mardi 28 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2103448 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | SELARL RESSOURCES PUBLIQUES AVOCATS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 4 mai 2021 et le 10 mai 2022, M. A B, représenté par Me Fillieux, demande au tribunal :
1°) de condamner solidairement le centre communal d'action sociale de la commune de Grande Synthe et la commune de Grande Synthe à lui verser la somme totale de 5 000 euros en réparation des préjudices liés, d'une part, à l'absence de respect du délai de préavis, d'autre part, aux faits de harcèlement moral qu'il estime avoir subis, et enfin, à ses conditions de travail ;
2°) de mettre à la charge solidaire du centre communal d'action sociale de la commune de Grande Synthe et de la commune de Grande Synthe la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application combinée des dispositions de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- sa requête est recevable ;
- les conditions dans lesquelles son contrat n'a pas été renouvelé sont fautives dès lors que son employeur ne l'a pas informé, dans les conditions prévues par l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale, de sa décision de ne pas renouveler son engagement ;
- il a été victime d'agissements constitutifs de harcèlement moral de la part de son employeur ;
- les conditions de travail offertes par son employeur sont fautives et de nature à engager la responsabilité de celui-ci ;
- ces fautes sont à l'origine d'un préjudice moral qu'il évalue à 4 000 euros et de troubles dans ses conditions d'existence dont la réparation s'élève à la somme de 1 000 euros.
Par un mémoire en défense enregistré le 1er octobre 2021, le centre communal d'action sociale de la commune de Grande Synthe et la commune de Grande Synthe concluent au rejet de la requête et à ce que soit mis à la charge de M. B le versement d'une somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Ils font valoir que :
- la requête est irrecevable en ce qu'elle est tardive ;
- leur responsabilité ne peut être engagée dès lors qu'ils n'ont commis aucune des fautes reprochées.
Par une ordonnance du 28 novembre 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 28 décembre 2022.
M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale dans la procédure indemnitaire l'opposant à la commune de Grande Synthe par une décision du 8 mars 2021.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Borget, rapporteur,
- et les conclusions de Mme Allart, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. A B a été recruté par la commune de Grande-Synthe, à compter du 1er janvier 2020, par un contrat d'une durée de trois mois, en vue d'exercer les fonctions d'agent administratif au sein du centre communal d'action sociale (CCAS) de la commune. Conclu sur le fondement du 2° de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, soit pour faire face à un besoin lié à un accroissement saisonnier d'activité, ce contrat n'a pas été renouvelé à son échéance. Par un courrier du 21 décembre 2020, M. B a sollicité du CCAS de la commune de Grande Synthe l'indemnisation des préjudices qu'il estimait avoir subis en raison des fautes commises par l'établissement dans les conditions de déroulement de sa mission, dans les conditions du non-renouvellement de son contrat et en raison de faits de harcèlement moral. Sa demande a été rejetée par décision du 11 février 2021. M. B a parallèlement, par courrier du 27 avril 2021, adressé la même demande à la commune de Grande Synthe qui l'a implicitement rejetée. Par la présente requête, M. B demande au tribunal la condamnation du CCAS de la commune de Grande Synthe et de la commune de Grande Synthe à lui verser solidairement une somme totale de 5 000 euros.
Sur les conclusions indemnitaires :
2. En premier lieu, aux termes de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale : " I. - Les collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 peuvent recruter temporairement des agents contractuels sur des emplois non permanents pour faire face à un besoin lié à : () 2° Un accroissement saisonnier d'activité, pour une durée maximale de six mois, compte tenu, le cas échéant, du renouvellement du contrat, pendant une même période de douze mois consécutifs. () " et aux termes de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : / - huit jours avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois ; / - un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ; / - deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans ; / () Ces durées sont doublées, dans la limite de quatre mois, pour les personnels handicapés mentionnés aux 1°, 2°, 3°, 4°, 9°, 10° et 11° de l'article L. 5212-13 du code du travail, dans la mesure où la reconnaissance du handicap aura été préalablement déclarée à l'employeur et dans des délais suffisants. / () Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux deuxième, troisième, quatrième et cinquième alinéas sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent, y compris ceux conclus avant une interruption de fonctions, sous réserve que cette interruption n'excède pas quatre mois et qu'elle ne soit pas due à une démission de l'agent () ".
