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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2101605

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2101605

mercredi 27 septembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2101605
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation6ème chambre
Avocat requérantFIDAL DIRECTION PARIS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 mars 2021 et le 17 décembre 2021 sous le numéro 2101605, la société par actions simplifiée à associé unique (SASU) Idverde, représentée par Me Simonin, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 29 décembre 2020 par laquelle le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi (DIRECCTE) des Hauts-de-France lui a infligé, en application de l'article L. 8115-1 du code du travail, une amende administrative d'un montant total de 4 800 euros pour non-respect de ses obligations en matière d'hygiène ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la procédure est irrégulière dès lors que la décision en litige a été notifiée à son siège social alors que toute la procédure ayant précédé a été menée à l'encontre de son établissement secondaire, situé à Wambrechies (59) ;

- le DIRECCTE de la région Hauts-de-France a méconnu le caractère contradictoire de la procédure, en ne recueillant pas ses observations préalablement à l'établissement du rapport du 8 février 2019, en lui laissant un délai insuffisant pour transmettre ses observations, en ne lui communiquant pas l'ensemble des annexes au rapport du 8 février 2019, en ne l'informant pas des éléments transmis au procureur de la République et à ses instances représentatives du personnel ;

- la décision en litige est entachée d'une erreur de droit dans la mesure où les articles R. 4534-1 et suivants du code du travail ne lui sont pas applicables ;

- elle est irrégulière en l'absence d'identification de la personne physique qui aurait commis les infractions pour son compte ;

- la matérialité des manquements reprochés n'est pas établie dès lors que les travailleurs sur le chantier bénéficient d'eau potable en quantité suffisante, qu'ils perçoivent une prime de petit déplacement leur permettant de déjeuner dans un restaurant situé à proximité, qu'ils disposent d'eau dans une cuve située dans les véhicules de la société, ainsi que de sanitaires avec douches dans les locaux de l'entreprise où ils passent matin et soir, la configuration du chantier ne permettant pas l'installation de sanitaires mobiles ;

- la décision en litige est entachée d'erreurs d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 novembre 2021, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités des Hauts-de-France conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Idverde ne sont pas fondés.

Un mémoire, enregistré le 4 janvier 2022, a été présenté par le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités des Hauts-de-France.

Par ordonnance du 4 octobre 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 4 novembre 2022.

II. Par une requête et des mémoires, enregistrés le 1er avril 2022, le 8 juin 2022 et le 31 mai 2023 sous le numéro 2202472, la société par actions simplifiée à associé unique (SASU) Idverde, représentée par Me Simonin, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre de perception n°080000 036 056 059 250521 2021 0001575 du 20 mai 2021 et de la décharger de la somme de 4 800 euros qu'il mentionne ;

2°) d'annuler la décision implicite de rejet du directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités de son recours gracieux ;

3°) à titre subsidiaire, de la décharger partiellement de la somme mise à sa charge par le titre de perception contesté ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que le titre de perception en litige et la décision implicite de rejet de son recours gracieux :

- sont irréguliers, en l'absence de signature du titre de perception ;

- sont irréguliers, dès lors qu'il n'est pas justifié de la compétence de l'auteur de ce titre de perception ;

- doivent être annulés, en raison de l'illégalité de la décision du 29 décembre 2020 du directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, pour les mêmes moyens que ceux mentionnés au soutien de la requête enregistrée sous le numéro 2101605.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 18 janvier 2023, le directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Idverde ne sont pas fondés.

La directrice départementale des finances publiques de la Somme, a présenté des observations, enregistrées le 3 mai 2022.

Elle soutient que les moyens soulevés par la société Idverde se rapportant à la régularité du titre de perception ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 31 mai 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 5 juillet 2023.

Vu les autres pièces de ces deux dossiers.

Vu :

- le code pénal ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code du travail ;

- le livre des procédures fiscales ;

- la loi n°2010-1658 du 29 décembre 2010 ;

- l'arrêté du 21 décembre 2018 fixant l'assignation des dépenses et des recettes des ordonnateurs secondaires des services civils de l'Etat ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Fougères,

- les conclusions de Mme Bruneau, rapporteure publique,

- et les observations de Me Simonin, représentant la société Idverde.

