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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103420

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103420

jeudi 28 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103420
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantDELATTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés les 3 mai 2021, 19 janvier 2022 et 13 mai 2022, M. A C, représenté par Me Delattre, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des droits de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période couvrant les années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- si le service vérificateur lui a transmis les droits de communication exercés auprès des clients et auprès de l'établissement bancaire CIC de Bourbourg, il a méconnu l'obligation d'information prévue par les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales en omettant de préciser dans la proposition de rectification du 9 avril 2018 la teneur et l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels il s'est fondé pour établir l'imposition litigieuse, ainsi que la procédure ayant permis de les obtenir ;

- le service vérificateur a méconnu l'obligation de communication prévue par les dispositions de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales en lui transmettant une réponse illisible du client D ;

- les paiements des factures n° 240 du 15 juillet 2015 et n° 278 du 29 octobre 2015 ont été enregistrés sur son compte bancaire ;

- son chiffre d'affaires correspond à des prestations de services et à des livraisons de biens, le montant du chiffre d'affaires correspondant aux prestations de services ne s'élevant qu'à 31 383 euros au titre de l'année 2015 et 31 634 euros au titre de l'année 2016, ces montants n'excédant pas le plafond de recettes de 32 900 euros pour l'application de la franchise en base fixé par l'article 293 B du code général des impôts.

Par un mémoire en défense, enregistré le 3 novembre 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Par une ordonnance en date du 12 août 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 16 septembre 2022.

En application de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, l'instruction a été rouverte pour les éléments demandés en vue de compléter l'instruction par lettre du 11 octobre 2023.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Courtois,

- et les conclusions de M. Huguen, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, qui exerce à titre individuel une activité de travaux de maçonnerie générale et gros œuvre de bâtiment sous le nom E, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle des droits de taxe sur la valeur ajoutée ont été mis à sa charge au titre de la période couvrant les années 2015 et 2016. M. C demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

2. Aux termes de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales : " L'administration est tenue d'informer le contribuable de la teneur et de l'origine des renseignements et documents obtenus de tiers sur lesquels elle s'est fondée pour établir l'imposition faisant l'objet de la proposition prévue au premier alinéa de l'article L. 57 ou de la notification prévue à l'article L. 76. Elle communique, avant la mise en recouvrement, une copie des documents susmentionnés au contribuable qui en fait la demande ".

3. L'obligation faite par l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales à l'administration fiscale d'informer le contribuable de l'origine et de la teneur des renseignements qu'elle a utilisés pour procéder à des rectifications a pour objet de permettre à celui-ci, notamment, de discuter utilement leur provenance ou de demander que les documents qui, le cas échéant, contiennent ces renseignements soient mis à sa disposition avant la mise en recouvrement des impositions qui en procèdent, afin qu'il puisse vérifier l'authenticité de ces documents et en discuter la teneur ou la portée.

4. En premier lieu, il résulte de l'instruction que l'administration fiscale, en réponse à la demande de M. C du 21 mars 2019, a communiqué à celui-ci les demandes de renseignements adressées à Mmes B et Combescot, à M. D et à la banque CIC Nord-Ouest, ainsi que leurs réponses, par deux courriers du 23 avril 2019, qui mentionnent l'origine et la teneur des renseignements ainsi obtenus de tiers grâce à l'exercice du droit de communication et qui ont été reçus par l'intéressé avant la mise en recouvrement des impositions en litige. En tout état de cause, il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 9 avril 2018 et de la réponse aux observations du contribuable du 19 juillet 2018, que, pour corriger le chiffre d'affaires que M. C avait déclaré au titre de la période d'imposition en litige, le service ne s'est pas fondé sur des renseignements obtenus de Mme B, de M. D et de la banque CIC Nord-Ouest, mais sur les factures et relevés de compte que le requérant avait lui-même remis au vérificateur les 12 et 25 octobre 2017, au cours de la vérification de comptabilité dont il faisait alors l'objet.

5. En second lieu et en tout état de cause, si M. C fait valoir que la réponse de M. D au service vérificateur qui lui a été communiquée le 23 avril 2019 est illisible, l'allégation n'est pas établie, alors que le requérant, à réception du document, n'a pas demandé la communication d'une copie lisible, et, à supposer qu'elle le soit, il ne résulte pas de l'instruction que cette illisibilité serait imputable au service vérificateur.

6. Il résulte de ce qui a été dit aux points 2 à 5 que M. C n'est pas fondé à soutenir que l'administration fiscale a méconnu les dispositions précitées de l'article L. 76 B du livre des procédures fiscales.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

