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AccueilJurisprudence administrativeN° TA59-2103938

Tribunal Administratif de Lille — Décision N° TA59-2103938

vendredi 12 juillet 2024

JuridictionTribunal Administratif de Lille
SectionTribunal Administratif de Lille
N° DossierTA59-2103938
TypeDécision
RecoursPlein contentieux
PublicationC
Formationjuge unique (7)
Avocat requérantSCP BAKER & MCKENZIE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 20 mai 2021, la société anonyme (SA) L'immobilière Leroy Merlin France, représentée par Me Meier, demande au tribunal :

1°) de prononcer la décharge des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020 dans les rôles de la commune de Waziers à raison d'un bien situé 9106 avenue du Commerce et de l'Artisanat.

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les délibérations par lesquelles la communauté d'agglomération du Douaisis a fixé le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour les années 2019 et 2020 sont entachées de disproportion manifeste entre le produit de la TEOM et le coût supporté pour la collecte et le traitement des déchets ;

- notamment, il ressort du rapport annuel 2019 sur le prix et la qualité du service public de prévention et de gestion des déchets que la collectivité compétente a comptabilisé un coût de fonctionnement du service de collecte et de traitement des déchets ménagers pour un montant de 15 997 862 euros, des recettes de fonctionnement du service de collecte et de traitement des déchets ménagers pour un montant de 19 562 241 euros, comprenant un produit de TEOM de 14 794 051 euros et un produit de recettes non fiscales pour un montant de 4 768 190 euros, soit un excédent de TEOM de 3 564 379 euros ;

- dès lors, la délibération de la collectivité compétente en matière d'élimination des déchets ménagers pour la commune de Waziers ayant voté un taux de TEOM de 12,65 % au titre de l'année 2019 est illégale au regard de l'article 1520 du code général des impôts ; il en est de même s'agissant de la délibération ayant fixé un taux de TEOM de 13,73% pour l'année 2020 ;

- le montant de TEOM que la collectivité était en droit de percevoir doit être déterminé au regard des seules dépenses et recettes d'élimination des déchets ménagers ;

- elle est fondée à se prévaloir de la réponse ministérielle n° 7524 faite à M. A, député, publiée au Journal officiel de l'Assemblée nationale le 30 mars 1974 ;

- la communauté d'agglomération du Douaisis n'a pas donné suite à sa demande de communication des budgets primitifs 2019 et 2020.

Par un mémoire en défense, enregistré le 29 juillet 2021, le directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Un mémoire enregistré le 11 décembre 2023 a été présenté par la communauté d'agglomération du Douaisis.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités territoriales ;

- le code général des impôts et le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. Paganel en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique du 28 juin 2024 :

- le rapport de M. Paganel, magistrat désigné ;

- et les conclusions de Mme Dang, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. La société anonyme L'immobilière Leroy Merlin France demande la décharge des cotisations de taxe d'enlèvement des ordures ménagères (TEOM) auxquelles elle a été assujettie au titre des années 2019 et 2020 à raison des locaux dont elle est propriétaire situés au 9106 avenue du Commerce et de l'Artisanat à Waziers.

Sur les conclusions à fin de décharge :

En ce qui concerne l'application de la loi fiscale :

2. Aux termes du I de l'article 1520 du code général des impôts, applicable aux établissements publics de coopération intercommunale, dans sa rédaction issue du V de l'article 57 de la loi du 29 décembre 2015 de finances rectificative pour 2015 applicable à compter du 1er janvier 2016 : " Les communes qui assurent au moins la collecte des déchets des ménages peuvent instituer une taxe destinée à pourvoir aux dépenses du service de collecte et de traitement des déchets ménagers et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales, dans la mesure où celles-ci ne sont pas couvertes par des recettes ordinaires n'ayant pas le caractère fiscal ". Les déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales s'entendent des déchets non ménagers que ces collectivités peuvent, eu égard à leurs caractéristiques et aux quantités produites, collecter et traiter sans sujétions techniques particulières. Aux termes de l'article L. 2333-78 du même code, dans sa rédaction issue de la loi du 19 décembre 2015 précitée : " Les communes, les établissements publics de coopération intercommunale et les syndicats mixtes peuvent instituer une redevance spéciale afin de financer la collecte et le traitement des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14. / Ils sont tenus de l'instituer lorsqu'ils n'ont institué ni la redevance prévue à l'article L. 2333-76 du présent code ni la taxe d'enlèvement des ordures ménagères prévue à l'article 1520 du code général des impôts. / Ils ne peuvent l'instituer s'ils ont institué la redevance prévue à l'article L. 2333-76 () / Elle est calculée en fonction de l'importance du service rendu, notamment de la quantité des déchets gérés. Elle peut toutefois être fixée de manière forfaitaire pour la gestion de petites quantités de déchets ". Aux termes du 2 bis du III de l'article 1521 du code général des impôts, issu de la loi du 29 décembre 2015 : " Les conseils municipaux peuvent exonérer de la taxe les locaux dont disposent les personnes assujetties à la redevance spéciale prévue à l'article L. 2333-78 du code général des collectivités territoriales () ".

