domicile. Le besoin d'assistance était donc, pour chaque année, de 56 jours (8 X 7) pour les huit semaines d'interruption de prise en charge, de 220 jours (44 X 5) pour les semaines de prise en charge et de 89 jours (44,5 X 2) pour le week-end. Afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, il y a lieu, ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours ainsi que sur la base d'un taux moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour le travail du dimanche, fixé à 11 euros en moyenne pour la période comprise entre le 27 juin 2000 et le 26 juin 2005, soit 5 ans, et à 14 euros pour la période allant du 27 juin 2005 au 26 juin 2010, également de 5 ans. Les sommes exposées durant cette période doivent être évaluées à un montant total de 913 474,65 euros (11 x 5 x (56 x 24 x 412/365 + 220 x 14 x 412/365 + 89 x 24 x 412/365)) + (14 x 5 x (56 x 24 x 412/365 + 220 x 14 x 412/365 + 89 x 24 x 412/365)).

14. Il résulte enfin de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que M. M B a été hospitalisé du 26 juin au 27 juillet 1992, soit 32 jours, au service de réanimation néonatale du CHRU de Lille, du 10 au 12 juillet 1995, soit 3 jours, au centre hospitalier de l'arrondissement de Montreuil sur Mer, du 14 novembre au 21 décembre 2007, soit 38 jours, du fait de l'intervention chirurgicale portant sur sa hanche et son genou à l'institut Calot, du 10 mars au 4 avril 2008 en orthopédie, soit 26 jours, et du 5 janvier au 19 février 2010, soit 46 jours, en raison de la prise en charge de sa scoliose, soit 145 jours au total. Pour les périodes d'hospitalisation de 2007, 2008 et 2010, soit 110 jours, les requérants soutiennent qu'en dépit de l'assistance du personnel hospitalier, la présence d'un membre de sa famille était nécessaire compte tenu du handicap de M B. Si l'expertise ne se prononce pas expressément sur le maintien du besoin d'assistance par tierce personne au cours de ces hospitalisations, elle ne l'exclut pas et ce besoin, corroboré par les attestations du père de l'enfant et de sa grand-mère maternelle, n'est pas contesté par le groupement hospitalier défendeur. Il sera fait une juste appréciation de ce besoin en l'évaluant au besoin d'aide active retenu par l'expertise pour la période de l'âge de 8 ans à la consolidation, soit 6 heures par jour, l'aide passive, de surveillance, devant être regardée comme apportée par le personnel hospitalier. Il n'y a donc lieu de déduire, pour ces 110 jours d'hospitalisation entre 2007 et 2010 qu'un besoin de 18 heures par jour (24 - 6). Par suite, l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne à titre temporaire doit être fixée à 1 043 760,33 euros déduction faite des périodes d'hospitalisation de M. M B, ((163 313,41+913 474,65) - (11 x 35 x 4 x 412/365) - (14 x 110 x 18 x 412/365)).

S'agissant des dépenses de santé futures :

Quant à la période entre la date de consolidation et la date du jugement :

15. En premier lieu, M. B demande le remboursement de frais restés à la charge de ses parents, liés aux achats d'un déambulateur pour 703,38 euros, d'un tricycle d'un montant de 1 137,25 euros, de matériel pour l'aider à la prise de ses repas à hauteur de 2 291,98 euros (2 238,99 + 52,99), du matériel de dextérité pour 609,92 euros, d'un lit d'un montant de 940 euros ainsi que d'un siège de douche à hauteur de 866 euros, qu'ils ont dû financer en raison de ses séquelles, représentant un montant total de 6 548,93 euros pour la période allant du lendemain de la date de consolidation à la date de lecture du présent jugement, le 11 octobre 2023. Il résulte de l'instruction que les requérants justifient avoir exposés sur la période en cause des frais à hauteur de 6 303,36 euros (740,19 (déambulateurs soit 370,19 + 370) + 1 137,25 + 2 238,99 + 52,99+ 797,54 (matériel de dextérité soit 29,90 + 350,98 + 293,46 + 110,88 + 12,32) + 470 (lit médicalisé) + 866,40 (siège de douche soit 219,60 + 646,80)).

16. En deuxième lieu, M. B sollicite le remboursement des frais restant à sa charge d'un montant de 309 euros correspond à des frais de pédicurie. Les requérants justifient avoir exposés ces frais seulement à hauteur de 189 euros. Dès lors, il sera alloué à M. B la somme de 189 euros au titre des soins de pédicurie.

17. En troisième lieu, M. B demande le remboursement à hauteur de 1 110 euros des frais correspondant à son placement au Mas Les champs dorés (Sevrin) au cours des mois de juillet 2015 à septembre 2015 (216+18+144+72) et février 2016, avril 2016 et août 2016 (108+90+198) ainsi qu'à la Maison de Pierre (Bouvelinghem) en février et mars 2017 à la Maison de Pierre (Bouvelinghem) (72 + 192). Eu égard aux pièces produites, il sera fait droit à la demande d'indemnisation au titre de ces frais.

18. En quatrième lieu, M. B demande le remboursement à hauteur de 2 763,40 euros concernant un séjour en centre de vacances spécialisé effectué en août 2016. Les parents du M. M B justifient avoir exposés ces frais. Il sera fait droit à la demande d'indemnisation.

