mercredi 27 juillet 2022
| Juridiction | Tribunal Administratif de Lille |
| Section | Tribunal Administratif de Lille |
| N° Dossier | TA59-2103917 |
| Type | Décision |
| Recours | Plein contentieux |
| Publication | C |
| Formation | 6ème chambre |
| Avocat requérant | DE BERNY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 20 mai 2021 et 3 février 2022, la caisse primaire d'assurance maladie (CPAM) de l'Artois, représentée par Me de Berny, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) de condamner le centre hospitalier de Seclin au versement de la somme de 6 631,14 euros assortie des intérêts au taux légal à compter du 11 mars 2021 et de la capitalisation des intérêts dus pour une année entière au titre de ses débours exposés pour le compte de son assuré, M. A D ;
2°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Seclin le versement de la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion ;
3°) de mettre à la charge du centre hospitalier de Seclin la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la responsabilité du centre hospitalier de Seclin est engagée en raison du caractère nosocomial de l'infection subie par M. A D et dès lors que ce centre a commis une faute dans la prise en charge de cette infection ;
- elle a pris en charge les frais découlant des conséquences médicales de cette infection à hauteur de la somme de 6 675,64 euros dont il convient de retrancher des franchises d'un montant global de 44,50 euros et décomposée comme suit :
* 3 149,96 euros au titre des frais d'hospitalisation ;
* 2 798,01 euros au titre des frais médicaux ;
* 727,67 euros au titre des frais pharmaceutiques ;
- le montant de ses débours et leur imputabilité à l'infection sont établis par la production de son relevé détaillé et de l'attestation d'imputabilité de son médecin-conseil.
Par des mémoires en défense enregistrés les 7 janvier 2022, 14 avril 2022 et 25 avril 2022, le centre hospitalier de Seclin, représenté par Me Cariou, conclut au rejet de la requête et à ce que soit mise à la charge de la CPAM de l'Artois la somme de 2 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il fait valoir que :
- la responsabilité du centre hospitalier de Seclin n'est pas engagée dès lors que l'infection subie par M. D n'a pas un caractère nosocomial et dès lors que ce centre n'a commis aucune faute dans la prise en charge de cette infection ;
- le dommage subi par M. D constitue un accident médical non fautif dont il appartient à l'ONIAM d'indemniser les conséquences ;
- le lien de causalité entre l'infection initiale et les autres complications infectieuses n'est pas établi.
Par une intervention enregistrée le 10 avril 2022, l'ONIAM, représenté par Me Welsch, doit être regardé comme demandant que le tribunal fasse droit aux conclusions de la requête.
Il soutient que la responsabilité du centre hospitalier de Seclin est engagée en raison du caractère nosocomial de l'infection subie par M. D et dès lors que ce centre a commis une faute dans la prise en charge de cette infection.
M. D a été mis en cause dans la présente instance mais n'a pas produit de mémoire.
Par une ordonnance du 7 avril 2022, la clôture de l'instruction a été fixée au 27 mai 2022.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de la santé publique ;
- le code de la sécurité sociale ;
- l'arrêté du 27 décembre 2011 relatif à l'application des articles R. 376-1 et R. 454-1 du code de la sécurité sociale modifié ;
- l'arrêté du 14 décembre 2021 relatif aux montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 451-1 du code de la sécurité sociale pour l'année 2022 ;
- le code de justice administrative.
Le président du tribunal a désigné M. Riou, vice-président, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administratif.
L'affaire a été renvoyée en formation collégiale en application de l'article R. 222-19 du code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Riou, magistrat désigné,
- les conclusions de M. Larue, rapporteur public,
- les observations de Me Denize, pour le groupe hospitalier Seclin-Carvin.
