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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2101737

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2101737

mercredi 29 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2101737
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCABINET SYNERGIS AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 4 mars 2021 et 5 juillet 2021, Mme C D, épouse E, représentée par Me Le Rioux, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 27 janvier 2021 du préfet du Pas-de-Calais portant mise en demeure de faire cesser un danger imminent pour la santé et la sécurité des occupants du logement sis 3 rue Arthur Delobelle à Athies (62) ;

2°) de mettre à la charge du préfet du Pas-de-Calais la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- l'arrêté litigieux a été signé par une autorité qui n'avait pas compétence pour le faire ;

- il n'est pas motivé en droit et en fait ;

- il a été pris en violation des dispositions des articles L. 121-1 et L. 122-1 du code des relations entre le public et l'administration, dès lors que la mise en demeure n'a pas été précédée d'une procédure contradictoire ;

- il porte atteinte au principe de séparation des pouvoirs et à l'indépendance de l'autorité judiciaire, dès lors que, d'une part, il présume, contrairement à une ordonnance rendue par le juge judiciaire, que l'origine de la panne de chauffage est connue et que, d'autre part, il compromet l'exécution d'une mesure d'instruction judiciaire ;

- il porte atteinte au droit à un recours juridictionnel effectif et à la faculté d'agir en responsabilité civile, dès lors qu'en enjoignant au changement de la chaudière, il empêche l'intéressée de prouver la responsabilité de l'entreprise mandatée par la locataire dans la défaillance du système de chauffage ;

- il est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation, dès lors que l'article 5B du règlement sanitaire départemental est inapplicable en l'espèce, qu'il ne précise pas la disposition de l'article 13 du même règlement qui le fonde, que l'urgence de la situation n'est pas démontrée, qu'il est inexact d'attribuer l'origine du problème d'humidité à la panne de chaudière et qu'il ne pouvait être pris à l'encontre de l'intéressée, dès lors que le dommage relève de la seule responsabilité de la locataire ;

- il est disproportionné au regard des réparations nécessaires.

Par un mémoire en défense enregistré le 22 avril 2021, le préfet du Pas-de-Calais conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par la requérante ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de la santé publique ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- les conclusions de M. Groutsch, rapporteur public ;

- et les observations de Me Houlmann substituant Me Le Rioux, représentant Mme D.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C D, épouse E, est propriétaire d'un immeuble à usage d'habitation sis 3 rue Arthur Delobelle à Athies (62). Le 17 octobre 2017, elle a loué, par acte sous seing privé, son bien à Mme A, qui l'occupe depuis cette date. Suite à un signalement effectué par cette dernière à la communauté urbaine d'Arras, une enquête d'insalubrité portant sur ce logement a été diligentée par un inspecteur de l'agence régionale de santé, qui a révélé l'insuffisance du système de chauffage et de fourniture d'eau chaude. En conséquence, par un arrêté du 27 janvier 2021, le préfet du Pas-de-Calais a mis Mme D, en sa qualité de propriétaire, en demeure de procéder à la mise en place d'un moyen de chauffage suffisant et sécurisé et d'une installation permettant la fourniture d'eau chaude sanitaire. Par sa requête, Mme D vous demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / À cet effet, doivent être motivées les décisions qui : 1° Restreignent l'exercice des libertés publiques ou, de manière générale, constituent une mesure de police () ". Aux termes de l'article L. 121-1 du même code : " Exception faite des cas où il est statué sur une demande, les décisions individuelles qui doivent être motivées en application de l'article L. 211-2, ainsi que les décisions qui, bien que non mentionnées à cet article, sont prises en considération de la personne, sont soumises au respect d'une procédure contradictoire préalable ". Aux termes de l'article L. 121-2 du même code : " Les dispositions de l'article L. 121-1 ne sont pas applicables : 1° En cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles () ". Aux termes de l'article L. 122-1 du même code : " Les décisions mentionnées à l'article L. 211-2 n'interviennent qu'après que la personne intéressée a été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales () ".

3. En vertu des dispositions précitées, les mesures de police prises sur le fondement de l'article L. 1311-4 du code de la santé publique doivent, sauf en cas d'urgence ou de circonstances exceptionnelles, être précédées d'une procédure contradictoire préalable. Si le préfet du Pas-de-Calais fait valoir qu'en application de l'article L. 121-2 précité, l'arrêté attaqué, qui était justifié par l'urgence de mettre fin à un danger ponctuel imminent pour la santé publique, n'était soumis à aucune obligation de diligenter une procédure contradictoire, il ne ressort pas des pièces du dossier que les non-conformités constatées, l'insuffisance du chauffage et l'absence de fourniture en eau chaude, auraient été telles qu'elles justifiaient une situation d'urgence au sens de l'article L. 121-2 du code des relations entre le public et l'administration. Il résulte au contraire des circonstances précises de l'espèce que le préfet du Pas-de-Calais aurait pu organiser, entre la remise du rapport de l'agence régionale de santé le 15 janvier 2021 et l'adoption de la décision attaquée le 27 janvier 2021, un échange contradictoire préalable satisfaisant aux obligations des dispositions précitées du code des relations entre le public et l'administration, sans même que cela implique de différer la prise de l'arrêté attaqué.

4. Par suite, l'arrêté du 27 janvier 2021, qui n'a pas été précédé d'une procédure contradictoire préalable permettant à Mme D de présenter ses observations écrites et, le cas échéant, orales en méconnaissance des dispositions précitées au point 2 et qui prive la requérante d'une garantie, est entaché d'illégalité pour vice de procédure.

5. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que Mme D est fondée à demander l'annulation de l'arrêté du 27 janvier 2021 du préfet du Pas-de-Calais.

Sur les frais liés au litige :

6. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire application des dispositions précitées et de mettre à la charge de l'Etat le versement à Mme D d'une somme de 1 500 euros au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 27 janvier 2021 du préfet du Pas-de-Calais est annulé.

Article 2 : L'Etat versera à Mme D une somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, épouse E et au préfet du Pas-de-Calais.

Délibéré après l'audience du 8 mars 2023, à laquelle siégeaient :

- Mme Féménia, présidente,

- M. Bourgau, premier conseiller,

- M. Horn, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 mars 2023.

La présidente rapporteure,

Signé

J. BL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

Signé

T. BOURGAULa greffière,

Signé

S. MAUFROID

La République mande et ordonne au préfet du Pas-de-Calais, en ce qui le concerne, ou à tous huissiers de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

No 2101737

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