19. En cinquième lieu, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois exerce sur les réparations dues au titre des préjudices subis par M. B le recours subrogatoire prévu par les dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.

20. La caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois justifie, par la production du relevé des débours définitifs du 3 mai 2023 et de l'attestation d'imputabilité de son médecin conseil, avoir exposé entre le lendemain de la date de consolidation et la date de lecture du présent jugement, soit entre le 26 juin 2010 et le 11 octobre 2023, des frais hospitaliers à hauteur de 361 629,96 euros correspondant aux séjours hospitaliers du 6 mars 2013 au 28 février 2019, y compris les frais en institut spécialisé, des frais médicaux d'un montant de 7 506,52 euros correspondant aux années 2013 à 2017, des frais de transports pour 67,75 euros, des frais d'appareillage à hauteur de 7 962,48 euros et des frais pharmaceutiques d'un montant de 3 624,17 euros, desquels le montant des franchises, 30,50 euros, doit être déduit. Le montant des dépenses de santé exposées au cours de cette période s'élève à 380 760,38 euros (361 629,96 + 7 506,52 + 67,75 + 7 962,48 + 3 624,17 - 30,50).

21. Il résulte de ce qui précède que le montant total des dépenses de santé futures s'élève, pour la victime et la caisse, à la somme de 391 126,14 euros (6 303,36 + 189 + 1 110 + 2 763,40 + 380 760,38). En vertu du principe de priorité à la victime, après déduction des dépenses de santé supportées par M. B, soit 10 365,76 euros, le solde disponible pour la caisse, que le GHSC doit être condamné à lui verser, s'élève à la somme de 380 760,38 euros (391 126,14 - 10 365,76).

Quant à la période postérieure au jugement :

22. En premier lieu, pour la période postérieure au jugement, le montant des frais d'achat d'un déambulateur, s'élève à la somme de 370,19 euros. Pour évaluer ce préjudice au titre de la période postérieure au présent jugement, il y a lieu de capitaliser le montant annuel de ces frais, en tenant compte d'un renouvellement moyen de l'équipement tous les quatre ans, et du fait que M. M B est âgé de 31 ans à la date du jugement, du taux de l'euro de rente viagère fixé à 48,979 par le barème de capitalisation 2022 de la Gazette du Palais (taux d'intérêt égal à 0 %), il sera fait une juste appréciation des frais futurs d'achat d'un déambulateur en les fixant à la somme de 4 532,88 euros (370,19/4) x 48,979).

23. En deuxième lieu, pour la période postérieure au jugement, le montant des frais d'achat d'un appareil neater Eater, s'élève à la somme de 2 238 euros. Pour évaluer ce préjudice au titre de la période postérieure au présent jugement, il y a lieu de capitaliser le montant annuel de ces frais, en tenant compte d'un renouvellement moyen de l'équipement tous les dix ans, et en retenant le coefficient de capitalisation de 48,979 précité, il sera fait une juste appréciation des frais futurs d'achat d'un matériel d'aide à la prise des repas en les fixant à la somme de 10 961,50 euros (2 238/10) x 48,979).

24. En troisième lieu, pour la même période, le montant des frais d'achat d'assiettes et de couverts, s'élève à la somme de 90,19 euros. Pour évaluer ce préjudice au titre de la période postérieure au présent jugement, il y a lieu de capitaliser le montant annuel de ces frais, en tenant compte d'un renouvellement moyen de l'équipement tous les deux ans, et en retenant le coefficient de capitalisation de 48,979 précité, il sera fait une juste appréciation des frais futurs d'achat d'un déambulateur en les fixant à la somme de 2 208,71 euros (90,19/2) x 48,979).

25. En quatrième lieu, pour la même période, le montant des frais d'achat d'un lit médicalisé, s'élève à la somme, restée à la charge de la victime, de 470 euros. Pour évaluer ce préjudice au titre de la période postérieure au présent jugement, il y a lieu de capitaliser le montant annuel de ces frais, en tenant compte d'un renouvellement moyen de l'équipement tous les cinq ans, et en retenant le coefficient de capitalisation de 48,979 précité, il sera fait une juste appréciation des frais futurs d'achat d'un déambulateur en les fixant à la somme de 4 604,03 euros (470/5) x 48,979).

26. En cinquième lieu, pour la même période, le montant des frais d'achat d'un siège de douche pour le domicile familial s'élève à la somme de 219,60 euros. Pour évaluer ce préjudice au titre de la période postérieure au présent jugement, il y a lieu de capitaliser le montant annuel de ces frais, en tenant compte d'un renouvellement moyen de l'équipement tous les dix ans, et en retenant le coefficient de capitalisation de 48,979 précité, il sera fait une juste appréciation des frais futurs d'achat d'un déambulateur en les fixant à la somme de 1 075,58 euros (219,60/10) x 48,979).

27. En sixième lieu, pour la même période, le montant des frais d'achat d'un siège de douche en établissement s'élève à la somme de 646,80 euros. Pour évaluer ce préjudice au titre de la période postérieure au présent jugement, il y a lieu de capitaliser le montant annuel de ces frais, en tenant compte d'un renouvellement moyen de l'équipement tous les trois ans, et en retenant le coefficient de capitalisation de 48,979 précité. Il sera fait une juste appréciation des frais futurs d'achat d'un déambulateur en les fixant à la somme de 10 559,87 euros (646,80/3) x 48,979).

