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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103563

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103563

vendredi 31 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103563
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
Formation7ème chambre
Avocat requérantDELATTRE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 6 mai 2021 et le 30 décembre 2021, la succession de M. A C, représentée par Me Delattre, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge et subsidiairement la réduction des cotisations d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels elle a été assujettie au titre des années 2015, 2016 et 2017, ainsi que des pénalités correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la proposition de rectification du 7 décembre 2018 et celle du 31 mars 2017 sont insuffisamment motivées dès lors que le service vérificateur a déterminé de façon arbitraire le montant des revenus fonciers perçus pour les trois années d'imposition en litige, en méconnaissance des dispositions de l'article L. 76 du livre des procédures fiscales ;

-l'administration n'était pas fondée à désigner Mme F C comme redevable de l'impôt sur les avis d'imposition établis le 31 mars 2019 ;

- l'administration n'était pas fondée à remettre en cause le bénéfice de l'avantage fiscal attaché au dispositif dit " B ancien " concernant plusieurs biens immobiliers situés à Lomme et Sequedin ;

- l'administration n'était pas fondée à remettre en cause le caractère déductible de certaines charges concernant les onze logements situés au 25 et 27 rue Racine à Sequedin ;

Par des mémoires en défense, enregistrés le 29 octobre 2021 et le 6 avril 2022, l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord conclut au rejet de la requête, en soutenant que les moyens ne sont pas fondés.

Par ordonnance du 11 avril 2022, la clôture d'instruction a été fixée au 10 juin 2022.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de la construction et de l'habitation ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Dang, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Lançon, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une proposition de rectification en date du 31 mars 2017, M. A C s'est vu notifier des rectifications en matière d'impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux au titre de l'année 2015 à raison de sa qualité d'associé dans la SNC Jean-François Delemer dont le résultat avait été rectifié à la suite d'une procédure de vérification de comptabilité, et à raison du décès survenu le 11 mai 2013, de son épouse Mme D C également associée de cette société. M. C étant décédé le 7 février 2018 sans avoir déposé de déclaration de revenus au titre des années 2015, 2016 et 2017, l'administration fiscale a mis en demeure ses ayants droit de procéder à ces déclarations. Par une proposition de rectification du 7 décembre 2018 la succession de M. C s'est vue notifier des cotisations d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux au titre des années 2015, 2016 et 2017. La succession C demande au tribunal de prononcer la décharge de ces impositions ainsi que des pénalités correspondantes restant à sa charge après le dégrèvement partiel prononcé le 8 mars 2021.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne la régularité de la procédure d'imposition

2. Aux termes de l'article L 76 du livre des procédures fiscales : " Les bases ou éléments servant au calcul des impositions d'office et leurs modalités de détermination sont portées à la connaissance du contribuable trente jours au moins avant la mise en recouvrement des impositions. () ".

3. En l'espèce, d'une part, il est constant que la procédure de taxation d'office a été mise en œuvre en application du 1° de l'article L. 66 du livre des procédures fiscales pour chacune des années d'imposition en litige, la succession de M. C n'ayant pas déposé de déclaration globale de revenus, après avoir été régulièrement mise en demeure par l'administration fiscale. Après avoir mentionné que M. A C détenait l'usufruit de l'intégralité des biens dont son épouse Mme D C était propriétaire au moment de son décès survenu le 11 mai 2013, le service vérificateur a dressé une liste des trente-trois biens immobiliers pris en compte pour la détermination des revenus fonciers et a précisé s'être fondé sur les revenus locatifs tels que reconstitués dans le cadre de l'examen de situation fiscale personnelle dont M. C a fait l'objet au titre des années 2013 et 2014, et avoir retenu une somme correspondant à la moyenne de ces revenus pour établir les recettes foncières desquelles ont été déduits des frais de gestion à raison de 20 euros par bien immobilier. Enfin, le service a indiqué qu'en l'absence de déclaration de revenus fonciers au titre de chacune des années d'imposition en litige, aucune charge n'avait été admise en déduction du revenu foncier. Ainsi, l'administration a porté à la connaissance du contribuable les bases ayant servi au calcul des impositions en litige et leurs modalités de détermination.

4. D'autre part, la régularité de la motivation d'une proposition de rectification ne dépendant pas du bien-fondé des motifs qui y sont exposés, la succession C ne peut utilement soutenir que les revenus fonciers des années 2015, 2016 et 2017 seraient fixés arbitrairement, en se prévalant notamment, de la vente de l'immeuble sis 232 rue Jean Jaurès à Lomme, ce dont elle n'a pas justifié.