Considérant ce qui suit :
1. Le 24 février 2015, M. D s'est vu diagnostiquer une hernie inguinoscrotale droite. En conséquence, il a subi le 10 avril 2015 au sein du centre hospitalier de Seclin une cure de cette hernie avec mise en place d'une prothèse en ambulatoire. Toutefois, le 7 mai suivant, le médecin traitant du patient a évacué un abcès sous cutané et a mis en place une antibiothérapie. Un prélèvement bactériologique réalisé le 9 mai 2015 a permis d'isoler un citrobacter koseri. Le 18 mai suivant, une nouvelle collection a été évacuée. Le 16 juin 2015, la cicatrice de la plaie chirurgicale a été acquise. Cependant, le 2 juillet 2015, M. D présentait une nouvelle collection liquidienne sous sa cicatrice. Le 15 juillet 2015, un prélèvement effectué sur la plaie opératoire a permis d'isoler un escherichia coli. Le 10 septembre, le patient présentait une suppuration au niveau de cette plaie. Il a par suite été hospitalisé le 9 octobre 2015 au sein d'un hôpital privé d'Arras afin que soit réalisé le jour-même l'ablation de la prothèse. Un prélèvement réalisé sur la plaque ainsi extraite a permis d'isoler un escherichia coli et un enterococcus faecalis. M. D a pu regagner son domicile le 12 octobre suivant. Le 30 novembre 2015, malgré une bonne cicatrisation de la plaie, le patient présentait une douleur sur le flanc droit, sans fièvre, mais avec une importante présence de leucocytes et de protéines C-réactives (CRP) dans le sang. Il a donc été hospitalisé le jour-même au sein de la clinique d'Hénin-Beaumont où une tomodensitométrie (TDM) a permis de diagnostiquer la présence d'une volumineuse collection liquidienne entre la région hépatique et la région inguinale. Un prélèvement de cette collection a en outre permis d'isoler un streptococcus species. Un drainage a été réalisé jusqu'à sa quasi disparition le 7 décembre 2015. M. D a par suite pu regagner son domicile le 17 décembre suivant. Une nouvelle TDM réalisée le 4 janvier 2016 a permis d'objectiver le maintien d'une petite collection. Le surlendemain, le patient s'est de nouveau présenté au sein de la clinique d'Hénin-Beaumont en raison d'une importante lombalgie. Une imagerie par résonnance magnétique (IRM) réalisée le jour-même s'est montrée évocatrice d'une spondylodiscite entre les vertèbres L5 et S1 et d'une épidurite alors qu'un examen des urines s'est avéré positif à escherichia coli. Une hémoculture s'est en outre révélée positive à un staphylococcus epidermis, tout comme une biopsie disco-vertébrale et deux hémocultures réalisées le 14 janvier 2016. Le 5 février suivant, M. D a pu regagner son domicile. Toutefois, en raison de la persistance d'un écoulement intermittent au niveau de la cicatrice opératoire, il a de nouveau été hospitalisé au sein de la clinique d'Hénin-Beaumont le 28 février 2016 afin que soit réalisée une exploration chirurgicale le lendemain. Au cours de celle-ci, il a été observé que l'extrémité de l'appendice se trouvait dans une zone de sclérose sous cutanée causant par conséquent sa nécrose. Une appendicectomie a donc été immédiatement réalisée. M. D a par la suite pu regagner son domicile le 4 mars 2016. Le 17 mars suivant, les écoulements et les lombalgies avaient disparues et un bilan inflammatoire réalisé le 6 avril 2016 s'est avéré normal. L'antibiothérapie a été stoppée le 13 avril 2016.
2. Le 5 septembre 2016, M. D a saisi la CCI qui a confié, le 13 janvier 2017, une mission d'expertise au Dr G, chirurgien viscéral, et au Dr C, spécialiste en réanimation et en maladies infectieuses. Ces experts ont établi leur rapport le 31 octobre 2017. En s'écartant des conclusions expertales, la CCI a estimé, par un avis du 14 décembre 2017, que la responsabilité du centre hospitalier de Seclin était engagée s'est en conséquence prononcée en faveur d'une indemnisation des préjudices de la victime par l'assureur de ce centre. Par un courrier du 11 mars 2021, la CPAM de l'Artois a présenté une demande indemnitaire préalable auprès du centre hospitalier de Seclin afin d'obtenir le versement de la somme de 6 631,14 euros correspondant au montant des débours qu'elle estime avoir exposé du fait du dommage subi par M. D. Par un courrier du 24 mars 2021, le centre hospitalier a rejeté cette demande. Par sa requête, la caisse demande au tribunal de condamner le centre hospitalier de Seclin au versement de la somme de 6 631,14 euros au titre de ces débours.