3. Il résulte de l'instruction que M. B a été recruté non pas par le CCAS de Grande-Synthe mais par la commune de Grande Synthe pour exercer les fonctions d'agent administratif pour la période du 1er janvier au 31 mars 2020 inclus, sur le fondement du 2° de l'article 3 précité de la loi du 26 janvier 1984. Il est par ailleurs constant qu'il a été engagé par cette même collectivité du 24 décembre 2018 au 30 septembre 2019, également en vue de faire face à un besoin lié à un accroissement saisonnier d'activité, de sorte qu'ayant été employé pour une durée totale supérieure à six mois sur la période de douze mois consécutifs qui a précédé l'échéance de son contrat, la durée de son engagement était donc insusceptible d'être renouvelée en application des dispositions précitées du 2° de l'article 3 de la loi du 26 janvier 1984. Par suite, la commune de Grande Synthe n'a commis aucune faute en ne l'informant pas préalablement de son intention de ne pas renouveler son contrat et M. B n'est pas fondé à demander la condamnation de son employeur à l'indemniser des préjudices qui résulterait de cette absence d'information préalable.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article 6 quinquies de la loi du 13 juillet 1983 alors en vigueur : " Aucun fonctionnaire ne doit subir les agissements répétés de harcèlement moral qui ont pour objet ou pour effet une dégradation des conditions de travail susceptible de porter atteinte à ses droits et à sa dignité, d'altérer sa santé physique ou mentale ou de compromettre son avenir professionnel. () ".
5. Il appartient à un agent public qui soutient avoir été victime d'agissements constitutifs de harcèlement de soumettre au juge des éléments de fait susceptibles de faire présumer l'existence d'un tel harcèlement. Il incombe à l'administration de produire, en sens contraire, une argumentation de nature à démontrer que les agissements en cause sont justifiés par des considérations étrangères à tout harcèlement. La conviction du juge, à qui il revient d'apprécier si les agissements de harcèlement sont ou non établis, se détermine au vu de ces échanges contradictoires, qu'il peut compléter, en cas de doute, en ordonnant toute mesure d'instruction utile. Pour apprécier si des agissements dont il est allégué qu'ils sont constitutifs d'un harcèlement moral revêtent un tel caractère, le juge administratif doit tenir compte des comportements respectifs de l'administration auquel il est reproché d'avoir exercé de tels agissements et de l'agent qui estime avoir été victime d'un harcèlement moral. Pour être qualifiés de harcèlement moral, ces agissements doivent être répétés et excéder les limites de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique.
6. M. B soutient que les conditions dans lesquelles il a été amené à exercer son contrat entre le 1er janvier 2020 et le 31 mars 2020 sont constitutives d'agissements de harcèlement moral dès lors qu'il n'avait ni matériel ni bureau pour exercer ses fonctions d'agent administratif, étant notamment privé d'ordinateur, et qu'il a fait part de sa situation au médecin du travail qui a relevé dans la fiche médicale qu'il faisait l'objet d'une surveillance particulière, qu'il était en arrêt de travail et en souffrance sur son poste de travail et qu'une médiation serait souhaitable. Si le requérant produit plusieurs attestations d'agents faisant état de l'absence de bureau privatif mis à sa disposition, il résulte de l'instruction que ces mêmes agents ainsi que les supérieurs hiérarchiques de l'intéressé, ont précisé, dans des attestations ultérieures, que M. B, dont les missions le conduisaient à exercer ses fonctions essentiellement à l'extérieur, auprès des usagers du CCAS, avait accès à un bureau et à un ordinateur du service lorsqu'il s'y trouvait. Il résulte également de l'instruction que l'intéressé disposait de missions effectives dans le cadre de son emploi et était pleinement associé à l'activité du service. S'il est établi que l'intéressé a pu rencontrer des difficultés relationnelles avec une de ses supérieurs hiérarchiques et qu'il a également été placé en arrêt de travail, ces éléments, pas plus que l'absence d'information préalable par la commune de son intention de ne pas renouveler son contrat, ne suffisent pas à faire présumer que les troubles de l'intéressé auraient pour origine des faits de harcèlement moral.
7. Il résulte de ce qui précède que les éléments avancés par M. B ne sont pas susceptibles de laisser présumer l'existence d'un harcèlement moral. Dans ces conditions, le requérant n'est pas fondé à demander la condamnation de son employeur à l'indemniser des préjudices qui en résulterait.
8. En troisième lieu, ainsi qu'il vient d'être dit, il ne résulte pas de l'instruction que les conditions dans lesquelles M. B a été amené à exécuter son contrat de travail du 1er janvier 2020 au 31 mars 2020 seraient constitutives d'une faute de la part de son employeur. Dans ces conditions, le requérant n'est pas davantage fondé à demander la condamnation de son employeur à l'indemniser des préjudices qui résulterait de ces agissements.
9. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin d'examiner les fins de non-recevoir opposées en défense, que les conclusions à fin d'indemnisation présentées par M. B doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune de Grande Synthe et du CCAS de Grande Synthe, qui n'ont pas la qualité de partie perdante dans la présente instance, la somme que demande M. B au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de M. B, la somme demandée par la commune de Grande Synthe et le CCAS de Grande Synthe au même titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune de Grande Synthe et le CCAS de Grande Synthe sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au centre communal d'action sociale de la commune de Grande Synthe et à la commune de Grande Synthe.
Délibéré après l'audience du 24 octobre 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
M. Borget, premier conseiller,
Mme Piou, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 28 novembre 2023.
Le rapporteur,
signé
J. BORGET
La présidente,
signé
A-M. LEGUIN La greffière,
signé
C. CALIN
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026