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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103524

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103524

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103524
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantCABINET AUGUST & DEBOUZY AVOCATS

Texte intégral

Vu les procédures suivantes :

I. Par une requête, enregistrée le 5 mai 2021, sous le n° 2103524, la société par actions simplifiée unipersonnelle (SASU) Orion Conseil RH, représentée par Me Rohmer, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, à concurrence de la somme de 16 310 euros, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2013, 31 décembre 2014 et 31 décembre 2015 outre des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge pour la période du 1er janvier 2013 au 31 juillet 2016 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 5 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais qu'elle a été ou serait amenée à exposer au cours de cette instance.

Elle soutient que :

- les propositions de rectifications qui lui ont été adressées ne sont pas motivées ou sont insuffisamment motivées en méconnaissance des dispositions des articles L. 57 et R. 57-1 du livre des procédures fiscales ; elle entend se prévaloir des énonciations du paragraphe 80 de l'instruction administrative référencée BOI-CF-IOR-10-40 ;

- le défaut de motivation ou l'insuffisante motivation des propositions de rectification se traduit par un positionnement incohérent et contradictoire de l'administration qui tout en considérant que les frais de déplacement avaient été effectués dans son intérêt, a rejeté la déductibilité de dépenses de réception, achat ou voyages y afférents ;

- l'attitude de l'administration porte atteinte au principe de sécurité juridique dès lors qu'elle n'a pas motivé, insuffisamment motivé ou motivé de manière contradictoire et incohérente les propositions de rectifications qui lui ont été adressées ;

- l'administration fiscale n'apporte pas la preuve que les dépenses en litige n'ont pas été exposées dans son intérêt ni de leur caractère excessif ; les dépenses de réception et les achats de petits équipements sont engagés dans son intérêt car ils sont indissociables de son activité ; en rejetant des dépenses de réception au motif qu'elles ont été réalisées en soirée, le service a établi une présomption illégale ; le service a rejeté à tort des dépenses au seul motif qu'il s'agissait de courses alimentaires alors que ces dépenses effectuées en soirée doivent être déduites ; le rejet par le service de dépenses en raison du nombre de convives présents ne repose sur aucun fondement légal ou jurisprudentiel ; stratégiquement, elle offre, de manière occasionnelle et pour de faibles montants, des cadeaux aux enfants de ses principaux clients car ces derniers ont tendance à refuser les cadeaux qui leur sont faits directement mais sont touchés par l'attention portée à leurs enfants ; par conséquent, ces dépenses doivent être déduites ; enfin, en validant le caractère professionnel de la plupart des frais de déplacement mais en considérant que les charges liées à ces déplacements n'avaient pas été engagées dans l'intérêt de la société, l'administration fiscale a adopté un positionnement incohérent ;

-concernant le rejet des tickets de caisse en tant que pièces justificatives des dépenses en litige, l'administration fiscale n'explique pas les raisons pour lesquelles ils ne présentent pas les conditions de fond et de forme requises pour la déductibilité des charges ; or, les tickets de caisse présentés par ses soins comportent les mentions obligatoires permettant de justifier la déduction des dépenses en litige conformément aux règles fiscales, prévues par les dispositions de l'article 54 du code général des impôts, et au principe de connexité des règles comptables et fiscales, prévu par les dispositions des articles 38 quater de l'annexe III du code général des impôts et de l'article R. 123-174 du code de commerce ; elle entend se prévaloir des énonciations du paragraphe n° 1 de l'instruction administrative référencée BOI-BIC-CHG-10-20-20, des paragraphes n° 10 et 70 de l'instruction administrative référencée BOI-BIC-DECLA-30-10-20-40 ;

- elle doit pouvoir bénéficier de la tolérance administrative prévue pour les menues acquisitions de produits consommables, des frais de voyage, réception et représentation ; elle entend se prévaloir des énonciations des paragraphes n° 1, 40 et 50 de l'instruction administrative référencée BOI-BIC-CHG-10-20-20.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 septembre 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par la société Orion Conseils RH ne sont pas fondés.

Par une ordonnance du 10 janvier 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 25 février 2022.