5. Par suite, les moyens tirés de l'irrégularité de la procédure d'imposition doivent être écartés.

En ce qui concerne le bien fondé des impositions :

S'agissant du redevable de l'imposition :

6. En premier lieu, aux termes de l'article 6 du code général des impôts : " Chaque contribuable est imposable à l'impôt sur le revenu, tant en raison de ses bénéfices et revenus personnels que de ceux de ses enfants et des personnes considérés comme étant à sa charge au sens des articles 196 et 196 A bis (..)/ 8. En cas de décès de l'un des conjoints ou partenaires liés par un pacte civil de solidarité, l'impôt afférent aux bénéfices et revenus non encore taxés est établi au nom des époux ou partenaires. Le conjoint ou le partenaire survivant est personnellement imposable pour la période postérieure au décès. ". Aux termes de l'article 204 de ce code : " 1. Dans le cas de décès du contribuable ou de l'un ou l'autre des époux soumis à une imposition commune, l'impôt sur le revenu est établi en raison des revenus dont le défunt a disposé pendant l'année de son décès et des bénéfices industriels et commerciaux réalisés depuis la fin du dernier exercice taxé. () ".

7. La succession de M. A C ne peut utilement se prévaloir des dispositions précitées qui s'appliquent au conjoint ou partenaire de PACS survivant et non aux descendants. En tout état de cause, il résulte de l'instruction que les avis d'imposition établis le 31 mars 2019 et le 31 juillet 2019 portent le nom de Mme F C suivi de la mention " imposition établie au nom de M C A " ". Ainsi, l'imposition ayant bien été mise à la charge de M. C, la requérante n'est pas fondée à soutenir que l'administration a commis une erreur dans la détermination du redevable légal de l'impôt.

8. En second lieu, aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales dans sa rédaction applicable au litige : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration. Lorsque le redevable a appliqué un texte fiscal selon l'interprétation que l'administration avait fait connaître par ses instructions ou circulaires publiées et qu'elle n'avait pas rapportée à la date des opérations en cause, elle ne peut poursuivre aucun rehaussement en soutenant une interprétation différente ".

9. D'une part, la requérante n'est pas fondée à se prévaloir sur le fondement de ces dispositions, des énonciations de l'instruction administrative référencée BOI-IR-CESS-10 n° 320 s'agissant des impositions primitives mises à sa charge au titre des années 2016 et 2017. S'agissant des impositions mises à sa charge au titre de l'année 2015, elle n'est pas fondée à se prévaloir de cette instruction qui ne comporte pas d'interprétation différente de la loi fiscale.

10. D'autre part, la note du 15 juillet 2020 établie par la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord présente le caractère d'un document interne à l'administration qui n'a pas fait l'objet d'une publication ni d'une diffusion destinée aux contribuables de la part de l'administration. Ainsi, la requérante n'est pas fondée à invoquer les termes de cette note, y compris sur le fondement de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales.

S'agissant de la charge de la preuve :

11. Aux termes de l'article L. 193 du même livre : " Dans tous les cas où une imposition a été établie d'office la charge de la preuve incombe au contribuable qui demande la décharge ou la réduction de l'imposition ". Aux termes de l'article R. 193-1 du même livre : " Dans le cas prévu à l'article L. 193 le contribuable peut obtenir la décharge ou la réduction de l'imposition mise à sa charge en démontrant son caractère exagéré ". La mise en œuvre de la procédure de taxation d'office a pour effet de faire peser sur le contribuable la charge de la preuve du caractère exagéré de l'imposition qu'il conteste.

12. Il résulte de l'instruction que M. C n'avait déposé de son vivant aucune déclaration globale de revenu au titre des années 2015, 2016 et 2017. Par ailleurs, s'étant abstenue de répondre aux mises en demeure de l'administration d'avoir à procéder à la déclaration des revenus de M. A C postérieurement à son décès survenu le 7 février 2018, pour les années vérifiées, la succession de M. C s'est placée en situation de taxation d'office. Il lui appartient donc d'apporter la preuve du caractère exagéré des impositions mises à sa charge.