Sur l'intervention de l'ONIAM :
3. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () / Les caisses de sécurité sociale sont tenues de servir à l'assuré ou à ses ayants droit les prestations prévues par le présent livre et le livre Ier, sauf recours de leur part contre l'auteur responsable de l'accident dans les conditions ci-après. / Les recours subrogatoires des caisses contre les tiers s'exercent poste par poste sur les seules indemnités qui réparent des préjudices qu'elles ont pris en charge, à l'exclusion des préjudices à caractère personnel. / () / L'intéressé ou ses ayants droit doivent indiquer, en tout état de la procédure, la qualité d'assuré social de la victime de l'accident ainsi que les caisses de sécurité sociale auxquelles celle-ci est ou était affiliée pour les divers risques. Ils doivent appeler ces caisses en déclaration de jugement commun ou réciproquement. () ". Il résulte de ces dispositions qu'il incombe au juge administratif, saisi d'un recours indemnitaire de la victime contre une personne publique regardée comme responsable de l'accident, de mettre en cause les caisses auxquelles la victime est ou était affiliée. Symétriquement, lorsque le juge est saisi d'un recours indemnitaire introduit contre la personne publique par une caisse agissant dans le cadre de la subrogation légale, il lui incombe de mettre en cause la victime. Le défaut de mise en cause, selon le cas, de la caisse ou de la victime entache la procédure d'irrégularité.
4. Aux termes de l'article L. 1142-15 du code de la santé publique : " En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré ou la couverture d'assurance prévue à l'article L. 1142-2 est épuisée ou expirée, l'office institué à l'article L. 1142-22 est substitué à l'assureur. / () / L'acceptation de l'offre de l'office vaut transaction au sens de l'article 2044 du code civil. La transaction est portée à la connaissance du responsable et, le cas échéant, de son assureur ou du fonds institué à l'article L. 426-1 du code des assurances. / L'office est subrogé, à concurrence des sommes versées, dans les droits de la victime contre la personne responsable du dommage ou, le cas échéant, son assureur ou le fonds institué à l'article L. 426-1 du même code. Il peut en outre obtenir remboursement des frais d'expertise. / En cas de silence ou de refus explicite de la part de l'assureur de faire une offre, ou lorsque le responsable des dommages n'est pas assuré, le juge, saisi dans le cadre de la subrogation, condamne, le cas échéant, l'assureur ou le responsable à verser à l'office une somme au plus égale à 15 % de l'indemnité qu'il alloue. / Lorsque l'office transige avec la victime, ou ses ayants droit, en application du présent article, cette transaction est opposable à l'assureur ou, le cas échéant, au fonds institué au même article L. 426-1 du code des assurances ou au responsable des dommages sauf le droit pour ceux-ci de contester devant le juge le principe de la responsabilité ou le montant des sommes réclamées. Quelle que soit la décision du juge, le montant des indemnités allouées à la victime lui reste acquis ". Dès lors qu'en vertu de ces dispositions, l'ONIAM, qui s'est substitué à l'assureur d'un hôpital pour indemniser la victime d'un dommage corporel, se trouve subrogé dans les droits de la victime, le juge administratif saisi d'un recours indemnitaire de la caisse dirigé contre l'hôpital doit, en application des dispositions précitées de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale, appeler l'ONIAM en la cause.
5. Il résulte de ce qui a été exposé au point précédent que l'ONIAM est recevable à intervenir dans la présente instance pour laquelle il appartenait au juge administratif de le mettre en cause.
Sur le recours subrogatoire de la CPAM de l'Artois :
6. La CPAM de l'Artois exerce sur les réparations dues au titre des préjudices subis par M. D le recours subrogatoire prévu par les dispositions précitées de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale.