28. En septième lieu, pour la même période, le montant des frais de pédicurie s'élève à la somme annuelle de 189 euros. Pour évaluer ce préjudice au titre de la période postérieure au présent jugement, il y a lieu de capitaliser le montant annuel de ces frais, en retenant le coefficient de capitalisation de 48,979 précité. Il sera fait une juste appréciation des frais futurs d'achat d'un déambulateur en les fixant à la somme de 9 257,03 euros (189 x 48,979).

29. En huitième lieu, pour la même période et en retenant le coefficient de capitalisation de 48,979 précité, il sera fait une juste appréciation des frais futur d'admission de l'enfant M B en centre de vacances spécialisé en les fixant à la somme de 135 348,57 euros (2 763,40 x 48,979).

30. En neuvième, il résulte par ailleurs du détail des frais futurs établi par la caisse en avril 2023 que l'état de santé de M. B nécessite, depuis la date de consolidation, la prise de deux médicaments, le Dépakine Chrono à hauteur de 4 comprimés par jour lors des périodes de retour à domicile, soit 6 flacons de 30 comprimés par an pour un montant de 46,98 euros, et le Keppa à hauteur de 1000 mg par jour lors des périodes de retour à domicile, soit 2 flacons par an pour un montant de 127,84 euros, un déambulateur évalué à 53,81 euros, un fauteuil roulant d'un montant de 452,74 euros, d'un coussin de siège ou de dossier avec housse à hauteur de 26,17 euros, d'un lit médical dont le prix s'élève à 1 030 euros, d'un matelas en mousse remboursé à hauteur de 296,62 euros, de botte rigide sans valve antérieure et sans armature d'un montant de 539,38 euros et enfin d'un moulage du genou aux orteils à hauteur de 64,08 euros. Le montant annuel des dépenses de santé futures exposées par la caisse primaire d'assurance maladie à raison des soins nécessités par M. B du fait des fautes commises par le GHSC lors de sa naissance s'élève à 2 637,62 euros par an. Pour la période postérieure au jugement, il y a lieu de retenir le barème de capitalisation publié par la Gazette du Palais actualisé en 2022, reposant sur la table de mortalité sexuée pour 2017 - 2019 et un taux d'intérêt de 0 %. Eu égard à l'âge de M. B à la date du présent jugement, soit 31 ans, le coefficient d'une rente viagère s'établit à 48,979. Le montant capitalisé des frais exposés par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois s'élève à 129 187,99 euros (2 637,62 x 48,979).

31. En dernier lieu, il résulte également du détail des frais futurs établi par la caisse en avril 2023 que l'état de santé de M. B nécessite, depuis la date de consolidation, un séjour en foyer d'accueil médicalisé d'un montant de 26 455 euros. Pour la période postérieure au jugement, en retenant le coefficient de capitalisation de 48,979 précité, le montant capitalisés des frais exposés par la CPAM s'élève à 1 295 739,45 euros (26 455 x 48,979).

32. Dès lors le montant total des dépenses de santé futures pour la victime et la caisse s'élève à la somme de 1 603 475,61 euros (4 532,88 + 10 961,50 + 2 208,71 + 4 604,03 + 1 075,58 + 10 559,87 + 9 257,03 + 135 348,57 + 129 187,99 + 1 295 739,45). Compte tenu du principe de priorité à la victime, le solde disponible pour la caisse s'élève à 1 424 927,44 euros (1 603 475,61 - 178 548,17).

33. Eu égard aux montants des frais exposés à titre viager par la victime et la caisse, leur remboursement donnera lieu, ainsi que le demande la caisse, à un remboursement par le GHSC au fur et à mesure de leur engagement, sur présentation de justificatifs à la fin de chaque année échue et dans la limite d'un montant total de 1 424 927,44 euros pour la caisse et de 178 548,17 euros pour M. M B. En cas de refus du GHSC, il appartiendra à M. C B, en tant que tuteur de M. M B, et à la caisse de faire usage des voies de droit permettant d'obtenir l'exécution des décisions de justice.

S'agissant du logement adapté :

34. Les dépenses d'aménagement du logement rendues nécessaires par le handicap de l'enfant ainsi que les dépenses nées d'une décision d'achat ou de construction d'un logement sont, dès lors qu'une telle décision est imposée par le handicap de l'enfant et dans la mesure où ces dépenses visent à répondre à ses besoins, susceptibles d'être regardées comme étant en lien direct avec la faute de l'établissement de santé et comme devant, par suite, faire l'objet d'une indemnisation.

