lundi 19 décembre 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2102281 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | juge unique (5) |
| Avocat requérant | MOUTOUSSAMY |
Vu la procédure suivante :
I. Par une requête enregistrée sous le n° 2102281 le 26 mars 2021 et un mémoire enregistré le 8 novembre 2022, Mme D C, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'avis des sommes à payer émis le 24 juillet 2020 par le président du conseil départemental du Nord en vue du recouvrement de la somme de 9 203,09 euros résultant d'un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er février 2018 au 31 août 2019, ensemble la décision du 1er octobre 2020 rejetant son recours formé le 18 septembre 2020 contre cet avis des sommes à payer ;
2°) de la décharger des sommes mises à sa charge ;
3°) d'enjoindre au département de l'Hérault ;
4°) de mettre à la charge du département de l'Hérault la somme de 1 500 euros, à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 31 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les sommes qui lui sont réclamées sont prescrites au-delà du 24 juillet 2018 ;
- le titre exécutoire contesté ne comporte aucun nom, prénom, qualité ni signature de son auteur ;
- il est insuffisamment motivé et ne comprend pas l'exposé des bases de liquidation ;
- les sommes qui lui sont réclamées ne sont pas fondées dès lors qu'elle remplissait toutes les conditions pour percevoir le revenu de solidarité active.
Par un mémoire en défense enregistré le 7 juin 2021, le payeur départemental du Nord conclut au rejet de la requête et à ce que Mme C soit condamnée aux entiers dépens.
Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense enregistré le 27 octobre 2022, le département du Nord conclut au rejet de la requête au motif que les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 25 février 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Rennes.
II. Par une requête enregistrée sous le n° 2104709 le 16 juin 2021, Mme D C, représentée par Me Moutoussamy, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 1er octobre 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté son recours contre le titre exécutoire émis le 24 juillet 2020 par le président du conseil départemental du Nord en vue du recouvrement de la somme de 9 203,09 euros résultant d'un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er février 2018 au 31 août 2019 ;
2°) de la décharger des sommes mises à sa charge ;
3°) d'enjoindre au département de l'Hérault de lui rembourser les retenues effectuées ;
4°) de mettre à la charge du département de l'Hérault la somme de 1 223 euros, à verser à son conseil, sous réserve de sa renonciation au bénéfice de l'aide juridictionnelle, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 31 de la loi du 10 juillet 1991.
Elle soutient que :
- les sommes qui lui sont réclamées sont prescrites au-delà du 24 juillet 2018 ;
- la commission de recours amiable n'a pas été consultée avant l'édiction de la décision attaquée, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 262-47 du code de l'action sociale et des familles ;
- la décision attaquée méconnaît les règles relatives à l'exercice du droit de communication et à la protection des données personnelles ;
- l'agent de la caisse d'allocations familiales qui a procédé au contrôle ne disposait d'aucun agrément définitif ou provisoire publié ;
- l'agent de la caisse d'allocation familiale qui a procédé au contrôle n'était pas assermenté ;
- les sommes qui lui sont réclamées ne sont pas fondées dès lors qu'elle remplissait toutes les conditions pour percevoir le revenu de solidarité active.
Par un mémoire en défense enregistré le 18 novembre 2022, le département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- la requête est irrecevable car tardive ;
- la requête est irrecevable dès lors que la décision du 1er octobre 2020 a le caractère d'une décision confirmative ;
- les moyens soulevés par Mme C ne sont pas fondés.
Mme C a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 29 mars 2021 du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Lille.
Vu les autres pièces des dossiers.
Vu :
- le code de l'action sociale et des familles ;
- le code général des collectivités territoriales ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné Mme A pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.
Le magistrat désigné a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de Mme Grard, magistrate désignée, a été entendu au cours de l'audience publique, à l'issue de laquelle l'instruction a été close, en application de l'article R. 772-9 du code de justice administrative.
Considérant ce qui suit :
1. Les requêtes n°s 2102281 et 2104709 présentées par Mme C sont dirigées contre la même décision, présentent à juger des questions semblables et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.
2. A la suite d'un contrôle réalisé le 5 décembre 2019 par un agent de la caisse d'allocations familiales, les droits de Mme C au revenu de solidarité active ont été réexaminés. La caisse d'allocations familiales du Nord lui a notifié, par une décision du 11 décembre 2019, un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er février 2018 au 31 août 2019 d'un montant de 9 203,09 euros. Mme C a formé un recours administratif préalable contre cette décision le 18 décembre 2019, que le président du conseil départemental du Nord a rejeté par une décision du 21 février 2020. Mme C a contesté la décision du 21 février 2020 par un courrier du 31 mars 2020. Par un courrier du 28 mai 2020, le président du conseil départemental du Nord a confirmé son rejet du recours administratif de la requérante. Compte tenu de la sortie du dispositif d'aide sociale de Mme C, la créance a été transférée à la paierie départementale du Nord aux fins de recouvrement. Un titre exécutoire a été émis le 24 juillet 2020 en vue du recouvrement de la somme de 9 203,09 euros résultant de l'indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er février 2018 au 31 août 2019. Mme C a contesté le titre exécutoire le 18 septembre 2020. Le département du Nord a rejeté ce recours le 1er octobre 2020. Par sa requête enregistrée sous le n° 2102281, Mme C demande au tribunal d'annuler le titre exécutoire du 24 juillet 2020 ensemble la décision du 1er octobre 2020 rejetant son recours contre ce titre. Par sa requête enregistrée sous le n° 2104709, Mme C demande au tribunal d'annuler la décision du 1er octobre 2020 rejetant son recours gracieux en tant qu'elle confirme l'indu de 9 203,09 euros résultant de l'indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er février 2018 au 31 août 2019.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. En premier lieu, aux termes de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales : " Quelle que soit sa forme, une ampliation du titre de recettes individuel ou de l'extrait du titre de recettes collectif est adressée au redevable. L'envoi sous pli simple ou par voie électronique au redevable de cette ampliation à l'adresse qu'il a lui-même fait connaître à la collectivité territoriale, à l'établissement public local ou au comptable public compétent vaut notification de ladite ampliation. () / En application de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration, le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif mentionne les nom, prénoms et qualité de la personne qui l'a émis ainsi que les voies et délais de recours. /Seul le bordereau de titres de recettes est signé pour être produit en cas de contestation. ".
