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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103609

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103609

vendredi 19 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103609
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation7ème chambre
Avocat requérantDENHEZ

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 7 mai 2021, M. et Mme B, représentés par Me Campbell-Boulogne, demandent au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis aux titres des années 2013 à 2015 ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- la proposition de rectification du 27 décembre 2016 est insuffisamment motivée en ce que les entreprises similaires ne sont pas identifiées et elle ne mentionne pas les règles sur les revenus réputés distribués. Elle n'a pu interrompre le délai de prescription ;

- le rejet des charges qualifiées de personnelles est insuffisamment motivé ;

- ils n'ont pas pu prendre connaissance des observations présentées par la société Viva Net en réponse à la proposition de rectification qui leur a été communiquée ;

- les termes de comparaison retenus par l'administration pour apprécier le caractère exagéré de la rémunération versée à M. B sont inappropriés.

Par un mémoire en défense enregistré le 8 octobre 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Barre,

- les conclusions de Mme Dang, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. Dans le cadre de la vérification de comptabilité de la société Viva Net, exerçant une activité de nettoyage des bâtiments et nettoyage industriel, dans laquelle M. B est salarié, le service vérificateur a estimé que l'intéressé avait bénéficié de rémunérations excessives et exagérées payées par la société. L'administration a également considéré que M. B avait bénéficié du remboursement de dépenses engagées dans son seul intérêt. Par une proposition de rectification du 27 décembre 2016, puis une proposition de rectification du 8 novembre 2017, le service a informé M. B qu'il était envisagé de l'assujettir à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2013. Par une proposition de rectification du 30 octobre 2017, le service a informé M. B qu'il était envisagé de l'assujettir à des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2014 et 2015. M. et Mme B ont formulé des observations le 27 décembre 2017, qui ont fait l'objet d'une réponse le 30 mars 2018. Le 30 avril 2018, les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu dues au titre de l'année 2013 ont été mises en recouvrement. Le 25 novembre 2019, la commission des impôts directs et des taxes sur le chiffre d'affaires, saisie uniquement des impositions dues aux titres des années 2014 et 2015, a émis un avis favorable aux rectifications proposées. Ces impositions ont été mises en recouvrement le 30 septembre 2020. Par une réclamation reçue le 24 décembre 2020, M. et Mme B ont contesté les impositions supplémentaires mises à leur charge au titre des années 2013, 2014 et 2015. Cette réclamation a fait l'objet d'une décision de rejet le 11 mars 2021 adressée à la dernière adresse connue par le service. Le courrier est revenu avec la mention " destinataire inconnu à l'adresse ". Une copie de la décision a été adressée au conseil des requérants le 18 mars 2021. M. et Mme B demandent au tribunal la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu auxquelles ils ont été assujettis aux titres des années 2013 à 2015.

2. En premier lieu, en vertu de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, l'administration, lorsqu'elle met en œuvre la procédure de rectification contradictoire, adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. L'article R. 57-1 du même livre précise que la proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée.

3. Les requérants soutiennent que la proposition de rectification qui leur a été notifiée est insuffisamment motivée, notamment s'agissant des termes de comparaison choisis pour qualifier d'excessive la rémunération versée à M. B. Toutefois, il résulte de l'instruction que les propositions de rectification du 27 décembre 2016 et du 8 novembre 2017 visent les dispositions des c, d et e de l'article 111 du code général des impôts et précisent les considérations de fait pour lesquelles l'administration a considéré, d'une part, que la rémunération octroyée à M. B était exagérée et, d'autre part, que certaines dépenses déduites en tant que charge étaient en réalité des dépenses personnelles de M. B non-déductibles. Ces motifs sont énoncés de façon suffisamment claire et précise au regard des exigences de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales. En particulier, s'agissant de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu mise à leur charge au titre de l'année 2013, d'une part, la proposition de rectification du 27 décembre 2016 précise que certaines dépenses inscrites dans la comptabilité de la société Viva Net n'ont pas été engagées dans l'intérêt de cette société et donne la liste de ces dépenses. D'autre part, elle mentionne que dans des entreprises comparables de même taille, dont elle indique le nombre de salariés, le nombre et le salaire des employés administratifs, ainsi que la moyenne globale des rémunérations dans chacune d'entre elles, et évoluant dans le même secteur d'activité, il n'y a pas de directeur administratif. Dans ces conditions, alors même que les entreprises en cause ne sont pas nommément désignées, M. et Mme B ne sont pas fondés à soutenir que la proposition de rectification du 27 décembre 2016 est insuffisamment motivée. Par ailleurs, s'agissant des années 2014 et 2015, la proposition de rectification du 8 novembre 2017 qui remplace celle du 27 décembre 2016 s'agissant de ces deux années d'imposition, indique également que certaines dépenses inscrites dans la comptabilité de la société Viva Net n'ont pas été engagées dans l'intérêt de cette société et donne la liste de ces dépenses en précisant qu'il s'agit de dépenses liées à des activités de chasse ou de déplacements privés près de la résidence privée de M. B. Elle mentionne également le nom des douze entreprises auxquelles elle s'est référée pour considérer que la rémunération de M. B était anormalement élevée, ainsi que leur code d'activité, leur chiffre d'affaires et la rémunération des salariés ayant des qualifications comparables à M. B. Dans ces conditions, M. et Mme B ne sont pas davantage fondés à soutenir que la proposition de rectification du 8 novembre 2017 serait insuffisamment motivée.

4. En deuxième lieu, si les requérants soutiennent que les observations de la société Viva Net sur la proposition de rectification notifiée à cette dernière aurait dû leur être communiquées, aucune stipulations ou dispositions ne prévoit une telle communication alors que M. et Mme B ont fait l'objet d'une procédure de redressement distincte de celle à laquelle a été soumise la société Viva Net. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

5. En dernier lieu, il est constant que le montant de la rémunération de M. B au sein de la société Viva Net a fait l'objet d'une évolution exceptionnellement importante, passant de 24 268 euros en 2011 à 353 917 euros en 2013, puis 730 775 euros en 2014 et enfin 414 455 euros en 2015. Si les requérants soutiennent que cette évolution s'explique par le fait que M. B serait à l'origine du " développement exponentiel " de cette société et qu'une quote-part déterminée en fonction du chiffre d'affaires de la société lui aurait ainsi attribuée, il n'apporte aucune pièce au soutien de ses allégations. Dans ces conditions, le moyen doit être écarté.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge présentées par M. et Mme B doivent être rejetées, ainsi que, par voie de conséquence, celles présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, à Mme B et au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2024, à laquelle siégeaient :

M. Paganel, président,

Mme Célino, première conseillère,

Mme Barre, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2024.

La rapporteure,

Signé

C. BARRE

Le président,

Signé

M. PAGANELLa greffière,

Signé

A. BEGUE

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique, en ce qui le concerne, ou à tous commissaires de justice, à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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