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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2101826

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2101826

jeudi 4 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2101826
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantGUEY-BALGAIRIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête n° 2101826 enregistrée le 11 mars 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) JCBA, représentée par Me Guey-Balgairies, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2014 et 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le rejet de la comptabilité de l'exercice 2014 n'était pas justifié dès lors, d'une part, que l'absence de justification du détail des recettes pour la période du 1er janvier 2014 au 13 avril 2014 s'explique par un changement de caisse le 14 avril 2014, d'autre part, que l'absence d'inventaire des stocks à l'ouverture de l'exercice 2014 est dû à un changement de cabinet comptable à partir de l'exercice 2014 et que les données de cet inventaire peuvent, en toute hypothèse, être reconstituées en partant du stock 2013 et des ventes de l'exercice 2013 ;

- le rejet de la comptabilité de l'exercice 2015 est essentiellement assis sur la reconstitution du chiffre d'affaires boissons, à partir des boissons disponibles à la vente, et la comparaison de ce chiffre d'affaires reconstitué avec les recettes déclarées, ce que l'administration ne pouvait pas faire dès lors que la reconstitution n'est possible qu'après la constatation du caractère non probant de la comptabilité ;

- elle se prévaut des énonciations des paragraphes 60 et 70 du bulletin officiel des impôts n° BOI-CF-IOR-10-20 du 12 septembre 2012 ;

- la méthode de reconstitution est inadaptée dès lors que le service, qui a employé la méthode dite des liquides, n'a pas tenu compte de l'existence de menus boissons incluses.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 août 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société à responsabilité limitée (SARL) JCBA ne sont pas fondés.

II. Par une réclamation soumise d'office au tribunal par le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord, en application de l'article R. 199-1 du livre des procédures fiscales, enregistrée le 15 mars 2024 sous le n° 2402698, la société à responsabilité limitée (SARL) JCBA, représentée par Me Guey-Balgairies, demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et des rappels de taxe sur la valeur ajoutée auxquels elle a été assujettie au titre des exercices clos en 2014 et 2015.

Elle soutient que :

- le rejet de la comptabilité de l'exercice 2014 n'était pas justifié dès lors, d'une part, que l'absence de justification du détail des recettes pour la période du 1er janvier 2014 au 13 avril 2014 s'explique par un changement de caisse le 14 avril 2014, d'autre part, que l'absence d'inventaire des stocks à l'ouverture de l'exercice 2014 est dû à un changement de cabinet comptable à partir de l'exercice 2014 et que les données de cet inventaire peuvent, en toute hypothèse, être reconstituées en partant du stock 2013 et des ventes de l'exercice 2013 ;

- le rejet de la comptabilité de l'exercice 2015 est essentiellement assis sur la reconstitution du chiffre d'affaires boissons, à partir des boissons disponibles à la vente, et la comparaison de ce chiffre d'affaires reconstitué avec les recettes déclarées, ce que l'administration ne pouvait pas faire dès lors que la reconstitution n'est possible qu'après la constatation du caractère non probant de la comptabilité ;

- elle se prévaut des énonciations des paragraphes 60 et 70 du bulletin officiel des impôts n° BOI-CF-IOR-10-20 du 12 septembre 2012 ;

- la méthode de reconstitution est inadaptée dès lors que le service, qui a employé la méthode dite des liquides, n'a pas tenu compte de l'existence de menus boissons incluses.

Vu les autres pièces des dossiers ;

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barre,

- les conclusions de Mme Dang, rapporteure publique,

- et les observations de Me Guey-Balgairies.

Considérant ce qui suit :

1. La société à responsabilité limitée (SARL) JCBA exploite un restaurant à l'enseigne " Le Cheval Blanc ", sis 37, rue de la Gare à Bailleul. Cette société a fait l'objet d'une vérification de comptabilité du 28 mars 2017 au 30 août 2017 portant sur la période du 1er janvier 2014 au 31 décembre 2015. Par une proposition de rectification du 7 septembre 2017, la société a été informée que l'administration envisageait de mettre à sa charge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de taxe sur la valeur ajoutée (TVA) au titre des exercices clos le 31 décembre 2014 et le 31 décembre 2015. La société a sollicité la prorogation du délai de trente jours pour répondre par un courrier du 29 septembre 2017. Elle a présenté des observations le 7 novembre 2017, auxquelles le service a répondu le 27 novembre 2017. La société a exercé un recours hiérarchique. Son représentant, M. A a été reçu le 29 janvier 218 par le chef de brigade qui a confirmé les rehaussements envisagés par une décision du 27 février 2018. La société a saisi la commission des impôts qui a émis un avis favorable aux rectifications envisagées le 11 juin 2018. Des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés, pour un montant de 71 227 euros en droits et 35 207 euros en pénalités, et de TVA, pour un montant de 31 885 euros en droits et 16 334 euros en pénalités, ont été mises en recouvrement le 31 juillet 2018. La société JCBA a présenté une réclamation le 29 novembre 2018, qui a donné lieu à une décision explicite de rejet le 12 janvier 2021. La société JCBA demande au tribunal de prononcer la décharge de l'ensemble des impositions supplémentaires mises en recouvrement. La société a présenté une seconde réclamation le 28 décembre 2020 tendant au dégrèvement des mêmes impositions, que l'administration soumet d'office au tribunal.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n° 2101826 et 2402698 présentent à juger des questions en partie identiques et ont donné lieu à une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par une seule décision.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la charge de la preuve :

3. Aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, dans sa rédaction applicable au litige : " Lorsque l'une des commissions ou le comité mentionnés à l'article L. 59 est saisi d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission ou le comité. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission ou du comité. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. / Elle incombe également au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu, comme en cas de taxation d'office à l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle en application des dispositions des articles L. 16 et L. 69 ".

En ce qui concerne le rejet de la comptabilité de la société :

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que la SARL JCBA n'a pas été en mesure de justifier du détail de ses recettes journalières pour la période allant du 1er janvier au 13 avril 2014, soit sur une période représentant plus d'un quart de la durée de l'exercice. Si la société requérante soutient que cette irrégularité est due à un changement de caisse le 14 avril 2014, elle ne produit aucune pièce au soutient de cette allégation. Il résulte également de l'instruction que la société n'a pas été en mesure de présenter l'inventaire des stocks à l'ouverture de l'exercice 2014. Si la requérante fait valoir que l'absence de ce document est dû à un changement de cabinet comptable à partir de l'exercice 2014, elle ne l'établit pas. Dans ces conditions, la société JCBA n'est pas fondée à soutenir que l'administration ne pouvait regarder la comptabilité qui lui était présentée au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2014 comme irrégulière et par conséquence non probante.

5. En deuxième lieu, il résulte de l'instruction que pour rejeter la comptabilité de la société requérante au titre de l'exercice clos le 31 décembre 2015, l'administration a constaté des écarts importants et anormaux entre les quantités de boissons disponibles à la vente, et le chiffre d'affaires qui pouvait en être attendu, et les quantités correspondantes en recettes inscrites en comptabilité pour l'exercice 2015, sans que la société JCBA n'apporte d'explications permettant de justifier cette discordance. Dans ces conditions, la comptabilité du restaurant doit dès lors être regardée comme dépourvue de sincérité et par suite de valeur probante.

6. En troisième lieu, les énonciations du paragraphe 60 du bulletin officiel des impôts n° BOI-CF-IOR-10-20 du 12 septembre 2012 ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale, au sens de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, dès lors qu'elle se borne à donner des recommandations de portée générale.

7. En dernier lieu, les énonciations du paragraphe 70 du bulletin officiel des impôts n° BOI-CF-IOR-10-20 du 12 septembre 2012 ne comportent pas une interprétation de la loi fiscale qui soit différente de celle dont le présent jugement fait application.

En ce qui concerne la méthode de reconstitution du chiffre d'affaires :

8. Il résulte de l'instruction que l'administration a reconstitué les recettes générées par le restaurant " Le Cheval Blanc ", en utilisant la méthode dite " des liquides ", qui consiste à valoriser l'ensemble des achats de marchandises liquides revendues, en appliquant, aux quantités regardées comme vendues, les prix de vente pratiqués et en procédant à une ou plusieurs décotes, afin de tenir compte notamment des pertes et de l'inclusion de boissons dans les menus enfants. Cette méthode consiste ensuite à extrapoler à l'ensemble des produits vendus le chiffre d'affaires reconstitué en ce qui concerne les liquides, en y appliquant la proportion observée entre les solides et les liquides dans les chiffres d'affaires déclarés au titre de la période considérée et en tenant compte des pratiques commerciales de l'établissement, telles que constatées au cours du contrôle ou exposées par l'exploitant dans le cadre du débat oral et contradictoire avec le vérificateur. La méthode de reconstitution ainsi mise en œuvre par l'administration ne peut être regardée comme radicalement viciée ni dans son principe, ni dans ses modalités de mise en œuvre, lesquelles tiennent compte des données concrètes de l'exploitation de son établissement de restauration par la SARL JCBA. Si la société requérante soutient que le service n'a pas tenu compte des menus adultes " boissons incluses ", elle ne produit aucune pièce permettant de démontrer l'existence de ces menus, qui ne figurent pas sur la carte du restaurant. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

9. Il résulte de tout de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité des requêtes, que les conclusions à fin de décharge présentées par la requérante doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, les conclusions présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n°2101826 et n°2402698 de la société à responsabilité limitée (SARL) JCBA sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée (SARL) JCBA et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 7 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Célino, première conseillère,

Mme Barre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

C. BARRE

Le président,

Signé

M. PAGANEL La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°s 2101826, 2402698

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