mardi 17 septembre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2103885 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | BRIATTE |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés les 19 mai 2021 et 31 janvier 2022, Mme A B, représentée par Me Briatte, demande au tribunal :
1°) de condamner le centre communal d'action sociale de Roubaix à lui verser une somme de 15 678 euros, assortie des intérêts moratoires à compter de la notification de la demande préalable, en réparation des préjudices subis ;
2°) de mettre à la charge du centre communal d'action sociale de Roubaix une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité pour faute du centre communal d'action sociale de Roubaix est engagée du fait d'un recours abusif aux contrats à durée déterminée ;
- la décision de non-renouvellement de son contrat est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;
- le délai de prévenance prévu à l'article 38 du décret n° 88-145 n'a pas été respecté.
Par un mémoire en défense enregistré le 30 juillet 2021, le centre communal d'action sociale de Roubaix conclut au rejet de la requête.
Il soutient que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 ;
- le décret n° 88-145 du 15 février 1988 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Boileau,
- et les conclusions de Mme Grard, rapporteure publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B a été employée par le centre communal d'action sociale de Roubaix comme auxiliaire de soins principal de 1ère classe du 1er novembre 2018 au 16 décembre 2020 et a exercé ses fonctions durant toute la période au sein de l'établissement d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD) de la Potennerie. Par un courrier reçu par son employeur le 11 février 2021, elle a sollicité l'indemnisation des préjudices qu'elle estime avoir subis du fait du recours abusif aux recrutements par contrats à durée déterminée ainsi que de l'absence de renouvellement de son dernier contrat. Le centre communal d'action sociale de Roubaix a refusé implicitement de faire droit à sa demande le 11 avril 2021. Par la présente requête, Mme B demande au tribunal de condamner le centre communal d'action sociale de Roubaix à lui verser la somme correspondant aux préjudices qu'elle estime avoir subis.
Sur la responsabilité :
2. En premier lieu, aux termes des dispositions de l'article 3-1 de la loi du 26 janvier 1984 portant dispositions statutaires relatives à la fonction publique territoriale, dans sa rédaction en vigueur jusqu'au 1er septembre 2019 : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et pour répondre à des besoins temporaires, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour assurer le remplacement temporaire de fonctionnaires ou d'agents contractuels autorisés à exercer leurs fonctions à temps partiel ou indisponibles en raison () d'un congé de maladie, de grave ou de longue maladie () ". Aux termes des dispositions du même article, dans sa rédaction applicable du 1er septembre 2019 au 16 décembre 2020 : " Par dérogation au principe énoncé à l'article 3 de la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires et pour répondre à des besoins temporaires, les emplois permanents des collectivités et établissements mentionnés à l'article 2 de la présente loi peuvent être occupés par des agents contractuels pour assurer le remplacement temporaire de fonctionnaires ou d'agents contractuels autorisés à exercer leurs fonctions à temps partiel ou indisponibles en raison () d'un congé régulièrement octroyé en application () des articles 57, 60 sexies et 75 de la présente loi () ".
3. Il incombe au juge, pour apprécier si le recours à des contrats à durée déterminée successifs présente un caractère abusif, de prendre en compte l'ensemble des circonstances de fait qui lui sont soumises, notamment la nature des fonctions exercées, le type d'organisme employeur ainsi que le nombre et la durée cumulée des contrats en cause. Un renouvellement abusif de contrats à durée déterminée ouvre à l'agent concerné un droit à l'indemnisation du préjudice qu'il subit lors de l'interruption de la relation d'emploi, évalué en fonction des avantages financiers auxquels il aurait pu prétendre en cas de licenciement s'il avait été employé dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée.
4. Il résulte de l'instruction que Mme B a été employée, pour la période courant de novembre 2018 à mars 2020, par des contrats à durée déterminée successifs de durées variables pour le même motif tiré de la nécessité de remplacer des absences d'agents et qu'elle a ensuite été employée à temps plein pour pallier l'absence d'un agent placé en congé de longue maladie. Eu égard à la nature des missions relevant de l'EHPAD dans lequel elle était affectée, aux fonctions exercées par la requérante d'auxiliaire de vie, qui correspond à l'essentiel des personnels employées par une structure de ce type, et à l'existence d'un absentéisme du personnel non contesté, il n'apparait pas que le renouvellement, durant deux ans, de contrats à durée déterminée aurait été abusif, ce d'autant que le CCAS a proposé à Mme B de se positionner sur un poste permanent vacant en janvier 2020 et que l'intéressée a refusé. Dans ces circonstances, Mme B n'est pas fondée à soutenir que le centre communal d'action sociale de Roubaix a eu un recours abusif aux contrats à durée déterminée.