35. D'une part, les requérants soutiennent qu'ils ont réalisé des travaux d'aménagement de leur logement situé au-dessus de leur pharmacie consistant en l'adaptation de l'escalier d'un montant de 1 497 euros ainsi que des travaux tendant à adapter la salle de bain de leur fils dans leur nouvelle maison à hauteur de 4 902,05 euros. Ces frais étant justifiés par la production dans la présente instance des factures, il y a lieu de faire droit à ces demandes. D'autre part, les requérants soutiennent que les séquelles dont souffre leur fils les ont contraints à acquérir une maison de plain-pied adaptée à son handicap, pour un montant total de 377 500 euros. Ils sollicitent le versement de la somme de 232 500 euros correspondant à la différence entre le coût d'achat du logement adapté et la déduction de la valeur actuelle de leur ancien logement qu'ils estiment à la somme de 145 000 euros. Il est constant que l'état de santé de M, qui ne peut se déplacer qu'en fauteuil roulant ou à l'aide d'un déambulateur, exige un changement de domicile et l'acquisition d'une habitation de plain-pied aménagée pour le handicap. Dès lors, les requérants sont fondés à solliciter le versement de la somme de 232 500 euros. Il résulte de ce qui précède que le GHSC versera à M. B au titre des frais d'adaptation du logement la somme de 238 899,05 euros (1 497 + 4 902,05 + 232 500).

S'agissant des frais de véhicule adapté :

36. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise, que le handicap de M rend nécessaire l'utilisation d'un véhicule adapté à son handicap. Seuls peuvent être indemnisés les frais liés au surcoût d'acquisition d'un véhicule adapté aux besoins de la victime directe et des frais d'adaptation de ce véhicule et non le coût total d'acquisition de celui-ci. Les parents de M demandent que le GHSC soit condamné à prendre en charge les dépenses liées à l'acquisition d'un véhicule adapté au handicap de leur fils et versent aux débats une facture pour l'achat d'un véhicule d'occasion le 19 juin 2008 d'un montant de 17 990 euros et d'un autre véhicule le 30 juin 2014 d'un montant de 31 480 euros. Il ne résulte cependant pas de l'instruction, en particulier des factures produites par les requérants, que les véhicules qu'ils ont acquis ont fait l'objet d'aménagement particulier afin de les adapter au handicap de leur fils. Il s'ensuit qu'il ne peut pas être fait droit à leur demande au titre des frais d'adaptation du véhicule.

S'agissant de l'assistance par tierce personne permanente :

37. Il résulte de l'instruction, notamment des conclusions expertales, que les séquelles de M. M B, imputables aux fautes commises par le GHSC, rendent nécessaire, de manière pérenne, une assistance par une tierce personne qui peut être évaluée à 24 jours par jour.

Quant à la période de la date de consolidation à la date du jugement :

38. Pour la période comprise entre le 27 juin 2010, lendemain de la date de consolidation, et le 31 mai 2012, il s'est écoulé 705 jours, soit 1,93 an. Il y a lieu, afin de tenir compte des congés payés et des jours fériés prévus par l'article L. 3133-1 du code du travail, et ainsi que le prévoit le référentiel de l'ONIAM, de calculer l'indemnisation sur la base d'une année de 412 jours, ainsi que sur la base d'un taux horaire moyen de rémunération tenant compte des charges patronales et des majorations de rémunération pour travail du dimanche, fixé à 15 euros pour une aide active non spécialisée. Par suite, l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne pour la période comprise entre le 27 juin 2010 et le 31 mai 2012, compte tenu des temps de séjour au domicile et en établissement définis plus haut, soit 6 560 heures par an (56 X 24 + 220 X 14 + 89 X 24), doit être fixée à la somme de 214 366,42 euros (6 560 X 1,93 X 15 X 412/365).

39. Pour la période comprise entre le 1er juin 2012 et le 31 janvier 2017, au cours de laquelle M B a été hospitalisé de jour en maison d'accueil spécialisé, il s'est écoulé 1 706 jours, soit 4,67 ans. En prenant en compte les mêmes facteurs que ceux indiqués au point précédent, l'indemnisation due pour ce chef de préjudice pour cette période sera fixée à la somme de 518 700,10 euros (6 560 X 4,67 X 15 X 412/365).

40. A compter du 1er février 2017, date à laquelle M. M B a été admis en internat, ce dernier est retourné au domicile de ses parents 22 jours en 2017, 27 jours en 2018, 38 jours en 2019, 55 jours en 2020 et en moyenne 40 jours en 2021 et 2022, soit 31 jours, au prorata temporis, pour la période du 1er janvier au 11 octobre 2023, date du présent jugement. Par suite, l'indemnisation due au titre de l'assistance par une tierce personne pour la période comprise1er février 2017 et le 11 octobre 2023 doit être fixée à la somme de 102 808,11 euros.

Quant à la période postérieure au jugement :

41. Pour évaluer ce préjudice à partir du 11 octobre 2023, le montant annuel de l'indemnité due au titre de l'assistance par tierce personne s'élève à la somme de 16 254,25 euros (24 x 15 x 40 x 412/365). Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge du GHSC, à verser à M. M B, une rente annuelle d'un montant de 16 254,25 euros, en réparation du préjudice afférent aux besoins futurs d'assistance par tierce personne, revalorisée en application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale, et, sous réserve, le cas échéant, de la déduction des aides perçues à ce titre et prise en charge éventuelle par la sécurité sociale.