Le 14 mai 2024, une mesure supplémentaire d'instruction a été diligentée, en application des dispositions de l'article R. 613-1-1 du code de justice administrative, afin que l'administration fiscale verse au dossier la proposition de rectification du 15 décembre 2016 et un exemplaire lisible de la proposition de rectification du 8 février 2017.

Le 16 mai 2024, l'administration fiscale a produit ces pièces qui ont été communiquées à la société requérante.

II. Par une requête, enregistrée le 5 mai 2021, sous le n° 2103519, M. B A, représenté par Me Rohmer, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge, à concurrence de la somme de 8 860 euros, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales auxquelles il a été assujetti au titre des années 2013, 2014 et 2015 ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais qu'il a été ou serait amené à exposer au cours de cette instance.

Il soutient que :

- l'appréhension des revenus distribués en litige n'est pas établie pour l'année 2013 dès lors qu'il est devenu l'unique associé de la société le 13 octobre 2014 ;

- c'est à tort que le service vérificateur a refusé la déductibilité du résultat de la société Orion Conseil RH des charges que celles-ci a engagées au titre des exercices clos les 31 décembre 2013, 31 décembre 2014 et 31 décembre 2015 ainsi que la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée afférente à ces dépenses, à l'exception des sommes dont la reprise a été expressément acceptée par la société ; dès lors, ces sommes ne peuvent être considérées comme des distributions occultes à son profit.

Par un mémoire en défense, enregistré le 8 octobre 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces des dossiers.

Vu :

- le code de commerce ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Célino,

- et les conclusions de Mme Dang, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société Orion Conseils RH, dont M. A est président et associé unique et qui exerce une activité générale de conseil et management en ressources humaines, a fait l'objet d'une vérification de comptabilité à l'issue de laquelle elle a été assujettie à des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés au titre des exercices clos les 31 décembre 2013, 31 décembre 2014 et 31 décembre 2015 ainsi qu'à des rappels de taxe sur la valeur ajoutée pour la période du 1er janvier 2013 au 31 juillet 2016. La société Orion Conseils RH demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, à concurrence de la somme de 16 310 euros, ainsi que des pénalités correspondantes.

2. A l'issue de la vérification de comptabilité de la société Orion Conseil RH, M. A a été assujetti à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu et de contributions sociales au titre des années 2013, 2014 et 2015. M. A demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions, à concurrence de la somme de 8 860 euros, ainsi que des pénalités correspondantes.

Sur la jonction des requêtes :

3. Les requêtes n° 2103519 et 2103524 présentent à juger des questions en partie identiques et ont donné lieu à une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour y statuer par une seule décision.

Sur la requête de la société Orion Conseil RH :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition :

4. Aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. / () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition () ". Il résulte de ces dispositions que, pour être régulière, une proposition de rectification doit comporter la désignation de l'impôt concerné, de l'année d'imposition et de la base d'imposition, et énoncer les motifs sur lesquels l'administration entend se fonder pour justifier les redressements envisagés, de façon à permettre au contribuable de formuler ses observations de façon entièrement utile. En revanche, sa régularité ne dépend pas du bien-fondé de ces motifs.

S'agissant de la proposition de rectification du 15 décembre 2016 :

5. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 15 décembre 2016 adressée à la société Orions Conseil RH mentionne l'année d'imposition et les impositions concernées, ainsi que la nature, les motifs, les fondements légaux et les montants des rectifications envisagées. Plus particulièrement, d'une part, elle vise, en liminaire du point III-2-2 " rehaussements : charges non admises en déduction du résultat ", l'article 39, 1 du code général des impôts et reprend l'analyse des dépenses litigieuses, tant en fait qu'en droit, opérée par le service vérificateur pour motiver la remise en cause de leur déduction. D'autre part, concernant la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée, l'administration fiscale a rappelé au visa de l'article 271 du code général des impôts que les dépenses n'ouvrent droit à déduction que pour autant que de telles dépenses sont utilisées pour les besoins d'opérations ouvrant droit à déduction et que la taxe déductible est celle qui figure sur les factures. L'administration fiscale a joint trois annexes comprenant une liste de dépenses comptabilisées dans les comptes relatifs aux réceptions, voyages et déplacements et achats petits équipements pour lesquelles elle a estimé un caractère non déductible en indiquant, pour chaque dépense, notamment la date, le libellé et le montant de la facture. Elle a précisé les dépenses concernées pour la fourniture de combustibles au sein même de la proposition de rectification. Dès lors, la société Orions Conseil RH, qui a été mise en mesure de présenter utilement ses observations, n'est pas fondée à soutenir que la proposition qui lui a été adressée n'est pas motivée ou est insuffisamment motivée.

