vendredi 19 juillet 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2102139 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 7ème chambre |
| Avocat requérant | VAN DEN SCHRIECK |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 mars 2021, la société à responsabilité limitée (SARL) Le 187, représentée par Me Van Den Schrieck, demande au tribunal :
1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 30 novembre 2015, des intérêts de retard et de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- s'agissant de la déclaration du prix de vente d'un logement neuf à M. B le 24 décembre 2014, l'administration fiscale n'a pas pris en compte les frais réglés au notaire ; en tout état de cause, si elle a comptabilisé par erreur ces frais en déduction du prix de vente plutôt qu'en charge, il s'agit d'une charge déductible et elle n'a pas cherché à minorer le prix de cession du bien ;
- s'agissant des frais de déplacement de M. C, elle n'a pas été en mesure d'appréhender le bien-fondé du redressement envisagé en raison du non-respect du principe du contradictoire dès lors que l'administration fiscale ne précise pas le type de véhicule utilisé par l'intéressé, le nombre de chevaux et la motorisation ; en tout état de cause, elle produit à l'instance la carte grise du véhicule utilisé permettant de bénéficier du remboursement des frais kilométriques pour un montant supérieur à celui prévu par le barème utilisé par l'administration ;
- la pénalité pour manquement délibéré infligée n'est pas suffisamment motivée, en méconnaissance de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales ;
- la pénalité pour manquement délibéré infligée n'est pas fondée, en l'absence d'intention délibérée de se soustraire à l'impôt.
Par un mémoire en défense, enregistré le 13 septembre 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par la société Le 187 ne sont pas fondés.
Par une ordonnance du 20 mai 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 30 juin 2022.
Le 6 mai 2024, une mesure supplémentaire d'instruction a été diligentée, en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, afin que la société Le 187 verse au dossier un exemplaire lisible de la pièce n°7 de la requête, à savoir la carte grise de M. C.
Le 8 mai 2024, la société Le 187 a produit cette pièce qui a été communiquée à l'administration fiscale.
Le 7 mai 2024, une mesure supplémentaire d'instruction a été diligentée, en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, afin que l'administration fiscale verse au dossier la proposition de rectification du 10 octobre 2016.
Le 7 mai 2024, l'administration fiscale a produit cette pièce qui a été communiquée à la société requérante.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Célino,
- les conclusions de Mme Dang, rapporteure publique,
- et les observations de Me Van Den Schrieck, avocat de la SARL Le 187.
Considérant ce qui suit :
1. La société Le 187, qui exerce une activité d'achat-revente d'un ensemble immobilier situé au 187 rue de Lille à Roncq (59), a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle elle a été assujettie, notamment, à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre de l'exercice clos le 30 novembre 2015 ainsi qu'à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er décembre 2013 au 30 novembre 2015, majorés des intérêts de retard et de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré prévue par l'article 1729 du code général des impôts. La société Le 187 demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés et de la pénalité susmentionnée.
Sur le bien-fondé des impositions :
2. D'une part, aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable en matière d'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ". Si, en vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable, pour l'application des dispositions précitées du code général des impôts, de justifier tant du montant des charges qu'il entend déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite à l'administration, si elle s'y croit fondée, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.
3. D'autre part, aux termes de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales : " Lorsque l'une des commissions visées à l'article L. 59 est saisie d'un litige ou d'une rectification, l'administration supporte la charge de la preuve en cas de réclamation, quel que soit l'avis rendu par la commission. / Toutefois, la charge de la preuve incombe au contribuable lorsque la comptabilité comporte de graves irrégularités et que l'imposition a été établie conformément à l'avis de la commission. La charge de la preuve des graves irrégularités invoquées par l'administration incombe, en tout état de cause, à cette dernière lorsque le litige ou la rectification est soumis au juge. / Elle incombe également au contribuable à défaut de comptabilité ou de pièces en tenant lieu, comme en cas de taxation d'office à l'issue d'un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle en application des dispositions des articles L. 16 et L. 69 ". En adoptant le premier alinéa de l'article L. 192 du livre des procédures fiscales, éclairé, au demeurant, par les travaux préparatoires auxquels celui-ci a donné lieu, le législateur a seulement entendu mettre fin, sous réserve du cas prévu au deuxième alinéa du même article, à l'état du droit antérieur selon lequel l'avis rendu par la commission départementale des impôts directs et des taxes sur les chiffres d'affaires avait pour effet, s'il était favorable à l'administration fiscale, d'attribuer au contribuable la charge d'une preuve que l'intéressé n'aurait pas supportée en l'absence de saisine de cette commission. En revanche, le législateur n'a pas entendu déroger aux principes généraux régissant la charge de la preuve et exiger de l'administration fiscale qu'elle justifie qu'une charge n'est pas déductible dans son principe, dès lors que la commission départementale des impôts directs et des taxes sur les chiffres d'affaires, saisie, a rendu un avis même favorable au contribuable.
En ce qui concerne la sous-déclaration du prix de vente d'un logement neuf à M. B :
4. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 10 octobre 2016, que, le 24 décembre 2014, la société Le 187 a vendu à M. B un logement neuf pour un montant de 108 500 euros dont 18 033,33 euros de taxe sur la valeur ajoutée. Toutefois, il est constant qu'elle n'a inscrit en comptabilité qu'un produit toutes taxes comprises de 105 940 euros et que l'administration fiscale a alors réintégré au résultat de la société requérante la somme de 2 134 euros résultant de la minoration de son chiffre d'affaires. Si la société Le 187 soutient que le service vérificateur aurait dû tenir compte des frais de notaire correspondant à cette vente, elle n'établit pas, en se bornant à produire un décompte d'une étude notariale mentionnant la vente en litige ainsi que l'attestation de vente à M. B, qu'elle a elle-même supporté les frais dont elle demande la déduction, alors au demeurant que les frais de notaire doivent être comptabilisés dans les comptes de charges et non par compensation avec le prix de vente comme elle a procédé.
