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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2102705

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2102705

lundi 6 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2102705
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (3)
Avocat requérantGAURY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 9 avril 2021, 31 janvier 2023, la société civile immobilière Les Petrelli, représentée par Me Gaury, demande au tribunal :

1°) d'annuler le titre exécutoire émis à son encontre le 27 novembre 2020 par le préfet du Nord pour un montant 4 396,44 euros, ensemble la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 25 janvier 2021 ;

2°) de mettre à la charge la somme de 500 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- le titre exécutoire est entaché d'insuffisance de motivation ;

- il méconnaît les dispositions des articles L. 521-3-1 et L. 521-3-2 du code de la construction et de l'habitation dès lors qu'elle a proposé à sa locataire plusieurs offres de relogement correspondant à ses besoins et à ses possibilités ;

- lorsque la situation d'insalubrité a été constatée par la visite du 31 janvier 2019, elle n'était pas encore propriétaire de l'immeuble en litige ;

- il méconnaît le principe " non bis in idem " dès lors qu'elle a déjà été condamnée à verser à sa locataire une somme de 1 099,11 euros au titre de l'indemnité légalité de logement et que la décision attaquée a pour objet de la sanctionner à nouveau.

Par des mémoires en défense enregistrés les 12 janvier et 30 mars 2023, l'office public de l'habitat de la Métropole de Lille conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 1 000 euros soit mise à la charge de la SCI Les Petrelli au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 12 janvier 2023 et 27 mars 2024, ce dernier mémoire n'ayant pas été communiqué, le préfet du Nord conclut au rejet de la requête, au motif que les moyens soulevés par la SCI Les Petrelli ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le décret n° 2012-1246 du 7 novembre 2012 ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Horn, conseiller, pour statuer sur les litiges visés à l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Horn,

- les conclusions de Mme Michel, rapporteure publique,

- les observations de Me Gaury, représentant la SCI Les Petrelli ;

- et les observations de M. A, représentant l'office public de l'habitat de la Métropole de Lille.

Considérant ce qui suit :

1. La SCI Les Petrelli est propriétaire de l'immeuble sis 49 rue Paul Bert à Lille composé de logements locatifs. Par un arrêté du 12 août 2019, le préfet du Nord a déclaré le logement n° 1 de l'immeuble insalubre à titre irrémédiable et y interdit définitivement l'habitation. Par une lettre du 18 novembre 2020, l'office public l'habitat de la Métropole de Lille a informé la société Les Petrelli de l'émission d'une facture d'un montant de 4 396, 44 euros correspond à douze mois de loyer sa locataire évincée, en raison de sa défaillance à reloger la locataire. Par un titre exécutoire émis le 27 novembre 2020, le préfet du Nord a mis à la charge de la société requérante la somme de 4 396,44 euros. Par un courrier du 25 janvier 2021, la société Les Petrelli a formé un recours gracieux à l'encontre de cette décision. Par sa requête, la société Les Petrelli demande au tribunal l'annulation du titre exécutoire émis le 27 novembre 2020 et du rejet de son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes du deuxième alinéa de l'article 24 du décret du 7 novembre 2012 relatif à la gestion budgétaire et comptable publique : " Toute créance liquidée faisant l'objet d'une déclaration ou d'un ordre de recouvrer indique les bases de la liquidation. () ". Ainsi, alors même qu'il n'est pas au nombre des décisions devant être motivées en application des disposition des articles L. 211-2 et suivants du code des relations entre le public et l'administration, tout état exécutoire doit indiquer les bases de la liquidation de la créance pour le recouvrement de laquelle il est émis et les éléments de calcul sur lesquels il se fonde, soit dans le titre lui-même, soit par référence précise à un document joint à l'état exécutoire ou précédemment adressé au débiteur.