En ce qui concerne le principe de la responsabilité du centre hospitalier de Seclin :
7. Aux termes de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique : " I. - Hors le cas où leur responsabilité est encourue en raison d'un défaut d'un produit de santé, les professionnels de santé mentionnés à la quatrième partie du présent code, ainsi que tout établissement, service ou organisme dans lesquels sont réalisés des actes individuels de prévention, de diagnostic ou de soins ne sont responsables des conséquences dommageables d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins qu'en cas de faute. / Les établissements, services et organismes susmentionnés sont responsables des dommages résultant d'infections nosocomiales, sauf s'ils rapportent la preuve d'une cause étrangère. / II. - Lorsque la responsabilité d'un professionnel, d'un établissement, service ou organisme mentionné au I ou d'un producteur de produits n'est pas engagée, un accident médical, une affection iatrogène ou une infection nosocomiale ouvre droit à la réparation des préjudices du patient, et, en cas de décès, de ses ayants droit au titre de la solidarité nationale, lorsqu'ils sont directement imputables à des actes de prévention, de diagnostic ou de soins et qu'ils ont eu pour le patient des conséquences anormales au regard de son état de santé comme de l'évolution prévisible de celui-ci et présentent un caractère de gravité, fixé par décret, apprécié au regard de la perte de capacités fonctionnelles et des conséquences sur la vie privée et professionnelle mesurées en tenant notamment compte du taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique, de la durée de l'arrêt temporaire des activités professionnelles ou de celle du déficit fonctionnel temporaire. / Ouvre droit à réparation des préjudices au titre de la solidarité nationale un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à un pourcentage d'un barème spécifique fixé par décret ; ce pourcentage, au plus égal à 25 %, est déterminé par ledit décret. " Aux termes de l'article L. 1142-1-1 du même code : " Sans préjudice des dispositions du septième alinéa de l'article L. 1142-17, ouvrent droit à réparation au titre de la solidarité nationale : / 1° Les dommages résultant d'infections nosocomiales dans les établissements, services ou organismes mentionnés au premier alinéa du I de l'article L. 1142-1 correspondant à un taux d'atteinte permanente à l'intégrité physique ou psychique supérieur à 25 % déterminé par référence au barème mentionné au II du même article, ainsi que les décès provoqués par ces infections nosocomiales ; / () ".
S'agissant de l'infection :
8. D'une part, les actes accomplis par les médecins, chirurgiens et spécialistes au profit des malades hospitalisés dans le service privé d'un hôpital public le sont en dehors de l'exercice des fonctions hospitalières. Les rapports qui s'établissent entre les malades admis dans ces conditions et les praticiens relèvent du droit privé. Si l'hôpital peut être rendu responsable des dommages subis par de tels malades lorsqu'ils ont pour cause un mauvais fonctionnement résultant soit d'une mauvaise installation des locaux, soit d'un matériel défectueux, soit d'une faute commise par un membre du personnel auxiliaire de l'hôpital mis à la disposition des médecins, chirurgiens et spécialistes, ceux-ci doivent répondre des dommages causés par leurs propres manquements dans les conditions du droit privé.
9. D'autre part, doit être regardée, au sens des dispositions précitées des articles L. 1142-1 et L. 1142-1-1 du code de la santé publique, comme présentant un caractère nosocomial une infection survenant au cours ou au décours de la prise en charge d'un patient et qui n'était ni présente, ni en incubation au début de celle-ci, sauf s'il est établi qu'elle a une autre origine que la prise en charge, sans qu'il y ait lieu de tenir compte de ce que la cause directe de cette infection a le caractère d'un accident médical non fautif ou a un lien avec une pathologie préexistante.