S'agissant du préjudice scolaire, de la perte de gains professionnels et de l'incidence professionnelle :

42. Lorsque la victime se trouve, du fait d'un accident corporel survenu dans son jeune âge, privée de toute possibilité d'accéder à une scolarité et d'exercer un jour une activité professionnelle, la seule circonstance qu'il soit impossible de déterminer le parcours professionnel qu'elle aurait suivi ne fait pas obstacle à ce que soit réparé le préjudice, qui doit être regardé comme certain, résultant pour elle de la perte des revenus qu'une activité professionnelle lui aurait procurés et de la pension de retraite consécutive, ainsi que ses préjudices d'incidence scolaire et professionnelle. Dans un tel cas, il y a lieu de réparer tant le préjudice professionnel que la part patrimoniale des préjudices d'incidence scolaire et professionnelle par l'octroi à la victime d'une rente de nature à lui procurer, à compter de sa majorité et sa vie durant, un revenu équivalent au salaire médian. Cette rente mensuelle doit être fixée sur la base du salaire médian net mensuel de l'année de la majorité de la victime, revalorisé chaque année par application du coefficient mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. Doivent en être déduits les éventuels revenus d'activité ainsi que, le cas échéant, les sommes perçues au titre de l'allocation aux adultes handicapés, ou au titre de pensions ou de prestations ayant pour objet de compenser la perte de revenus professionnels. Cette rente n'a, en revanche, pas pour objet de couvrir la part personnelle des préjudices d'incidence scolaire et d'incidence professionnelle, qui doit faire l'objet d'une indemnisation distincte.

43. Il résulte de l'instruction que le handicap de M. M B l'a placé dans l'incapacité d'être scolarisé et d'exercer un jour une activité professionnelle. Il est, par suite, fondé à se prévaloir de la perte de revenus professionnels et de la perte consécutive de droits à pension, préjudice incluant la part patrimoniale du préjudice scolaire.

Pour la période allant de la majorité de M. M B à la date du jugement :

44. Il résulte de la documentation accessible publiquement de l'Institut national de la statistique et des études économique (INSEE) que le salaire médian net mensuel en 2010, année de la majorité de M. M B, s'élevait à 1 675 euros. Il y a lieu, par suite, de lui allouer au titre de la perte de revenus professionnels et de la perte consécutive de droits à pension, préjudice incluant la part patrimoniale du préjudice scolaire qu'il a subi, pour la période écoulée depuis sa majorité, une somme égale à 160 fois (correspondant au nombre de mois, arrondi, entre le 26 juin 2010 et le 11 octobre 2023) ce montant, revalorisé chaque année par application des coefficients annuels prévus à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale. Il y a lieu de renvoyer les époux B devant le GHSC pour qu'il soit procédé à la liquidation de cette indemnité, en déduction de laquelle viendront les sommes éventuellement perçues par la victime au titre de l'allocation aux adultes handicapés.

Pour la période postérieure au présent jugement :

45. Il y a lieu d'allouer à M. M B pour l'avenir, en réparation de sa perte de revenus professionnels et de la perte consécutive de droits à pension, préjudice incluant la part patrimoniale de son préjudice scolaire, une rente trimestrielle dont le montant sera calculé sur la base du salaire médian net de 2010, soit 5 025 euros par trimestre, tel que revalorisé au 11 octobre 2023 par application du coefficient de revalorisation mentionné à l'article L. 161-25 du code de la sécurité sociale auquel renvoie l'article L. 434-17 du même code. Cette rente sera ensuite elle-même revalorisée annuellement à l'avenir par application des coefficients qui seront légalement fixés, dans la limite du montant total des conclusions indemnitaires des requérants. Les sommes perçues par M. B au titre de l'allocation aux adultes handicapés viendront, le cas échéant, en déduction de cette rente. Il conviendra à ce titre que M. M B produise au GHSC les justificatifs des sommes perçues à ce titre ou des attestations de non perception des aides issues des organismes sociaux concernés.

46. Quant à la part personnelle du préjudice scolaire et professionnel, eu égard en l'espèce à son ampleur particulière et à sa durée, du fait du jeune âge de la victime, elle doit être évaluée à hauteur d'une somme total de 50 000 euros.

En ce qui concerne les préjudices extra patrimoniaux de M. M B, victime directe :

S'agissant du déficit fonctionnel temporaire :

47. Il résulte de l'instruction, notamment du rapport d'expertise du 18 novembre 2020, que M. M B a subi d'un déficit fonctionnel temporaire, qui a été évalué à 100 % du 26 juin au 27 juillet 1992, soit 32 jours, en raison de son hospitalisation en néonatalité, d'un déficit fonctionnel temporaire évalué au taux de 80 % du 28 juillet 1992 au 9 juillet 1994, soit 1 077 jours, à celui de 100 % du 10 au 12 juillet 1995, soit 3 jours, du fait de son hospitalisation liée à la prise en charge de son épilepsie, à 80 % du 13 juillet 1995 au 13 novembre 2007, soit 4 507 jours, à 100 % du 14 novembre au 21 décembre 2007, soit 38 jours, correspondant à son intervention chirurgicale au niveau de la hanche, à 80 % du 22 décembre 2007 au 9 mars 2008, soit 79 jours, à 100 % du 10 mars 2008 au 4 avril 2008, soit 26 jours, en raison de son hospitalisation au service d'orthopédie, à 80 % du 5 avril au 3 juin 2009, soit 60 jours, à 90 % du 4 juin au 31 décembre 2008, soit 211 jours, du fait du port d'un corset à la suite de l'opération de sa scoliose, à 80 % du 1er janvier 2009 au 4 janvier 2010, soit 369 jours, à 100 % du 5 janvier au 19 février 2010, soit 46 jours, correspondant à son hospitalisation liée à l'intervention chirurgicale consistant en une arthrodèse, à 90 % du 20 au 26 février 2010, soit 7 jours, et enfin à 80 % du 27 février au 26 juin 2010, date de consolidation, soit 120 jours. En retenant un taux de 15 euros par jour, ce préjudice doit donc être indemnisé par l'allocation à M. M B de la somme de 79 662 euros (15 x (32 + 1 077 x 0,80 + 3 + 4 507 x 0,80 + 38 + 79 x 0,80 + 26 + 60 x 0,80 + 211 x 0,90 + 369 x 0,80 + 46 + 7 x 0,90 + 120 x 0,80).