S'agissant de la proposition de rectification du 8 février 2017 :

6. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 8 février 2017 adressée à la société Orions Conseil RH mentionne les années d'imposition et les impositions concernées, ainsi que la nature, les motifs, les fondements légaux et les montants des rectifications envisagées. Plus particulièrement, d'une part, elle vise, en liminaire du point III-2 " impôt sur les sociétés ", l'article 39, 1 du code général des impôts et reprend au point III-2-2 l'analyse des dépenses litigieuses, tant en fait qu'en droit, opérée par le service vérificateur pour motiver la remise en cause de leur déduction. D'autre part, concernant la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée, l'administration fiscale a rappelé au visa de l'article 271 du code général des impôts que les dépenses n'ouvrent droit à déduction que pour autant que de telles dépenses sont utilisées pour les besoins d'opérations ouvrant droit à déduction et que la taxe déductible est celle qui figure sur les factures. L'administration fiscale a joint six annexes comprenant une liste de dépenses comptabilisées dans les comptes relatifs aux réceptions, voyages et déplacements et achats petits équipements pour lesquelles elle a estimé un caractère non déductible en indiquant, pour chaque dépense, notamment la date, le libellé et le montant de la facture. Dès lors, la société Orions Conseil RH, qui a été mise en mesure de présenter utilement ses observations, n'est pas fondée à soutenir que la proposition qui lui a été adressée n'est pas motivée ou est insuffisamment motivée.

7. En soutenant que le défaut de motivation ou l'insuffisante motivation des propositions de rectification se traduit par un positionnement incohérent et contradictoire de l'administration qui tout en considérant que les frais de déplacement avaient été effectués dans son intérêt, a rejeté la déductibilité de dépenses de réception, achat ou voyages y afférents, la société requérante critique le bien-fondé des redressements notifiés par les propositions de rectification. Par suite, le moyen doit être écarté.

8. Aux termes de l'alinéa 1 de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. () ".

9. La société Orion Conseils RH ne peut utilement se prévaloir, sur le fondement implicite de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, des énonciations du paragraphe 80 de l'instruction administrative référencée BOI-CF-IOR-10-40, qui sont relatives à la procédure d'imposition et ne comportent par suite aucune interprétation formelle de la loi fiscale opposable à l'administration sur ce fondement.

10. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la société requérante n'est pas fondée à soutenir que l'attitude de l'administration fiscale a porté atteinte au principe de sécurité juridique.

En ce qui concerne le bien-fondé des impositions :

S'agissant de l'application de la loi fiscale :

Quant aux cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés :

11. Aux termes du 1 de l'article 39 du code général des impôts, applicable à l'impôt sur les sociétés en vertu de l'article 209 du même code : " Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant () notamment : 1° Les frais généraux de toute nature () ".

12. En vertu des règles gouvernant l'attribution de la charge de la preuve devant le juge administratif, applicables sauf loi contraire, s'il incombe, en principe, à chaque partie d'établir les faits qu'elle invoque au soutien de ses prétentions, les éléments de preuve qu'une partie est seule en mesure de détenir ne sauraient être réclamés qu'à celle-ci. Il appartient, dès lors, au contribuable de justifier tant du montant des charges qu'il entend, en application du I de l'article 39 du code général des impôts précité, déduire du bénéfice net défini à l'article 38 du même code que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité. Le contribuable apporte cette justification par la production de tous éléments suffisamment précis portant sur la nature de la charge en cause, ainsi que sur l'existence et la valeur de la contrepartie qu'il en a retirée. Dans l'hypothèse où le contribuable s'acquitte de cette obligation, il incombe ensuite au service, s'il s'y croit fondé, d'apporter la preuve de ce que la charge en cause n'est pas déductible par nature, qu'elle est dépourvue de contrepartie, qu'elle a une contrepartie dépourvue d'intérêt pour le contribuable ou que la rémunération de cette contrepartie est excessive.