10. Il résulte de l'instruction, à savoir du rapport d'expertise, que M. D a subi, à compter du 7 mai 2015 et jusqu'au retrait de la plaque mise en place pour couvrir l'orifice herniaire des signes infectieux consistant en la présence d'abcès sur cette période. Le 9 mai 2015, un prélèvement a permis d'isoler un citrobacter koseri et un prélèvement réalisé sur la plaque retirée a permis d'isoler un escherichia coli et un enterococcus faecalis. Pour écarter le caractère nosocomial de cette infection, les experts indiquent que l'intervention de cure de la hernie inguinale est à l'origine d'un sérome issu des ganglions environnant la plaie dont l'évacuation par cette plaie a permis l'entrée des germes à l'origine de l'infection. Si les experts considèrent ainsi que l'entrée de ces germes constitue une surinfection en relation avec la complication mécanique constituée par le sérome, il résulte de ce constat-même que l'infection n'est pas d'autre origine que la prise en charge, réalisée dans les locaux du centre hospitalier et avec son personnel auxiliaire et son matériel. Il résulte en outre de l'instruction que le premier abcès de la plaie de l'intervention a été détecté 27 jours après celle-ci. L'infection, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elle était présente ou en incubation à la date de l'hospitalisation, doit par suite être regardée comme étant intervenue au décours de cette prise en charge, sans que le centre hospitalier de Seclin n'établisse l'existence d'une cause extérieure à celle-ci. L'infection de la plaque, dont il ne résulte pas de l'instruction qu'elle trouverait son origine dans le comportement du chirurgien dont il est constant qu'il a réalisé l'intervention litigieuse en secteur libéral, présente dès lors le caractère d'une infection nosocomiale. S'il résulte de l'instruction que postérieurement au retrait de la plaque, M. D a présenté un important abcès entre la région hépatique et la région inguinale puis une spondylodiscite, il résulte également de l'instruction, en particulier du relevé de ses débours définitifs, que la CPAM n'entend pas demander le remboursement des débours exposés du fait de ces complications. Il est enfin constant que M. D subit un déficit fonctionnel permanent de 5 %, déficit en deçà du seuil prévu par les dispositions précitées de l'article L. 1142-1-1 du code de la santé publique. Par suite, la responsabilité du centre hospitalier de Seclin se trouve engagée sans faute du fait de la seule infection de la prothèse.
S'agissant de la faute :
11. La CCI, par son avis du 14 décembre 2017, a considéré que le centre hospitalier de Seclin a commis une faute de nature à engager sa responsabilité en ne procédant pas au retrait de la plaque dès les premiers signes infectieux. Si par leur rapport, les experts se bornent à indiquer que la prise en charge de M. D consistant en un drainage de l'épanchement séreux et en des soins infirmiers locaux était conforme aux règles de l'art, il résulte du rapport critique du Dr B produit par l'ONIAM que l'infection d'une prothèse apposée sur un orifice herniaire doit en principe donner lieu à une ablation mais qu'eu égard au risque de fragilisation de la paroi abdominale de cette ablation faisant courir pour le patient le risque d'une récidive de la hernie, cette prothèse pouvait être maintenue à condition que soient réalisés, outre des soins adéquats, un bilan de nature à objectiver la possibilité d'un tel maintien. Il ne résulte cependant pas de l'instruction qu'un tel bilan aurait été réalisé dès le diagnostic du premier abcès alors que la plaque a finalement fait l'objet d'une ablation postérieurement. Si centre hospitalier de Seclin fait valoir que le choix thérapeutique relève du Dr F qui exerce en secteur libéral, il résulte seulement de l'instruction, à savoir du rapport d'expertise, que celui-ci a réalisé l'intervention dans un tel secteur. Ce centre n'établit pas, alors que l'ONIAM le remet en cause, que le suivi de cette intervention réalisée par ce praticien l'aurait été en secteur libéral. Par conséquent, le centre hospitalier de Seclin a commis une faute de nature à engager sa responsabilité. Il résulte toutefois de l'instruction que les conséquences dommageables de cette faute, qui consistent seulement en un maintien de l'infection nosocomiale, se confondent avec celles plus globales de cette infection.