3. Il résulte de l'instruction que l'arrêté portant titre exécutoire émis le 27 novembre 2020 vise l'arrêté préfectoral du 12 août 2019 déclarant le logement n°1 de l'immeuble sis 49 rue Paul Bert à Lille insalubre à titre irrémédiable, le relogement de la locataire effectué par l'office public de l'habitat de la Métropole de Lille (LMH) à raison de la défaillance de la société Les Petrelli, ainsi que la facture du 18 novembre 2020 émise par LMH au titre de ce relogement, correspondant à douze mois de loyer de la locataire relogée à compter du 7 janvier 2020, soit la somme de 4 396,44 euros. Il résulte également de l'instruction que cette facture fait état d'un montant du loyer mensuel hors charges de 366,37 euros et qu'elle a été adressé à la société requérante par un courrier du 18 novembre 2021, lequel a été reçu à tout le moins le 23 novembre 2021, date à laquelle la société requérante a formé son recours gracieux visant notamment cette facture. L'arrêté contesté vise par ailleurs les articles L. 521-3-1 et L. 521-3-2 du code de la construction et de l'habitation. Dans ces conditions, le préfet du Nord ayant ainsi satisfait à l'obligation qui lui incombait d'indiquer à la société requérante, de manière suffisamment claire et précise, les bases de liquidation et les éléments de calcul sur lesquels elle se fondait pour mettre les sommes en cause à sa charge, le moyen tiré de l'insuffisante motivation du titre exécutoire du 27 novembre 2020 doit être écarté.

4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 521-3-1 du code de la construction et de l'habitation, dans sa rédaction applicable au litige : " () II.- Lorsqu'un immeuble fait l'objet d'une interdiction définitive d'habiter ou lorsqu'est prescrite la cessation de la mise à disposition à des fins d'habitation des locaux mentionnés à l'article L. 1331-23 du code de la santé publique, ainsi qu'en cas d'évacuation à caractère définitif, le propriétaire ou l'exploitant est tenu d'assurer le relogement des occupants. Cette obligation est satisfaite par la présentation à l'occupant de l'offre d'un logement correspondant à ses besoins et à ses possibilités. Le propriétaire ou l'exploitant est tenu de verser à l'occupant évincé une indemnité d'un montant égal à trois mois de son nouveau loyer et destinée à couvrir ses frais de réinstallation. / En cas de défaillance du propriétaire ou de l'exploitant, le relogement des occupants est assuré dans les conditions prévues à l'article L. 521-3-2. () ". Aux termes de l'article L. 521-3-2 du même code : " II.- Lorsqu'une déclaration d'insalubrité, une mise en demeure ou une injonction prise sur le fondement des articles L. 1331-22, L. 1331-23, L. 1331-24, L. 1331-25, L. 1331-26-1 et L. 1331-28 du code de la santé publique est assortie d'une interdiction temporaire ou définitive d'habiter et que le propriétaire ou l'exploitant n'a pas assuré l'hébergement ou le relogement des occupants, le préfet, ou le maire ou, le cas échéant, le président de l'établissement public de coopération intercommunale s'il est délégataire de tout ou partie des réservations de logements en application de l'article L. 441-1, prend les dispositions nécessaires pour héberger ou reloger les occupants, sous réserve des dispositions du III. () / IV.-Lorsqu'une personne publique, un organisme d'habitations à loyer modéré, une société d'économie mixte ou un organisme à but non lucratif a assuré le relogement, le propriétaire ou l'exploitant lui verse une indemnité représentative des frais engagés pour le relogement, égale à un an du loyer prévisionnel. / () VI. - La créance résultant de la substitution de la collectivité publique aux propriétaires ou exploitants qui ne se conforment pas aux obligations d'hébergement et de relogement qui leur sont faites par le présent article est recouvrée soit comme en matière de contributions directes par la personne publique créancière, soit par l'émission par le maire () d'un titre exécutoire au profit de l'organisme ayant assuré l'hébergement ou le relogement. () ".