13. Aux termes de l'article 54 du code général des impôts : " Les contribuables mentionnés à l'article 53 A sont tenus de représenter à toute réquisition de l'administration tous documents comptables, inventaires, copies de lettres, pièces de recettes et de dépenses de nature à justifier l'exactitude des résultats indiqués dans leur déclaration ".

14. Aux termes de l'article 38 quater de l'annexe III du même code : " Les entreprises doivent respecter les définitions édictées par le plan comptable général, sous réserve que celles-ci ne soient pas incompatibles avec les règles applicables pour l'assiette de l'impôt. ". Aux termes de l'article R. 123-174 du code du commerce : " Les mouvements affectant le patrimoine de l'entreprise sont enregistrés opération par opération et jour par jour pour le livre-journal. / Tout enregistrement comptable précise l'origine, le contenu et l'imputation de chaque donnée ainsi que les références de la pièce justificative qui l'appuie. / Les opérations de même nature, réalisées en un même lieu et au cours d'une même journée, peuvent être récapitulées sur une pièce justificative unique. () ". Ces dispositions ne dispensent aucunement le contribuable de l'obligation de justifier des dépenses effectuées par la production de pièces permettant d'identifier le réel bénéficiaire de l'opération.

Les frais de réception :

15. Il résulte de l'instruction, et notamment des propositions de rectification des 15 décembre 2016 et 8 février 2017, de l'annexe 1 jointe à la proposition de rectification du 15 décembre 2016 et des annexes 1 et 2 jointes à la proposition de rectification du 8 février 2017 que le service vérificateur a remis en cause la déduction en charge des sommes de 4 299,13 euros, 8 594, 22 euros et de 5029, 51 euros réalisée par la société Orion Conseils RH, au titre des charges des exercices clos au 31 décembre 2013, 31 décembre 2014 et au 31 décembre 2015, correspondant à des frais de réception inscrits au compte libellé " 625700 - réceptions " considérant que ces dépenses revêtaient un caractère personnel, notamment parce qu'elles avaient été effectuées le soir ou qu'il s'agissait de repas avec des menus enfants ou en fonction du nombre de couverts concernés. Par ailleurs, le service a noté que, pour plusieurs de ces dépenses, seuls des tickets de caisse étaient produits par la société. En se bornant à soutenir, pour justifier de la déductibilité de ces dépenses, que la société exerce une activité atypique induisant un fort intuitu personae dans la relation de son président avec ses clients, ou qu'elle offre, stratégiquement, de manière occasionnelle et pour de faibles montants, des cadeaux aux enfants de ses principaux clients car ces derniers ont tendance à refuser directement les cadeaux qui leur sont faits directement mais sont touchés par l'attention portée à leurs enfants, la société Orion Conseil RH, qui produit de nombreux tickets de caisse, qui ne sont accompagnés d'aucun élément permettant d'identifier en quoi ces dépenses entreraient dans l'intérêt direct de son exploitation, n'établit pas la finalité professionnelle de celles-ci. Par suite, c'est à bon droit, que les frais dont il s'agit ont été considérés comme non déductibles et ont été réintégrés dans le bénéfice imposable de la société Orion Conseils RH.

Les frais de voyage et de déplacement :