S'agissant de l'accident médical non fautif :
12. Il résulte des dispositions précitées du II de l'article L. 1142-1 que l'ONIAM doit assurer, au titre de la solidarité nationale, la réparation de dommages résultant directement d'actes de prévention, de diagnostic ou de soins à la condition qu'ils présentent un caractère d'anormalité au regard de l'état de santé du patient comme de l'évolution prévisible de cet état. La condition d'anormalité du dommage prévue par ces dispositions doit toujours être regardée comme remplie lorsque l'acte médical a entraîné des conséquences notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé de manière suffisamment probable en l'absence de traitement. Lorsque les conséquences de l'acte médical ne sont pas notablement plus graves que celles auxquelles le patient était exposé par sa pathologie en l'absence de traitement, elles ne peuvent être regardées comme anormales sauf si, dans les conditions où l'acte a été accompli, la survenance du dommage présentait une probabilité faible. Pour apprécier le caractère faible ou élevé du risque dont la réalisation a entraîné le dommage, il y a lieu de prendre en compte la probabilité de survenance d'un événement du même type que celui qui a causé le dommage et entraînant une invalidité grave ou un décès.
13. Le centre hospitalier de Seclin soutient qu'il appartient à l'ONIAM d'indemniser au titre de la solidarité nationale sur le fondement des dispositions précitées du II de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique les conséquences dommageables de la formation d'un sérome constituées par les conséquences dommageables de l'infection de la plaque. Il résulte cependant de l'instruction, à savoir du rapport d'expertise, que le risque de formation d'un sérome à la suite de la cure d'une hernie inguinale est de l'ordre de 5 à 10 %. Il ne résulte en outre pas de l'instruction que les conséquences de l'infection nosocomiale seraient notablement plus graves que l'absence de cure de la hernie inguinale. Par suite, la formation du sérome ne revêt pas le caractère d'un accident médical anormal. Il n'appartient par suite pas à l'ONIAM d'en indemniser les conséquences dommageables. Il résulte en tout état de cause de ce qui a été exposé au point 11 que le fait que l'infection nosocomiale litigieuse ait trouvé son origine dans un accident médical non fautif n'est pas de nature à exonérer le centre hospitalier de Seclin de son obligation d'en indemniser les conséquences dommageables sur le fondement des dispositions précitées du second alinéa du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.
14. Il résulte de ce qui précède que la responsabilité du centre hospitalier de Seclin se trouve engagée sur le fondement des dispositions précitées du I de l'article L. 1142-1 du code de la santé publique.
En ce qui concerne l'évaluation des débours :
15. Par leur rapport, les experts missionnés par la CCI ont fixé la date de consolidation de l'état de santé de M. D au 1er novembre 2015, soit plus de deux semaines après l'ablation de la plaque infectée et la veille de l'altération générale de son état de santé en raison de l'important abcès interne qu'il subissait. Cette date n'étant pas remise en cause par les parties, il y a lieu de la retenir.
16. En premier lieu, il résulte de l'instruction, et en particulier du relevé des débours définitifs produit par la CPAM et de l'attestation d'imputabilité de son médecin-conseil, qui constituent des éléments de preuve suffisants, que la caisse justifie, en ce qui concerne les frais hospitaliers, avoir pris en charge l'hospitalisation au sein de l'hôpital privé d'Arras du 9 au 12 octobre 2015 aux fins d'ablation de la prothèse recouvrant l'orifice herniaire, et ce à hauteur de 3 149,96 euros. Cette ablation ayant été rendue nécessaire par l'intervention de l'infection litigieuse, la CPAM de l'Artois est fondée à obtenir le remboursement de cette somme.
17. En deuxième lieu, la CPAM justifie avoir exposé un montant global de 2 758,32 euros correspondant à des consultations, des actes d'imagerie, des actes de biologies et des soins infirmiers en lien avec l'infection nosocomiale. En revanche, pour la somme de 39,69 euros, incluse dans les débours et correspondant au montant d'un acte d'imagerie réalisé le 22 juin 2015, cet acte n'est pas évoqué par le médecin-conseil dans l'attestation d'imputabilité, ni dans aucune autre pièce du dossier. Il n'y a par suite pas lieu de considérer ce débours comme étant en lien avec cette infection. La CPAM est ainsi seulement fondée à obtenir le remboursement de la somme de 2 758,32 euros.
