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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2102221

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2102221

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2102221
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSOCIETE D'AVOCATS LEGIS CONSEILS CALAIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 24 mars 2021, M. et Mme A B, représentés par la société d'avocats Legis Conseils, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2016, de la cotisation primitive d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2018 et des cotisations primitives de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2018, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de condamner l'État à leur restituer les sommes versées, majorées des intérêts moratoires en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la décision du 3 février 2021 rejetant leur réclamation préalable n'est pas motivée, en méconnaissance de l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales ;

- leur réclamation préalable n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi ;

- la société MGSN ne leur a consenti aucun avantage, les dépenses dont la déduction par cette société au titre des charges de l'exercice 2016 a été remise en cause à l'issue du contrôle dont elle a fait l'objet étant justifiées par l'exercice d'une activité secondaire de prestations de maître d'œuvre ;

- les soldes débiteurs du compte courant d'associé détenu dans les livres de la société MGSN devraient être régularisés prochainement, ce qui permettra de demander la restitution des impositions établies à ce titre sur le fondement de l'article 111 du code général des impôts ;

- les pénalités pour manquement délibéré infligées ne sont pas fondées, en l'absence d'intention délibérée d'échapper à l'impôt.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme B ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 11 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 12 septembre 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Lemaire,

- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. et Mme B ont fait l'objet d'un contrôle sur pièces, à l'issue duquel ils ont été assujettis à une cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2016, à une cotisation primitive d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2018 et à des cotisations primitives de contributions sociales au titre de ces deux années. Ces impositions résultent de la taxation entre leurs mains, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, d'une part, sur le fondement du a. de l'article 111 du code général des impôts, des soldes débiteurs du compte courant d'associé ouvert au nom de M. B dans les livres de la société MGSN, société civile immobilière soumise à l'impôt sur les sociétés et qui exerce une activité déclarée de location immobilière, et, d'autre part, sur le fondement du 1. de l'article 109 de ce code, des revenus distribués correspondant à des dépenses dont la déduction au titre des charges du résultat de cette société de l'exercice clos en 2016 avait été remise en cause à l'issue de la vérification de comptabilité dont celle-ci avait fait l'objet. M. et Mme B demandent au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.

2. En premier lieu, les irrégularités qui peuvent entacher les décisions prises par l'administration fiscale sur les réclamations préalables qui leur sont présentées sont sans incidence sur la régularité de la procédure d'imposition ou le bien-fondé des impositions. M. et Mme B ne sauraient dès lors utilement soutenir que leur réclamation préalable n'a pas fait l'objet d'un examen approfondi et qu'en méconnaissance de l'article R. 198-10 du livre des procédures fiscales, la décision de rejet de cette réclamation n'est pas motivée.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / a. Sauf preuve contraire, les sommes mises à la disposition des associés directement ou par personnes ou sociétés interposées à titre d'avances, de prêts ou d'acomptes. / Nonobstant toutes dispositions contraires, lorsque ces sommes sont remboursées postérieurement au 1er janvier 1960, à la personne morale qui les avait versées, la fraction des impositions auxquelles leur attribution avait donné lieu est restituée aux bénéficiaires ou à leurs ayants cause dans des conditions et suivant des modalités fixées par décret ; / () ".

4. En application des dispositions précitées du a. de l'article 111 du code général des impôts, doivent être regardés comme des revenus distribués, sauf preuve contraire, les montants des soldes débiteurs des comptes courants ouverts dans les écritures d'une société au nom de ses associés, actionnaires ou porteurs de parts au 31 décembre de l'année en cause. Les dispositions précitées du second paragraphe du a. de cet article 111, ainsi que celles des articles 49 bis et suivants de l'annexe III à ce code, prises pour leur application, n'ouvrent pas au contribuable la possibilité de demander la décharge ou la réduction des impositions assises sur les avances, prêts ou acomptes que lui a consentis une société, mais un droit à restitution de ces impositions en principal à proportion des remboursements de ces sommes à la société, à la condition que le contribuable ait procédé au préalable au paiement effectif des impositions procédant de la taxation de ces sommes.