16. Il résulte de l'instruction, et notamment des propositions de rectification des 15 décembre 2016 et 8 février 2017, de l'annexe 2 jointe à la proposition de rectification du 15 décembre 2016 et des annexes 3 et 4 jointes à la proposition de rectification du 8 février 2017, que le service vérificateur a remis en cause la déduction en charge des sommes de 676,47 euros, 4415, 31 euros et de 5 637, 25 euros réalisée par la société Orion Conseil RH, au titre des charges des exercices clos au 31 décembre 2013, 31 décembre 2014 et au 31 décembre 2015, correspondant à des dépenses inscrites au compte libellé " 625100 - voyages et déplacements " considérant que ces dépenses revêtaient un caractère personnel. Lorsque le caractère mixte du déplacement était justifié, le service a limité la déduction aux dépenses exposées par M. A. Par ailleurs, pour plusieurs de ces dépenses, seuls des tickets de caisse étaient produits par la société. Si la société Orion Conseils RH soutient que ces dépenses ont été engagées pour l'exercice de son activité, elle n'apporte aucun élément de nature à l'établir. Par ailleurs, en rejetant certaines charges liées à des déplacements professionnels dont le caractère professionnel avait été retenu par le service, alors que la société requérante produisait des tickets de caisse pour justifier de ces frais, qui n'étaient accompagnés d'aucun élément permettant d'identifier en quoi ces dépenses entraient dans l'intérêt direct de son exploitation, l'administration n'a pas adopté un positionnement contradictoire. Par suite, c'est à bon droit, que les frais dont il s'agit ont été considérés comme non déductibles et ont été réintégrés dans le bénéfice imposable de la société Orion Conseil RH.

Les achats de petits équipements :

17. Il résulte de l'instruction, et notamment des propositions de rectification des 15 décembre 2016 et 8 février 2017, de l'annexe 3 jointe à la proposition de rectification du 15 décembre 2016 et des annexes 5 et 6 jointes à la proposition de rectification du 8 février 2017, que le service vérificateur a remis en cause la déduction en charge des sommes de 1 678,23 euros, 6 378, 55 euros et de 5 637, 25 euros réalisée par la société Orion Conseils RH, au titre des charges des exercices clos au 31 décembre 2013, 31 décembre 2014 et au 31 décembre 2015, correspondant à des dépenses inscrites au compte libellé " 606 300 - achats petits équipements " considérant que certaines dépenses revêtaient un caractère personnel. Par ailleurs, l'administration a noté que pour plusieurs dépenses, seuls des tickets de caisse étaient produits par la société. En se bornant à soutenir, pour justifier de la déductibilité de ces dépenses, qu'elles avaient été engagées pour l'exercice de son activité, la société Orion Conseil RH, qui produit des tickets de caisse pour certaines dépenses, qui ne sont accompagnés d'aucun élément permettant d'identifier en quoi ces dépenses entreraient dans l'intérêt direct de son exploitation, n'établit pas la finalité professionnelle de celles-ci. Par suite, c'est à bon droit, que les frais dont il s'agit ont été considérés comme non déductibles et ont été réintégrés dans le bénéfice imposable de la société Orion Conseils RH.

La fourniture de combustibles :

18. Il résulte de l'instruction, et notamment de la proposition de rectification du 15 décembre 2016 que le service vérificateur a remis en cause la déduction en charge de la somme de 3 690 euros réalisée par la société Orion Conseil RH, au titre des charges de l'exercice clos au 31 décembre 2013, correspondant à des dépenses inscrites au compte libellé " 606 150 - fourniture de combustibles " considérant qu'elles revêtaient un caractère personnel. La société requérante ne développe aucun moyen au soutien de la demande de décharge de l'imposition supplémentaire résultant de ce rehaussement. Par suite, c'est à bon droit, que les frais dont il s'agit ont été considérés comme non déductibles et ont été réintégrés dans le bénéfice imposable de la société Orion Conseils RH.

Quant aux rappels de taxe sur la valeur ajoutée déductible :

19. Aux termes de l'article 271 du code général des impôts, dans sa version applicable aux périodes d'imposition en litige : " I. - 1. La taxe sur la valeur ajoutée qui a grevé les éléments du prix d'une opération imposable est déductible de la taxe sur la valeur ajoutée applicable à cette opération. 2. Le droit à déduction prend naissance lorsque la taxe déductible devient exigible chez le redevable. () II. - 1. Dans la mesure où les biens et les services sont utilisés pour les besoins de leurs opérations imposables, et à la condition que ces opérations ouvrent droit à déduction, la taxe dont les redevables peuvent opérer la déduction est, selon le cas : a) Celle qui figure sur les factures établies conformément aux dispositions de l'article 289 et si la taxe pouvait légalement figurer sur lesdites factures () ". Aux termes de l'article 289 du même code, dans sa rédaction applicable aux périodes d'imposition en litige : " I. - 1. Tout assujetti est tenu de s'assurer qu'une facture est émise, par lui-même, ou en son nom et pour son compte, par son client ou par un tiers : a. Pour les livraisons de biens ou les prestations de services qu'il effectue pour un autre assujetti, ou pour une personne morale non assujettie () II. - Un décret en Conseil d'Etat fixe les mentions obligatoires qui doivent figurer sur la facture. Ce décret détermine notamment les éléments d'identification des parties, les données concernant les biens livrés ou les services rendus et celles relatives à la détermination de la taxe sur la valeur ajoutée () ". Aux termes de l'article 242 nonies A de l'annexe II à ce code, dans sa rédaction applicable aux périodes d'imposition en litige =, dispose en particulier que : " Les mentions obligatoires qui doivent figurer sur les factures en application du II de l'article 289 du code général des impôts sont les suivantes : 1° Le nom complet et l'adresse de l'assujetti et de son client () /(). "