18. En troisième et dernier lieu, la CPAM justifie avoir exposé des frais pharmaceutiques pour un montant total de 727,67 euros correspondant, ainsi que cela ressort de l'attestation d'imputabilité qui les liste, à des antibiotiques, des antiseptiques et des bandages de nature à prendre en charge l'infection litigieuse. La CPAM de l'Artois est par conséquent fondée à obtenir le remboursement de cette somme.
19. Il résulte de ce qui précède que la CPAM de l'Artois établit avoir exposé pour le compte de M. D en raison de l'intervention de l'infection litigieuse la somme globale de 6 635,95 euros (3 149,96 + 2 758,32 + 727,67). Après soustraction des franchises s'élevant à une somme globale de 44,50 euros ainsi qu'il résulte du relevé des débours définitifs, la CPAM est fondée à obtenir le versement de la somme totale de 6 591,45 euros.
Sur les intérêts et leur capitalisation :
20. Aux termes de l'article 1231-6 du code civil : " Les dommages et intérêts dus à raison du retard dans le paiement d'une obligation de somme d'argent consistent dans l'intérêt au taux légal, à compter de la mise en demeure. Ces dommages et intérêts sont dus sans que le créancier soit tenu de justifier d'aucune perte () ". Aux termes de l'article 1343-2 du même code : " Les intérêts échus, dus au moins pour une année entière, produisent intérêt si le contrat l'a prévu ou si une décision de justice le précise ". Il résulte de ces dispositions que, d'une part, lorsqu'ils sont demandés, et quelle que soit la date de la demande, les intérêts des indemnités allouées sont dus à compter du jour où la demande de réclamation de la somme principale est parvenue à la partie débitrice ou, à défaut, à compter de la date d'enregistrement au greffe du tribunal administratif des conclusions tendant au versement de cette indemnité, et, d'autre part, que la capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond, même si, à cette date, les intérêts sont dus depuis moins d'une année. En ce cas, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière.
21. Si la CPAM de l'Artois sollicite le versement des intérêts au titre de ses débours exposés pour le compte de M. D à compter du 11 mars 2021, date de son recours indemnitaire préalable, il résulte de l'instruction, en l'absence d'accusé de réception de ce recours, que le centre hospitalier de Seclin en a nécessairement eu connaissance au plus tard à la date du 24 mars 2021, date à laquelle il a expressément rejeté ce recours. Il y a par suite lieu de faire courir les intérêts à cette date et de prononcer leur capitalisation au 24 mars 2022 à minuit, date à laquelle était due une année entière d'intérêts, ainsi qu'à chaque échéance annuelle à compter de celle-ci.
Sur les frais liés au litige :
En ce qui concerne l'indemnité forfaitaire de gestion :
22. Aux termes de l'article L. 376-1 du code de la sécurité sociale : " () / En contrepartie des frais qu'elle engage pour obtenir le remboursement mentionné au troisième alinéa ci-dessus, la caisse d'assurance maladie à laquelle est affilié l'assuré social victime de l'accident recouvre une indemnité forfaitaire à la charge du tiers responsable et au profit de l'organisme national d'assurance maladie. Le montant de cette indemnité est égal au tiers des sommes dont le remboursement a été obtenu, dans les limites d'un montant maximum de 910 euros et d'un montant minimum de 91 euros. () ". Aux termes de l'article 1er de l'arrêté du 14 décembre 2021 visé ci-dessus : " Les montants minimal et maximal de l'indemnité forfaitaire de gestion prévue aux articles L. 376-1 et L. 454-1 du code de la sécurité sociale sont fixés respectivement à 110 € et 1 114 € au titre des remboursements effectués au cours de l'année 2022. "
23. En application des dispositions précitées, il y a lieu de mettre à la charge du centre hospitalier de Seclin le versement à la CPAM de l'Artois de la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
En ce qui concerne les frais exposés et non compris dans les dépens :
24. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier de Seclin le versement à la CPAM de l'Artois de la somme de 1 000 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. À l'inverse, ces dispositions font obstacle à ce que la CPAM, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, verse au centre hospitalier de Seclin une somme au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : L'intervention de l'ONIAM est admise.
