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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2101782

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2101782

jeudi 17 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2101782
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (1)
Avocat requérantMARICOURT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 10 mars 2021 et 31 mai 2022, Mme A B, représentée par Me Maricourt, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 janvier 2021 par laquelle le directeur du service des retraites de l'Etat a refusé de réviser sa pension de retraite ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'économie, des finances et de la relance de prendre en compte son 7ème échelon rétroactivement à compter du 23 juillet 2019, sous astreinte de 50 euros par jour de retard à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 600 euros à lui verser au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est dépourvue de signature en méconnaissance de l'article L. 212-1 du code des relations entre le public et l'administration ;

- la décision contestée n'a pas été prise par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit dès lors qu'elle aurait dû prendre en compte son 7ème échelon pour le calcul de sa pension ;

- la décision contestée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors qu'elle n'a pas demandé la révision de sa pension mais la prise en compte et l'exécution du protocole d'accord signé le 23 juillet 2019.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 29 juillet 2021 et 30 mars 2023, le ministre de l'économie, des finances et de la relance conclut au rejet de la requête.

Il soutient que :

- la décision du 25 janvier 2021 a été retirée et remplacée par une décision prise le 25 mai 2021 ; il convient donc de rediriger les conclusions à fin d'annulation ;

- la prescription de l'article L. 55 du code des pensions civiles et militaires de retraite s'applique car la requête, qui vise à la prise en compte d'une erreur de droit, a été introduite plus d'une année après la notification de son titre de pension à Mme B ;

- cela a pour effet de rendre l'ensemble des moyens inopérants ;

- en tout état de cause, les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code des pensions civiles et militaires de retraite ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative.

En application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative, le président du tribunal a désigné Mme Leguin pour statuer sur les litiges visés audit article.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Leguin, magistrate désignée ;

- les conclusions de Mme Grard, rapporteure publique ;

- et les observations de Me Maricourt, représentant la requérante.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, titulaire du grade d'ingénieur divisionnaire de l'agriculture et de l'environnement, a été admise à la retraite au 1er janvier 2020 par un arrêté du 9 décembre 2019. Sa pension a été liquidée par le service des retraites de l'Etat sur la base de l'échelon 6, indice majoré 722. Par un courriel du 12 janvier 2021, Mme B a sollicité la révision de sa pension afin de tenir compte de sa promotion à l'échelon 7, indice brut 935, à compter du 16 juin 2019. Par une décision du 25 janvier 2021, le service des retraites de l'Etat a rejeté sa demande. Par la présente requête, Mme B demande l'annulation de cette décision.

Sur l'étendue du litige :

2. Lorsqu'une décision administrative faisant l'objet d'un recours contentieux est retirée en cours d'instance pour être remplacée par une décision ayant la même portée, le recours doit être regardé comme tendant également à l'annulation de la nouvelle décision. Lorsque le retrait a acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre la décision initiale, qui ont perdu leur objet, le juge devant, en revanche, statuer sur les conclusions dirigées contre la nouvelle décision.