5. Il résulte de ce qui précède que M. et Mme B, qui ne contestent pas le bien-fondé des impositions résultant de la taxation des soldes débiteurs du compte courant d'associé ouvert au nom de M. B dans les livres de la société MGSN, ne sauraient utilement faire valoir que ces soldes ont été remboursés postérieurement aux années d'imposition en litige, ce qu'ils n'établissent pas au demeurant, cette circonstance étant par elle-même sans incidence sur le bien-fondé des impositions résultant de leur taxation à l'impôt sur le revenu au titre de ces années.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article 109 du code général des impôts : " 1. Sont considérés comme revenus distribués : / 1° Tous les bénéfices ou produits qui ne sont pas mis en réserve ou incorporés au capital ; / 2° Toutes les sommes ou valeurs mises à la disposition des associés, actionnaires ou porteurs de parts et non prélevées sur les bénéfices. / () ". Il appartient à l'administration fiscale, dès lors que les rectifications proposées à M. et Mme B selon la procédure contradictoire ont été régulièrement contestées, d'établir la réalité des revenus distribués.

7. D'une part, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 10 décembre 2019, que le service vérificateur a remis en cause la déduction par la société MGSN, au titre des charges de l'exercice clos le 31 décembre 2016, de sommes correspondant à des achats d'une bouteille de whisky, de décorations festives, de décodeurs et démodulateurs TNT, de matériaux de construction, de réfection de chaises. Alors que l'administration fiscale se prévaut de l'absence de tout élément de nature à établir un lien entre ces dépenses et l'exercice de l'activité de la société MGSN, M. et Mme B se bornent à faire valoir que la société MGSN exerce également une activité de maîtrise d'œuvre. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de l'existence des revenus distribués correspondants.

8. D'autre part, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 10 décembre 2019, que le service vérificateur a remis en cause la déduction par la société MGSN, au titre des charges de l'exercice clos le 31 décembre 2016, de sommes correspondant à des achats de champagne, de vin et de paniers garnis, ainsi qu'à des frais de réception des 29 février 2016, 11 mai 2016, 12 août 2016, 31 août 2016 pour un montant de 138 euros, et 30 décembre 2016 pour un montant de 118,20 euros. Alors que l'administration fiscale se prévaut de l'absence de tout élément de nature à établir un lien entre ces dépenses et l'exercice de l'activité de la société MGSN, M. et Mme B se bornent à faire valoir, sans toutefois produire des justificatifs probants et exploitables, que la société MGSN exerce également une activité de maîtrise d'œuvre et à désigner les personnes qui auraient été bénéficiaires de ces cadeaux et invitations à des repas d'affaires. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de l'existence des revenus distribués correspondants.

9. Enfin, il résulte de l'instruction qu'au regard de l'activité de la société MGSN et à l'écriture comptable des comptes clients, qui ne permet d'identifier que les sociétés Friedlander et Help, le service a remis en cause la déduction des frais de repas pris les vendredis soirs, samedis, dimanches et jours fériés, des frais de restauration engagés en Belgique, des frais de nuitée à Poitiers au bénéfice d'un personnel de la société Wallon France, ainsi que des frais de restauration comprenant un menu enfant. Il a également exclu des charges déductibles quatre notes de restaurant, en date des 30 avril 2016 pour un montant de 303,72 euros, 2 mai 2016, 30 juin 2016 et 30 septembre 2016. Alors que l'administration fiscale se prévaut de l'absence de tout élément de nature à établir un lien entre ces dépenses et l'exercice de l'activité de la société MGSN, M. et Mme B se bornent à faire valoir, sans toutefois produire des justificatifs, que la société MGSN exerce également une activité de maîtrise d'œuvre et à désigner des personnes physiques et morales qui auraient été bénéficiaires de ces dépenses. Dans ces conditions, l'administration doit être regardée comme apportant la preuve de l'existence des revenus distribués correspondants.

10. En dernier lieu, aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".

11. L'administration fiscale, qui se prévaut de la nature et de l'importance des rectifications, ainsi que de la répétition des manquements, doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, conformément à l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, de l'intention délibérée des contribuables de se soustraire à l'impôt dû à raison des revenus distribués par la société MGSN et, par suite, du bien-fondé des pénalités pour manquement délibéré qui leur ont été infligées à ce titre sur le fondement des dispositions précitées de l'article 1729 de ce code.

12. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme B ne sont pas fondés à demander la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2016, de la cotisation primitive d'impôt sur le revenu à laquelle ils ont été assujettis au titre de l'année 2018 et des cotisations primitives de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre des années 2016 et 2018, ainsi que des pénalités correspondantes. Leurs conclusions à fin de décharge doivent, dès lors, être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, leurs conclusions tendant à la condamnation de l'État à leur restituer les sommes versées, majorées des intérêts moratoires en application de l'article L. 208 du livre des procédures fiscales, en tout état de cause, et celles qu'ils ont présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A B et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

L'assesseure la plus ancienne,

signé

C. COURTOISLe président-rapporteur,

signé

O. LEMAIRE

La greffière,

signé

P. CARPENTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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