En ce qui concerne les frais de déplacement de M. C :
5. Il résulte de l'instruction que l'administration fiscale a remis en cause le remboursement des frais kilométriques au profit de M. C, associé de la société Le 187, à hauteur de 2 428 euros. Elle a considéré que, faute de justification par la société requérante des caractéristiques du véhicule utilisé par l'intéressé, le tarif le plus élevé du barème de l'administration devait être pris en compte, soit 0,595 euro par kilomètre en lieu et place du barème de 1,157 euro le kilomètre retenu par la société.
6. D'une part, la société Le 187 soutient qu'elle n'a pas été en mesure d'appréhender le bien-fondé du redressement envisagé en raison du non-respect du principe du contradictoire dès lors que l'administration fiscale ne précise pas le type de véhicule utilisé par l'intéressé, le nombre de chevaux et la motorisation. Toutefois, il n'est pas contesté que la société requérante a produit, uniquement dans le cadre de l'instance et en dépit de la demande faite auparavant par l'administration au cours du débat oral et contradictoire, la carte grise du véhicule utilisé. Par suite, elle ne peut se prévaloir du non-respect par le service du principe du contradictoire.
7. D'autre part, la société requérante sollicite de déroger au barème utilisé par l'administration pour le remboursement des frais kilométriques. Toutefois, en produisant uniquement la carte grise du véhicule utilisé par M. C, elle n'établit pas qu'elle aurait supporté des coûts unitaires supérieurs à ceux qui résultent du barème indicatif retenu par l'administration et qui comprend, pour les différentes catégories de véhicules, en fonction de leur puissance fiscale et du nombre de kilomètres parcourus, le montant moyen de la dépréciation, des frais d'assurances, d'entretien, de réparation et de pneumatiques induits par leur utilisation. Par suite, c'est à bon droit que l'administration fiscale a limité la déduction des frais kilométriques remboursés à M. C correspondant à l'application dudit barème.
Sur la pénalité :
8. En premier lieu, aux termes de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales : " Les décisions mettant à la charge des contribuables des sanctions fiscales sont motivées () quand un document ou une décision adressés au plus tard lors de la notification du titre exécutoire ou de son extrait en a porté la motivation à la connaissance du contribuable. / Les sanctions fiscales ne peuvent être prononcées avant l'expiration d'un délai de trente jours à compter de la notification du document par lequel l'administration a fait connaître au contribuable ou redevable concerné la sanction qu'elle se propose d'appliquer, les motifs de celle-ci et la possibilité dont dispose l'intéressé de présenter dans ce délai ses observations ".
9. Il résulte des dispositions précitées de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales que l'administration a l'obligation, au moins trente jours avant la mise en recouvrement de pénalités visées par le second alinéa de ce texte, d'adresser au contribuable un document comportant la motivation des pénalités qu'elle envisage de lui appliquer et indiquant qu'il dispose d'un délai de trente jours pour présenter ses observations.
10. Il résulte de l'instruction que, par la proposition de rectification en date du 10 octobre 2016 et la lettre du 16 janvier 2017, qui ont été reçues par la société Le 187 plus de trente jours avant la mise en recouvrement de la pénalité qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts, le service vérificateur lui a indiqué la base légale, le taux et le montant de cette pénalité, a exposé de façon précise les motifs pour lesquels il envisageait de l'infliger et l'a informée du délai de trente jours dont elle disposait pour faire valoir ses observations. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 80 D du livre des procédures fiscales doit dès lors être écarté.
11. En dernier lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".
12. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 10 octobre 2016, que la société Le 187 n'a pas déclaré l'achat du terrain, situé au 187 rue de Lille à Roncq, à la société Sanpy pour un montant de 15 000 euros ni la vente dudit terrain à Mme A en date du 10 juillet 2014. Par ailleurs, elle n'a pas déclaré la taxe sur la valeur ajoutée sur la marge calculée. En outre, il est constant que le montant versé par le notaire a été extourné du compte 707 " vente de marchandises " au compte 4191 " clients avances et acomptes reçus ". Au surplus, l'administration fiscale soutient que la société ne pouvait ignorer que l'encaissement et la vente du terrain entraînaient l'exigibilité de la taxe sur la valeur ajoutée dès lors que le régime de cette taxe était mentionné sur l'acte à l'instar de son obligation de déclaration. La circonstance que le Trésor public n'aurait subi aucun préjudice est sans incidence sur le bien-fondé de cette pénalité. Dans ces circonstances, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, conformément à l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, de l'intention délibérée de la société Le 187 de se soustraire à l'impôt dû et, par suite, du bien-fondé de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré qui lui a été infligée sur le fondement des dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la société Le 187 n'est pas fondée à solliciter la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre de l'exercice clos le 30 novembre 2015, des intérêts de retard et de la pénalité de 40 % pour manquement délibéré qui lui a été infligée sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de la société Le 187 est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société à responsabilité limitée Le 187 et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :
M. Paganel, président,
Mme Célino, première conseillère,
Mme Barre, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.
La rapporteure,
Signé
C. CELINO
Le président,
Signé
M. PAGANELLa greffière,
Signé
A. BEGUE
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
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Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
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01/06/2026