5. Il ressort des termes de l'arrêté du 12 août 2019 qu'eu égard aux risques sanitaires que son état d'insalubrité est susceptible d'engendrer, le logement n° 1 de l'immeuble sis 49 rue Paul Bert, dont la SCI requérante est propriétaire, a été déclaré insalubre à titre irrémédiable, qu'il y est interdit l'habitation de manière définitive à compter du 1er octobre 2019 et que le propriétaire du logement doit, au plus tard le 1er septembre 2019, informer la maire de Lille de l'offre de relogement faite à l'occupante. L'arrêté a également indiqué qu'à défaut pour la propriétaire d'avoir assuré le relogement de l'occupante, ce relogement serait effectué par la collectivité publique, aux frais du propriétaire. Or, il résulte de l'instruction qu'une première offre de relogement a été faite à la locataire par un courrier du 3 septembre 2019, suivie d'une seconde offre par un courrier du 10 septembre suivant. Si la société requérante se prévaut de ce que des visites des logements proposés ont été faites dès le mois de juin 2019, cette circonstance, qui au demeurant n'est pas établie, ne suffit pas démontrer qu'une offre de relogement ait été faite avant le 1er septembre 2019. Au surplus, à supposer même que les offres de logement de la société les Petrelli n'auraient pas été tardives, les logements proposés ne correspondaient pas aux besoins de la locataire dès lors qu'il résulte de l'instruction et notamment du courriel du 26 septembre 2019 du service communal d'hygiène et de santé de Lille qu'à cette date, d'une part, le premier logement proposé situé au 77 rue du Long Pot était en cours de chantier, la cuisine et la salle d'eau ne disposaient d'aucun système de ventilation, la fenêtre de la salle d'eau se situant par ailleurs au niveau du sol et s'ouvrant dans le vide sur la rue, sans dispositif de retenue des personnes, et d'autre part le second logement proposé situé au deuxième étage de l'immeuble du 49 rue Bert à Lille comportait notamment un plafond dégradé à l'entrée du logement (suite à des travaux de remplacement d'un cumulus), un cumulus desservant le coin cuisine hors service ne permettant pas de disposer d'eau chaude à l'évier, et un plafond de la chambre dégradé suite à un ancien dégât des eaux (trou rebouché sommairement avec de l'adhésif). Si la société requérante établit que des travaux ont été effectués en novembre 2019 afin que le logement corresponde aux besoins de la locataire, il ne résulte pas de l'instruction que le logement sis au 49 rue Bert aurait été à nouveau proposé à sa locataire après l'exécution des travaux. Dans ces conditions, la société requérante n'a pas satisfait à l'obligation de relogement, et c'est à bon droit que la collectivité s'est substituée à la société requérante. Par suite, c'est sans commettre d'erreur d'appréciation ni méconnaître les dispositions précitées du code de la construction et de l'habitation que le préfet du Nord a considéré qu'elle n'avait pas satisfait à son obligation de relogement et en mettant à sa charge l'indemnité prévue par les dispositions de l'article L. 521-3-2 du code de la construction et de l'habitation.

6. En dernier lieu, la somme versée par le propriétaire en cas de défaillance de sa part en application du IV. de l'article L. 521-3-2 du CCH, a pour objet la seule réparation du préjudice pécuniaire correspondant aux frais engagés par la personne publique, l'organisme d'habitations à loyer modéré, la société d'économie mixte ou l'organisme à but non lucratif, pour le relogement, égale à un an du loyer prévisionnel de sorte que la somme de 4 396,44 euros mise à la charge de la société requérante an application des dispositions du IV. de l'article L. 521-3-2 du code de la construction et de l'habitation ne revêt pas le caractère d'une sanction. En outre, l'indemnité d'un montant de 1 099,11 euros que la société requérante a été condamnée à verser à la locataire en application du jugement du 2 novembre 2020 du tribunal judiciaire de Lille correspond à l'indemnité légale de relogement prévue par les dispositions de l'article L. 521-3-1 du code de la construction et de l'habitation précitées laquelle a pour objet la seule réparation du préjudice pécuniaire correspondant aux frais de réinstallation de l'occupant du logement, de sorte qu'elle ne revêt pas plus le caractère d'une sanction. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance du principe du " non bis in idem " est infondé et doit être écarté.

7. Il résulte de ce qui précède que la société Les Petrelli n'est pas fondée à demander l'annulation du titre exécutoire émis à son encontre émis à son encontre le 27 novembre 2020 et de la décision implicite de rejet de son recours gracieux formé le 25 janvier 2021.

Sur les frais liés au litige :

8. Aux termes des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative : " Dans toutes les instances, le juge condamne la partie tenue aux dépens ou, à défaut, la partie perdante, à payer à l'autre partie la somme qu'il détermine, au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Le juge tient compte de l'équité ou de la situation économique de la partie condamnée. Il peut, même d'office, pour des raisons tirées des mêmes considérations, dire qu'il n'y a pas lieu à cette condamnation ".

9. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la SCI Les Petrelli le versement à l'office public de l'habitat de la Métropole de Lille de la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. En revanche, ces dispositions font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que demande la société requérante au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société SCI Les Petrelli est rejetée.

Article 2 : La SCI Les Petrelli versera à l'office public de l'habitat de la Métropole de Lille la somme de 1 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la société SCI Les Petrelli, à l'office public de l'habitat de la Métropole de Lille et au préfet du Nord.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 6 mai 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

J. HORNLa greffière,

Signé

S. DEREUMAUX

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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