S'agissant des souffrances endurées :

48. Il résulte du rapport d'expertise que M. M B a enduré des souffrances, physiques et morales, consécutives aux fautes commises lors de sa naissance. Les experts ont a évalué à 6 sur une échelle de 7 ses souffrances. Par référence au barème de l'ONIAM, il sera fait une juste appréciation de ce chef de préjudice en l'évaluant à la somme de 27 000 euros.

S'agissant du préjudice esthétique temporaire :

49. S'il résulte de l'instruction, en particulier du rapport d'expertise, que le préjudice esthétique temporaire n'a pas été retenu par l'expert, il sera cependant fait une juste appréciation de ce chef de préjudice afin de tenir compte notamment de l'utilisation d'un déambulateur en accordant à M. M B la somme de 8 000 euros.

S'agissant du déficit fonctionnel permanent :

50. Il résulte de l'instruction que M. M B présente un déficit fonctionnel permanent évalué à 80 %. Par référence au barème de l'ONIAM et compte tenu de son âge à la date de la consolidation, soit 18 ans, il sera fait une juste appréciation des séquelles conservées à ce titre par M. M B en lui allouant une somme de 377 436 euros.

S'agissant du préjudice d'agrément :

51. Le préjudice d'agrément subi par M. M B, qui est dans l'impossibilité de pratiquer régulièrement une activité sportive ou de loisirs, peut être évalué à 15 000 euros.

S'agissant du préjudice esthétique permanent :

52. Le collège d'experts a évalué le préjudice esthétique à 5,5 sur une échelle de 7 afin de tenir compte de la difficulté majeure pour marcher (déambulateur), de la déformation de la bouche par la difficulté à fermer les mandibules et des nombreux mouvements dystoniques dont souffre M. M B. Il sera fait une juste appréciation de ce préjudice en lui accordant la somme de 18 000 euros.

S'agissant du préjudice sexuel :

53. Si le collège d'experts n'a pas procédé à un examen anatomique des organes génitaux, il doit être regardé comme s'étant approprié les dires des parents de la victime qui, sans évoquer de malformation, ont estimé inenvisageable une vie sexuelle normale. Dans les circonstances de l'espèce, ce préjudice peut être évalué à 10 000 euros, somme qui sera mise à la charge du groupe hospitalier de Seclin Carvin.

S'agissant du préjudice d'établissement :

54. Il résulte de l'instruction que du fait des séquelles dont il reste atteint, M. M B a une vie sociale et affective restreinte par rapport à celle d'un homme de son âge. Ses chances de construire un projet familial sont sérieusement compromises par son état de santé. Il sera fait une juste appréciation de son préjudice d'établissement en lui octroyant une indemnité de 40 000 euros.

55. Il résulte de ce qui précède que le GHSC devra verser à M. C B en tant tuteur de M. M B, la somme de 2 765 282,93 euros, et à la caisse le montant de 380 760,38 euros. M. C B est par ailleurs fondé à demander la condamnation du GHSC à lui rembourser les dépenses de santé futures exposés pour son fils, M B, au fur et à mesure de leur engagement, sur présentation de justificatifs à la fin de chaque année échue, et dans la limite d'un montant total de 43 199,60 euros et d'un montant total de 135 348,57 euros au titre des frais futurs de placement en institut spécialisé. La caisse est en outre fondée à demander la condamnation du GHSC à lui rembourser les débours exposés au titre des dépenses de santé pour M. M B, au fur et à mesure de leur engagement, sur présentation de justificatifs à la fin de chaque année échue, et dans la limite d'un montant total de 1 424 927,44 euros.

56. Il résulte également de ce qui précède que, pour la période postérieure au présent jugement, le GHSC devra verser à titre de réparation des préjudices subis par M B deux rentes, l'une annuelle de 16 254,25 euros au titre des frais d'assistance par tierce personne permanente, et l'autre trimestrielle, calculée sur la base d'un montant de 5 025 euros pour l'année 2010, dans les conditions fixées plus haut, au titre du préjudice professionnel, revalorisées en fonction des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

En ce qui concerne les préjudices propres des victimes indirectes :

S'agissant de Mme K B, mère :

57. En premier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par Mme K B du fait des séquelles subies par son fils découlant des fautes retenues à l'encontre du GHSC, en lui octroyant une indemnité de 25 000 euros.