20. Il appartient toujours à une entreprise de justifier, tant du montant de ses charges que de la correction de leur inscription en comptabilité, c'est-à-dire du principe même de leur déductibilité.

21. Concernant l'exercice clos au 31 décembre 2013, l'administration fiscale a remis en cause le caractère déductible de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé certaines dépenses correspondant aux frais de réception, les voyages et déplacements, les achats petits équipements, la fourniture de combustibles. Concernant les exercices clos au 31 décembre 2014 et au 31 décembre 2015, elle a remis en cause le caractère déductible de la taxe sur la valeur ajoutée ayant grevé les dépenses correspondant aux frais de réception, frais de voyage et de déplacement et achats de petits équipements. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la société requérante ne justifie pas du principe même de leur déductibilité. Dans ces conditions, c'est à bon droit que l'administration fiscale a rappelé la taxe sur la valeur ajoutée afférente à ces dépenses, déduite à tort.

S'agissant de l'interprétation de la loi fiscale :

22. La société requérante soutient qu'elle doit pouvoir bénéficier de la tolérance administrative prévue pour les menues acquisitions de produits consommables, des frais de voyage, réception et représentation. Elle se prévaut des énonciations des paragraphes n° 1, 40 et 50 de l'instruction administrative référencée BOI-BIC-CHG-10-20-20 du 19 mai 2014, qui énoncent notamment que les menues acquisitions de produits consommables peuvent ne pas être assorties des factures correspondantes et qu'en l'absence de documents justificatifs, les frais de voyage, de représentation et de réception peuvent être admis en déduction dès lors qu'ils ne présentent pas un caractère excessif et correspondent effectivement à des dépenses d'ordre professionnel. Toutefois, la société requérante n'établit pas que les dépenses en litige ont été engagées dans le cadre de son activité. En tout état de cause, elle n'est pas fondée à se prévaloir d'une simple tolérance qui ne comporte aucune interprétation administrative de la loi fiscale.

23. La société requérante n'est pas fondée à se prévaloir des énonciations du paragraphe n° 1 de l'instruction administrative référencée BOI-BIC-CHG-10-20-20 du 19 mai 2014, qui se borne à renvoyer à l'article 54 du code général des impôts, à la jurisprudence du Conseil d'Etat et à la doctrine s'agissant des pièces justificatives dont doit être appuyée la comptabilité et qui par suite ne contiennent aucune interprétation formelle de la loi fiscale.

24. La société requérante n'est pas fondée à se prévaloir des énonciations des paragraphes n° 10 et 70 de l'instruction administrative référencée BOI-BIC-DECLA-30-10-20-40 du 20 juillet 2018, relatives aux obligations comptables et aux obligations fiscales liées à la comptabilité informatisée et aux pièces justificatives appuyant tout enregistrement comptable, qui ne comportent aucune interprétation de la loi fiscale différente de celle dont il a été fait application et qui en tout état de cause sont postérieures aux exercices en litige.