S'agissant des revenus fonciers :

13. Aux termes de l'article 28 du code général des impôts : " Le revenu net foncier est égal à la différence entre le montant du revenu brut et le total des charges de la propriété. ". Aux termes de l'article 31 dudit code : " I. - Les charges de la propriété déductibles pour la détermination du revenu net comprennent : / 1° Pour les propriétés urbaines : e) Les frais de gestion, fixés à 20 € par local, majorés, lorsque ces dépenses sont effectivement supportées par le propriétaire, des frais de rémunération des gardes et concierges, des frais de procédure et des frais de rémunération, honoraire et commission versés à un tiers pour la gestion des immeubles () /m) Pour les baux conclus à compter du 1er octobre 2006, une déduction fixée à 30 % des revenus bruts des logements donnés en location si ces logements font l'objet d'une convention mentionnée à l'article L. 321-4 du code de la construction et de l'habitation. Cette déduction est consentie à compter de la date de prise d'effet de la convention et pendant toute sa durée d'application. / Cette déduction est portée à 60 % des revenus bruts des logements lorsque ces logements font l'objet d'une convention mentionnée à l'article L. 321-8 du code de la construction et de l'habitation et conclue au plus tard le 31 décembre 2016. Cette déduction est consentie à compter de la date de prise d'effet de la convention et pendant toute sa durée d'application/ () Ces dispositions sont exclusives de celles prévues aux f à l, à l'article 199 decies I et à l'article 199 undecies A. ".

14. Les dépenses mentionnées au I de l'article 31 du code général des impôts ne peuvent être déduites du revenu foncier brut que dans la mesure où, notamment, les charges alléguées sont dûment justifiées, se rapportent à des immeubles dont les revenus sont imposables dans la catégorie des revenus fonciers, sont effectivement supportées par le propriétaire et sont engagées en vue de l'acquisition ou de la conservation du revenu. Dans tous les cas, il appartient au contribuable de justifier de la réalité, de la consistance et, par suite, du caractère déductible de ces charges. Il peut le faire par la production de tous documents à la condition, toutefois, que ces documents décrivent, avec une précision suffisante, la nature, le montant et la réalité desdites charges. Dans l'hypothèse où le contribuable produit de tels documents, il incombe ensuite à l'administration fiscale, si elle s'y croit fondée, d'établir que les charges en cause ne sont pas déductibles.

15. En premier lieu, il est constant que l'usufruit des propriétés appartenant à Mme D C décédée le 11 mai 2013 a été transféré à son époux M. A C. Sont notamment concernés onze logements situés au 25 et 27 rue Racine à Sequedin, au sujet desquels des conventions ont été conclues avec l'Agence nationale de l'habitat (ANAH) le 19 octobre 2009, dans le cadre du dispositif dit " B ancien ". Pour soutenir que l'administration n'était pas fondée à lui refuser l'avantage fiscal institué par ce dispositif, la succession de M. C qui supporte la charge de la preuve du caractère exagéré de ces impositions, se borne à se prévaloir de ces conventions sans apporter aucun élément permettant d'établir le montant des loyers encaissés au titre des années d'imposition en litige. Par suite, le moyen doit être écarté.

16. En deuxième lieu, la requérante, soutient que l'administration aurait dû tenir compte, pour la détermination du revenu foncier de M. C au titre des années 2015, 2016 et 2017 de ce que plusieurs immeubles, dont l'immeuble sis 222-232 rue Jean Jaurès à Lomme, avaient été vendus postérieurement aux années 2013 et 2014. Si elle se prévaut d'un courrier adressé par la direction régionale des finances publiques à la SCP Bonte et Chombart notaires associés au sujet de la vente de cet immeuble qui aurait eu lieu le 5 octobre 2017 au profit d'une SCI Maia, elle n'apporte aucun élément permettant d'établir le montant des loyers encaissés au titre des années d'imposition en litige. Ainsi, elle ne démontre pas comme il lui incombe, le caractère exagéré des impositions mises à sa charge.

17. En troisième lieu, si la requérante soutient que l'administration aurait dû tenir compte pour la détermination des frais de gestion déductibles du revenu foncier, de ce que certains immeubles regroupaient plusieurs appartements mis en location notamment au 25 et 27 rue Racine, ainsi qu'au numéro 2 de la rue Bocquet, elle n'établit pas, alors qu'elle supporte la charge du caractère exagéré des impositions mises à sa charge, le nombre de locaux qui auraient été mis en location au titre des années d'imposition en litige. Par suite, le moyen doit être écarté.

18. Il résulte de tout ce qui précède que la succession de M. C n'est pas fondée à demander la décharge des cotisations d'impôt sur le revenu et des prélèvements sociaux auxquels elle a été assujettie au titre des années 2015, 2016 et 2017 et des pénalités correspondantes.

Sur les frais liés au litige :

19. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat qui n'est pas la partie perdante à la présente instance, la somme que la succession C demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la succession C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la succession de M. A C et à l'administratrice générale des finances publiques, directrice de la direction spécialisée de contrôle fiscal Nord.

Délibéré après l'audience du 10 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Bergerat, première conseillère,

Mme Dang, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mars 2023.

La rapporteure,

Signé

L. DANG

Le président,

Signé

M. E La greffière,

Signé

N. PAULET

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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