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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103918

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103918

mardi 21 mai 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103918
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantTRECOURT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 19 mai 2021, Mme D B et M. A C, représentés par Me Maze-Villeseche, demandent au tribunal :

1°) à titre principal, d'enjoindre à la société Enedis de déplacer hors de leur propriété cadastrée Section B n° 1398 de la commune d'Elesmes, la ligne électrique souterraine qui la traverse, ou à défaut, de la supprimer, dans un délai de trois mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de cent euros par jour de retard et ce pendant un délai de trois mois à l'issu duquel il sera à nouveau fait droit ;

2°) de condamner la société Enedis à leur verser la somme de 1 500 euros en réparation du préjudice moral subi ;

3°) à titre subsidiaire, si l'ouvrage irrégulier ne peut être déplacé ou supprimé pour des raisons d'ordre public, de condamner la société Enedis à leur verser la somme de 25 000 euros en réparation du préjudice moral subi ;

4°) en tout état de cause, de mettre à la charge de la société Enedis les entiers dépens de l'instance ainsi que la somme de 2 000 euros sur le fondement des dispositions de l'article 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- le câble électrique appartenant à société Enedis, qui constitue un ouvrage public, est irrégulièrement implanté sur leur propriété privée ;

- cette implantation, inconnue de la commune d'Elesmes comme des requérants, a mis en danger la vie des personnes ayant réalisé des plantations d'arbres, d'arbustes et l'implantation de structures annexes auxdites plantations ;

- le câble doit être déplacé, et le préjudice moral des requérants indemnisé à hauteur de 1 500 euros ;

- si cet ouvrage irrégulier ne peut être déplacé ou supprimé, alors leur préjudice doit être fixé à 25 000 euros sur la base de la moins-value de l'immeuble sur lequel il ne peut plus être édifié sans danger de nouvelles constructions ;

- la gêne que leur cause l'ouvrage en litige est importante au regard de son emprise, de son emplacement ainsi que des risques qu'il engendre.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 24 mai 2022 et le 15 juin 2022, la société Enedis, représentée par Me Trecourt, conclut au rejet de la requête et à la mise à la charge des requérants de la somme de 2 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- le câble litigieux a été mis hors de service le 10 juin 2022 ;

- ce câble ayant été enfoui en 1996 avec l'accord du CCAS de la commune, alors propriétaire du terrain, il revenait à cette collectivité publique de prévenir les requérants de la servitude comprise sur la parcelle au moment de la vente du terrain en 2009 ;

- le préjudice dont se prévalent les requérants n'est pas démontré dès lors que le câble électrique est enterré à une distance suffisante du sol et qu'il est signalé par un grillage avertisseur ;

- en tout état de cause, les travaux de terrassement, y compris sur le domaine privé, sont soumis à une obligation de déclaration d'intention de commencer des travaux (DICT) ; la société Enedis, qui savait où était implantée la ligne électrique, aurait signalé l'ouvrage à cette occasion.

La clôture d'instruction a été fixée au 5 janvier 2024 à 12 h 00 par une ordonnance du 5 décembre 2023.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu le code de justice administrative ;

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Monteil,

- les conclusions de M. Even, rapporteur public,

- et les observations de Me Flora, substituant Me Trecourt, représentant la Société Enedis.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D B et M. A C ont fait l'acquisition d'un terrain situé route de Binche à Elesmes (59), section cadastré B n°1398, sur lequel ils ont fait construire leur habitation principale. En 2019, à l'occasion de l'installation d'un poste électrique devant leur propriété, ils ont découvert la présence d'une ligne enterrée de vingt mille volts traversant leur propriété. Par une lettre notifiée le 20 janvier 2021, ils ont mis en demeure la société Enedis de procéder au déplacement de ce câble en dehors de leur propriété. La société Enedis leur a adressé une convention de servitude leur proposant une indemnisation à hauteur de 975 euros, que les requérants n'ont pas souhaité signer. Par la présente requête, Mme B et M. C demandent, à titre principal, qu'il soit enjoint à Enedis de déplacer l'ouvrage grevant leur parcelle et de condamner la société Enedis à leur verser la somme de 1 500 euros en réparation du préjudice moral subi et, à titre subsidiaire, si l'ouvrage ne pouvait pas être déplacé, de condamner la société Enedis à leur verser la somme de 25 000 euros en réparation de leur préjudice moral.