Article 2 : Le centre hospitalier de Seclin est condamné à verser à la CPAM de l'Artois la somme de 6 591,45 euros au titre de ses débours, assortie des intérêts au taux légal à compter du 24 mars 2021. Les intérêts échus à la date du 24 mars 2022 à minuit, puis à chaque échéance annuelle ultérieure à compter de cette date, seront capitalisés à chacune de ces dates afin de produire eux-mêmes intérêts.
Article 3 : Le centre hospitalier de Seclin versera à la CPAM de l'Artois la somme de 1 114 euros au titre de l'indemnité forfaitaire de gestion.
Article 4 : Le centre hospitalier de Seclin versera à la CPAM de l'Artois la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 5 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.
Article 6 : Le présent jugement sera notifié à la caisse primaire d'assurance maladie de l'Artois, au centre hospitalier de Seclin, à l'Office national d'indemnisation des accidents médicaux, des affections iatrogènes et des infections nosocomiales et à M. A D.
Délibéré après l'audience du 6 juillet 2022 à laquelle siégeaient :
M. Jean-Michel Riou, président-rapporteur,
Mme Marion Varenne, première conseillère,
Mme Marjorie Bruneau, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 juillet 2022.
Le président-rapporteur,
signé
J.-M. RIOU
L'assesseure la plus ancienne dans l'ordre du tableau,
signé
M. E
La greffière,
signé
C. VIEILLARD
La République mande et ordonne au ministre de la santé et de la prévention en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608110
Le Tribunal Administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-3 du code de justice administrative, a été saisi par Mme A..., ressortissante ivoirienne, afin d'obtenir la délivrance effective d'une carte de séjour pluriannuelle dont le renouvellement lui avait déjà été accordé par une décision favorable du 1er août 2025. Le juge a constaté que la condition d'urgence était remplie s'agissant d'une demande de renouvellement de titre de séjour et que la mesure sollicitée ne se heurtait à aucune contestation sérieuse. Il a enjoint au préfet des Bouches-du-Rhône de convoquer l'intéressée sous quinze jours pour lui remettre le titre, sous astreinte de 50 euros par jour de retard. L'État a également été condamné à verser 1 500 euros au titre des frais de justice, sous réserve de l'admission définitive de Mme A... à l'aide juridictionnelle provisoire.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608580
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé, a rejeté la requête de M. B... concernant le traitement de sa demande de document de circulation pour étranger mineur pour sa fille. La requête a été jugée irrecevable car elle ne contenait pas de conclusions, c'est-à-dire qu'elle ne précisait pas ce que le requérant demandait au juge. Cette irrecevabilité a été constatée sur le fondement de l'article R. 411-1 du code de justice administrative. Le juge a donc appliqué l'article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Caen — N° TA14-2601609
Le Tribunal administratif de Caen, statuant en référé sur le fondement de l'article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la requête de Mme A... B... tendant à la suspension d'une décision de l'Agence nationale des titres sécurisés (ANTS) refusant l'immatriculation d'un véhicule et l'exonération du malus écologique. La demande a été jugée manifestement irrecevable car la requérante n'avait pas présenté de requête distincte aux fins d'annulation de la décision contestée, comme l'exige l'article R. 522-1 du même code. En conséquence, le juge a rejeté la requête sans instruction ni audience, en application de l'article L. 522-3.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Besançon — N° TA25-2601163
Le Tribunal Administratif de Besançon, statuant en référé, a rejeté la demande de suspension de la délibération du conseil municipal d’Etupes approuvant le budget primitif 2026. Le juge a estimé que la condition d’urgence n’était pas remplie, le requérant n’ayant pas démontré que l’exécution du budget entraînerait un blocage du fonctionnement des services publics communaux ou une situation financière irréversible. En conséquence, la requête de M. C... a été rejetée, sans qu’il soit nécessaire d’examiner l’existence d’un doute sérieux sur la légalité de la délibération. La décision se fonde sur l’article L. 521-1 du code de justice administrative.
01/06/2026