3. La taxe d'enlèvement des ordures ménagères n'a pas le caractère d'un prélèvement opéré sur les contribuables en vue de pourvoir à l'ensemble des dépenses budgétaires, mais a exclusivement pour objet de couvrir les dépenses exposées par la commune ou l'établissement de coopération intercommunale compétent pour assurer l'enlèvement et le traitement des ordures ménagères et des déchets mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales précité et non couvertes par des recettes non fiscales affectées à ces opérations. Il s'ensuit que le produit de cette taxe et, par voie de conséquence, son taux, ne doivent pas être manifestement disproportionnés par rapport au montant des dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets ménagers comme des déchets non ménagers, déduction faite, le cas échéant, du montant des recettes non fiscales de la section de fonctionnement, telles qu'elles sont définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du même code, relatives à ces opérations.

4. Il résulte, en particulier, des dispositions rappelées au point 2, que le législateur a entendu permettre aux communes et aux établissements publics de coopération intercommunale compétents, à compter du 1er janvier 2016, de couvrir les dépenses exposées pour la collecte et le traitement des déchets non ménagers mentionnés à l'article L. 2224-14 du code général des collectivités territoriales au moyen, concurremment, du produit de la redevance spéciale de l'article L. 2333-78 du même code et, en tant que de besoin, du produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères.

5. Pour apprécier la légalité d'une délibération fixant le taux de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères, il appartient ainsi au juge de l'impôt, en se référant prioritairement aux extraits de budgets primitifs des communes ou des établissements publics de coopération intercommunale délégataires de la mission de service public produits par les parties ou obtenus par mesure d'instruction, et, à défaut, aux éléments de budgets établis à l'issue de l'année en litige, d'évaluer dans un premier temps les dépenses réelles de fonctionnement du service d'enlèvement et de traitement des ordures ménagères et des déchets non ménagers, en prenant en compte les dotations aux amortissements des immobilisations et en excluant les éventuelles dépenses imprévues, par nature hypothétiques, et les dépenses exceptionnelles. Dans un deuxième temps, il y a lieu d'en soustraire les recettes non fiscales de la section de fonctionnement définies par les articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du code général des collectivités territoriales dont sont notamment exclus les produits exceptionnels, les atténuations de charges, les produits de cession d'immobilisation et le report de résultat de l'exercice de l'année précédente. Enfin, il lui appartient de comparer le montant obtenu avec celui du produit attendu de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères afin de vérifier s'il existe une disproportion manifeste.

6. D'une part, il résulte de l'instruction, en particulier du budget primitif pour l'année 2019 communiqué par la communauté d'agglomération du Douaisis en cours d'instance, que le coût des dépenses de fonctionnement exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets s'élève à la somme de 25 434 904,96 euros comprenant les dépenses réelles d'un montant de 25 089 104,96 euros et les dépenses d'ordre d'un montant de 345 800 euros. De cette somme de 25 434 904,96 euros doit être retranchée la somme de 5 143 219,91 euros, correspondant à des charges exceptionnelles, ainsi que la somme de 140 800 euros identifiée comme un " virement à la section d'investissement ". Ainsi, le total des dépenses de fonctionnement du service s'élève à 20 150 885,05 euros. Le montant total des recettes de fonctionnement s'élève à 25 434 904,96 euros. Parmi les recettes non fiscales, il convient d'inclure le produit de la redevance spéciale d'enlèvement des ordures ménagères d'un montant de 975 000 euros, le produit des " locations diverses " d'un montant de 524 576 euros ainsi que les " autres produits de gestion courante " d'un montant de 15 euros. Toutefois, ne doivent pas être prises en compte les " atténuations de charges " d'un montant de 200 euros ainsi que la somme de 4 933 652,96 euros correspondant à l'excédent de fonctionnement résiduel de l'exercice 2018 qui ne présentent pas un caractère récurrent et ne relèvent d'aucune des catégories de recettes non fiscales mentionnées aux articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du code général des collectivités territoriales. Le montant de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères s'élève à 14 740 991 euros. Le besoin de financement de 18 651 294,05 euros étant supérieur au produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères inscrit dans le budget primitif, le moyen tiré de ce que le taux de taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour 2019 serait manifestement disproportionné au regard des dépenses inscrites au budget ne peut qu'être écarté.