Sur les conclusions à fin de déplacement du câble enterré :

2. Lorsqu'il est saisi d'une demande tendant à ce que soit ordonnée la démolition d'un ouvrage public dont il est allégué qu'il est irrégulièrement implanté par un requérant qui estime subir un préjudice du fait de l'implantation de cet ouvrage et qui en a demandé sans succès la démolition à l'administration, il appartient au juge administratif, juge de plein contentieux, de déterminer, en fonction de la situation de droit et de fait existant à la date à laquelle il statue, si l'ouvrage est irrégulièrement implanté, puis, si tel est le cas, de rechercher, d'abord, si eu égard notamment à la nature de l'irrégularité, une régularisation appropriée est possible, puis, dans la négative, en tenant compte de l'écoulement du temps, de prendre en considération, d'une part les inconvénients que la présence de l'ouvrage entraîne pour les divers intérêts publics ou privés en présence, notamment, le cas échéant, pour le propriétaire du terrain d'assiette de l'ouvrage, d'autre part, les conséquences de la démolition pour l'intérêt général, et d'apprécier, en rapprochant ces éléments, si la démolition n'entraîne pas une atteinte excessive à l'intérêt général.

3. Il résulte de l'instruction que le câble électrique de la société Enedis a été enfoui sur la parcelle en cause en 1996. La société Enedis ne justifie pas de l'accord qu'aurait donné à l'époque, le CCAS de la commune, ancien propriétaire de la parcelle. La commune d'Elesmes, pour sa part, a fourni une attestation en date du 3 mars 2020 affirmant qu'aucune convention n'avait été signée avec Enedis pour la pose de ce câble et qu'elle n'en avait aucune connaissance. Enfin, l'acte de vente signé par les requérants mentionne expressément l'absence de servitude. Dans ces conditions, Mme B et M. C sont fondés à soutenir que la société Enedis ne justifie pas d'un droit ou titre opposable sur leur propriété.

4. Pour autant, il résulte également de l'instruction que la société Enedis a réalisé des travaux, sur un autre endroit, pour l'installation d'un nouveau câble électrique et que l'ancien câble électrique, enterré à une profondeur suffisante, est, depuis le 10 juin 2022, définitivement mis hors d'exploitation. Il ne présente donc plus le caractère d'un ouvrage public et les requérants, à supposer qu'ils aient entendus maintenir ces conclusions, ne sont plus fondés à se prévaloir de la qualité d'ouvrage public en cause pour en solliciter le déplacement. Ces conclusions doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions indemnitaires :

5. Pour demander la condamnation de la société Enedis au paiement d'une somme en réparation du préjudice subi du fait de la présence illégale de l'ouvrage public sur leur terrain pendant une longue période, Mme D B et M. A C se bornent à invoquer l'atteinte portée à la pleine jouissance de leur propriété et les éventuels risques encourus lors de la construction de leur habitation ou l'implantation de végétaux et de clôtures. Toutefois par ces seules écritures, ils n'établissent pas la réalité du préjudice moral, alors qu'au demeurant la société Enedis fait valoir que les lignes électriques sont enterrées à une distance suffisante du sol et qu'elles sont signalées par un grillage avertisseur. Par suite, les conclusions indemnitaires présentées par les requérants doivent être rejetées.

Sur les frais d'instance :

6. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de la société Enedis qui n'est pas partie perdante dans la présente instance. Il n'y a par ailleurs pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de faire droit aux conclusions présentées par cette société contre les requérants au titre des mêmes dispositions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D B et de M. A C est rejetée.

Article 2 : Les conclusions présentées par la société Enedis au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à Mme D B et M. A C et à la Société Enedis.

Délibéré après l'audience du 23 avril 2024, à laquelle siégeaient :

- M. Fabre, président,

- Mme Monteil, première conseillère,

- M. Lemée, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 mai 2024

La rapporteure,

Signé

A.-L. MONTEIL

Le président,

Signé

X. FABRE

La greffière,

SignéM. E

La République mande et ordonne au préfet du Nord en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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