5. En deuxième lieu, un agent public qui a été recruté par un contrat à durée déterminée ne bénéficie pas d'un droit au renouvellement de son contrat. Toutefois, l'administration ne peut légalement décider, au terme de son contrat, de ne pas le renouveler que pour un motif tiré de l'intérêt du service. Un tel motif s'apprécie au regard des besoins du service ou de considérations tenant à la personne de l'agent.
6. Il résulte de l'instruction que, le 23 novembre 2020, lorsque le CCAS de Roubaix a informé Mme B de ce que son contrat ne serait pas renouvelé, hors la période de quinze jours lui permettant de solder ses congés, la requérante se trouvait placée en congé de maladie depuis le 13 septembre 2020 et son employeur ignorait sa date de reprise. Compte tenu de l'incertitude existant sur la date de reprise de Mme B, dont le recrutement visait à pallier l'absence d'un agent titulaire également en congé de maladie, la désorganisation du service découlant de l'absence de la requérante justifiait la décision prise. Par suite, Mme B n'est pas fondée à soutenir que la décision de non renouvellement de son contrat serait fondée sur un motif étranger à l'intérêt du service.
7. En troisième lieu, aux termes de l'article 38-1 du décret du 15 février 1988 relatif aux agents contractuels de la fonction publique territoriale : " Lorsqu'un agent contractuel a été engagé pour une durée déterminée susceptible d'être renouvelée en application des dispositions législatives ou réglementaires qui lui sont applicables, l'autorité territoriale lui notifie son intention de renouveler ou non l'engagement au plus tard : / - huit jours avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée inférieure à six mois ; / - un mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à six mois et inférieure à deux ans ; / - deux mois avant le terme de l'engagement pour l'agent recruté pour une durée égale ou supérieure à deux ans ; / () Pour la détermination de la durée du délai de prévenance, les durées d'engagement mentionnées aux deuxième, troisième, quatrième et cinquième alinéas sont décomptées compte tenu de l'ensemble des contrats conclus avec l'agent () ".
8. Il résulte de l'instruction que Mme B a été employée de manière continue durant plus de deux ans, de sorte que le délai de prévenance qui s'appliquait était de deux mois. Or, le CCAS n'a pas respecté ce délai. Par suite, la requérante est fondée à soutenir que la responsabilité du centre communal d'action sociale peut-être engagée dans cette mesure.
Sur les préjudices :
9. En premier lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 4 que Mme B n'est pas fondée à obtenir la réparation des préjudices qu'elle estime avoir subis en raison de son emploi par le biais de contrats à durée déterminée successifs et de l'absence de renouvellement de son dernier contrat. Par suite, ses demandes tendant à se voir accorder une somme correspondant aux avantages financiers auxquels elle aurait pu prétendre en cas de licenciement, si elle avait été employée dans le cadre d'un contrat à durée indéterminée, et aux troubles engendrés dans ses conditions d'existence en raison de la précarité de sa situation doivent être rejetées.
10. En second lieu, Mme B sollicite, en réparation de la faute résultant de l'absence de respect du délai de prévenance prévu à l'article 38-1 précité du décret du 15 février 1988, une somme correspondant à deux mois de traitement ainsi que la réparation de son préjudice moral. Toutefois, elle n'apporte aucun élément de nature à démontrer un lien de causalité direct et certain entre la faute commise et la somme qu'elle chiffre arbitrairement s'agissant du préjudice financier. Enfin, il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par Mme B du fait de la méconnaissance du délai de prévenance en en fixant la réparation à la somme de 200 euros.
Sur les intérêts :
11. Mme B a droit à ce que la somme de 200 euros soit assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 février 2021, date de réception de sa demande préalable par le centre communal d'action sociale de Roubaix.
Sur les frais liés au litige :
12. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge du centre communal d'action sociale de Roubaix, qui n'est pas la partie perdante pour l'essentiel dans la présente instance, la somme que Mme B demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : Le centre communal d'action sociale de Roubaix versera à Mme B la somme de 200 euros, assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 février 2021.
Article 2 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et au centre communal d'action sociale de Roubaix.
Délibéré après l'audience du 3 septembre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Leguin, présidente,
M. Perrin, premier conseiller,
M. Boileau, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 septembre 2024.
Le rapporteur,
signé
C. BOILEAU
La présidente,
signé
A-M. LEGUIN La greffière,
signé
S. SING
La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026