jeudi 19 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2102739 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | SELARL WIBLAW |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 12 avril 2021 et 9 septembre 2022, M. et Mme A C, représentés par la SELARL Wiblaw, demandent au tribunal :
1°) de prononcer la décharge ou, à titre subsidiaire, la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes ;
2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la procédure est irrégulière, l'administration fiscale s'étant livrée à un examen contradictoire de situation fiscale personnelle sans leur avoir préalablement notifié l'avis prévu par l'article L. 47 du livre des procédures fiscales, de sorte que leur droit d'être informés de la possibilité d'être assistés d'un conseil a été méconnu ;
- ils entendent se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations des paragraphes nos 1, 250 et 260 des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-CF-PGR-20-10 ;
- les plus-values de cession de valeurs mobilières réalisées au cours de l'année 2015 étant exceptionnelles, eu égard à leur nature et à leur montant, ils remplissent les conditions d'application du système du quotient prévu par l'article 163-0 A du code général des impôts, qu'ils peuvent demander par voie de réclamation contentieuse ;
- l'administration fiscale ne pouvait pas légalement leur opposer la réponse ministérielle à M. B, sénateur, du 9 juin 2016, pour leur refuser le bénéfice du système du quotient ;
- ils entendent se prévaloir, sur le fondement des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des réponses ministérielles nos 17498 et 17497 à M. B, sénateur, des 9 juin 2016 et 7 juillet 2016 ;
- les pénalités qui leur ont été infligées sur le fondement de l'article 1729 du code général des impôts ne sont pas fondées, en l'absence d'intention délibérée d'éluder l'impôt.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 15 juin 2021 et 21 septembre 2023, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés par M. et Mme C ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Courtois,
- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. À l'issue d'un contrôle, M. et Mme C ont été assujettis à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre de l'année 2015, qui résultent notamment de la taxation de plus-values de cession de valeurs mobilières et, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, d'intérêts et de dividendes perçus sur des comptes bancaires ouverts dans les livres d'un établissement bancaire de droit belge. M. et Mme C demandent au tribunal de prononcer la décharge ou la réduction de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.
Sur la régularité de la procédure d'imposition :
2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 10 du livre des procédures fiscales : " L'administration des impôts contrôle les déclarations ainsi que les actes utilisés pour l'établissement des impôts, droits, taxes et redevances. / Elle contrôle, également les documents déposés en vue d'obtenir des déductions, restitutions ou remboursements, ou d'acquitter tout ou partie d'une imposition au moyen d'une créance sur l'État. / À cette fin, elle peut demander aux contribuables tous renseignements, justifications ou éclaircissements relatifs aux déclarations souscrites ou aux actes déposés () ". Aux termes de l'article L. 12 de ce livre : " Dans les conditions prévues au présent livre, l'administration des impôts peut procéder à l'examen contradictoire de la situation fiscale des personnes physiques au regard de l'impôt sur le revenu, qu'elles aient ou non leur domicile fiscal en France, lorsqu'elles y ont des obligations au titre de cet impôt. / À l'occasion de cet examen, l'administration peut contrôler la cohérence entre, d'une part les revenus déclarés et, d'autre part, la situation patrimoniale, la situation de trésorerie et les éléments du train de vie des membres du foyer fiscal () ". Aux termes de l'article L. 47 du même livre : " Un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle d'une personne physique au regard de l'impôt sur le revenu, () ne peut être engagé sans que le contribuable en ait été informé par l'envoi ou la remise d'un avis de vérification () ".