7. En premier lieu, il résulte de l'instruction que, pour établir les rectifications proposées le 9 avril 2018, le service a déterminé la taxe sur la valeur ajoutée collectée par M. C au titre de la période couvrant les années 2015 et 2016 en se fondant sur des sommes créditées sur le compte courant ouvert dans les livres de la banque CIC Nord-Ouest de Bourbourg, désigné par M. C comme l'unique compte utilisé pour l'exercice de son activité professionnelle, ainsi que sur des sommes facturées mais non créditées sur ce compte bancaire. S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée se rapportant à la facture n° 240 établie le 15 juillet 2015 aux noms de Mmes B F et Luechinger F pour un montant de 18 700 euros, M. C soutient que le paiement de cette facture a déjà été pris en compte par le service au titre des sommes créditées sur le compte courant. Il résulte de l'instruction que son paiement a été effectué par trois virements bancaires des 9 juin 2015, 26 juin 2015 et 9 juillet 2015 pour un montant total de 18 700 euros, duquel la banque a déduit des frais d'opération bancaire, d'un compte détenu par la société Luechinger et Fils sur son compte ouvert dans les livres de la banque CIC qu'il a désigné au service vérificateur à l'ouverture des opérations de vérification le 4 octobre 2017. Ainsi, le service ne pouvait également retenir, pour déterminer la taxe sur la valeur ajoutée collectée par M. C, le paiement de cette facture au titre des sommes facturées mais non créditées sur le compte courant. S'agissant de la taxe sur la valeur ajoutée se rapportant à la facture n° 278 établie au nom de M. D pour un montant de 600 euros, il résulte de la proposition de rectification du 9 avril 2018 et de la réponse aux observations du contribuable du 19 juillet 2018, que, nonobstant la circonstance que son paiement apparaisse tant au titre des sommes créditées sur le compte bancaire qu'au titre des sommes facturées mais non créditées sur ce compte, le service ne l'a prise en compte qu'au titre des sommes facturées mais non créditées sur le compte bancaire pour calculer le montant total de taxe sur la valeur ajoutée collectée et déterminer la taxe sur la valeur ajoutée due au titre de la période couvrant les années 2015 et 2016. Par suite, contrairement à ce que soutient M. C, le service ne l'a pas prise en compte à deux reprises pour déterminer la taxe sur la valeur ajoutée collectée.

8. En second lieu, aux termes de l'article 293 B du code général des impôts, dans sa version applicable à la période d'imposition en litige : " I. - Pour leurs livraisons de biens et leurs prestations de services, les assujettis établis en France () bénéficient d'une franchise qui les dispense du paiement de la taxe sur la valeur ajoutée, lorsqu'ils n'ont pas réalisé : / 1° Un chiffre d'affaires supérieur à : / a) 82 200 € l'année civile précédente ; / b) Ou 90 300 € l'année civile précédente, lorsque le chiffre d'affaires de la pénultième année n'a pas excédé le montant mentionné au a ; / 2° Et un chiffre d'affaires afférent à des prestations de services, hors ventes à consommer sur place et prestations d'hébergement, supérieur à : / a) 32 900 € l'année civile précédente ; / b) Ou 34 900 € l'année civile précédente, lorsque la pénultième année il n'a pas excédé le montant mentionné au a. / II. - 1. Le I cesse de s'appliquer : / a) Aux assujettis dont le chiffre d'affaires de l'année en cours dépasse le montant mentionné au b du 1° du I ; / b) Ou à ceux dont le chiffre d'affaires de l'année en cours afférent à des prestations de services, hors ventes à consommer sur place et prestations d'hébergement, dépasse le montant mentionné au b du 2° du I. / 2. Les assujettis visés au 1 deviennent redevables de la taxe sur la valeur ajoutée pour les prestations de services et les livraisons de biens effectuées à compter du premier jour du mois au cours duquel ces chiffres d'affaires sont dépassés. / () ".

9. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 9 avril 2018, que, pour apprécier le respect des seuils prévus par les dispositions précitées de l'article 293 B du code général des impôts et, par suite, pour remettre en cause le bénéfice de la franchise prévue par ces dispositions au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, le service a estimé, en l'absence de mention de livraisons de biens sur les factures établies par M. C, que le chiffre d'affaires qu'il avait réalisé au titre de cette période se rapportait exclusivement à la réalisation de prestations de services. Si M. C soutient qu'il n'a pas exclusivement réalisé des prestations de services au cours de la période en cause et qu'il a également effectué des livraisons de biens, il ne verse au dossier aucun élément de nature à l'établir, les factures dont il se prévaut ne mentionnant pas distinctement la vente de biens. Par suite, M. C n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que le service a constaté le dépassement du seuil relatif aux prestations de services et a remis en cause pour ce motif le bénéfice de la franchise prévue par les dispositions précitées l'article 293 B du code général des impôts au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016.

10. Il résulte de tout ce qui précède que M. C est seulement fondé à demander la réduction des droits de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge au titre de la période couvrant les années 2015 et 2016, ainsi que des pénalités correspondantes, à concurrence de la taxe sur la valeur ajoutée se rapportant à la facture n° 240 établie le 15 juillet 2015 aux noms de Mmes B F et Luechinger F pour un montant de 18 700 euros.

Sur les conclusions présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, le versement de la somme que M. C demande au titre des frais qu'il a exposés.

DÉCIDE :

Article 1er : Les bases imposables à la taxe sur la valeur ajoutée assignées à M. C au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016 sont déterminées conformément aux motifs du présent jugement.

Article 2 : Les droits de taxe sur la valeur ajoutée mis à la charge de M. C au titre de la période du 1er janvier 2015 au 31 décembre 2016, ainsi que les pénalités correspondantes, sont réduits à concurrence de la réduction des bases imposables définie à l'article 1er.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête de M. C est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 14 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

- M. Lemaire, président,

- Mme Courtois, première conseillère,

- Mme Jaur, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 décembre 2023.

La rapporteure,

Signé

C. COURTOISLe président,

Signé

O. LEMAIRE

La greffière,

Signé

S. RANWEZ

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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