7. D'autre part, il résulte de l'instruction, en particulier du budget primitif pour l'année 2020 communiqué par la communauté d'agglomération du Douaisis en cours d'instance, que le coût des dépenses de fonctionnement exposées pour le service public de collecte et de traitement des déchets s'élève à la somme de 27 350 320,88 euros comprenant les dépenses réelles d'un montant de 26 700 820,88 euros et les dépenses d'ordre d'un montant de 649 500 euros. De cette somme de 27 350 320,88 euros doit être retranchée la somme de 5 316 000 euros, correspondant à des charges exceptionnelles, ainsi que la somme de 340 500 euros identifiée comme un " virement à la section d'investissement ". Ainsi, le total des dépenses de fonctionnement du service s'élève à 21 693 820,88 euros. Le montant total des recettes de fonctionnement s'élève à 27 350 320,88 euros. Parmi les recettes non fiscales, il convient d'inclure le produit de la redevance spéciale d'enlèvement des ordures ménagères d'un montant de 1 000 000 euros ainsi que le produit des " locations diverses " d'un montant de 545 000 euros. Toutefois, ne doit pas être prise en compte la somme de 4 944 015 euros correspondant à l'excédent de fonctionnement résiduel de l'exercice 2019 qui ne présente pas un caractère récurrent et ne relève d'aucune des catégories de recettes non fiscales mentionnées aux articles L. 2331-2 et L. 2331-4 du code général des collectivités territoriales. Le montant de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères s'élève à 16 610 335,88 euros. Le besoin de financement de 20 148 820,88 euros étant supérieur au produit de la taxe d'enlèvement des ordures ménagères inscrit dans le budget primitif, le moyen tiré de ce que le taux de taxe d'enlèvement des ordures ménagères pour 2020 serait manifestement disproportionné au regard des dépenses inscrites au budget ne peut qu'être écarté.

En ce qui concerne l'interprétation administrative de la loi fiscale :

8. Aux termes de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales : " Il ne sera procédé à aucun rehaussement d'impositions antérieures si la cause du rehaussement poursuivi par l'administration est un différend sur l'interprétation par le redevable de bonne foi du texte fiscal et s'il est démontré que l'interprétation sur laquelle est fondée la première décision a été, à l'époque, formellement admise par l'administration () ".

9. Il résulte de ces dispositions, qui ne visent que le rehaussement d'impositions antérieures, qu'un contribuable ne peut utilement se prévaloir des dispositions de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales dans le cadre d'un litige qui porte sur des impositions primitives. Par suite, la société requérante n'est pas fondée à se prévaloir, sur le fondement des dispositions du premier alinéa de l'article L. 80 A du livre des procédures fiscales, de la réponse ministérielle n° 7524 faite à M. A, député, publiée au Journal officiel de l'Assemblée nationale le 30 mars 1974, qui au demeurant ne comporte pas une interprétation différente de celle qui résulte de la loi, dès lors que les cotisations de taxe en litige ne procèdent pas de rehaussements mais d'impositions primitives.

10. Il résulte de ce qui précède que les conclusions aux fins de décharge des impositions contestées doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

11. Ces dispositions font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que la société requérante demande au titre des frais exposés par elle et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la société anonyme L'immobilière Leroy Merlin France est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la société anonyme L'immobilière Leroy Merlin France, au directeur régional des finances publiques des Hauts-de-France et du département du Nord et à la communauté d'agglomération du Douaisis.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 juillet 2024.

Le magistrat désigné,

Signé

M. PAGANEL La greffière,

Signé

A. BEGUE La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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