3. En l'espèce, par une décision du 25 mai 2021, le directeur du service des retraites de l'Etat a retiré la décision du 25 janvier 2021 et a refusé de faire droit à la demande de la requérante portant sur la révision de sa pension de retraite. Cette décision a la même portée que la décision du 25 janvier 2021. Le retrait de la décision du 25 janvier 2021 ayant acquis un caractère définitif, il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions dirigées contre cette décision. En revanche, les conclusions de Mme B tendant à l'annulation de la décision du 25 janvier 2021 doivent être regardées comme dirigées également contre celle du 25 mai 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes du I de l'article L. 15 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " Aux fins de liquidation de la pension, le montant de celle-ci est calculé en multipliant le pourcentage de liquidation () par le traitement ou la solde soumis à retenue afférents à l'indice correspondant à l'emploi, grade, classe et échelon effectivement détenus depuis six mois au moins par le fonctionnaire ou militaire au moment de la cessation des services valables pour la retraite () ". Aux termes de l'article L. 55 du code des pensions civiles et militaires de retraite : " () la pension et la rente viagère d'invalidité sont définitivement acquises et ne peuvent être révisées ou supprimées à l'initiative de l'administration ou sur demande de l'intéressé que dans les conditions suivantes : / A tout moment en cas d'erreur matérielle ; / Dans un délai d'un an à compter de la notification de la décision de concession initiale de la pension ou de la rente viagère, en cas d'erreur de droit ". Cette dernière disposition permet notamment, dans le délai d'un an, de redresser toute erreur de droit concernant la détermination de la situation administrative du fonctionnaire retraité au jour de son admission à la retraite et ayant eu une influence sur la liquidation de sa pension. Il appartient ainsi à l'autorité chargée de cette liquidation de vérifier, sous le contrôle du juge, l'existence et la portée des erreurs alléguées. Hors les cas prévus par ces dispositions de l'article L. 55 du code des pensions civiles et militaires de retraite, les intéressés ne peuvent se prévaloir de droits acquis qu'ils tiendraient d'actes intervenus postérieurement à la date de leur admission à la retraite et modifiant rétroactivement leur situation administrative à cette date, sauf s'il s'agit d'actes pris en exécution d'une loi, d'un règlement ayant légalement un effet rétroactif ou d'une décision du juge de l'excès de pouvoir. Il en va de même lorsque l'intéressé a formé un recours pour excès de pouvoir, recevable, contre un acte illégal de l'administration régissant sa situation administrative et qu'avant qu'il n'y soit statué, l'administration procède légalement à son retrait en vue de corriger cette illégalité.

5. Le ministre de l'économie soutient que la demande du 12 janvier 2021 n'a pas été présentée dans le délai d'un an prévu par l'article L. 55 précité du code des pensions civiles et militaires de retraite et qu'en conséquence, il était tenu de la rejeter.

6. Pour demander la révision de la pension qui lui a été concédée, Mme B soutient que celle-ci a été liquidée sans qu'il ait été tenu compte de la circonstance que son administration avait rectifié une erreur commise dans sa situation indiciaire. Elle invoque ainsi une erreur de droit qu'aurait commise l'administration lors de la liquidation de sa retraite, de sorte que les dispositions de l'article L. 55 du code des pensions lui sont opposables.

7. Il résulte de l'instruction que Mme B s'est vue concéder une pension civile de retraite le 1er janvier 2020 par un arrêté du 9 décembre 2019 qui lui a été notifié le 17 décembre 2019. L'intéressée a présenté une demande de révision auprès du service des retraites de l'Etat le 12 janvier 2021 en demandant que soit pris en compte le reclassement indiciaire lui accordant le bénéfice d'un 7ème échelon avec effet rétroactif au 16 juin 2019, acté dans le protocole d'accord transactionnel signé le 23 juillet 2019 et intervenu effectivement à la suite de l'édiction d'un arrêté du ministre de l'agriculture du 12 janvier 2021. Toutefois, elle ne peut se prévaloir de droits acquis qu'elle tiendrait dudit protocole ou de l'arrêté du 12 janvier 2021 dès lors qu'il ne s'agit pas d'actes pris en exécution d'une loi, d'un règlement ayant légalement un effet rétroactif ou d'une décision du juge de l'excès de pouvoir. Ainsi, à la date de cette demande de révision, le délai qui était imparti à la requérante pour se prévaloir d'une erreur de droit était dépassé et le ministre était tenu de refuser d'y faire droit.

8. Le ministre se trouvant, ainsi qu'il vient d'être dit, en situation de compétence liée pour refuser de réviser la pension de Mme B, les moyens tirés de l'erreur de droit et de l'erreur d'appréciation doivent être écartés comme inopérants.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme B doit être rejetée dans toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du 25 janvier 2021.

Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au ministre chargé du budget et des comptes publics.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2024.

La magistrate désignée,

signé

AM. LEGUINLa greffière,

signé

S. SING

La République mande et ordonne au ministre chargé du budget et des comptes publics en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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