58. En second lieu, si Mme B soutient que l'expertise médicale effectuée dans le cadre de la présente instance a été à l'origine d'une dépression, laquelle a été prise en charge par un psychologue, il ne résulte cependant pas de l'instruction que la psychothérapie soit liée aux fautes commises par le GHSC lors de l'accouchement de son premier fils.

S'agissant de M. C B, père :

59. En premier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par M. C B du fait des séquelles subies par son fils découlant des fautes retenues à l'encontre de l'établissement de santé, en lui octroyant une indemnité de 25 000 euros.

60. En second lieu, il résulte de l'instruction que M. B a sollicité une expertise clinique, neurologique et neuropsychologique en juillet 2016, à Berck-sur-Mer. M. B justifie de ces frais d'assistance, qui s'élèvent à 160 euros selon une facture établie à son nom, et qui ont été utiles à la solution du litige, par la production de la note d'honoraires du médecin conseil. Par suite, M. B est fondé à solliciter au titre de ce chef de préjudice une somme de 160 euros qui sera mise à la charge du GHSC.

S'agissant de M. H B, frère :

61. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par M. H B du fait des séquelles subies par son frère découlant des fautes retenues à l'encontre du centre hospitalier en lui octroyant une indemnité de 15 000 euros.

S'agissant de Mme F B, grand-mère :

62. Il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par Mme F B du fait des séquelles subies par son petit-fils découlant des fautes retenues à l'encontre du centre hospitalier en lui octroyant une indemnité de 4 000 euros.

S'agissant de M. et Mme G, grands-parents :

63. En premier lieu, il sera fait une juste appréciation du préjudice d'affection subi par Mme et M. G du fait des séquelles subies par leur petit-fils découlant des fautes retenues à l'encontre du GHSC en leur octroyant une indemnité de 4 000 euros chacun.

64. En second lieu, Mme G sollicite le remboursement des frais de déplacement qu'elle a engagés en raison des fautes commises par le GHSC dont a souffert son petit-fils, soit 108 allers-retours entre le 30 janvier et le 30 mars 1995 et le 8 décembre 1997 et le 8 juin 1998 entre son domicile (Dompierre sur Authie), en passant par celui des parents de son petit-fils (D) et la destination, à savoir l'institut Calot (Berck sur Mer) où étaient effectuées les séances de kinésithérapie de ce dernier. La distance la plus courte est de 105,6 kilomètres aller-retour ((13,6 + 39,2) x 2). Compte tenu du barème fiscal kilométrique pour un véhicule de 6 cv en 1998, soit 0,568 euros du kilomètre, le montant des frais de déplacement exposés par Mme G au cours de ces périodes pour accompagner son petit-fils à ses séances de kinésithérapie à hauteur de trois fois par semaine à l'institut Callot est de 6 477,93 euros (105,6 x 108 x 0,568).

Sur les intérêts :

65. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité.

66. En premier lieu, les requérants sollicitent que l'indemnité qui leur est allouée soit assortie des intérêts au taux légal. Il y a lieu de faire droit à leur demande d'intérêts à compter du 19 février 2021, date d'enregistrement de leur requête auprès du greffe du tribunal, comme il est expressément demandé.

67. En second lieu, la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois sollicite que l'indemnité qui lui est allouée soit assortie des intérêts au taux légal. Il y a lieu de faire droit à sa demande d'intérêts à compter du 25 octobre 2021, date d'enregistrement de son premier mémoire auprès du greffe du tribunal.

Sur la capitalisation :

68. Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.

69. Il y a lieu de faire droit à la demande de capitalisation des intérêts présentée par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois à compter du 25 octobre 2022 à minuit, date à laquelle était due, pour la première fois, une année entière d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de cette date.

Sur la déclaration de jugement commun et opposable :

70. Aux termes des dispositions de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () L'intéressé ou ses ayants droit doivent indiquer, en tout état de la procédure, la qualité d'assuré social de la victime de l'accident ainsi que les caisses de sécurité sociale auxquelles celle-ci est ou était affiliée pour les divers risques. Ils doivent appeler ces caisses en déclaration de jugement commun ou réciproquement. A défaut du respect de l'une de ces obligations, la nullité du jugement sur le fond pourra être demandée pendant deux ans, à compter de la date à partir de laquelle ledit jugement est devenu définitif, soit à la requête du ministère public, soit à la demande des caisses de sécurité sociale intéressées ou du tiers responsable, lorsque ces derniers y auront intérêt () ". En application de ces dispositions, il incombe au juge administratif, saisi d'un recours indemnitaire de la victime contre une personne publique regardée comme responsable de l'accident, de mettre en cause les caisses auxquelles la victime est ou était affiliée. Symétriquement, lorsque le juge est saisi d'un recours indemnitaire introduit contre la personne publique par une caisse agissant dans le cadre de la subrogation légale, il lui incombe de mettre en cause la victime.

71. Il n'appartient pas au juge administratif de déclarer le présent jugement commun et opposable à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois, celle-ci ayant été régulièrement mis en cause. Par suite, les conclusions présentées en ce sens par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

En ce qui concerne le versement de l'indemnité forfaitaire de gestion :

72. Il résulte des dispositions du neuvième alinéa de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale que le montant de l'indemnité forfaitaire qu'elles instituent est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un plafond dont le montant est révisé chaque année par arrêté des ministres chargés de la sécurité sociale et du budget. Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 15 décembre 2022 relatif aux montants de l'indemnité forfaitaire de gestion : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 115 € et 1 162 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2023 ".