Considérant ce qui suit :

1. La société Idverde a fait l'objet d'un contrôle de l'inspection du travail, le 17 janvier 2019, sur le chantier paysager situé Quai des Canotiers, en bout de rue Christophe Colomb, sur la commune de Wasquehal (59). Au cours de ce contrôle, l'inspecteur du travail a constaté des manquements aux obligations de l'employeur se rapportant à la propreté individuelle des salariés, à la mise à disposition d'eau potable et fraîche, ainsi qu'au défaut de cabinets d'aisance. Par une décision du 29 décembre 2020, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi des Hauts-de-France a prononcé à l'encontre de la société Idverde une amende administrative d'un montant total de 4 800 euros. Par la requête enregistrée sous le numéro 2101605, la société requérante demande au tribunal l'annulation de la décision du 29 décembre 2020.

2. Le 20 mai 2021, le titre de perception n°080000 036 056 059 250521 2021 0001575 a été émis en vue du recouvrement de l'amende administrative précitée à l'encontre de la société Idverde, qui a formé un recours administratif préalable obligatoire auprès du directeur régional de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités. Par la requête enregistrée sous le numéro 2202472, la société Idverde sollicite l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire, ainsi que l'annulation et la décharge du titre exécutoire émis à son encontre le 20 mai 2021.

3. Les requêtes susvisées n°2101605 et n°2202472, présentées par la société Idverde concernent la situation d'une même société à la suite de faits identiques et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 29 décembre 2020 :

En ce qui concerne la régularité de la procédure :

4. L'article L. 8115-5 du code du travail dispose : " Avant toute décision, l'autorité administrative informe par écrit la personne mise en cause de la sanction envisagée en portant à sa connaissance le manquement retenu à son encontre et en l'invitant à présenter, dans un délai fixé par décret en Conseil d'Etat, ses observations. / A l'issue de ce délai, l'autorité administrative peut, par décision motivée, prononcer l'amende et émettre le titre de perception correspondant. / Elle informe de cette décision le comité social et économique. / () ". Aux termes de l'article R. 8115-1 du même code : " Lorsqu'un agent de contrôle de l'inspection du travail constate l'un des manquements aux obligations mentionnées à la section 2 du présent chapitre, il transmet au directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi un rapport sur le fondement duquel ce dernier peut décider de prononcer une amende administrative ". Aux termes de l'article R. 8115-2 du même code : " Lorsque le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi décide de prononcer une amende administrative, il indique à l'intéressé par l'intermédiaire du représentant de l'employeur mentionné au II de l'article L. 1262-2-1 ou, à défaut, directement à l'employeur, le montant de l'amende envisagée et l'invite à présenter ses observations dans un délai de quinze jours. / A l'expiration du délai fixé et au vu des observations éventuelles de l'intéressé, il notifie sa décision et émet le titre de perception correspondant. "

5. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la société Idverde a été destinataire d'un courrier du 3 juillet 2019 de la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi l'informant du projet de prononcer plusieurs amendes à son encontre et l'invitant à présenter ses observations écrites ou à solliciter un rendez-vous en vue d'observations orales dans le délai d'un mois à compter de la notification de ce courrier. Ce courrier précisait les manquements qui lui étaient reprochés ainsi que le montant maximal des amendes susceptibles d'être prononcées. La circonstance que l'inspecteur du travail, aux termes d'un courrier du 29 janvier 2019, reçu le 31 janvier par la société, signalait à cette dernière qu'elle pouvait présenter des observations, alors que le rapport a été établi le 8 février 2019, ne méconnaît pas le principe du contradictoire, organisé, par les dispositions précitées du code du travail, après l'établissement du rapport. Il s'ensuit que le principe du contradictoire a bien été respecté, sans qu'importent les circonstances que la décision attaquée ne réponde pas expressément aux observations émises par la société requérante, que le rapport du 8 février 2019, qui en lui-même ne fait pas grief, ait été établi sans communication préalable des informations sur lesquelles il se fondait, communication préalable qui n'est pas prévue par les dispositions précitées des articles R. 8115-1 et R. 8115-2 du code du travail, ou que la société requérante, qui a eu communication des photographies annexées au rapport et du courrier de l'inspecteur du travail du 29 janvier 2019, annexe n°3 au rapport, n'ait pas eu communication des autres annexes au rapport du 8 février 2019 correspondant à des documents en sa possession, à savoir le compte rendu d'une réunion du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail, qu'elle a elle-même établi et l'extrait de son immatriculation au registre du commerce et des sociétés, nécessairement en sa possession . Il est constant que le rapport a été transmis à la société le 17 juillet 2019, ce qui a permis à cette dernière de le prendre en compte pour formuler ses observations, le 29 juillet 2019, préalablement à la décision attaquée. Enfin, aucune disposition législative ou réglementaire ne prévoit d'informer l'employeur faisant l'objet d'une sanction administrative préalablement à la communication, prévue par les dispositions précitées de l'article L. 8115-5 du code du travail, de la décision de sanction au comité social et économique ou au procureur de la République, de sorte que la société requérante ne peut utilement se prévaloir d'une irrégularité à ce titre. Si, en réplique, la société soutient également que le défaut d'information du comité social et économique vicierait la décision, ce défaut, à le supposer établi, affecte les conditions de notification de la décision et se trouve donc sans incidence sur sa légalité, qui s'apprécie à la date à laquelle elle a été édictée. Il s'ensuit que la société Idverde n'est pas fondée à se prévaloir d'une méconnaissance du principe du contradictoire.

6. En second lieu, la société Idverde soutient que la procédure administrative préalable à la décision contestée, laquelle a été notifiée au siège social situé sur la commune de Levallois-Perret (92), est irrégulière, dès lors que seul son établissement de Wambrechies a été partie à cette procédure. Toutefois, il résulte des propres écritures de la société requérante que le directeur de l'établissement secondaire de Wambrechies dispose d'une délégation de pouvoirs, tant aux niveaux commercial, social que pénal, consentie par le président de cette société. En outre, le directeur de l'établissement de Wambrechies, dans ses observations du 29 juillet 2019 n'a soulevé aucune difficulté à cet égard, se présentant, implicitement mais nécessairement, comme disposant du pouvoir de formuler ces observations. Il s'ensuit que la société Idverde, mentionnée comme destinataire, même si l'adresse est celle de l'établissement en question et non du siège, doit être regardée comme ayant été régulièrement destinataire du courrier du 3 juillet 2019 l'informant, en application des dispositions citées au point précédent, de la possibilité de présenter des observations préalablement à la décision du directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'irrégularité de la procédure suivie préalablement à la décision en litige doit être écarté.

En ce qui concerne le bien-fondé de la sanction :

7. En premier lieu, d'une part, aux termes des dispositions de l'article 121-2 du code pénal : " Les personnes morales, à l'exclusion de l'Etat, sont responsables pénalement () des infractions commises pour leur compte par leurs organes ou leurs représentants ". Il en résulte que, pour qu'une société puisse être regardée comme pénalement responsable, il est nécessaire qu'une infraction ait été commise par l'un de ses organes ou l'un de ses représentants, c'est-à-dire un dirigeant susceptible d'agir en son nom.

8. D'autre part, en vertu de l'article L. 8115-1 du code du travail, l'autorité administrative compétente peut prononcer à l'encontre de l'employeur une amende en cas de manquement aux dispositions citées par ce texte, sous réserve de l'absence de poursuites pénales.

9. Il résulte de ce qui précède que les dispositions de l'article 121-2 du code pénal ne peuvent être utilement invoquées, en l'absence de poursuites pénales, à l'encontre d'une sanction administrative, qui est prononcée à l'encontre d'un employeur, à savoir la société requérante, qui ne conteste pas cette qualité. Il s'ensuit que le moyen tiré du défaut d'identification dans la décision en litige de l'organe ou du représentant auteur de l'infraction est inopérant et doit être écarté.

10. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 4534-1 du code du travail, les prescriptions techniques de protection durant l'exécution des travaux de bâtiment et génie civil prévues au chapitre IV du titre III du livre V de la quatrième partie du code du travail " s'appliquent aux employeurs du bâtiment et des travaux publics, dont les travailleurs accomplissent, même à titre occasionnel, des travaux de terrassement, de construction, d'installation, de démolition, d'entretien, de réfection, de nettoyage, toutes opérations annexes et tous autres travaux prévus par le présent chapitre, portant sur des immeubles par nature ou par destination. / Elles s'appliquent également aux autres employeurs dont les travailleurs accomplissent les mêmes travaux ".

11. En l'espèce, dès lors que le chantier en litige avait pour objet l'abattage d'arbres de grande hauteur, biens immeubles, situés en bordure de canal, en surplomb d'un chemin de halage, non pour exploiter le produit de cette coupe, mais dans le cadre de travaux d'entretien et de réfection d'une parcelle, de sorte que les dispositions de l'article L 722-3 du code rural et de la pêche maritime ne sauraient s'appliquer, celui-ci était soumis aux prescriptions du chapitre IV du titre III du livre V de la quatrième partie du code du travail. Il s'ensuit que le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.

12. En dernier lieu, l'article R. 4534-141 du code du travail dispose que : " Les employeurs mettent à la disposition des travailleurs une quantité d'eau potable suffisante pour assurer leur propreté individuelle. Lorsqu'il est impossible de mettre en place l'eau courante, un réservoir d'eau potable d'une capacité suffisante est raccordé aux lavabos afin de permettre leur alimentation. / Dans les chantiers mentionnés à l'article R. 4534-137 de ce code, sont installés des lavabos ou des rampes, si possible à température réglable, à raison d'un orifice pour dix travailleurs. / Des moyens de nettoyage et de séchage ou d'essuyage appropriés, entretenus et changés chaque fois que nécessaire, sont mis à disposition des travailleurs ". Aux termes de l'article R. 4534-142 du même code : " Lorsque des travailleurs prennent leur repas sur le chantier, un local réfectoire est mis à leur disposition. / Ce local répond aux exigences suivantes : / 1° Il est pourvu de tables et de chaises en nombre suffisant ; / 2° Il dispose d'au moins un appareil permettant d'assurer le réchauffage ou la cuisson des aliments et d'un garde-manger destiné à protéger les aliments d'une capacité suffisante et, si possible, d'un réfrigérateur ; /3° Il est tenu en parfait état de propreté ". L'alinéa 1er de l'article R. 4534-143 de ce code prévoit que : " L'employeur met à la disposition des travailleurs de l'eau potable et fraîche pour la boisson, à raison de trois litres au moins par jour et par travailleur ". L'article R. 4534-144 du code du travail dispose que : " Sur les chantiers, des cabinets d'aisance conformes aux dispositions des articles R. 4228-11 à R. 4228-15 sont mis à la disposition des travailleurs ". Enfin, l'article R. 4534-145 du même code dispose que : " Lorsque la disposition des lieux ne permet pas de mettre en place les véhicules de chantier, le local réfectoire et les cabinets d'aisance, prévus aux articles R. 4534-140, R. 4534-142 et R. 4534-144, l'employeur recherche à proximité du chantier un local ou un emplacement offrant des conditions au moins équivalentes ".

13. Il résulte de l'instruction que lors du contrôle, effectué le 17 janvier 2019, l'inspecteur du travail a constaté que les trois salariés de la société Idverde affectés à ce chantier, d'une durée prévisionnelle inférieure à quatre mois, ne disposaient ni d'un local permettant de se restaurer dans de bonnes conditions d'hygiène et de sécurité, ni d'un cabinet d'aisance et que de l'eau potable et fraîche n'était pas mise à leur disposition, tandis qu'ils n'avaient pas davantage accès à des moyens permettant d'assurer la propreté individuelle, à savoir au minimum le lavage et le séchage des mains.