4. Il résulte de ces dispositions, d'une part, que le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif doivent mentionner les nom, prénom et qualité de l'auteur de cette décision, au sens des dispositions citées au point 6, de même, par voie de conséquence, que l'ampliation adressée au redevable et, d'autre part, qu'il appartient à l'autorité administrative de justifier en cas de contestation que le bordereau de titre de recettes comporte la signature de cet auteur. Lorsque le bordereau est signé non par l'ordonnateur lui-même mais par une personne ayant reçu de lui une délégation de compétence ou de signature, ce sont, dès lors, les nom, prénom et qualité de cette personne qui doivent être mentionnés sur le titre de recettes individuel ou l'extrait du titre de recettes collectif, de même que sur l'ampliation adressée au redevable.
5. Il résulte de l'instruction que l'ampliation du titre attaqué comporte la signature de M. Jean-René Lecerf, président du département du Nord. Le bordereau du titre attaqué, produit en défense par l'administration, comporte la signature de Mme B F, directrice adjointe des finances et du conseil en gestion du département du Nord ayant reçu délégation afin de signer, notamment, l'acte attaqué par un arrêté du 16 janvier 2020 du président du conseil départemental du Nord, affiché le 17 janvier 2020 en l'Hôtel du département. Dans ces conditions, en l'absence de mention du nom, du prénom et de la qualité de ce délégataire sur l'ampliation du titre attaqué, celui-ci méconnaît les dispositions de l'article L. 1617-5 du code général des collectivités territoriales et de l'article L. 111-2 du code des relations entre le public et l'administration.
6. Il résulte de ce qui précède que Mme C est fondée à demander l'annulation de l'avis des sommes à payer émis le 24 juillet 2020 par le président du conseil départemental du Nord en vue du recouvrement de la somme de 9 203,09 euros résultant d'un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er février 2018 au 31 août 2019. Il y a lieu, par voie de conséquence, d'annuler la décision du 1er octobre 2020 par laquelle le président du conseil départemental du Nord a rejeté son recours tendant à contester ce même avis des sommes à payer.
Sur les conclusions à fin de décharge :
7. L'annulation d'un titre exécutoire pour un motif de régularité en la forme n'implique pas nécessairement, compte tenu de la possibilité d'une régularisation par l'administration, l'extinction de la créance litigieuse, à la différence d'une annulation prononcée pour un motif mettant en cause le bien-fondé du titre. Il en résulte que, lorsque le requérant choisit de présenter, outre des conclusions tendant à l'annulation d'un titre exécutoire, des conclusions à fin de décharge de la somme correspondant à la créance de l'administration, il incombe au juge administratif d'examiner prioritairement les moyens mettant en cause le bien-fondé du titre qui seraient de nature, étant fondés, à justifier le prononcé de la décharge. Dans le cas où il ne juge fondé aucun des moyens qui seraient de nature à justifier le prononcé de la décharge mais retient un moyen mettant en cause la régularité formelle du titre exécutoire, le juge n'est tenu de se prononcer explicitement que sur le moyen qu'il retient pour annuler le titre, statuant ainsi, son jugement écarte nécessairement les moyens qui assortissaient la demande de décharge de la somme litigieuse.
8. L'annulation de l'avis des sommes à payer du 24 juillet 2020 résultant seulement d'un vice de forme, elle n'implique pas, aucun des autres moyens invoqués n'étant susceptibles de la fonder, que Mme C soit déchargée de l'obligation de payer les sommes dont l'avis des sommes à payer du 24 juillet 2020 l'a constituée débitrice. Par suite, les conclusions à fin de décharge de Mme C doivent être rejetées.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Le présent jugement n'implique aucun mesure d'exécution. Il y a dès lors lieu de rejeter les conclusions à fin d'injonction de la requête.
Sur les frais liés au litige :
10. D'une part, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions de la requête présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. D'autre part, cette instance n'ayant pas donné lieu à dépens, les conclusions présentées à ce titre doivent également être rejetées.
D E C I D E :
Article 1er : Le titre de recette émis à l'encontre de Mme C le 24 juillet 2020 par le président du conseil départemental Nord pour le recouvrement de la somme de 9 203,09 euros résultant d'un indu de revenu de solidarité active pour la période du 1er février 2018 au 31 août 2019, ensemble la décision du 1er octobre 2020 du président du conseil départemental du Nord rejetant son recours gracieux sont annulés.
Article 2 : Les conclusions du payeur départemental du Nord tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 et R.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes n°s 2102281 et 2104709 est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C, à Me Moutoussamy, au département du Nord et au payeur départemental du Nord.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2022.
La magistrate désignée,
Signé
E. A La greffière,
Signé
M. ELa République mande et ordonne au ministre de l'action et des comptes publics et au préfet du Nord, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice à ce requis, en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier.
N°s 2102281, 2104709
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026