73. En application des dispositions citées ci-dessus, il y a lieu de mettre à la charge du groupe hospitalier de Seclin Carvin le versement de la somme de 1 162 euros à raison des frais engagés par la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois pour obtenir le remboursement des prestations servies à son assuré.

En ce qui concerne les dépens :

74. Aux termes de l'article R. 761-1 du code de justice administrative : " Les dépens comprennent les frais d'expertise, d'enquête et de toute autre mesure d'instruction dont les frais ne sont pas à la charge de l'Etat. Sous réserve de dispositions particulières, ils sont mis à la charge de toute partie perdante sauf si les circonstances particulières de l'affaire justifient qu'ils soient mis à la charge d'une autre partie ou partagés entre les parties. L'Etat peut être condamné aux dépens ".

75. Par trois ordonnances n° 2001703 du 3 décembre 2020 les frais de l'expertise, réalisée par les docteurs I, E et A, ont été respectivement liquidés et taxés aux sommes de 700 euros, 150 euros et 150 euros par le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Lille. Il y a lieu de mettre à la charge définitive du GHSC ces frais, soit la somme globale de 1 000 euros.

En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :

76. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du GHSC la somme totale de 2 500 euros à verser aux requérants et celle de 1 000 euros à verser à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Le groupe hospitalier de Seclin Carvin est condamné à verser à M. C B, en tant que tuteur de M. M B, une indemnité de 2 765 282,93 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 19 février 2021.

Article 2 : Le groupe hospitalier de Seclin Carvin remboursera également, au fur et à mesure des frais exposés et dans la limite de la somme totale de 43 199,60 euros les sommes relatives aux dépenses de santé futures de M. M B mentionnés dans le présent jugement ainsi que, dans la limite de 135 348,57 euros, les frais en institut spécialisé.

Article 3 : Le groupe hospitalier de Seclin Carvin versera en outre à compter du présent jugement une rente annuelle d'un montant total de 16 254,25 euros, au titre de l'assistance par tierce personne, sous déduction de la somme éventuellement perçue au titre de la prestation de compensation du handicap ou de toute autre allocation ayant le même objet dont les requérants devront justifier au préalable auprès de l'établissement. Cette rente sera revalorisée par application des coefficients prévus à l'article L. 434-17 du code de la sécurité sociale.

Article 4 : : Le groupe hospitalier de Seclin Carvin versera à M. C B, en réparation du préjudice de M. M B, tiré de la perte de revenus professionnels et de la perte consécutive de droits à pension les indemnités et la rente calculées comme indiqué aux points 44 et 45 de la présente décision.

Article 5 : Le groupe hospitalier de Seclin Carvin est condamné à verser à M. C B une indemnité de 25 160 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 19 février 2021.

Article 6 : Le groupe hospitalier de Seclin Carvin est condamné à verser à Mme K B une indemnité de 25 000 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 19 février 2021.

Article 7 : Le groupe hospitalier de Seclin Carvin est condamné à verser à M. H B une indemnité de 15 000 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 19 février 2021.

Article 8 : Le groupe hospitalier de Seclin Carvin est condamné à verser à M. L G une indemnité de 4 000 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 19 février 2021.

Article 9 : Le groupe hospitalier de Seclin Carvin est condamné à verser à Mme F B une indemnité de 4 000 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 19 février 2021.

Article 10 : Le groupe hospitalier de Seclin Carvin est condamné à verser à Mme N G une indemnité de 10 477,93 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 19 février 2021.

Article 11 : Le groupe hospitalier de Seclin Carvin est condamné à verser à caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois une somme de 380 760,38 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 25 octobre 2021. Les intérêts échus à la date du 25 octobre 2022 à minuit, puis à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date, seront capitalisés à chacune des dates pour produire eux-mêmes intérêts.

Article 12 : Le groupe hospitalier de Seclin Carvin remboursera en outre, au fur et à mesure des débours exposés et dans la limite de la somme totale de 1 424 927,44 euros les sommes relatives aux frais futurs de M. M B mentionnés dans le présent jugement.

Article 13 : Le groupe hospitalier de Seclin Carvin versera à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois la somme de 1 162 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.

Article 14 : Les frais d'expertise liquidés et taxés à la somme de 1 000 euros sont mis à la charge définitive du groupe hospitalier de Seclin Carvin.

Article 15 : Le groupe hospitalier de Seclin Carvin versera aux consorts B et G la somme totale de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 16 : Le groupe hospitalier de Seclin Carvin versera à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 17 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 18 : Le présent jugement sera notifié à M. C B, à Mme K B, à M. H B, à Mme F B, à M. L G, à Mme N G, au groupe hospitalier de Seclin Carvin et à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois.

Copie en sera adressée au docteur I, expert, et aux docteurs E et Neult, sapiteur.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Léa-Jeanne, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2023.

Le président-rapporteur,

signé

J.M. Riou

L'assesseur le plus ancien dans l'ordre du tableau,

signé

V. Fougères

La greffière,

signé

I. Baudry

La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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