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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103061

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103061

jeudi 18 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103061
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantSCP HEPTA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire en réplique, enregistrés les 21 avril 2021 et 16 novembre 2021, la société par actions simplifiée Clinique Saint Roch, représentée par la société d'avocats Hepta, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations primitives de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020, à raison de locaux sis 128, allée Saint-Roch à Cambrai ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- elle entre dans le champ d'application de l'article 1521, III, 4° du code général des impôts, ses locaux se trouvant dans une partie de la commune où ne fonctionne pas le service d'enlèvement des ordures du fait d'une décision de la communauté d'agglomération de Cambrai la privant de toute collecte des déchets ménagers depuis le 1er janvier 2009, et se trouve donc exonérée de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères ;

- son assujettissement, alors que la communauté d'agglomération de Cambrai l'a exclue du service de collecte et de traitement des ordures ménagères sans fondement légal, conduit à une rupture d'égalité devant la loi fiscale et les charges publiques, en méconnaissance des articles 6 et 13 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, conduisant à une disproportion manifeste de l'imposition en litige.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 22 septembre 2021 et 3 mai 2022, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Clinique Saint Roch ne sont pas fondés.

La requête a été communiquée à la communauté d'agglomération de Cambrai, qui n'a pas produit d'observations.

Par une ordonnance en date du 30 octobre 2023, la clôture d'instruction a été fixée au 30 novembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courtois,

- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. La société Clinique Saint Roch demande au tribunal de prononcer la décharge des cotisations primitives de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020, à raison des locaux sis 128, allée Saint-Roch à Cambrai, dont elle est propriétaire.

2. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts, dans sa rédaction issue du V de l'article 57 de la loi du 29 décembre 2015 de finances rectificative pour 2015, applicable à compter du 1er janvier 2016 : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal ". Les déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales s'entendent des déchets non ménagers que ces collectivités peuvent, eu égard à leurs caractéristiques et aux quantités produites, collecter et traiter sans sujétions techniques particulières. Aux termes de l'article 1521 du code général des impôts : " I. - La taxe porte sur toutes les propriétés soumises à la taxe foncière sur les propriétés bâties ou qui en sont temporairement exonérées () / II. - Sont exonérés : / Les usines, / Les locaux sans caractère industriel ou commercial loués par l'Etat, les départements, les communes et les établissements publics, scientifiques, d'enseignement et d'assistance et affectés à un service public, / III. / () / 4. Sauf délibération contraire des communes ou des organes délibérants de leurs groupements, les locaux situés dans la partie de la commune où ne fonctionne pas le service d'enlèvement des ordures sont exonérés de la taxe ".

3. Il résulte de ces dispositions que la taxe d'enlèvement des ordures ménagères a le caractère d'une imposition et non celui d'une redevance pour services rendus.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, par courrier du 26 septembre 2008, le vice-président de la communauté d'agglomération de Cambrai a informé le président de la société Clinique Saint Roch de la cessation de la collecte de ses déchets par la collectivité à compter du 1er janvier 2009. Ce même courrier a précisé que la collecte sélective des déchets d'emballages recyclables, des journaux magazines et du verre continuait néanmoins d'être assurée. En refusant de collecter et traiter les déchets de l'établissement de santé eu égard aux sujétions techniques particulières de collecte et de traitement qu'imposent leurs caractéristiques et leurs quantités, sans toutefois modifier par délibération le périmètre géographique desservi par le service d'enlèvement des ordures, la communauté d'agglomération de Cambrai ne peut être regardée comme ayant supprimé le service d'enlèvement des ordures sur la partie de la commune où se situent les locaux de la requérante. La circonstance qu'en refusant de collecter les déchets autres que ceux collectés sélectivement, la communauté d'agglomération de Cambrai exclurait du service tous les patients de la clinique qui sont regardés, à raison de leur temps de séjour, comme y ayant leur résidence principale est cet égard sans incidence. Par suite, la société Clinique Saint Roch n'est pas fondée à soutenir que ses locaux sont situés dans une zone où ne fonctionne pas le service d'enlèvement des ordures et qu'elle doit dès lors être exonérée de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères sur le fondement du 4° du III de l'article 1521 du code général des impôts.

5. En second lieu, la société Clinique Saint Roch, qui ne conteste pas par ailleurs produire des déchets dont la collecte et le traitement sont spécifiques et qui ne peuvent donc être regardés comme les déchets visés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, n'assortit pas, en tout état de cause, le moyen tiré de ce que la décision de l'administration entraîne une rupture d'égalité devant la loi fiscale et les charges publiques, principes garantis par les articles 6 et 13 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen, de précisions suffisantes permettant d'en apprécier le bien-fondé.

6. Il résulte de tout ce qui précède que la société Clinique Saint Roch n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations primitives de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

DÉCIDE :

Article 1er : La requête de la société Clinique Saint Roch est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée Clinique Saint Roch, au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord et à la communauté d'agglomération de Cambrai.

Délibéré après l'audience du 27 juin 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Célino, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 18 juillet 2024.

La rapporteure,

signé

C. COURTOISLe président,

signé

O. LEMAIRE

La greffière,

signé

P. CARPENTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

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