3. Il résulte de l'instruction que, dans le cadre d'échanges automatiques internationaux d'informations, l'administration fiscale a pris connaissance de la détention par M. et Mme C de comptes financiers en Belgique auprès de la banque BNP Paribas Fortis alors que les intéressés n'avaient, d'une part, ni déposé de déclaration n° 3916 " Déclaration par un résident d'un compte ouvert hors de France ", ni coché la case 8UU correspondante sur la déclaration d'ensemble de leurs revenus de l'année 2015, comme le prévoit l'article 1649 A du code général des impôts, et, d'autre part, ni déposé de déclaration des revenus encaissés à l'étranger n° 2047, ni déclaré de revenus générés par ces comptes au titre de l'année 2015. Par une demande de renseignements du 23 octobre 2018 et une demande de renseignements complémentaires du 22 novembre 2018, le service vérificateur a notamment demandé aux requérants de régulariser leur situation concernant leurs avoirs à l'étranger, en déposant la déclaration des revenus encaissés à l'étranger n° 2047 au titre des années 2015, 2016 et 2017, en souscrivant la déclaration n° 3916 pour l'intégralité des comptes bancaires ouverts, clos ou utilisés à l'étranger pendant ces trois dernières années avec demande à l'appui de justificatifs bancaires. Le service s'est ensuite livré à l'exploitation des justificatifs bancaires pour rectifier le revenu imposable et les bases d'imposition aux contributions sociales de l'année 2015 de M. et Mme C, en y intégrant les revenus de capitaux mobiliers réalisés en France et en Belgique, ainsi que les plus-values de cession de valeurs mobilières réalisées en Belgique. Ce contrôle, qui s'est limité à apprécier l'exactitude des revenus générés par des comptes bancaires détenus en Belgique et déclarés par les requérants, n'a pas eu pour objet de vérifier la cohérence entre les revenus des contribuables et leur patrimoine, leur trésorerie ou leur train de vie. Un tel contrôle constitue un contrôle sur pièces, et non un examen contradictoire de la situation fiscale personnelle de M. et Mme C. Par suite, le moyen tiré de ce qu'en méconnaissance de l'article L. 47 du livre des procédures fiscales, l'administration n'a pas adressé un avis de vérification aux requérants, qui n'ont ainsi pas été informés de la possibilité d'être assistés d'un conseil au cours de la procédure de contrôle, est inopérant.
4. En second lieu, M. et Mme C ne sont pas fondés à se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations des paragraphes nos 1, 250 et 260 des commentaires publiés au bulletin officiel des finances publiques - impôts sous la référence BOI-CF-PGR-20-10, qui sont relatifs à la procédure d'imposition et ne peuvent être regardés comme comportant une interprétation de la loi fiscale opposable au service.
Sur le bien-fondé des impositions :
5. En premier lieu, aux termes de l'article 163-0 A du code général des impôts, dans sa rédaction applicable à l'année d'imposition en litige : " I - Lorsqu'au cours d'une année un contribuable a réalisé un revenu qui par sa nature n'est pas susceptible d'être recueilli annuellement et que le montant de ce revenu exceptionnel dépasse la moyenne des revenus nets d'après lesquels ce contribuable a été soumis à l'impôt sur le revenu au titre des trois dernières années, l'intéressé peut demander que l'impôt correspondant soit calculé en ajoutant le quart du revenu exceptionnel net à son revenu net global imposable et en multipliant par quatre la cotisation supplémentaire ainsi obtenue. / () ".
6. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification en date du 14 décembre 2018, de la réponse aux observations des contribuables en date du 15 juillet 2019 et de la décision de rejet de la réclamation de M. et Mme C en date du 15 février 2021, que les requérants ont réalisé au cours de l'année 2015 des plus-values de cession de valeurs mobilières pour un montant total de 347 653 euros. Ces plus-values ont été réalisées à concurrence de 346 679 euros dans le cadre d'une convention de gestion discrétionnaire, confiée à la banque privée BNP Paribas Fortis, signée le 16 mars 2015, de leurs avoirs déposés dans des comptes-titres ouverts dans les livres de cet établissement bancaire de droit belge. Si M. et Mme C soutiennent que, dans le cadre de cette gestion, l'ensemble de leur portefeuille de titres a fait l'objet d'une cession entre le 9 avril 2015 et le 28 octobre 2015, d'une part, ils ne l'établissent pas et, d'autre part, à supposer même que l'ensemble des titres de leur portefeuille ait été vendu, ils ne démontrent ni que les liquidités tirées de ces cessions n'ont pas été remployées à l'acquisition de nouveaux titres, ni que les comptes-titres ont été clôturés et qu'ainsi, ces opérations étaient insusceptibles de se renouveler annuellement. En tout état de cause, la circonstance, dont les requérants se prévalent, que ces cessions aient été opérées par l'établissement bancaire sans leur accord ne permet pas de regarder les plus-values de cession de valeurs mobilières comme un évènement extérieur aux contribuables susceptible de qualifier les revenus d'exceptionnels, dès lors qu'ils ont donné leur consentement pour ce mode de gestion et qu'ils ne soutiennent, ni même n'allèguent que l'établissement bancaire a outrepassé le mandat confié en réalisant ces opérations. Au surplus, il n'est pas contesté que M. et Mme C ont réalisé, chaque année entre 2007 et 2019, des opérations de même nature ayant abouti soit à des plus-values, soit à des moins-values. Plus particulièrement, ils ont déclaré des plus-values de cession de valeurs mobilières d'un montant de 70 583 euros pour l'année 2008, 30 140 euros pour l'année 2012, 69 433 euros pour l'année d'imposition en litige et 33 622 euros pour l'année 2019. Dans ces conditions, le revenu perçu par M. et Mme C correspondant aux plus-values de cession de valeurs mobilières en litige de l'année 2015 est susceptible, par sa nature, d'être recueilli annuellement et ne peut dès lors être regardé comme un revenu exceptionnel, au sens des dispositions précitées de l'article 163-0 A du code général des impôts. Par suite, et sans qu'y fasse obstacle la circonstance que l'administration fiscale leur aurait à tort opposé la réponse ministérielle à M. B, sénateur, du 9 juin 2016, M. et Mme C ne sont pas fondés à demander le bénéfice de ces dispositions.