14. Tout d'abord, le versement d'une indemnité de petit déplacement n'exonère par l'employeur de l'obligation de mise à disposition d'un local réfectoire prévue par l'article R. 4534-142 précité. Par ailleurs, si l'employeur soutient que les conditions climatiques et la configuration des lieux ne permettaient pas de recourir à des sanitaires mobiles, par les pièces qu'il produit, il ne rapporte pas la preuve que des véhicules de chantier spécialement aménagés pour permettre aux travailleurs d'assurer leur propreté individuelle et de disposer sur le chantier de cabinets d'aisance ne pouvaient être utilisés, de sorte qu'il n'est pas fondé à se prévaloir des dispositions de l'article R. 4534-145 du code du travail. S'agissant des moyens permettant aux salariés d'assurer la propreté individuelle, il n'est pas contesté que si une cuve permettait aux salariés de disposer d'eau sur le chantier, aucun produit de nettoyage et moyen de séchage ou d'essuyage n'était à disposition des salariés, en méconnaissance des dispositions de l'article R. 4534-141 du code du travail précité. Enfin, la mise à disposition d'une cuve ou d'un bidon d'eau, non étiqueté, ne permet pas de satisfaire aux dispositions de l'article R. 4534-143 du code du travail sur la mise à disposition d'eau potable et fraîche pour la boisson, et, par la production de factures relatives à l'achat de bouteilles d'eau entre mai 2018 et fin août 2018 puis à compter du 31 mars 2019, la société Idverde ne rapporte pas la preuve que ses salariés disposaient de manière effective chacun d'au moins trois litres d'eau sur le lieu du chantier. Dans ces circonstances, la société Idverde n'est pas fondée à se prévaloir d'une erreur de fait s'agissant des manquements retenus dans la décision contestée. Le moyen doit donc être écarté.

En ce qui concerne le montant de l'amende :

15. Aux termes de l'article L. 8115-3 du code du travail : " Le montant maximal de l'amende est de 4 000 euros et peut être appliqué autant de fois qu'il y a de travailleurs concernés par le manquement. / Le plafond de l'amende est porté au double en cas de nouveau manquement constaté dans un délai de deux ans à compter du jour de la notification de l'amende concernant un précédent manquement de même nature. / Il est majoré de 50 % en cas de nouveau manquement constaté dans un délai d'un an à compter du jour de la notification d'un avertissement concernant un précédent manquement de même nature ". L'article L. 8115-4 de ce code ajoute que : " Pour déterminer si elle prononce un avertissement ou une amende et, le cas échéant, pour fixer le montant de cette dernière, l'autorité administrative prend en compte les circonstances et la gravité du manquement, le comportement de son auteur, notamment sa bonne foi, ainsi que ses ressources et ses charges ".

16. Contrairement à ce que soutient la société Idverde, compte tenu des conséquences en termes d'hygiène et de sécurité qu'entraînent notamment l'absence de mise à disposition sur le lieu de chantier d'installation sanitaire, alors que son attention avait déjà été attirée sur cette difficulté au cours de la réunion du comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail du 19 octobre 2018 et que l'amende encourue est de 4 000 euros par salarié concerné par le manquement, le directeur régional des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi pouvait légalement considérer que les différents manquements reprochés étaient d'une gravité suffisante pour justifier qu'une sanction de 400 euros par salarié et par manquement constaté soit infligée à la société requérante.

17. Il résulte de ce qui précède que la société Idverde n'est pas fondée à solliciter l'annulation de la décision du 29 décembre 2020 lui infligeant une amende pour un montant de 4 800 euros.

Sur les conclusions à fin d'annulation et de décharge du titre de perception émis le 20 mai 2021 :

18. En premier lieu, il résulte de ce qui précède que la société Idverde, qui reprend les mêmes moyens que dans la requête n°2101605, n'est pas fondée à exciper de l'illégalité de la décision du 29 décembre 2020 à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation et à la décharge du titre exécutoire contesté.

19. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales : " Constituent des titres exécutoires les arrêtés, états, rôles, avis de mise en recouvrement, titres de perception ou de recettes que l'Etat, les collectivités territoriales ou les établissements publics dotés d'un comptable public délivrent pour le recouvrement des recettes de toute nature qu'ils sont habilités à recevoir ". Il ressort de l'article 5 de l'arrêté du 21 décembre 2018 visé ci-dessus et de l'annexe E à laquelle il renvoie, que le centre de services partagés du Puy-de-Dôme est compétent pour l'ordonnancement des recettes non fiscales de l'Etat, notamment pour les services du ministère chargé du travail.

20. En l'espèce, par un arrêté n°20201847 du 31 août 2020, publié le même jour au recueil des actes administratifs spécial de la préfecture n°63-2020-98, le préfet du Puy-de-Dôme a donné délégation, à son article 1er, à Mme C A, administratrice des finances publiques, à l'effet de procéder, notamment, à l'ordonnancement secondaire des recettes et dépenses de l'Etat, l'article 4 de cet arrêté lui permettant de donner délégation de signature aux agents placés sous son autorité. Par arrêté DS-PPR/CSP n°2021-25, régulièrement publié, Mme A a délégué sa signature notamment à Mme D B, contrôleuse principale des finances publiques, pour la validation notamment des titres de perception. Le moyen d'incompétence du signataire de la décision attaquée, qui manque en fait, doit donc être écarté.

21. En dernier lieu, aux termes de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration : " Toute décision prise par une administration comporte la signature de son auteur ainsi que la mention, en caractères lisibles, du prénom, du nom et de la qualité de celui-ci ". Le V de l'article 55 de la loi du 29 décembre 2010 de finances rectificatives pour 2010 prévoit que pour l'application de cette disposition " aux titres de perception délivrés par l'Etat en application de l'article L. 252 A du livre des procédures fiscales, afférents aux créances de l'Etat ou à celles qu'il est chargé de recouvrer pour le compte de tiers, la signature figure sur un état revêtu de la formule exécutoire, produit en cas de contestation ". Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de perception individuel délivré par l'Etat doit mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, et d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier, en cas de contestation, que l'état revêtu de la formule exécutoire comporte la signature de cet auteur.

22. Il résulte des dispositions précitées que le moyen tiré du défaut de signature du titre de perception, dès lors qu'il n'est pas contesté que l'état récapitulatif s'y rapportant, revêtu de la formule exécutoire, est signé, est inopérant. Il s'ensuit que le moyen doit être écarté.

23. Il résulte de ce qui précède que la société Idverde n'est pas fondée à solliciter l'annulation et la décharge du titre de perception émis le 20 mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire :

24. Il résulte de ce qui précède que la société Idverde, qui reprend les mêmes moyens que dans la requête n°2101605, n'est pas fondée à exciper de l'illégalité ni de la décision du 29 décembre 2020 ni du titre de perception émis le 20 mai 2021 à son encontre à l'appui de ses conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours administratif préalable obligatoire. Dès lors, les conclusions de la requête n°2202472 dirigées contre cette décision implicite de rejet doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

25. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, la somme que société Idverde demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

26. Il résulte de tout ce qui précède que les requêtes de la société Idverde doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes de la société Idverde enregistrées sous les numéros 2101605 et 2202472 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée à associé unique (SASU) Idverde et au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion.

Copie en sera adressée, pour information, au préfet de la région Hauts-de-France et à la directrice départementale des finances publiques de la Somme.

Délibéré après l'audience du 6 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Riou, président,

M. Fougères, premier conseiller,

Mme Lançon, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 septembre 2023.

Le rapporteur,

signé

V. FOUGERES

Le président,

signé

J.-M. RIOULa greffière,

signé

I. BAUDRY

La République mande et ordonne au ministre du travail, du plein emploi et de l'insertion en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

2 - 220247

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TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110

Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.

01/06/2026

TA13Plein contentieux

Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580

Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.

01/06/2026

TA14Plein contentieux

Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609

Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.

01/06/2026

TA25Plein contentieux

Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163

Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.

01/06/2026

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