25. Il résulte de tout ce qui précède que la société Orion Conseil RH n'est pas fondée à solliciter la décharge à concurrence de la somme de 16 310 euros, des cotisations supplémentaires d'impôt sur les sociétés auxquelles elle a été assujettie au titre des exercices clos les 31 décembre 2013, 31 décembre 2014 et 31 décembre 2015 outre des rappels de taxe sur la valeur ajoutée mis à sa charge pour la période du 1er janvier 2013 au 31 juillet 2016 ainsi que des pénalités correspondantes. Par suite, ses conclusions à fin de décharge doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles qu'elle a présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur la requête de M. A :

26. Aux termes de l'article 111 du code général des impôts : " Sont notamment considérés comme revenus distribués : / () / c. Les rémunérations et avantages occultes ; / () ". Les rémunérations et avantages occultes consentis par les sociétés passibles de l'impôt sur les sociétés sont regardés comme des revenus distribués qui sont, par suite, imposables à l'impôt sur le revenu, au nom des bénéficiaires, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers. En cas de refus par des rectifications par le contribuable qu'elle entend imposer comme bénéficiaire de sommes regardées comme distribuées, il incombe à l'administration d'apporter la preuve que celui-ci en a effectivement disposé. Toutefois, le contribuable qui, disposant seul des pouvoirs les plus étendus au sein de la société, est en mesure d'user sans contrôle de ses biens comme de biens qui lui sont propres et doit ainsi être regardé comme le seul maître de l'affaire, est présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle.

27. D'une part, il résulte de l'instruction qu'au titre des années 2013, 2014 et 2015, le service vérificateur a qualifié de revenus distribués sur le fondement notamment du c de l'article 111 du code général des impôts diverses dépenses relatives à des frais de réception, des frais de voyages et de déplacement, des achats de petits équipement et à la fourniture de combustible comptabilisées ainsi que la taxe sur la valeur ajoutée déductible afférente à ces sommes, enregistrées en comptabilité par la société Orion Conseil RH et rejetées par le service au titre de des exercices clos les 31 décembre 2013, 31 décembre 2014 et 31 décembre 2015. Il résulte de ce qui a été dit aux points précédents que c'est à bon droit que l'administration fiscale a imposé ces sommes et a rejeté la déductibilité de la taxe sur la valeur ajoutée afférente. M. A se borne à contester les rehaussements notifiés à la société Orion Conseil RH en matière de charges déductibles et de taxe sur la valeur ajoutée. Dans ces conditions, les sommes litigieuses constituent, pour celui qui en bénéficie, des revenus distribués au sens des dispositions du c. de l'article 111 du code général des impôts.

28. D'autre part, M. A, qui ne conteste pas la qualité de maître de l'affaire pour les années 2014 et 2015, soutient que l'appréhension des revenus distribués en litige n'est pas établie pour l'année 2013 dès lors qu'il est devenu l'unique associé de la société Orion Conseil RH uniquement à compter du 13 octobre 2014. Toutefois, il n'est pas contesté qu'avant le 13 octobre 2014, le capital de la société était détenu par trois personnes physiques dont M. A qui disposait de plus de 88 % des parts (150 / 170). Par ailleurs, l'administration fiscale soutient, sans être sérieusement contredite, que l'intéressé exerçait seul la maîtrise administrative, financière et commerciale de la société. Dans ces conditions, il doit être regardé comme le maître de l'affaire. Dès lors, il est, à ce titre, présumé avoir appréhendé les distributions effectuées par la société qu'il contrôle. M. A, qui se borne à mentionner qu'il n'était pas l'unique associé avant le 13 octobre 2014, n'apporte aucun élément permettant de renverser cette présomption.

29. Par suite, M. A n'est pas fondé à soutenir que c'est à tort que l'administration fiscale a réintégré à son revenu imposable, dans la catégorie des revenus de capitaux mobiliers, des revenus distribués au sens des dispositions du c. de l'article 111 du code général des impôts pour un montant de 10 477 euros au titre des années 2013, 2014 et 2015.

30. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. A aux fins de décharge des impositions en litige, en droits et pénalités, ne peuvent qu'être rejetées ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions relatives aux frais d'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Les requêtes n° 2103519 de M. A et n° 2103524 de la société Orion Conseil RH sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société par actions simplifiée unipersonnelle Orion Conseil RH, M. B A et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Célino, première conseillère,

Mme Barre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

C. CELINO

Le président,

Signé

M. PAGANELLa greffière,

Signé

A. BEGUE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

Nos 2103519, 2103524

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