7. En second lieu, M. et Mme C ne sauraient se prévaloir, sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des réponses ministérielles nos 17498 et 17497 à M. B, sénateur, des 9 juin 2016 et 7 juillet 2016, qui ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il est fait application par le présent jugement.
Sur les pénalités :
8. Aux termes de l'article 1729 du code général des impôts : " Les inexactitudes ou les omissions relevées dans une déclaration ou un acte comportant l'indication d'éléments à retenir pour l'assiette ou la liquidation de l'impôt () entraînent l'application d'une majoration de : / a. 40 % en cas de manquement délibéré ; / () ". Aux termes de l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales : " En cas de contestation des pénalités fiscales appliquées à un contribuable au titre des impôts directs (), la preuve de la mauvaise foi () incombe à l'administration ".
9. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification en date du 14 décembre 2018, que le service a infligé à M. et Mme C des pénalités pour manquement délibéré de 40 % sur le fondement des dispositions précitées de l'article 1729 du code général des impôts à raison de la taxation, d'une part, des plus-values de cession de valeurs mobilières d'un montant total de 347 653 euros et, d'autre part, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, de dividendes et intérêts perçus d'un montant total de 10 200 euros. L'administration fiscale se prévaut de l'importance et de la nature des rectifications, qui représentent 91 % des revenus imposables des requérants pour l'année 2015. Elle se prévaut également de ce que M. et Mme C avaient déposé le 31 mars 2015 une demande de régularisation auprès du service de traitement des déclarations rectificatives pour des avoirs détenus à l'étranger en transmettant des déclarations rectificatives d'impôt sur le revenu au titre des années 2006 à 2012, faisant notamment état de revenus de capitaux mobiliers et de plus-values de cession de valeurs mobilières, des déclarations initiales au titre de l'impôt sur la fortune des années 2007 et 2008 et des déclarations rectificatives au titre de l'impôt sur la fortune des années 2009 à 2013 et de la contribution exceptionnelle sur la fortune de l'année 2012, et qu'ils ne pouvaient pas ignorer le caractère imposable des revenus de l'année 2015 correspondant aux plus-values de cession de valeurs mobilières et aux dividendes et intérêts perçus sur leurs comptes bancaires ouverts dans les livres de la banque belge BNP Paribas Fortis. Dans ces conditions, et sans qu'y fassent obstacle les circonstances que l'établissement de crédit belge ne leur a pas communiqué de document récapitulatif résumant le montant des plus-values réalisées au cours de l'année 2015, que les revenus perçus sur les comptes bancaires ouverts dans cet établissement de crédit aient fait l'objet d'un prélèvement à la source de 25 % par le service public fédéral des finances du Royaume de Belgique, que les soldes de ces comptes aient été déclarés pour l'impôt de solidarité sur la fortune au titre de l'année 2016 et qu'ils aient omis de déclarer des moins-values de cession de valeurs mobilières au titre des années 2016 et 2017, l'administration fiscale doit être regardée comme apportant la preuve, qui lui incombe, conformément à l'article L. 195 A du livre des procédures fiscales, de l'intention délibérée des contribuables de se soustraire à l'impôt et, par suite, du bien-fondé des pénalités pour manquement délibéré qui leur ont été infligées sur le fondement des dispositions précitées de l'article 1729 de ce code.
10. Il résulte de tout ce qui précède que M. et Mme C ne sont fondés à demander ni la décharge, ni la réduction des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles ils ont été assujettis au titre de l'année 2015, ainsi que des pénalités correspondantes. Par suite, leurs conclusions à fins de décharge ou de réduction doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'ils ont présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
DÉCIDE :
Article 1er : La requête de M. et Mme C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. et Mme A C et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.
Délibéré après l'audience du 5 octobre 2023, à laquelle siégeaient :
- M. Lemaire, président,
- Mme Courtois, première conseillère,
- Mme Jaur, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 octobre 2023.
La rapporteure,
Signé
C. COURTOISLe président,
Signé
O. LEMAIRE
La greffière,
Signé
S. RANWEZ
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
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Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
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